Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Mercredi 6 avril 2016 | Mise en ligne à 13h16 | Commenter Commentaires (21)

    Jazz keb: MISC, Jacques Kuba Séguin, Philippe Côté

    Les sorties de jazz local sont nombreuses en mars/avril. Voici trois productions fort différentes, toutes de très bon niveau.

    MISC

    Misc

    Le terme anglais miscellaneous signifie divers, d’où cette abréviation : Misc a pour objet d’illustrer la diversité et l’éclectisme d’un trio constitué du pianiste Jérôme Beaulieu, du contrebassiste Philippe Leduc et du batteur William Côté.
    Autrefois nommé Trio Jérôme Beaulieu, ce trip (musical) à trois se vit désormais sous une bannière démocratique : paru chez Bonsound, ce nouvel enregistrement pousse plus loin la démarche de Misc, s’inscrivant dans le sillon de ces trios acoustiques fondés sur l’expression collective et la réappropriation de tendances musicales récentes – on pense notamment à The Bad Plus, E.S.T., Neil Cowley Trio ou encore Phronesis. Nous n’en sommes pas au niveau de Phronesis, mais nous avons enfin un trio montréalais de ce type. Nous avons ici un pianiste prometteur, assez solide pour mener assez loin un trio de ce type. Nous avons ici un batteur montréalais qui s’intéresse au hip hop et à l’électro et qui intègre ces acquis rythmiques dans son jeu. Nous avons ici un contrebassiste accompli. Leur matériel est intéressant, leurs relectures jazz de James Blake, Blonde Redhead ou Daniel Bélanger témoignent aussi de leur éclectisme et de leur ouverture.

    Misc, site officiel

    Écoute intégrale de l’album sur Bandcamp


    JACQUES KUBA SÉGUIN

    Jacques Kuba Séguin Litania Projekt

    Sans contredit l’un de nos meilleurs solistes de la trompette jazz, Jacques Kuba Séguin a imaginé un second chapitre pour son Litania Projekt, lancé sous sa propre étiquette, Odd Sound. Deux quatuors se font la conversation dans ce nouvel opus. D’un côté, on observe une formation typique du jazz sous la gouverne de Jacques Kuba Séguin : Frédéric Alarie, contrebasse, Jonathan Cayer, piano, Jim Doxas, batterie et le trompettiste en constituent une première entité. Face à ce premier ensemble, Séguin a souhaité les réparties d’un quatuor renommé, versé dans la musique contemporaine de lignée occidentale : le Quatuor Bozzini se compose de la violoncelliste Isabelle Bozzini, de l’altiste Stéphanie Bozzini, des violonistes Klemens Merkel et Allissa Cheung. Excellent trompettiste, Kuba Séguin peut compter sur des musiciens d’exception. Dans le cas qui nous occupe, la dynamique du jeu et de l’interprétation l’emporte sur la profondeur compositionnelle dont l’objet est d’aussi faire se rencontrer la musique classique et le jazz modernes, ce qui est loin d’être un irritant.


    Écoute intégrale de cet album du Litania Projekt sur bandcamp

    Jacques Kuba Séguin, site officiel

    PHILIPPE CÔTÉ

    Philippe Côté Lungta

    Samedi dernier à l’Astral, l’Orchestre national de jazz de Montréal suggérait aux mélomanes une nouvelle signature : sous étiquette Mythology, le saxophoniste, compositeur et arrangeur Philippe Côté y lançait aussi Lungta, un album pour grand ensemble et dont la matière fut jouée par l’ONJM. Après avoir amorcé des études universitaires en chimie, Philippe Côté bifurqua en musique, l’appel était trop fort. Un premier cycle à l’Université Laval puis un deuxième à McGill, entre lesquels le musicien séjourné un an à New York. Ainsi, Philippe Côté a étudié l’orchestration avec le compositeur John Rea, il a aussi perfectionné son jeu et sa pensée compositonnelle auprès de pointures du jazz états-unien, notamment le trompettiste Dave Douglas, le pianiste Marc Copland et le saxophoniste David Binney. Puisque Binney a réalisé le premier opus du musicien québécois et qu’il a une relation privilégiée avec les jazzophiles montréalais, l’ONJM a aussi sa musique, samedi à l’Astral. On a d’ailleurs bien distingué la différence entre l’écriture complexe et rigoureuse d’un étudiant modèle et celle d’un compositeur affirmé, mature et singulier. Avec ce premier album, Philippe côté présente une superbe synthèse de ses apprentissages, au croisement du jazz et de la musique contemporaine, il est maintenant fin prêt pour la grande aventure de la création orchestrale.

    Écoute intégrale de l’album Lungta sur Spotify

    Philippe Côté, site officiel

    Lungta Promo – AN from Philippe Côté on Vimeo.


    • Ça donne envie d’aller entendre en concert. J’ai cherché sur les pages officielles et c’est plutôt mince côté show live. Dommage.

    • Misc propose un son jazz très convivial, comme The Bad Plus et consorts. Si Medeski, Martin and Wood sont (étaient?) les Emerson, Lake and Palmer du nouveau jazz, les trois gars de Misc en sont les Low. Les percussions sont chatoyantes, ce jeune batteur est diablement inspiré, j’ai envie de faire une blague facile mais je m’abstiens. La contrebasse est maximalement mélodique : sans doute l’influence de Paul McCartney. Me semble qu’en faisant des concerts et en forçant un peu sur la promotion, ces jeunes gens devraient toucher pas mal de musicophiles.

    • Très intéressant l’album de MISC. J’ai beaucoup apprécié la touche de Beaulieu. Il a de la graine de vrai leader. Le contrebassiste m’a accroché. Je le trouve tranchant dans son jeu, une affirmation qui fait du bien à entendre. Le mixage est aussi certainement pour quelque chose puisqu’on le sens plus présent que sur certains albums de trios semblables. En terminant, le batteur tient bien, mais je n’ai pas senti autre chose qu’un gars qui fait un bon travail.

    • « Si je peux me permettre, la basse mélodique est venue avant Paul McCartney dans le jazz, et ce sur un territoire harmoniquement et rythmiquement plus vaste. Le grand innovateur se nomme Scott La Faro, mort très jeune après avoir brillé dans le trio de Bill Evans. Tout étudiant en contrebasse jazz doit s’intéresser à Scott LaFaro, suivi d’une flopée de contrebassistes et bassistes mélodiques. Prenez Frédéric Alarie (avec Jacques Kuba Séguin), à mon sens le meilleur contrebassiste au Québec (sinon au Canada), ses qualités mélodiques sont hallucinantes. »

      Hum, puisque je me suis abstenu de dire ironiquement que le batteur a été influencé par Ringo, j’ai dit ironiquement que le contrebassiste a sans doute été influencé par McCartney… Mais merci quand même pour les précisions!

    • Sans vouloir détourner le sujet de nos locaux, Scott LaFaro vaut vraiment la peine d’être écouté. Un grand mélodiste tous genres confondus. En trio avec Bill Evans, le jeu de LaFaro est magnifié. D’ailleurs, les amateurs de «belle musique » devrait tendre l’oreille vers ce trio. Un exemple :

      https://www.youtube.com/watch?v=P0FIsFD9MXU

      Mon cell ne m’a pas permis de lien vers misc. Vais réessayer plus tard. En 2:42, Côté avait l’air de faire quelque chose de bien.

    • Toujours concernant MISC, quelle excellente idée de reprendre Bélanger, ce compositeur qui sait écrire de très belles mélodies. Ici, une visite jazz qui arrive à point. Seul point négatif, le trio aurait très bien pu faire l’effort de trouver un nom francophone. C’est dans ces petits détails que l’on démontre notre fierté de notre langue, de notre culture et que, par conséquent, on combat l’assimilation. Il y a de très beaux mots français que les anglophones peuvent apprivoiser.

    • Absolument, en voici quelques-uns : escargot, déjà vu, ménage à trois, maître d’, coup d’état, à la carte, esprit de corps et femme fatale.

      Sinon, ce Philippe Côté — qui a l’air pas mal au-dessus de ses affaires sur la pochette — a fait qqchose de vraiment beau (à l’écoute; j’imagine que visuellement, sur scène, ça ne casse rien, Sir Mick peut dormir tranquille). On sent que ça tiraille du côté de P. Glass et du Gros Ricky.

    • Jacques Kuba Séguin très belle sonorité. Là où nous découvrons le plus de créativité c’est du côté de l’ajout du Quartet Bozzini. Une écriture qui est très intéressante (pour paraphraser Richard Therrien). Alarie, rien à ajouter, mais j’ai bien aimé Cayer. C’est certainement à suivre.

      @Luc_Marchessault Assez désagréable de voir tourner à la dérision un commentaire qui se voulait sérieux.

    • Loin de moi l’idée de tourner votre commentaire en dérision, puisque je suis tout à fait d’accord avec vous : je déplore moi aussi cette manie du nom anglais, que ce soit celui d’un groupe de jazz, d’un resto, d’un bar ou de quoi que ce soit d’autre, ici. J’ai le français à cœur, la teneur de certains de mes commentaires ici en témoigne, depuis longtemps. Quand on ne se respecte pas soi-même, difficile de l’exiger d’autrui, n’est-ce pas? Mon énumération des emprunts français les plus clichés se voulait une pointe sarcastique dirigée à la fois vers les francos autopunitifs et les anglos anglocentriques. Désolé que vous y ayez vu quoi que ce soit d’autre.

    • Luc, je crains que dans 30 ans tu fasses encore des tournées nostalgie avec ta blague sur Ringo.

    • Je le crains également. Luc sans sa bande de All-non-stars, en prestation au Beaubien Deli, le 8 avril 2046, soupe aux pois gratuite/free peasoup.

    • Tu me gardes un billet?

    • Bien sûr. Il sera dans une enveloppe à ton nom, à la table de presse.

    • J’ai déjà hâte.

    • Plus que 10 956 dodos.

    • Je ressortirai aussi une autre vieille blague, pour l’occasion : « Combien de femmes y avait-il au show de King Crimson? Réponse : Une, derrière le bar. Et combien de bières a-t-elle vendues dans la soirée? Aucune, mais elle a servi 864 shooters de Quick aux fraises. »

    • Est-ce qu’on peut péter de rire? Parce que j’aimerais mieux qu’on me serve la soupe après la représentation, siouplait. En plus, s’il y a du jambon dans la soupe, j’espère qu’il sera halal parce que moi je suis inclusif et ouvert sur le monde. Plus de 10 000 dodos, quand même. Ça fait des dodos en ta. J’espère que je vais me réveiller encore dans ce temps-là…

    • Parlant du Gros Ricky, Collin Stetson a eu l’idée de “réimaginer” sa 3e symphonie en la saxophonant d’un bout à l’autre, avec cordes et percussions en prime. On écoute ça et c’est comme si GYBE avait été influencé par Górecki, et non le contraire.

    • Pour les curieux : http://music.cbc.ca/#!/blogs/2016/4/First-Play-Colin-Stetson-Sorrow

    • Où est Manon? Elle est sortie, il faut qu’halal à l’épicerie acheter du bacon de dos.

    • La cour est pleine.

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