Alain Brunet

Archive du 21 février 2016

Dimanche 21 février 2016 | Mise en ligne à 15h10 | Commenter Commentaires (7)

Dutoit, Argerich, le passé, le présent

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Dutoit à la Maison symphonique / crédit photo: Bernard Brault

Charles Dutoit est un exemple tout à fait représentatif de l’époque qui l’a produit. Maestro flamboyant, altier, rigoureux, portant une vraie signature de chef, fort de grandes spécialités (musiques impressionnistes, etc.) mais aussi, ajouterons certains… autoritaire, parfois méprisant ou même tyrannique. Jeudi et samedi à la Maison symphonique, les dernières épithètes n’étaient assurément pas au programme de ses retrouvailles avec l’Orchestre symphonique de Montréal et le public montréalais.

Le temps a passé depuis les nombreux conflits internes qui le menèrent à sa démission. Nous avons eu le temps de relativiser les pour et les contre de l’époque Dutoit; certains le regrettent vu les magnifiques résultats obtenus pendant une quart de siècle de vie musicale montréalaise, alors que d’autres se réjouissent que l’époque des maestros de ce type soit révolue ou presque.

Alors ? Que venait-on chercher au juste pour ces deux concerts donnés jeudi et samedi à la Maison symphonique ?

Pour ma part, c’était d’abord le retour de la pianiste Martha Argerich, que j’ai loupée à l’époque où elle venait régulièrement à Montréal vu sa relation avec Dutoit. Et il y a ce son Dutoit qu’il m’importait de circonscrire; depuis le départ du maestro, mon intérêt pour la musique symphonique n’a cessé de croître, et je me suis fait un devoir d’assister à un concert de l’OSM sous la direction de son ex-grand vizir, question d’en discerner les caractéristiques qui m’échappaient vu ma relative ignorance de ce langage à la grande époque de Dutoit dans notre île.

Et… oui, ma soirée de samedi fut mémorable.

La grande Martha Argerich fut irréprochable dans son interprétation du Concerto no1 en do majeur, op.15 de Beethoven. Chacun des trois mouvements fut un moment de délectation. À l’évidence, la septuagénaire n’a à peu près rien perdu de ses facultés phénoménales: articulation, fluidité, sonorité singulière, usage circonspect des pédales, ce mélange unique de délicatesse et d’aplomb lorsque la partition le suggère. Quelle musicalité !

Quant à la manière Dutoit, elle était vraiment perceptible, quoi qu’on en pense.

Dans la musique de Ravel (La valse, à mon sens la meilleure exécution de la soirée, et la version condensée du Boléro au rappel), les couleurs émanant de l’orchestre sont particulièrement éclatantes sous sa direction, la dynamique d’ensemble est clairement plus flamboyant que lorsque d’autres maestros sont au pupitre de l’OSM. Comme me l’a fait remarquer samedi une mélomane qui, visiblement, avait vécu de près les années Dutoit, le maestro suisse s’est montré fin politicien en choisissant de mettre au programme Petrouchka de Stravinsky, car les premières chaises de l’époque de son règne étaient mis en valeur dans l’exécution de cette oeuvre – interprétée dans sa version originale de 1911.

Somme toute, Alain Simard a eu un très bon flash de produire ce retour et de l’inscrire au festival Montréal en lumière. On ne parlera pas de réconciliation historique ou de triomphe ayant neutralisé le propos des détracteurs du chef européen, on ne dira pas que ce programme fut parfait (l’interprétation du Carnaval romain de Berlioz ne passera pas à l’histoire, néanmoins très défendable), on gardera tout de même un excellent souvenir de cette escale montréalaise, 14 après que Charles Dutoit eut largué les amarres.

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