Alain Brunet

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  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Vendredi 25 mars 2016 | Mise en ligne à 10h32 | Commenter Commentaires (76)

    Fred Fortin, Ultramarr

    Fred Fortin Ultramarr

    Pour son cinquième album solo en deux décennies, Fred Fortin se distancie provisoirement de son clan (Gros Mené, Galaxie… sauf Olivier Langevin qui joue parfois la basse). Mais il ne se distancie certes pas de son américanité, de sa québécitude, encore moins de sa bleuétude version Saint-Prime – où se trouve le fameux chalet, temple forestier où se pratiquent des rituels pour le moins éclairants.

    Enregistré de concert avec Joe Grass (pedal steel, dobro), Andrew Barr (batterie), Brad Barr (guitares), François Lafontaine (claviers) et Samuel Joly (batterie et percussions), cet opus de l’auteur-compositeur interprète s’avère une authentique contribution à la chanson francophone d’Amérique, que l’on peut qualifier ici de kébéricana. Une autre pierre à l’édifice de Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron.

    Les fréquentations de l’auteur-compositeur-interprète l’ont mené à défricher de nouveaux territoires musicaux, hybridations entre folk, rock psychédélique ou prog, alliages qui n’ont aucun équivalent québécois sauf quelques phases country-folk et country-blues, séquences pentatoniques qui nous ramènent sur le plancher des vaches et des vachers.

    Il y est question d’introspection au je, d’amour fidèle et contemplatif, de tops de cigarette, de bagnoles, de carburant fossile, d’exaspération, d’hiver, de gratte, de charrue, de vaisselle, de prélart, de Canada sous Stephen Harper, bref une cabane hautement poétique, érigée à même les matériaux du quotidien.

    L’expression de cette langue familière y est mieux maîtrisée que jamais auparavant, la marmotte intérieure de Fred Fortin s’exprime avec sensibilité et maîtrise, l’équilibre entre les sons et les mots témoigne d’une pleine maturité. On lui reconnaît encore ce sens de la parole intime et sensible, souvent en équilibre parfait avec le sens de la composition et de l’exploration dans les limites de la forme chanson.

    LIENS UTILES


    ÉCOUTE INTÉGRALE ET ACHAT DE L’ALBUM ULTRAMARR SUR BANDCAMP

    Fred Fortin, profil Grosse Boîte


    • Il y a assez de québécitude pour écouter çà en route vers la cabane à sucre la plus éloignée possible, et c’est en même temps assez urbain (surtout la première moitié), pour illustrer musicalement le profil de la ville de Montreal à son retour. Certaines pièces plus usinées donnent l’impression que c’est son meilleur opus. Fortin explore davantage dans la première moitié, et assume ses plus anciennes influences un peu plus tard. Je pensais décrocher au départ dans cette deuxième moitié, mais Fred y libère son charme peut-être, alors qu’il est plus rationnel au début, donc on peut parlé d’un produit balancé.

      Pour le moment çà s’écoute facilement le matin. Je vais savoir plus tard à quel point j’apprécie ou si certains poncifs me fatiguent. Mais l’impression demeure que l’album on va l’entendre même sans le jouer à la maison. J’irai demander à mes amis anglos ce qu’ils en pensent.

    • Suite logique de ses précédents albums… Plus mature cependant… L’apport extérieur de son cercle habituel d’amis musiciens se sent encore plus…Bref, un maudit bon album!

    • En parlant de critique, en voici un qui a peut-être changé son crayon d’oreille au fil du temps.

      https://voir.ca/musique/2011/10/20/fred-fortin-on-sest-plante/

      Je ne sais pas trop pourquoi Fortin n’arrive pas à percer dans un marché plus grand public. C’est peut-être une question de ver d’oreille. Plume aussi est abrasif, mais il a accouché de refrains accrocheurs. Les ballades de Desjardins sont douces, chais pas. Avant de toucher le gros lot, Vallière roulait pas mal en parallèle de la culture populaire lui aussi.

      Si Fortin chantait dans la langue de Springsteen et qu’il avait grandi au Wyoming, même si seulement 1% de la population made in USA s’intéressait à son art, ça lui laisserait quand même un bassin de 3 millions de personnes prêtes à payer pour le voir en show. Des fois, je trouve ça plate pour les artisans d’ici. Quelle serait la place d’un Claude Dubois dans la culture populaire nord-américaine s’il avait chanté dans la langue de Neil Diamond?

      Me reste à écouter les extraits, asteure.

    • Sans vouloir être mesquin, le chapitre de la biographie de Laurent portant sur la période « critique » de sa carrière pourrait s’intituler « La perspicacité du chaudron (celui-ci reconnaît-il le potage qu’on mitonne en lui ?) ».

    • Bon j’exagère un peu. Un tout petit peu.

    • Atchoum, Fred Fortin a assez de fans pour le faire vivre; ici, cependant, je crois qu’il a atteint son plein potentiel de rayonnement. On lui souhaite surtout une expansion en Europe – qu’il profite plutôt de l’admiration que lui porte un Thomas Fersen, par exemple. Qu’il devienne “grand public” dans le marché québécois est un fantasme inutile, sauf bien sûr lorsqu’il s’agit de passer de la classe moyenne à la petite bourgeoisie. Cela reviendrait à un coaching empathique dans La Voix, une relative simplification des équations musicales de ses chansons, quelques règles d’émondage exigées par la FM, des passages sur toutes les plateformes que prisent les plus gros marchés disponibles. Et oui, si Tom Waits était Québécois franco, il ne serait pas plus populaire que Fred Fortin… peut être encore moins.

    • J’ose une comparaison. Si Fred Fortin chantait anglais, avec son mélange indie et américana, et artiste depuis fin 90, çà donnerait peut-être, hmm… quelque chose comme M. Ward?

      Le vidéo de M. Ward le plus populaire de Youtube, c’est 1.2 millions, et çà c’est pas les clients, c’est juste les curieux:

      https://www.youtube.com/watch?v=ToEPFDIzhNA (ironie du titre dans ce contexte)

      Pour avoir 3 millions de curieux, il faudra probablement que Fred Fortin s’acoquine avec une belle actrice-canteuse-à-ses-heures à faire trémousser les hipsters de type Zooey Deschanel (She & him).

      À moins bien sûr que Fred Fortin soit considéré comme l’équivalent québécois de Chris Stapleton (exercise inverse: qui est le Chris Stapleton québécois?).

      Ok, Kurt Vile a un video de 3 millions, UN, mais en moyenne M. Ward fait mieux, pour un artiste qui comme Fortin existait bien avant Youtube.

      Si vous me dites que Fred Fortin a RIEN à voir avec M. Ward, quelle comparaison insultante, etc, euh… Bien moi je pense au Fortin d’avant Ultramarr en partant, et puis, si Fortin faisait mieux ce serait peut-être pas pour les bonnes raisons, mais plutôt son côté le plus accessible qui soit qui n’est pas nécessairement heureux à mes oreilles.

    • (en passant, un video pour une chanson datant d’avant Youtube à évidemment moins de chances de voir ses views boosté par effet médiatique)

    • Bien sûr, d’heureux accidents de parcours peuvent créer un effet viral et changer la donne. Le plus bizarroïde des artistes peut ainsi devenir une star virale sur l’internet.

    • “Pour le moment çà s’écoute facilement le matin. ”
      Ça s’écoute bien le soir itou.

    • Le Chris Stapleton québécois? Je n’en connais pas qui sont doués d’une telle belle voix soul tout en vouant un culte à la sainte trinité (outlaw) country/folk/rock. Il y a des trucs qui s’approchent un peu ou moyennement, comme Dany Placard, Francis Faubert (son récent « Maniwaki » cogne fort, dans mon cortex auditif), Louis-Philippe Gingras, entre autres.

    • La chanson Ultramarr sur bruit de fond vintage est plutôt cool,( C’est ce qu’on appelle garage? C’est concept vous me direz!!)

    • Le rapprochement « toutes proportions gardées » entre Fred Fortin et M. Ward a du bon sens : fiers et humbles créateurs folk-rock (quoique plus rock chez Fortin) à peu près du même âge, tenants d’un anti-lyrisme nord-américain magané, lutte organisée contre le prosaïsme, aussi à l’aise à la campagne qu’à la ville, personnages à la fois sympathiques et rugueux pas tellement portés sur les mondanités, chroniqueurs multi-instrumentistes non virtuoses, compagnons aimés de leurs pairs, participant à divers projets et albums (Ward avec Jim james, Pādichah des fabulousses My Morning Jacket, collaborateur du gars du billet précédent; Fortin avec tous ceux que vous savez, dont le susmentionné Francis Faubert).

    • Sultitan :

      “Pour avoir 3 millions de curieux, il faudra probablement que Fred Fortin s’acoquine avec une belle actrice-canteuse-à-ses-heures à faire trémousser les hipsters de type Zooey Deschanel (She & him).”

      Jérôme Minière avait fait une toune avec Karine Vanasse pour la bande son du film “Du pic au coeur”, au début des années 2000 :

      https://www.youtube.com/watch?v=ePcoi46orcs

      Karine avait encore ses bajoues de bébé, toutefois.

    • Fred Fortin me fait beaucoup penser à Julien Gagné et Basta. De la musique sans compromis et un propos qui veut dire quelque chose. https://www.youtube.com/watch?v=kUdToSZjjdM

    • Ouais… Le buzz Jérôme Minière est derrière nous, c’est triste mais c’est ça. À MTL, il n’a joué qu’une fois son dernier album (superbe en ce qui me concerne, mais je constate que plusieurs collègues plus jeunes n’embarquent pas pantoute) avec une formation complète, puis il a donné des représentations à deux musiciens plus sa compagne aux effets visuels. Sympa mais moins percutant. Et moins attractif…

    • Je me souviens très bien de Basta. Difficile de comparer… Basta est mort dans l’oeuf et la zizique était pas mal différente dans l’ensemble.

    • Alain :

      Je crois que tu confonds le groupe Basta des années 90 qui a effectivement eu une carrière plutôt éphémère. :) Julien Gagné et Basta est un groupe dont le leader me semble être le chanteur qui s’appelle Julien Gagné. J’aime beaucoup ses textes. Un peu dans la veine de F. Fortin.

    • Ah OK ! Je viens de voir ça, effectivement, ça peut se rapprocher.

    • Je crois que Fred Fortin comme Jérôme Minière sont trop peu enclins à faire du bruit médiatique… Ils méritent un auditoire pas mal plus grand mais ils ne l’auront pas, faute d’auto-promotion. Je ne pense pas que Fred pourra percer davantage en France, pour cette même raison, car on doit mettre les bouchées triples là-bas afin de se faire voir.

    • @Norvège

      ;-)

      De temps à autre j’essaie d’inverser cette manie que j’ai de réserver les propositions plus expérimentales pour la soirée ou la nuit. Le matin j’ai parfois l’impression d’être un vieux hippie.

      En passant, en fait c’est plutôt un message pour le thread sur Schafer, mais… Il vous reste 2 jours pour aller voir le concert pour oiseaux, guitares et amplis de Céleste Boursier-Mougenot “fom Here To Ear v. 19″ au Musée Des Beaux Arts (de Montreal). Bon, c’est plutôt philosophique, mais digne du meilleur John Cage. Attention, vous pouvez attendre jusqu’à 2 heures (1 heure de moins si vous avez les billets pré-achetés). Je me demandais si la presse en avait parlé. He oui: Petrowski. Mais l’artiste à un backround en musique, çà me semble naturel d’en parler ici.

    • @Luc_M

      C’est comme Jean Leloup avec un soupçon de Stereolab à leur plus pop.
      C’est cute. 389 views. Tst, tst, Échec.

    • Populaire : Fred Fortin ne sera probablement jamais “populaire”. La chanson Oiseau par exemple, superbe au niveau des arrangements et du groove …. mais pas de refrain imparable, pas d’image simple sur laquelle on frappe avec un marteau, présence de breaks charmants mais weirds. Pas le côté carré, épuré, magnifié-greater-than-life de ce que peut faire Leloup par exemple. Et ce n’est pas que la misère ne puisse pas être intégrée à une proposition qui devienne populaire.

      Mature : je suis content de constater que son côté histoire-de-personnages très présent souvent dans le passé laisse ici place à plus de “je” … à part Ultramarr bien placée en queue d’album … j’aime mieux quand il décrit le monde à partir de lui-même directement

      Sabotage : Par exemple, la structure de Tête perdue, venir briser la chanson avec la partie sur l’amour et les bumpers … puis finir la toune frette sec de même … c’est un peu comment dire, décevant, ou self-indulgent … come on!

    • Et merci Alain pour le clip du lancement, je n,avais pas réalisé qu’il y avait deux claviéristes (en plus de 2 drummers)!

    • Moi je trouve qu’Oiseau a des chances de devenir mainstream. C’est accrocheur avec selon moi une image simple. Un bon clip aiderait. C’est injuste si Le Monde Est À Pleurer passe et pas çà.

      J’adore le stop dans Tête Perdue et la reprise. Moi j’en prendrais plus, des déroutements comme çà. Le côté saboteur, peut-être le brouillard psyche dans Oiseau s’étend, ce qui n’est pas un problème pour moi, mais le grand public apprécierait un retour vers le sec, peut-être en accentuant un moment clé “J’sais bien qu’tu peux pas chanter”. Çà, il a perdu l’effet. Gratte aussi à des paroles un peu frivoles ou désinvoltes pour une musique plus feutrée et mélancolique (une plote qui s’frotte sur une barre de Brian Wilson, tsé).

      J’ai bien peur que c’est Tapis Noir qui serait choisi comme hit, une chanson très keb MOR qu’une bonne part de son auditoire s’attend à entendre de lui.

    • J’ai rien à rajouter à la conversation, mais j’ai acheté le cd et j’aime beaucoup. Ça donne le goût d’explorer ses albums antérieurs.

    • Ce gars-là déchaîne pas les passions, mais il est addictif, quasi subliminal.

      RE: si Tom Waits était Québécois franco, il ne serait pas plus populaire que Fred Fortin… peut être encore moins. Là, permets-moi de douter. TW c’est comme le lion de la Warner Brothers sur une grosse brosse, Et Fred, un chat de gouttière sympathique qui se pointe de temps en temps dans ma cours…

    • Tom Waits est sobre depuis une éternité mais bon… on peut spéculer sur son possible rayonnement s’il chantait en keb franco. Ce n’était qu’une image pour illustrer les limites quantitatives du marché francophone et de l’expression francophone d’Amérique.

    • come on, on va pas commencer à comparer Fred Fortin et Tom Waits … je l’aime bien Fred mais le jour qu’il pondra quelque chose de mélodiquement fort comme Heartattack and Vine ou d’innovateur (pour l’époque et le contexte) comme Swordfishtrombone on pourra s’amuser à se dire que ouin il est né 1200km trop au nord pour son propre bien en fait de rayonnement.

      Mais pour continuer dans les fleurs, je trouve qu’Ultramarr est le premier album de Fred Fortin qui s’écoute bien d’un bout à l’autre. Les autres me donnaient toujours l’impression de 2-4 chansons fortes parmi du “filler material”.

      Et pour lancer un petite brique, la voix … il chante super juste, avec expression et une certaine variété, mais le côté éraillé qui est mis de l’avant n’ajoute pas grand chose et fait un peu maniéré, une distraction inutile qui met un petit voile entre l’auditeur et le flot des mots.

    • C’est que j’aime avant tout chez Fred Fortin, c’est sa signature harmonique. Il a le don d’enchainer des accords qui sonnent comme peu savent le faire. Le 3e accord dans 10 piasses illustre bien la chose. Ça écorche un peu la 1ère fois mais c’est pour tout de suite y revenir une fois la chanson terminée. J’aime bien aussi ses histoires de déglingués comme dans dans Gratte et autres Chaouin… Hâte d’écouter le tout.

    • bebop,vous pouvez tout écouter sur le lien bandcamp ! Je serais curieux de savoir quelle proportion de lecteurs utilise le lien de l’écoute intégrale. J’ai souvent l’impression que les gens ne vont que sur les liens Youtube….

    • Tom Waits c’est 25 ans et plus de carrière avant Fred Fortin, la comparaison est injuste.

    • En fait, sutitan, on peut prendre n’importe quel artiste anglo-américain de même génération que Fred Fortin,dont le style est plus ou moins comparable au sien et conclure à un potentiel de rayonnement considérablement réduit par rapport au marché anglo. C’était le but de la comparaison, sans plus.

    • C’est comme si Fred Fortin se disait “ah, moi je me suis arrêté à Tom Wait. Il y a puls rien après Tom Wait.”

      Au lieu de “ah, moi je me suis arrêté à Stephen Faulkner, il y a plus rien après Faulkner.”

      (Je dis çà car, comme Luc_M le soulignait, oui Faulkner semble avoir une grande influence sur Fortin.)

    • Alain

      Moi je pensais que le but était de trouver un artiste anglo de la même génération et comparable à Fortin et décider si il aurait le même rayonnement que ceux-ci s’il chantait en anglais.

      Autre comparaison: Fortin a t’il des chances égales face à Aidan Knight pour le Polaris? Est-ce que le fait de jouer dans les platesbandes du MOR (keb MOR) joue contre lui, ou est-ce que les juges du Polaris ont un bias pour les sonorités exclusivement contemporaines.

    • Waits > Fortin > Knight ;)

    • mais oui il a un bon potentiel de ce côté, FF, faire la liste de finaliste du polaris

    • sultitan, non non, je voulais simplement comparer grossièrement des artistes qui joignent plus ou moins les mêmes parts de leurs marchés respectifs. Mais je comprends la confusion…

    • J’irai Alain. Merci pour le reminder!

    • Je ne parlais pas de sobriété non plus, Alain. Je parlais de grosseurs de minous, de statures. De la même manière que Richard Desjardins est fan fini de Bruce Springsteen, et Desjardins n’étant certainement pas dénué de talent et de poésie, mais il n’en a pas la stature non plus, que ce soit en français ou en anglais.

    • Le vinyle est sorti? Dans la veine du mariage alcool/disque: je vais déguster ça en buvant un Special A double IPA d’Auval. Le meilleur du Québec artisanal.

    • Pour répondre à votre question M. Brunet, j’utilise toujours le lien vers l’écoute intégrale lorsqu’il n’est pas Spotify. Je me tente des fois vers Deezer, j’y vais à chaque fois sur Bandcamp.

      J’adore cet album. C’est carrément dans mes talles!

    • Après quatre écoutes d’Ultramarr, je reste sur ma faim. « Oiseau » est très bonne. « Douille » est moyenne. « 10 $ » bonne. « Gratte » moyenne-bonne. « Tapis noir » bonne. « Tête perdue » moyenne. « Grippe » bonne. « L’amour ô Canada » faible; ça donne le goût de réécouter « 2015 » de Mononc’ Serge, concepteur chevronné de grafignes creuses comme des rigoles, dans ce rayon. « Molly » moyenne, pour ce type d’exercice de style. « Ultramarr » est un bon pastiche armstronguien. « Tite dernière » très bonne… et très courte, j’aurais pris 10-15 minutes de plus de ce blues qui semble venir de creux.

      Je me fais un petit bilan personnel de 20 ans de FF et je constate que mon album préféré demeure « Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron », dont l’équilibre candeur-lucidité et l’ingéniosité me font encore de l’effet; des tounes comme « Portait d’un ovni » et « La paix dans le monde » demeurent à peu près insurpassables, à mes oreilles, dans le répertoire de Fortin. Ensuite, c’est « Planter le décor » avec notamment « Scotch », une autre très très difficile à battre. Puis « Le Plancher des vaches » et « Plastrer la lune ». Et « Ultramarr » en qqpart dans ce coin-là.

      Je n’en continue pas moins d’admirer FF qui, à la mi-quarantaine, entretient honnêtement et vaillamment son statut d’astre indépendant – sans faire la guidoune comme Leloup –, pourvoyeur d’un rock qui a depuis longtemps débordé du Lac et irrigué le terreau des Peter Paul, Langevin et compagnie. Fortin fait ce qu’il veut et ce qu’il peut, ce qui équivaut souvent, pour le franco d’Amérique qu’il est, à avoir un beau et bon ski-dou, mi-vintage mi-turbo-visionnaire, mais dont la chenille tourne de t’sour dans’ marde.

    • Musicalement, le ratio création/tradition dans cet album est de 70-30 ou 65-35. Ce que Fred Fortin propose musicalement dans le côté création, il ne l’a jamais fait auparavant et c’est très réussi pour ma part, d’autant plus que ça tranche avec de nombreuses années dans l’esthétique d’un même trio de propositions relativement stabilisées (Gros Mené-Galaxie-projets solos précédents). La partie tradition est un ancrage dans le blues, le country ou peut-être même le jazz primitif armstronguien comme Luc le suggère justement. Pour le texte, je vois aussi un progrès, une maturité atteinte dans ce type de poésie en langue familière. Somme toute, je suis personnellement rassasié. En tout cas, je trouve cet album supérieur au solo précédent (Plastrer la lune) et au premier album de tous – moins bon musicalement que celui-ci, Joseph-Frédéric machin avait l’avantage de nous faire découvrir une personnalité chansonnière devenue incontournable dans notre paysage.

    • Pour ce qui est des textes, je les trouve assez légers quant au fond, par rapport à des pièces comme les trois que je mentionne ci-dessus (dont « La paix dans le monde » : « (…) Les schizos, les craquepotes, les névroses, les dépress’, les heureux malgré tout, faut vivre avec » ou « Scotch » : « (…) J’ai marché toute ma vie, à soir j’pars en taxi, jusqu’au bout du compteur (…) Donne-moi, un verre de slotche, pour faire descendre le scotch qui me lève le cœur »); le ton assez léger donc, mais rien ne me fait sourire comme dans « Conconne », cette pièce où FF chantait « Y’a trop de bonnes chansons, en voici une mauvaise – J’ai poussé la chanteuse au fond de la falaise – Et dans son dernier cri, pour la première fois, j’ai ressenti l’émotion, exprimée par sa voix, dans la gorge du canyon : a’ faussera pus, la conne ». Pour ce qui est de la forme, j’ai de la misère à y discerner une hausse de niveau, Fortin a toujours bien organisé ses mots. Ça râpe le garde-fou prosodique, des fois, mais ça passe tout de même bien. Bref, je ne lui souhaite pas trop de maturité textuelle, à FF.

    • La musique : François Lafontaine, en passe de devenir le Spooner Oldham de la musique pop relevée québécoise de la première moitié du 21e siècle, tant ses apports se chevauchent et se multiplient, pourrait bien être la botte secrète de ce son inusité chez Fortin : tel Garth Hudson, un autre vieux de chez vieux de l’américana profonde, claviériste éméritus que ses collègues surnommaient « Honey Boy » parce qu’il restait au studio pour rehausser-ornementer-peaufiner les pistes au moyen d’ajouts et d’ajustements judicieux, Lafontaine renippe les tounes en touchant les touches adéquates. Et cette batterie fluide, mais avare de « fills »… Bill Ward n’était pas disponible?

    • Musicalement, ce n’est pas tant une hausse de niveau en termes de coefficient de difficulté technique que d’une diversification conceptuelle, soit dans l’amalgame des genres, textures, instrumentation, arrangements. Pour le texte, effectivement, plusieurs “classiques” de FF comportent des perles mais il y en a de très belles sur ce p’tit dernier, comme “t’en viens-tu me prêcher des malheurs dans ta robe de monastère”, ou “j’ai passé l’hiver à passer la gratte / j’aime mieux passer du temps avec la gratte / que d’passer l’hiver à m’gratter tout seul”, ou encore “l’amour c’est pour les papillons pis les bumpers”…

    • Oui, le texte de “Gratte” est celui que je trouve le plus savoureux, surtout le dernier couplet.

    • @ ghost

      Je suis présentement en train d’essayer ta suggestion de combo alcool/musique. Ça le fait en batinse.

    • C’est fou les goûts. Tête Perdue est probablement ma favorite (la moins Fortin? Non, il nous rappelle que c’est du Fortin au milieu), et Tapis Noir celle que j’aime le moins.

      Je suis de l’avis de Brunet. En tout cas pour mes oreilles çà s’en vient de mieux en mieux. Pas convaincu qu’il mérite le Polaris au dessus de Aidan Knight, mais c’est plus affirmatif et puissant, il attire davantage l’attention. On verra.

    • Aidan Knight s’en vient à MTL, d’ailleurs: le 15 avril au Patro Vys.

    • @blackened

      Je vais faire pareil cette semaine, j’en ai quatre dans le frigo. Il ne me reste qu’à trouver le vinyle. Pour les autres, je vous conseille le streaming avec une Blue Ribbons… ;-)

      Bien content de te lire Blacky.

    • Les probabilités qu’un artiste franco accède à la liste restreinte du Polaris sont très minces, compte tenu de la minorité de jurés francos qui se prononcent et que, parmi ceux-ci, il peut s’en trouver qui sont peu sensibles à la chanson franco. Un exemple : « Piano élégant » de Chocolat n’a pas été retenu dans la liste restreinte en 2008, alors que Caribou, Black Mountain, Basia Bulat, Kathleen Edwards, Holy Fuck, Plants and Animals, Shad, Stars, Two Hours Traffic et The Weakerthans y étaient. Allô? C’est sûr que si la majorité des jurés n’ont rien à glander de ce qui se fait ici, ça part mal. On me dira qu’il y a eu Karkwa, ce à quoi je répondrai qu’il a dû s’agir d’un geste symbolique.

    • Karkwa est peut-être l’exception qui confirme la règle mais… il faut aussi réaliser qu’on n’a pas grand-chose de très solide en français par les temps qui courent (sauf le hip hop franglais: Dead Obies, Brown et Koriass), FF est une rarissime exception. Mode oblige, une production comme celle d’Essaie Pas a peut-être plus de chances de faire son chemin vers la liste courte…

    • Il faut des prix Laurentiis. Alain?

      Le jury: Mathias Brunet, Effet_placébeau, LucCanyon, Casper le gentil fantôme, Sultitan of Swing, Fruitoftheloom, Blackie, Boulgaga et NorwëgeKébec.

    • Oui, il le faudra tôt ou tard. Le prix de la critique à l’Adisq me laisse sur mon appétit. Je n’y ai d’ailleurs jamais participé.

    • Quelques trucs d’ici lancés depuis le début de l’année, qui sont sûrement autant à la mode que la plupart des trucs qui se retrouveront sur la liste restreinte du Polaris :

      Olivier Bélisle – Une fois par jamais
      Karim Ouellet – Trente
      Pandaléon – Atone
      Misc (ex-Trio Jérôme Beaulieu)
      Medora – Les arômes
      Mordicus – Edgar Allan Pop
      Laurence Nerbonne – XO
      Sarah Toussaint-Léveillé – La mort est un jardin sauvage
      Simon Kingsbury – Pêcher rien
      Les Goules – Coma

      Il y a une couple d’albums que je n’ai pas encore écoutés au complet, mais dans l’ensemble c’est du bon ou du très bon stock.

    • en vrac :

      Tête perdu, une de mes préférées aussi, malgré que je la trouve inachevée

      Conconne : pas une mauvaise écriture mais une énergie un peu immature, porteuse d’aigreur, pas ce que je préfère chez Fortin. D’ailleurs son premier album, de mémoire, y va fort dans cette voie, mais je suppose que quand on aime mononc Serge on y trouve son compte.

      Polaris pour les francophones, c’est quoi 0.75 nomination/année en moyenne sur la liste courte … rien pour crier à l’injustice à mon avis. Mais oui un gamiq rehaussé ça ne ferait pas de tort.

    • Aussi valable puisse-t-il être, le GAMIQ n’est pas comparable aux Mercury et Polaris car ses trophées ne sont pas attribués par une communauté de professionnels de la musique, journalistes et autres connaisseurs. Cela dit, je ne suis vraiment pas sûr qu’un seul trophée puisse être crédible; le Mercury et le Polaris sont plutôt devenus la récompense suprême de la branchouille et cette branchouille a de nombreuses carences en chanson d’auteur, musique instrumentale contemporaine, musique électronique, musique improvisée ou musiques issues des autres groupes linguistiques. Toutes ces niches ont généralement très peu de chances (ou aucune chance) de parvenir au sommet.

    • “je suppose que quand on aime mononc Serge on y trouve son compte”

      On parlait de l’influence de Dédé Fortin, mais l’influence de Mononc’ Serge était aussi patente sur le premier album. Je me demande d’où ça vient car Mononc’ n’avait pas encore sorti d’album. Des shows solo? Les chansons sur les albums des Colocs? Je me demande vraiment.

    • Polaris, c’est 50 000 dollars. Toute une tape dans le dos.

      Je trouve que Polaris, qui s’imagine représenter le Canada avec un journaliste par région ou ville dans le juré, doivent absolument avoir un représentant franco pour le Québec. Je ne sais pas si c’est toujours le cas. Ceux-ci décident de la liste des 40.

      Il y a un bon nombre de participants franco dans le jury (ceux qui votent). Je vois Alain Brunet dans la liste, je ne sais pas si il a déjà été sélectionné, mais normalement le jury change chaque année, j’espère que c’est vérifié. Beaucoup de gens dans la liste semblent quand même pas des deux de pique, je leur fais confiance.

      http://polarismusicprize.ca/jury/

      Il y a déjà les Juno pour la musique plus accessible, plus pop. Et pour la musique expérimentale, effectivement le réseau est petit. Polaris aime la musique populaire pas trop cliché, ni trop expérimentale. Mais il n’y a pas de règle absolue qui dicte qu’un album extraordinaire hors du rock et pop ne peut se retrouvé gagnant, çà dépend de ce que le juré et jury écoute.

      Merci Luc_M pour cette liste. Il ne faut pas oublier Paupière, à surveiller! (également une découverte de Luc_M)

    • Je vote pour la liste longue et la liste restreinte du Polaris. Je n’ai jamais été membre du jury pour l’attribution du prix. Je continue de voter malgré les carences inhérentes à l’attribution de ce prix, car c’est le seul qui ne représente pas de conflit d’intérêt pour un journaliste et c’est un des très rares prix qui puisse récompenser un artiste pour des raisons pertinentes, autres que l’impact quantitatif et le succès à court terme. Oui, j’ai déjà voté dans les jurys de l’ADISQ comme la plupart des journalistes l’ont fait, mais j’y ai renoncé il y a quelques années, afin d’éviter tout conflit d’intérêts et me prononcer plus librement sur les activités de cette association de producteurs.

    • Je pensais que le prix était attribué automatiquement suite au décompte du vote de la liste courte. Si vous votez, c’est le jury, non? Le juré lui soumet la liste initiale. Ou je n’y comprends rien, pas grave.

    • Il y a deux jurys, en fait. Une vaste communauté de journalistes et professionnels vote pour les deux premières étapes d’élimination (liste longue et liste courte), puis un jury restreint détermine le gagnant.

    • ”On parlait de l’influence de Dédé Fortin, mais l’influence de Mononc’ Serge était aussi patente sur le premier album. Je me demande d’où ça vient car Mononc’ n’avait pas encore sorti d’album.”

      J’ai vu les Colocs en spectacle avant qu’ils soient signés ou sortent un album. J’en garde de très bons souvenirs, mais le membre qui m’a le plus marqué sur scène est définitivement Mononc Serge. Il était vraiment à part, avec un humour et un habillement assez décalé par rapport aux autres. Peut-être que tout ça a laissé des traces.

    • Merci, effet!

      À l’époque, je n’écoutais pas les Colocs. J’étais plus Leloup, j’imagine. Je découvre depuis 5 ans l’importance et surtout leur qualité d’écriture.

    • Je suis débarqué à ce concert un peu par hasard (on m’a donné des billets et j’étais à 100 mètres de la salle) et non parce que j’étais un fan. Pas de mérite, donc. Reste que j’ai vu le band 3-4 fois ensuite et c’était toujours très convaincant (mais sans Mononc Serge). J’aime bien les disques aussi, mais surtout Dehors Novembre.

    • Mais finalement, euh, vous en pensez quoi du nouveau Fortin, Unholy et Effet?

    • Ils ont joué au Pigeonnier au Festival d’été. J’étais sur la Grande allée et j’ai jeté un coup d’oeil: c’était un vrai sauna atomique avec un Dédé charismatique, un peu comme La Mano Negra à la même époque. C’est le plus proche que j’ai été d’un show des Colocs. Je le regrette aujourd’hui. DN est un chef-d’oeuvre.

    • J’ai vu Mano Negra en 90 au festival été de québec. C’est pour dire, j’ai jamais aimé Mano Negra autant que les anciens bands de Manu Chao (dont j’adore le travail solo). J’ai eu la chance de jaser avec Chao une couple de fois à l’époque des Carayos, et pourquoi donc? Parce que c’est à quel point il était avenant et charismatique (comme tous les membres des Carayos d’ailleurs).

    • Oui, j’ai vu la Mano Negra à la Place d’Youville. Avec Leloup au même endroit, ce fut les deux meilleurs shows à vie du Festival. D’ailleurs, les deux furent interdits du Festival pendant des années, si je ne m’abuse.

    • Sultitan, je n’ai pas encore écouté. Y’a pas de presse. Streaming: bien mal acquis ne profite jamais…

    • Non y’a pas de presse, effectivement. Le seul problème, c’est de ne pouvoir réagir sur ce qui est proposé quand le vinyle n’est pas sorti… et parler d’autre chose par voie de conséquence. Vraiment pas l’intention de repartir un débat sur la soi-disant supériorité du vinyle (j’y crois moins que jamais mais bon…), mais préférer le vinyle n’exclut pas la possibilité d’écouter du streaming sans attraper la peste ou le choléra.

    • non, parlons-en du vinyle … ça prend trop de place à la maison, les aiguilles et cassettes des gens ne sont la plupart du temps pas en un état optimal, la qualité des pressings est souvent déficientes, le son est souvent une version dégradée d’un mastering numérique de chansons qui ont été enregistrées en numérique, …. je blague un peu mais pas tant que ça :)

      question par rapport à FFortin, c’est quoi cette tendance chez les artistes québecois de sortir un album puis de faire la tournée 6 mois plus tard? marketing?

    • S’agissant de l’influence possible de Mononc’ Serge sur FF :

      1) On sait que Mononc’ Serge a aussi sévi au sein des Blaireaux et des Quarts de rouge avant de se lancer en solo pour de bon, à peu près à l’époque où FF a lancé son premier album. J’avais acheté « Mononc’ chante 97 », son premier, un recueil de tounes sélectionnées parmi celles qu’il avait créées hebdomadairement pour CIBL. Ses « Funérailles de Lady Di » sont toujours aussi désopilantes, dix-neuf ans plus tard.

      2) Sur « Le plancher des vaches » de FF, Mononc’ participe activement à une pièce qui s’appelle « Gaspard », une toune de chat, comme « Chatte de Daure » de Plume et « Belzébuth » de l’autre Fortin. Influence de Foglia? La voici :

      https://www.youtube.com/watch?v=4Pyyp44RB50

      Ensuite, sur « Serge blanc d’Amérique », FF participe à la pièce idoinement intitulée « Fred ».

      3) On peut supposer que FF et Mononc’ se sont rencontrés par l’entremise de Dédé, bien qu’un tiers inconnu ait également pu être l’instigateur de la rencontre. Mara Tremblay a dû poindre dans le décor dans ces années-là, puis, avec la floraison rapido d’Olivier Langevin, l’on assista à l’apparition d’une pléiade formée des susmentionnés et d’autres anciens Frères à Ch’val, Taches et Sale affaire, qui finirent par constituer une sorte de commando d’élite du nouveau québécana gras post-référendaire.

    • clint-eastwood:

      “le son est souvent une version dégradée d’un mastering numérique de chansons qui ont été enregistrées en numérique.”

      Dans le mille! C’est de plus en plus flagrant, ainsi que des pochettes scannées des originales lors des fameuses édition Record Store Day. C’est du n’importe quoi.

      En fait normalement Ghost a accès à la version FLAC. Me semble que le vinyl, c’est aussi du streaming. C’est juste que tu te fais le streaming toi-même à partir d’un vinyl à la maison. Ok, je suis taquin.

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