Alain Brunet

Archive, mai 2016

Pour clore sa saison, l’OSM fut à la hauteur de cette œuvre gigantesque qu’est le War Requiem, opus 66, du compositeur britannique Benjamin Britten (1913-1976). Entreprise colossale, à la fois chorale et orchestrale, vecteur d’un message résolument pacifiste. L’oeuvre fut créée en 1962, soit lors des cérémonies destinées à la reconstruction de la cathédrale (Saint-Michel) de Coventry, qui avait été pulvérisée par les bombardements nazis en 1940.

Kent Nagano a conclu superbement ce cycle 2015-2016, soit en réunissant tous les éléments essentiels à l’exécution de cette œuvre à grand déploiement. Choeur mixte (choeur de l’OSM sous la direction d’Andrew Megill), choeur d’enfant (Princeton High School Women’s Choir, accompagné discrètement au grand orgue par Jean-Willy Kunz), soprano (Catherine Naglestad), ténor (Ian Bostridge), baryton (Russell Braun), orchestre symphonique.

Le livret consiste en une utilisation composite de la messe des morts et de poèmes de souffrance écrits dans les tranchées par l’Anglais Wilfred Owen, décédé au combat durant la Grande Guerre de 1914-1918. La soprano est accompagnée par l’orchestre symphonique pendant que le ténor et le baryton s’expriment devant un orchestre de chambre de douze musiciens. Au service du texte de Wilfred Owens, les chanteurs mâles incarnent un soldat anglais et un allemand.

Le jeu des ensembles s’articule en six parties de l’œuvre, d’une durée approximative de 78 minutes : Requiem aeternam, Dies irae, Offertorium, Sanctus, Agnus Dei, Libera me.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le mélange entre l’ancien et le nouveau, entre les évocations mystiques chrétiennes et la modernité profane d’un texte écrit au front par un poète victime d’un conflit armé, pleinement conscient de l’absurdité humaine dans le contexte.

L’équilibre des forces a été brillamment conçu par la direction artistique de l’OSM, on n’a jamais souffert de quelque enchevêtrement sonore, de domination excessive d’une ou l’autre des composantes. On peut ainsi parler d’une intelligibilité idéale, irréprochable, mise en œuvre par maestro Nagano.

Les solistes, particulièrement la soprano Catherine Naglestad, ont été à la hauteur de leur tâche. Les chœurs furent brillamment menés, les différentes sections de l’orchestre pleinement engagées et capables d’exprimer la palette des expressions et des nuances que commande cette œuvre très moderne de facture si l’on s’en tient à ses orchestrations.

Superbe samedi soir à la Maison symphonique.

 

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Puisque nous avons les pieds et les oreilles dans l’americana avec la découverte de Sturgill Simpson, voici quelques mots et quelques liens inspirés par d’autres suggestions de nos blogueurs, hardy_luc et sultitan: Eleanor Friedberger, Dori Freeman, Dylan Leblanc. . Vos évocations ne sont pas passées inaperçues !

Dori Freeman

Dori Freeman est native des contrées hillbillies, plus précisément de Galax, Virginie. Superbe voix sans artifices, style purement country-folk, talent naturel. Elle souscrit à un classicisme appalachien, élégant et parfaitement maîtrisé, ce qui n’exclut pas des incartades pop avec section de cordes, guitare électrique, piano ou claviers. Si elle se réclame de Rufus Wainwright et de Peggy Lee (en témoigne la chanson Ain’t Nobody), cette Dori Freeman s’impose sans forcer la note. Son art est aisément qualifiable: simple et beau.

Écoute intégrale de l’album homonyme Dori Freeman sur Deezer

Dori Freeman, site officiel

Dori Freeman, profil wiki

Dylan Leblanc

Dylan Leblanc, 26 ans, provient de Shreeveport, Louisiane, le même bled d’où provient le très grand batteur Brian Blade. Je n’ai écouté que le troisième album ce lointain descendant de l’Acadie, et je m’en délecte. Cette voix haut perchée, ce groove clopin clopant des grattes non sans rappeler la grande période folk de Neil Young ou même la brève existence d’America, ces arrangements fins et discrets à l’appui, ces interventions succinctes et non moins goûteuses de la guitare lead. D’aucuns soulignent le cousinage avec un Ray Lamontagne, et on ne s’étonne pas qu’il ait fait les premières parties de Lucinda Williams, The Civil Wars, Laura Marling,George Ezra, Calexico, Bruce Springsteen, First Aid Kit, The Drive By Truckers, Alabama Shakes.


Dylan Leblanc, site officiel

Écoute intégrale de l’album Cautionary Tale sur Deezer

Dylan Leblanc, profil wiki

Eleanor Friedberger

Elle est de Chicago, plus précisément de la banlieue Oak Park, sorte de Ville Mont-Royal où le fameux architecte Frank Lloyd Wright avait construit ses premières cabanes… et s’était mis à courir la galipote, côté jardin. Elle n’est pas tant associée à la mouvance americana qu’à l’indie. Indiericana, vous préférez ? On est ici dans le psych folk rock bien ficelé, dans les guitares électriques, dans la distorsion polie, dans le 4/4, les tempos lents ou moyens, les rimes bien fagotées. Eleanor et son frère Matthew, il faut dire, étaient étiquetés indie lorsqu’il constituaient le noyau dur de la formation The Fiery Furnaces, dont la discographie compte huit albums. La frangine en compte trois, dont celui-ci a été relativement bien reçu en début d’année.

Écoute intégrale de l’album New View sur Deezer

Eleanor Friedberger, profil wiki

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Mardi 24 mai 2016 | Mise en ligne à 14h00 | Commenter Commentaires (39)

Sturgill Simpson, A Sailor’s Guide to Earth

Sturgill Simpson  A Sailor's Guide to Earth

On le claironne depuis un moment, soit depuis la parution des albums Metamodern Sounds in Country Music (2014) et Hightop Mountain (2013), voici la nouvelle sensation de l’americana, l’un de ses plus vibrants réformateurs.

Avec cet excellent A Sailor’s Guide to Earth, Sturgill Simpson asseoit sa réputation. Ce sudiste de 37 ans a tous les talents, il faut dire : voix puissante et juste, textes sentis et très bien écrits pour la plupart, arrangements inspirés, instrumentation des plus ambitieuses, superbe et judicieux mélange des genres: country, folk, blues, rock, mais aussi R&B des États du Sud. L’instrumentation témoigne de ces hybridations effectuées sous le parasol americana: pedal steel guitar, guitares électriques, basse, batterie, claviers, cuivres et anches, cordes classiques ou même cornemuse celtique.

Nashville et Memphis sont virtuellement jumelées et plus encore : on a même droit à une reprise de Nirvana, In Bloom! Le Deep South américain n’est pas aussi statique et polarisé noir-blanc qu’il ne le fut, en voilà l’illustration probante. D’un point de vue de visage pçale, Sturgill Simpson témoigne d’un brassage culturel en marche dans le Deep South depuis la guerre de Sécession, voilà qu’il propose une approche country qui se veut beaucoup plus réformatrice et fédératrice que révolutionnaire. Nous ne sommes quand même pas dans l’électro atonale ! Nous sommes ici dans le monde d’un doué songwriter, compositeur et arrangeur ouvert sur son environnement et les contributions historiques des communautés artistiques qui l’habitent.

Pour les intéressés, Sturgill Simpson se produira au Théâtre Corona, le 4 août prochain.

LIENS UTILES

Écoute intégrale de A Sailor’s Guide to Earth sur Deezer

Sturgill Simpson, site officiel

Sturgill Simpson, profil wiki

Site officiel du Théâtre Corona – Sturgill Simpson s’y produit le 4 août prochain.

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