Alain Brunet

Archive, février 2016

Jeudi 18 février 2016 | Mise en ligne à 17h50 | Commenter Aucun commentaire

Junior Boys, Big Black Coat

Junior Boys Big Black Coat

Parmi les Hot Chip, Disclosure, Chromeo, Session Victim et autres champions de la synthpop / dance / techno / indietronic qui font assurément se trémousser le popotin de leurs fans, le tandem ontarien Junior Boys (Jeremy Greenspan et Johnny Dark ) fait toujours belle figure. Avec cet élégant Big Black Coat, soit leur cinquième album studio depuis 2004, ces mecs trouvent le moyen de créer de nouvelles accroches mélodiques sensuelles, raffinées, pop au maximum.

Ces accroches sont pour la plupart portées par des grooves vitaminés et des structures chansonnières rigoureusement construites. Les pistes de claviers et autres sédiments de sons offrent ici de vrais suppléments de créativité sur les ponts des onze titres au programme : en fait, c’est exactement sur les ponts que se démarquent ces formes classiques de pop synthétique. C’est sucré, certes, mais c’est de la confiserie d’excellente qualité.

Et puis… Le week-end approche, on ne se prend pas la tête !

LIENS UTILES


Écoute intégrale de Big Black Coat sur Deezer

Junior Boys, site officiel

Junior Boys, profil wiki

Metacritic, moyenne de 80% fondée sur 16 recensions

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Dimanche 14 février 2016 | Mise en ligne à 18h25 | Commenter Commentaires (40)

Kanye West, The Life of Pablo… trois jours plus tard

KanyeWestTheLifeofPablo

Chantier pharaonique mais…

Narcissique devant l’Éternel, aux limites de la bipolarité, le néanmoins surdoué Kanye West est-il à la hauteur de ses prétentions dans ce nouveau cycle de création ?

Cette folie (assumée) des grandeurs s’illustrait jeudi par le lancement surdimensionné de l’album The Life of Pablo, soit dans un Madison Square Garden peuplé de centaines de figurants arborant les fringues de sa dernière collection.

Via la plateforme Tidal, non sans heurts, les premières écoutes de ce septième album solo dévoilé devant public n’ont pas mené à crier au génie. La confusion menant à la mise en ligne tardive d’une version allongée sur cette plateforme que possède le rapper Jay Z (ami proche de KW), soit trois jours plus tard, se poursuit aux dernières nouvelles par un étonnant gazouillis signé Kanye West et relayé en ligne notamment par le magazine Billboard: « Mon album ne sera jamais sur Apple. Et ne sera jamais mis en vente. Vous ne pouvez y accéder que sur Tidal. »

Vraiment ?!!

Apple et Tidal ont refusé de commenter ce gazouillis à la demande de Billboard. Le magazine ajoute que les sources ne sont pas claires concernant la stratégie de mise en circulation de cet opus maintenant constitué de 16 chansons et deux cours intermèdes. Quoi qu’il en soit, cette version allongée de The Life of Pablo n’en altère pas vraiment la perception initiale.

Pour l’instant, on garde l’impression d’un chantier pharaonique, l’œuvre inachevée d’une mégastar scrutant l’environnement et les sources de sa pratique. Et qui se regarde briller, il va sans dire.

À quel Pablo fait-il donc allusion? Picasso ? Escobar ? Saint Paul ? Au créateur? Au délinquant? À l’apôtre de Yeezus ? À lui-même ? Toutes ces réponses ? Dans nos bottes, des montagnes de questions, chanterait feu Bashung.

Autocontemplation, autoproclamation, autojustification sont assurément au menu : « Name one genius that ain’t crazy », suggère le trop modeste Kanye dans Freesyle4. Dieu, le bien, le mal, l’ascension au paradis, les prédateurs malveillants, la célébrité sont au nombre des thèmes abordés. On a aussi droit à quelques provocations qui feront certes jaser dans les chaumières, genre « … I feel like me and Taylor might still have sex, well I made that bitch famous »… On sait ce qu’en a dit Miss Swift aux Grammys!

Kanye y atteint tout de même des cimes d’inspiration, notamment sur la première chanson au programme : Ultralight Beams est un superbe amalgame de hip hop, soul et gospel, impliquant , The Dream, Kelly Price et Chance The Rapper. L’intervention de Rihanna dans Famous est aussi justifiée. Dans Wolves, les entrelacements mélodiques de Caroline Shaw et de Frank Ocean avec Kanye sont très réussis, idem pour les échanges avec The Weeknd dans FML. On ne peut qu’applaudir l’apparition surprise de Kendrick Lamar dans la pièce No More Parties in LA, une des plus réussies de cet album touffu, hirsute par moments.

Bricolés entre autres par Kanye West, Metro Boomin, Swiss Beatz, Madlib, Cashmere Cat, Boi 1da, les beats sont généralement solides mais… pas aussi visionnaires qu’on l’a constaté dans ses trois opus précédents. Le problème de cet album réside surtout dans son montage final : impressions récurrentes d’une suite d’interruptions, de tableaux bizarrement enchaînés. La vie de Pablo, aussi géniale soit cette incarnation, peut devenir aussi un embrouillamini…

Voyons voir de plus près, chanson par chanson:

1. Ultra Light Beams

The Dream, Kelly Price, Chance the Rapper et un choeur afro-américain participent à ce gospel universalisé sur l’état du monde. Saisissant, ce « god dream ». Les arrangements de cuivres et anches.

2. Father Strech My Hands

Typique power ballade soul / R&B avec chœur fervent à l’appui. Les mélodies sont entonnées à l’autotune par Kanye West. Un deuxième « mouvement » laisse alterner la mélodie et le rap de Kid Cudi.

3. Pt.2

Desiigner et Caroline Shaw complètent un court tableau…

4. Famous

Comment devient-on célèbre, au juste? L’« analyse » de Kanye West sera-t-elle éclairante à ce titre. La mélodie est exposée par Rihanna, le rap de Swiss Beatz étoffe le portrait dépeint par son employeur.

5. Freestyle 4

Voilà le monologue « freestyle »de Kanye West, appel à l’éveil afro-américain. .I’ve been out of my mind a long time » et on imagine que tout ça est bien fini.

6. Low Lights

Sur trois accords, le monologue féminin gorgé de ferveur à l’endroit d’un être qui a l’heur d’être suprême.

7. Highlights

Cette pièce implique le rapper Young Thug et le chanteur The Dream, typique ballade soul assortie de breaks et de percussions sur tempo moyen.

8. Feedback

Sorte de blaxploitation à la Kanye West. On y ressent cette tension de série noire, cette fois construite sur des arrangements de synthèse fondés sur une lutherie de synthétiseurs analogiques et outils numériques.

9. I Love Kanye

Kanye a écrit un texte afin de résumer son génie et ses travers, pour finalement conclure à un amour inconditionnel de lui-même au bout de 44 secondes. Qui peut battre un tel sprint de vanité ?

10. Waves

Pop soul simple et simplement exécutée aux claviers. Les voix de Chris Brown et Chance the Rapper se joignent à celle de Kanye. Rien d’autre à signaler sur le front.

11. FML

Surimpression d’enregistrements, pièce étrangement construite d’entrée de jeu. Au-dessus d’un brouhaha de voix, on entend un rap, ni plus ni moins une déclaration d’amour-propre, suivie d’une power ballade entonnée par Kanye et The Weeknd, sur différentes variations rythmiques, le tout culminant sur une voix très filtrée. Pop minimale sur les thèmes pompeux de la vision, du legs, de la sincérité du créateur.

12. Real Friends

Qui sont les vrais amis? Kanye West les identifie, de concert avec Ty Dolla $ign. Les deux performers rappent et chantent sur un groove hip hop et une instrumentation électro.

13. Wolves

Cette chanson s’échafaude d’abord sur un contrepoint à deux voix : s’entrelacent une mélodie filtrée de Frank Ocean et une autre, très pure, de Caroline Shaw. Puis le rap de Kanye s’immisce dans les spirales vocales de la chanteuse. Le sujet: mauvais prédateurs de l’existence.

14. Silver Surfer Intermission

Enregistrement téléphonique, 56 secondes d’un monologue pour le moins mâchonné de Max B.

15. 30 Hours

Le quotidien trépidant d’un nouveau riche étalé sur un contrepoint de deux voix: une qui répète un fragment mélodique, une autre qui étale cet épisode de l’incroyable famille Kardash… euh… West.

16. No More Parties in LA

Portrait cinglant de la faune nocturne à Los Angeles. Cash, filles, ostentation à la puissance 10. Apparition surprise de Kendrick Lamar, et voilà une des meilleures chansons de cet album touffu.

17. Facts

Cette “version de Charlie Heat” est introduite par un hymne de superhéros, enchaîné par un rap très yeezy où le trop lucide Kanye s’insurge contre la bonne société américaine qui, selon lui, condamne trop vite ces Afro-Américains controversés par les temps qui courent, tels le joueur de football Odel Beckham (odieux sur le terrain, rappelez-vous la partie des Giants de New York contre les Panthers de la Caroline), l’acteur Bill Cosby (dénoncé pour de multiples agressions sexuelles) ou encore Steve Harvey (qui s’est gouré en couronnant la dernière Miss Univers). Juste interprétation des “faits” ou (très) mauvaise foi ?

18. Fade

Fade commence par la une citation de I Know (I’m Losing You), classique de Motown popularisé par The Temptations et Rare Earth dont Kanye reprend l’introduction. Post Malone et Ty Dolla $ign emboîtent le pas sur un groove électro, tempo moyen interrompu par une parenthèse plus typique du hip hop.

LIENS UTILES


ÉCOUTE INTÉGRALE DE THE LIFE OF PABLO SUR TIDAL

Kanye West, profil wiki</a
The Life of Pablo, profil wiki

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Samedi 13 février 2016 | Mise en ligne à 12h42 | Commenter Commentaires (8)

Thus Owls, Daniel Bjarnason, Black Matter, zone mitoyenne

thusowls-blackmatter

Lancé en novembre dernier, le maxi de Thus Owls, excellent band montréalais fondé sur le couple québéco-suédois que constituent les très doués Erika Alexandersson (chant, composition, claviers) et Simon Angell (guitare, basse, claviers, arrangements) est marqué par une quête persévérante: ces créateurs sont partis de l’indie rock et de l’indietronica, bref de la culture pop pour mener une recherche formelle de plus en plus poussée, incluant les orchestration de musique contemporaine, l’électroacoustique de pointe… et ce en conservant cet équilibre très délicat avec la forme chanson.

Ainsi les mélodies auxquelles tous les êtres humains sont habitués peuvent s’entourer de matériaux plus abstraits, plus contemporains, plus complexes. Voilà qui explique probablement le lent et long décollage de cette formation montréalaise dont on vante les qualités depuis quelques années déjà. Question de contexte ? On a déjà vu Thus Owls en première partie de Half Moon Run… euh… Mauvais casting. Thus Owls a souvent été dans l’ombre de Patrick Watson, puisque ses protagonistes y sont liés de près – Simon Angell fut longtemps le guitariste attitré de PW et Erika en est encore l’une des choristes. Même au bout de trois albums, le tandem n’a pu générer un buzz autre qu’un petit succès d’estime. À n’y rien comprendre ?

Les zones mitoyennes sont toujours très difficiles à investir, pas assez pop et trop intello pour les uns, trop pop et pas assez conceptuelles pour les autres. Comme pourrait le suggérer Jean Perron, on y mélangerait la chèvre et le chou… Or il arrive aussi que l’opération soit parfaitement réussie, et c’est le cas de Thus Owls avec ce récent maxi dont la musique sera exécutée par dix musiciens et chanteurs, soit le jeudi 18 février au Gesù.

Voilà une excellente occasion de découvrir Thus Owls ou encore de renouer avec la formation.

En prime, je vous suggère l’écoute d’un compositeur de musique contemporaine et arrangeur très ouvert aux formes non classiques: l’Islandais Daniel Bjarnason, qui a signé les arrangements de cordes pour le maxi Black Matter et qui mène une brillante carrière sur les fronts de l’indie et de ladite musique sérieuse. Voilà qui en dit long sur l’éclectisme d’un nombre croissant de jeunes musiciens très éduqués et sur leurs créations à venir.

LIENS UTILES

Ma récente interview de Thus Owls est en ligne dans La Presse +, très bientôt sur www.lapresse.ca


Thus Owls, site officiel


Écoute intégrale de Black Matter sur Bandcamp

Daniel Bjarnason, écoute intégrale de ses oeuvres sur Bandcamp

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