Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Samedi 9 avril 2016 | Mise en ligne à 11h15 | Commenter Commentaires (15)

    Instruments of Happiness: Tim Brady, Antoine Berthiaume, Gary Schwartz, Michel Héroux

    Tim Brady instruments-of-happiness

    La guitare est l’instrument le plus joué sur cette planète, la guitare électrique est encore l’instrument le plus joué de la musique populaire. Dans les sphères plus complexes de la création sonore, la guitare classique à cordes de nylon peut désormais compter sur un vaste répertoire contemporain. Quant à la guitare électrique, elle s’est imposée dans plusieurs cycles de l’histoire jazzistique, sans compter les formes les plus avancées du rock du point de vue de l’exécution – prog, post-rock ou métal.

    Dans la musique contemporaine ?

    La guitare électrique fait aussi son chemin, en voilà une éclatante démonstration. Les compositions de Tim Brady, Antoine Berthiaume et Rainer Wiens sont ici interprétées par un quatuor montréalais de guitares électriques, ensemble de très haut niveau. L’exécution de ces oeuvres fascinantes a tout pour faire évoluer la mélomanie des férus de guitare. On y est aspiré par ces ultra riffs, tricotages incroyables qui transcendent les prémisses de visionnaires des années 70, on pense notamment à Robert Fripp. Franchement, on est rendu ailleurs après l’écoute cet opus.

    Ainsi, il existe aujourd’hui des compositeurs guitaristes ayant fait avancer le langage et proposé de brillantes hybridations des langages prog, jazz et folk avec celui des musiques contemporaines de tradition classique occidentale. Les variations mélodico-harmoniques, les recherches texturales (pédales tous azimuts), les compléments électroniques et les structures rythmiques nous mènent à cet ailleurs encore difficile à qualifier. On pourra peut-être y parvenir ce samedi au Gesù car ces Instruments of of Happiness, instruments de bonheur si vous préférez, font partie d’un programme très ambitieux, mais dans une autre configuration que celle proposée dans cet album.

    Voici en substance l’information du programme, fournie par les présentateurs. On y constate que cette soirée d’avril s’inscrit dans la lignée du fameux événement pour 100 guitares électriques, présenté l’an dernier au complexe Desjardins.


    Instruments of Hapinness : 100 guitares est un projet qui repousse les frontières de la création et qui cherche à dépasser la guitare en offrant une nouvelle approche de la guitare électrique. IoH offre une vision qui ne renie pas ses racines dans le jazz, le blues, le rock et le bruitisme, mais qui vise à surpasser les possibilités de cet instrument en explorant la musique de chambre, électroacoustique, orchestrale, etc. IoH, avec ses 100 guitares, convie à un événement musical fascinant, intriguant et passionnant !

    Le programme proposera une vision diversifiée de contrastes — musicaux, spatiaux, technologiques, historiques et sociaux — fondée sur l’idée singulière et unificatrice affirmant que la guitare électrique est, en effet, un instrument de bonheur :

    Tim BRADY: 100 questions, 100 réponses (2016)* Est-ce possible pour le public de s’asseoir ou de se promener à travers l’église, selon sa volonté, pendant la pièce? Oeuvre immersive qui dispersera les cent guitaristes partout dans l’énorme église.
    Joane HÉTU: Les dentellières (2016)* pour 20 guitares électriques, Ebows, pédales de wah-wah, souris sans fil, et iPhones; oeuvre dirigée à l’aide d’une gestuelle de direction pour improvisateurs.
    J.S. BACH: L’Art de la fugue, nos. 1 à 5 (1685-1750) – arr. de Serban Hichifor adapté pour quatuor de guitares électriques (et agrémenté de fuzz et d’autres effets électroniques!)
    Tim BRADY: 20 jacks 1/4 (2002) pour 20 guitares électriques; la première présentation à Montréal en 14 ans de ce manifeste guitaristique ayant reçu le prix Opus en 2009.

    LIENS UTILES

    Instruments of Happiness, site officiel de Tim Brady

    Le Gesù, site officiel

    Profil de l’étiquette Starkland

    Starkland CD page

    Amazon US


    Amazon Canada

    iTunes


    • Le nom, la pochette. Est-ce une blague?

      Mon dieu, çà donne raison à ceux qui critiquent un certain kitsch intellectuel de type à jouer sur NPR (généralement un jazz très standard perçu comme bon gout avec une pochette cliché).

      Je comprends que Brady est un musicien sérieux qui a tout un CV, qu’il arrive régulièrement qu’il fait un truc plus intéressant que la moyenne, mais.. bon à moins que ce soit une photo ironique type Christopher Williams, çà ressemble à une pochette d’une vieille édition moche oubliée de Guitar Player, à moins que ce soit une référence au jeu vidéo Rocksmith. J’comprends le visuel devrait pas avoir le dessus sur la musique, mais si le but était de présenter quelque chose de neutre et inoffensif, c’est raté. Çà va plutôt aller dans la rubrique des pochettes comiques de l’année. Un exemple de pochette réussi sur le thème de la guitar: Songs For A Blue Guitar de Red House Painters.

      Çà me prendrais une critique de l’album. Çà semble être surtout une longue pièce. Çà pourrait être intéressant.

      Guitariquement, il y a la trilogie Stephen O’ Malley solo qui mérite probablement l’attention. Disons que je demanderais à Tim Brady ce qu’il en pense.

    • Well, Stephen O’Malley (que j’ai vu live plusieurs fois) évolue sur un tout autre territoire. En termes d’articulation mélodique, de compréhension harmonique ou rythmique, il est beaucoup plus limité que ces musiciens. Dans l’univers de la saturation, toutefois, c’est autre chose. Des pommes et des oranges… Pour le titre Instruments of Happiness, j’imagine que c’est écrit au 2e degré sinon…

    • Le nom de mon nouveau band c’est Instruments Of Sadness: IoS. Quins.

    • Guitariquement çà serait plutôt guitaristement, comme dans guitartristement.

      Mais IoS çà serait plutôt des instruments et sons procédés à travers iPhone, mais je gage que Brady a déjà fait çà, misère. (En tout cas il y a eu au moins un gros concert avec iPhone par ici, j’pense pas que c’était Brady, mais peut-être qu’un des guitaristes au complexe Desjardins utilisait une guitare iPhone?).

    • Sultitan a raison. Pochette et titre moche, typique du jazz québécois (alors que les pochettes jazz sont magnifique en général).

      “sans compter les formes les plus avancées du rock – prog et métal”

      Donc, les formes les plus avancées du rock, c’est ça. Eh ben.

    • Ce ne sont pas nécessairement les meilleures mais, d’un point de vue strictement technique, les avancées musicales du rock (et non esthétiques, texturales, sans compter les enrobages orchestraux) se trouvent effectivement là, dans le prog, surtout dans le métal et le post-rock. Que pensez-vous de cette musique, au fait ? Ce n’est pas tout à fait un blogue de pochette ici, mais je songe à en lancer un pour vous accommoder ! ;) Nul besoin d’attendre que sorte le vinyle trois semaines plus tard… Enfin, je dois rappeler que ces guitaristes ne jouent pas de jazz (ni de rock) dans le cas qui nous occupe.

    • La musique ne colle pas du tout avec la pochette (comme je m’y attendais), dont l’example ci-haut qui est un exercise de musique électroacoustique sur le thème de la guitare qui est très envoutant sans surprendre pour ceux qui connaissent Brady. La raison que je proposais une rencontre O’Malley et Brady c’était pas dans un but de comparer la musculature guitaristique, mais parce que les deux utilisent la guitare comme un fabricateur de sons en dehors des paramètres compositionels (Brady fait les deux je sais, mais on se comprend).

      O’Malley, ici à coté d’une oeuvre de Richard Serra, a peut-être un meilleur sens de dénicher une image représentant sa musique. Ok, admettons que Brady nous troll, mais sa musique est pas très trolleuse.

      https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c6/SOMA_OORX0511NYC.jpg

      Il n’y a pas grand critique de l’album sur le web. Un concert, c’est juste un soir. Le concert est-il mieux que l’album ou vice-versa?

      Est-ce qu’on hausse les épaules sur l’album?

    • Well, c’est le type de billet qui ne suscite pas énormément de réactions de cette communauté. Cela ne signifie pas que le texte ne soit pas lu et la musique pas entendue…

    • « Quant à la guitare électrique, elle s’est imposée dans plusieurs cycles de l’histoire jazzistique, sans compter les formes les plus avancées du rock du point de vue de l’exécution – prog, post-rock ou métal. »

      Le prog et le métal sont des formes plus évoluées au point de vue de la composition également, à l’évidence. Entre Essaie pas ou Jean Leloup et Miriodor ou Gorguts, il y a des heures passées à remplir des portées vierges (et Miriodor n’est pas que prog, c’est vrai). Est-ce que le post-rock est si élaboré quant à l’exécution et à la composition? À l’interne, celui de Mogwai l’est plus que celui de GYBE; ce à quoi on pourrait objecter que Mogwai est souvent plus math que post, ce qui me fait dire que, tant qu’à parler de forme avancée, je mentionnerais plutôt le math rock. Et tout ça peut évidemment varier en fonction des champs sémantiques que comportent ces termes, selon soi. Puis, comme Alain l’écrit plus haut, plus avancé ne signifie pas nécessairement meilleur. On parle d’évolution et de complexité techniques, de genres ou sous-genres moins axés sur les affects et davantage sur les possibilités, voire les limites de l’écriture et de l’exécution. Je réécoutais Thick as a Brick tout récemment; je me dis que Ian Anderson et ses copains ont sans doute réussi, cette fois-là, une adéquation assez rare, en musique dite populaire, de la complexité et de l’émoi.

    • J’ai vu le show de Thick As A Brick au vieux Forum, j’avais 15 ou 16 ans. Excellent à l’époque.Jethro Tull avait réussi la fusion entre folk, musique baroque et prog rock. Je crois néanmoins que les propositions musicales de Crimson, Gentle Giant et Yes étaient généralement plus complexes.

    • Bien d’accord quant à la complexité de KC, GG et Y, mais pour l’équilibre complexité-affect, comme je le dis ci-dessus, Tull a toujours été plus fort, dans mon cortex auditif à moi. J’ai aussi vu Tull au vieux Forum vers ces âges-là, mais ils étaient rendus à Broadsword and the Beast et Under Wrap… Période post-glorieuse, mais encore efficace!

    • Rétro-sujet : vous parliez de Scott LaFaro la semaine dernière; or hier, je suis tombé sur un article de NPR sur Jymie Merritt, bassiste émérite de Philadelphie, pionnier de la basse électrique dans le jazz, accompagnateur d’Art Blakey, entre beaucoup d’autres. Il n’avait jamais endisqué quoi que ce soit à titre de leader, ni avec son propre band à Philly, les Forerunners. Hé bien voici qu’un album devrait sortir, enfin, alors que le bonhomme aura bientôt 90 ans.

      http://www.npr.org/event/music/473389032/jymie-merritt-the-beat-goes-deep

    • Oui, Jethro Tull était plus proche des “vraies chansons”, donc plus proches de l’idée qu’on se faisait des “vraies émotions” car les balises étaient plus évidentes. Les autres groupes s’éloignaient davantage de la forme chanson et tendaient à des musiques instrumentales où la chanson devenait une forme à l’intérieur de la forme. Bien sûr, ce n’était pas toujours réussi…

    • Ce qui est bien avec la musique sous-évoluée est que est qu’elle n’est pas écoutée par des gens qui écoutent de la musique évoluée.

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