Alain Brunet

Alain Brunet - Auteur
  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
  • Lire la suite »

    Partage

    Samedi 6 février 2016 | Mise en ligne à 17h03 | Commenter Commentaires (27)

    La misère des niches

    Boulez

    Sur ce blogue, nous tentons régulièrement de désamorcer cette opposition sempiternelle entre populisme et élitisme. Dans le même esprit, je nous invite à débattre sur ces notions exacerbées de grand public et de public spécialisé. Ces notions nous interpellent quotidiennement, où qu’on se situe sur le spectre des expressions. Dans toutes les pratiques artistiques, ces notions ne cessent de ressurgir dans un environnement numérique dont les mutations ont des impacts profonds sur notre appréciation de la culture.

    Puisque les collègues du cinéma/télé ont chaudement débattu de cette question dans le contexte des mises en nominations des Jutra, pourquoi ne pas étendre la discussion à la zizique ? À nous de jouer.

    Au tournant des années 2000, l’Américain Chris Anderson (alors rédateur en chef de l’excellent magazine Wired) avait ébloui le monde des nouveaux médias avec son concept de «long tail». Le concept était le suivant : dans un environnement numérique, la culture est une immense bête en mutation, dont le tronc ne cesse de rétrécir et dont la queue prend une ampleur insoupçonnée.

    La métaphore de la longue queue (ou longue traîne, pour reprendre la traduction choisie du fameux essai) était la suivante : le tronc représente les productions de masse à grand déploiement, la traîne est constituée d’une grappe de productions de niche dont la somme des publics est supérieure à celle des produits destinés à un « grand public » de moins en moins considérable.

    Qu’en est-il en 2016 ? Prenons le cas de la musique.

    Le tronc de la bête: plus petit et… beaucoup plus riche

    Le tronc de la bête est constitué des Rihanna, Taylor Swift, Adele, Beyoncé, Ariana Grande, One Direction, Nicki Minaj, Ed Sheeran, Drake, Kanye West, Jay Z, Lady Gaga, The Weeknd et autres Katy Perry, sans compter les artistes de la téléréalité (The Voice / La voix, X Factor, etc.) et artistes populaires de chaque marché national telle la Québécoise Marie-Mai.

    La queue de l’immense bête ne peut être résumée par une brève nomenclature d’artistes car on pourrait noircir des pages et des pages et dresser un résumé très sommaire de l’activité réelle. Suggérons plutôt un aperçu des styles, eux-mêmes fragmentés en de nombreuses sous-tendances : musiques classiques occidentale, indienne, arabe, persane, turque, musique contemporaine instrumentale, musique électroacoustique, musiques électroniques (large spectre de l’EDM à l’IDM), hip hop (gangsta, abstract, trap, etc.), R&B soul, musiques rock (corporate, hard, métal, punk, prog, classic, etc.), blues, folk, americana, chanson à texte selon la langue, mouvance indie, on en passe évidemment.

    Si l’on s’en tient au concept originel de la «longue traîne», l’addition de ces marchés de niche est d’ores et déjà beaucoup plus considérable que le corpus lié aux marchés grand public. En termes d’activités créatrices et d’impact réel sur des publics spécialisés, on doit encore souscrire au concept: la queue est effectivement plus lourde que le tronc.

    Vous avez du mal à le croire ?

    Les artistes qui joignent le plus de monde ne joignent pas la majorité de la population. Si plusieurs centaines de milliers de personnes sont fans finis de Céline Dion ou de Marie-Mai, et donc constituent des publics de masse, des millions d’autres personnes s’en préoccupent moins, peu… ou pas du tout. Et ces mégastars ne sont pas légion, leur nombre tend d’ailleurs à décliner. Lorsque, par exemple, je chroniquais la pop-rock dans les années 80 et 90, les événements de masse étaient beaucoup plus nombreux. Le Stade olympique se remplissait quelques fois par an, le Centre Bell (précédé du Forum) et l’Auditorium de Verdun accueillaient beaucoup plus d’artistes capables de réunir des milliers de fans, bien au-delà des événements présentés aujourd’hui au Métropolis, à la Salle Wilfrid-Pelletier, à la Maison symphonique, au Théâtre Saint-Denis sans compter toutes ces salles capables d’accueillir quelques centaines de spectateurs. Qui plus est, les plus forts impacts de la pop culture

    On peut se permettre de lancer l’hypothèse suivante : les musiques dites très populaires le sont moins qu’elles ne l’étaient dans les années 60, 70, 80 et 90. En proportion, les fans de pop culture sont moins importants que tous ceux répartis dans ces centaines de niches. Ainsi, il existe une vaste confusion sur l’idée qu’on se fait aujourd’hui des productions destinées au « grand public », au « vrai monde », ces productions qui « intéressent vraiment les gens ». En vérité, elles ne cessent de décliner en proportion mais… la puissance de leur diffusion médiatique (sur les plateformes généralistes, télé, quotidiens, radio FM) et de leur structure industrielle tend à démontrer le contraire. Confusion…

    La traîne de la bête: plus longue, plus considérable… plus pauvre

    Sur les plans de la rentabilité, des moyens de production, des investissements massifs et de la couverture médiatique, le tronc de la bête décrite par Chris Anderson est beaucoup plus puissant que ne l’est sa queue, aussi longue soit-elle. Sauf exceptions, les marchés de niche souffrent de sous-financement, ils sont loin de récolter les bénéfices pourtant légitimes de leur impact réel. En d’autres termes, les artistes hyperpop empochent encore le magot. Leurs fans assistent à leurs concerts et achètent leurs produits dérivés à des prix tellement élevés que leur accès à une diversité de propositions artistiques s’en trouve considérablement amoindri. Ainsi, l’écart entre une infime minorité d’artistes immensément riches et le reste de la communauté des créateurs n’a jamais été aussi prononcé.

    Quant aux innombrables sous-genres issus des musiques populaires, ils ont leurs hauts et leurs bas et joignent des communautés souvent étanches. Devant une offre aussi considérable, les amateurs de musique ont le vertige. Ils préfèrent choisir un camp et tendent à s’en satisfaire plutôt que d’aborder la musique à l’horizontale, c’est-à-dire comme un univers entier à découvrir. Ce communautarisme s’impose de plus en plus depuis les débuts de l’internet, et rien n’indique que la tendance sera renversée. Or, The Long Tail prévoyait que la rentabilité suivrait la tendance. Vu l’extrême difficulté de monétiser les contenus via l’internet, les revenus manquent à l’appel. À ce titre, Chris Anderson s’est royalement gouré… comme tant d’autres qui fondaient leurs espoirs sur l’économie des contenus, aujourd’hui archi-concentrée et sans considération pour les créateurs qui alimentent la longue traîne… à moins qu’ils récoltent des millions de clics.

    Au travail, on nous apprenait récemment que les fournisseurs de contenu du monde entier se disputaient un portion encore petite de la tarte publicitaire… contrôlée majoritairement par Google, Facebook, YouTube et quelques rarissimes acteurs de cette taille immense. Jusqu’à quand ? Si les entreprises médiatiques dites de référence doivent batailler ferme pour atteindre un seul de rentabilité via le marché publicitaire de l’internet, marché extrêmement difficile à investir comme on le sait, imaginez le sort de ces centaines de milliers de fournisseurs de contenus !!!

    Les plus grands perdants seraient-ils ceux considérés comme les plus « intellos » ? On pense à la musique contemporaine instrumentale, au jazz contemporain, à une forte portion de la musique classique, aux musiques électroniques de pointe, enfin à toute cette portion laboratoire de la création sonore dont s’abreuvent tôt ou tard les musiques plus populaires. Les considérations de l’impact quantitatif à court terme, vu la précision acquise par les outils permettant de quantifier cet impact, finissent par l’emporter largement sur les fondement qualitatifs de la création et son potentiel à long terme ou son rayonnement sur les productions plus populaires. Évaluées à la force de leur impact immédiat, les musiques de pointe étant ne cessent de perdre des plumes côté financement public, souvent considérées au même titre que d’autre marchés spécialisés sans véritable importance.

    Par voie de conséquence, le fossé entre consommateurs de pop culture et consommateurs spécialisés se creuse davantage plutôt que ne se comble. La culture générale des consommateurs de musique s’en trouve appauvrie, les valeurs anti-intellectuelles sont confortées, les sociétés dites avancées… reculent.

    Même du côté des pratiques musicales situées dans cette zone immense située entre la recherche fondamentale et la pop de masse, la piètre condition économique d’une majorité écrasante de ses créateurs et interprètes témoigne de cette misère des… niches.

    PS. Je dédie cette réflexion à mon collègue et ami Bertrand Roux, décédé samedi d’un cancer, car il fut à mon sens l’animateur le plus fédérateur d’un média qui fut une niche importante dans le paysage radiophonique montréalais: CIBL, qui niche encore aujourd’hui au 101,5 FM et qui éprouve de sérieuses difficultés financières, dans le contexte d’un univers numérique très ingrat pour les créateurs de contenus.


    • Beau titre!

    • Excellente analyse. En effet, il semble que la culture populaire commune tend à se réduire. Je ne pense pas qu’on puisse comparer leLe club de hockey canadien: Une organisation anti-québécoise?s Lady Gaga, Adele, etc… à ce qu’étaient les Beatles, Led Zeppelin, Michel Jackson ou Madonna aux générations des années 60, 70 et 80. La génération des 15-25 est moins populeuse que celle des boomers. Le nombre de niches marginales est effectivement très élevé. Le prix des concerts des vedettes internationales passant au Centre Bell est très élevé. Je n’aurais jamais pu voir autant de concerts au forum de Montréal à l’époque si le prix des billets avait été comparable à maintenant.

    • Je me souviens que dans les années 2000 plusieurs disaient que les labels disparaitraient et que tout l’monde deviendrait indie. Là aussi on s’est pas pire gouré… Disons qu’un label permet de mieux se positionner, ça donne aux artistes une meilleure chance de se démarquer. Ça a toujours été le cas, sauf qu’avant y’avait pas 10 000 nouveautés par mois… La prolifération des niches, c’est super d’un point de vue créatif, mais ça l’est moins pour le portefeuille.

    • @bebop

      Il ne faut pas s’y méprendre, le problème n’est pas relié à une trop grande quantité de productions mais bien à la concentration extrême des capitaux et l’impossibilité technologique d’imposer un modèle d’affaires utilisateur-payeur sur l’internet. Si, cependant, toute la chaîne économique partageait équitablement les revenus, il y en aurait pour tout le monde, enfin pour toutes les productions de qualité dans tous les marchés de niche. Pour ce, le capitalisme classique s’avère incapable de remédier à la situation. Une solution politico-juridique semble plus indiquée que les forces du marché, car le marché ne paie plus (ou si peu) directement les contenus.

    • Merci grandement pour cet article. Nous avons besoin d’analyse de ce genre pour essayer de comprendre ces changements à vitesse grand V.

    • Réflexions essentielles, merci ! De l’importance de la culture générale chez nos élus… Toutes ces révolutions technologiques qui permettaient d’ouvrir tous les horizons auraient dû s’accompagner de moyens de financement simples et systématiques comme des redevances sur appareils et sur les abonnements de services. Est-il trop tard maintenant qu’une fausse impression de gratuité généralisée s’est installée ? Non, s’il y a une réflexion menée avec nos élus et que de nouvelles grandes politiques culturelles étaient instaurées avec intelligence et leadership. Souhaitons-nous le.

    • On retrouve aussi cette dichotomie entre musique «populaire» ou moins populaire chez les diffuseurs. Le tronc est accaparé par les musiques dites populaires et une foule diffuseurs «spécialisés» essaient de diffuser le long tail. D’autre d’analogie mais hier j’ai essayé de m’acheter des espadrilles… Il y en a 8 sortes pour la course, 12 pour l’aérobie, 7 entre les deux, etc etc. Étrange phénomène, la culture est à la fois complètement éclaté dans sa diversité, ses propositions, etc. mais à la fois complètement «formaté» dans les canaux officiels. Les publics sont spécialisés et le cross-over est difficile.

    • Intéressante analyse. Je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle, mais la métaphore de la bête aide à visualiser la situation que vivent les niches spécialisées. On se doit de trouver un moyen de mieux répartir les capitaux pour que celles-ci puissent offrir/continuer d’offrir des produits de qualité. En somme, tout le monde y gagnerait, le public inclus.

    • Et clin d’oeil pour le titre ! ;)

    • Ce qui me rappelle que celui qui contrôle les 4 trains et les services publics est en bonne condition pour gagner la partie chaque fois….

      On a beau passer go régulièrement, c’est le tronc qui encaisse.

    • Ben là M. Brunet, vous m’impressionnez! Bravo!
      Enfin quelqu’un des médias qui voit clair.
      L’article que vous venez d’écrire va faire école c’est sûr. Du moins, je l’espère…
      Votre analyse est brillante et réaliste.
      C’est pas évident pour une société de s’adapter à une nouvelle technologie comme l’internet. Cela prend en général une bonne décennie et même plus dans le cas de l’internet.
      Il est maintenant temps pour les médias d’arrêter d’imposer des tendances sous le masque de la supposée “popularité”.
      Il y a longtemps que je n’écoute plus la radio (même Radio-Canada!) et encore plus longtemps la télé. Je préfère, et de loin, mon écran d’ordinateur et l’internet où je “choisis” ce que je veux entendre ou voir. Les journaux aussi, il y a longtemps que je ne me suis pas sali les doigts avec de l’encre noire.
      Votre article me donne espoir en tant qu’artiste.
      Peut-être qu’un jour on entendra parler d’artistes de l’ombre comme Hélène Cardinal, Anne-Marie Catry et d’autres.
      Peut-être qu’un jour, on entendra ma musique!
      Mario Bruneau

    • Sans oublier que les artistes d’aujourd’hui sont aussi
      en compétition avec la crème des années 60, 70, 80…

    • Pas facile de mettre des mots sur ce phénomène. C’est bien écrit M.Brunet, merci.

    • Amazon affirme que le quart des 100 livres électroniques les plus vendus – par Amazon – sont publiés par des maisons indépendantes. Se faufilent aussi dans ce top 100, à l’occasion, des trucs publiés à compte d’auteur. Si l’on tient pour acquis que le reste des ventes de publications nichées indépendantes hors top 100 sont proportionnellement potables, la queue des livres doit être pas mal plus dodue que sa sœur de la musique.

      Car, en musique, compte tenu de toutes les raisons citées, re-citées et re-re-citées ici périodiquement, ce n’est pas demain la veille qu’on verra la longue queue léviter en altitude au-dessus de l’abscisse. De fait, si l’on ne résout pas le problème d’iniquité du partage des recettes de diffusion de contenus musicaux d’ici quelques années, la queue va raccourcir jusqu’à ce qu’elle ne compte plus que la poignée d’éléments nichés les mieux établis et les mieux soutenus par un public très fidèle, par les grenailles d’aide publique qui subsisteront et par le mécénat.

    • Si cela s’avère, on traversera une sorte de Moyen-Âge de l’internet…

    • Finalement,pour beaucoup de musiciens il ne reste que les shows pour faire un peu d’argent.Ce n’est pas avec le web,ni avec les ratoureuses compagnies de disques et ni avec les radios (faibles redevances) qu’un grand nombre d’artistes peut gagner sa vie,tout le monde se sert et le musicien ramasse le reste.
      Je ne pense pas que les gouvernements soient vraiment intéressés à s’embarquer dans cette galère et de la re(?)définition du droit d’auteur et de ses redevances.Ça s’enligne malheureusement,et depuis longtemps,au cas par cas devant les tribunaux.

    • « Si cela s’avère, on traversera une sorte de Moyen-Âge de l’internet… »

      Ou encore pire. Mettons que je pousse l’extrapolation jusqu’en 2030. Puisque notre problème de répartition équitable des recettes n’a jamais été réglé – la tendance au libéralisme anthropophage s’étant maintenue –, la plupart des explorateurs de niches, saignés à blanc, épuisés, déprimés et désabusés ont jeté la serviette (même ceux qui créaient en dilettantes). Quelques-uns se sont recyclés dans les assurances ou l’immobilier, tandis que le reste s’est fondu au tronc de la bête, sous forme d’accompagnateurs de tournées, de créateurs de mélodies clé en main et, surtout, de musiciens de bord sur les paquebots de Norwegian, Carnival et Disney Cruise Lines, dont la popularité augmente effrénément, c’est-à-dire au même rythme que le niveau des océans.

    • Au risque de me répéter, je ne crois pas que ce no man’s land culturel pourra s’éterniser… Actuellement, toutefois, les économies du monde sont ébranlées par ce qu’on sait (crise du pétrole, terrorisme, migrations massives, etc.) et la question de la professionnalisation des contenus numérisés est la dernière des priorités…

    • Changeons de metaphore , figurons toute la musique du monde comme un arbre.Vous avez les raciness(folk,trad,roots),le pop(variete,rock,rap,electro),les musiques savantes.Compte tenu du developpement insense du pop-rock,les grands perdants sont les musiques de raciness.Mais ce n’est pas inexorable.Une solution?Revalorisons la musique de danse organique,la vraie musique populaire.On n’en parle jamais,mais le Jazz et le Rock etaient a l’origine des musiques de danse.So let’s go back to…R’n'R!

    • Je ne crois pas que l’industrie de la musique ait changé autant que nous le croyons. Dans les années 60 et 70, peu d’artistes s’accaparaient le tronc de la bête. Inutile de les nommer, vous les connaissez autant que moi. Tous les autres formaient la queue, sauf que cette queue nous était inaccessible, parce que nous ne les connaissions pas. Nous les entendions parfois, par pur hasard dans un club quelconque, alors qu’aujourd’hui, nous avons un accès immédiat au top 10 des succès en Afrique du Sud ou en Turquie.

      Au moins, de nos jours, il est possible pour un jeune compositeur de percer sans nécessairement avoir des contacts hyper solides auprès de décideurs de Atlantic ou CBS Records. Suffit de connaître des gens bien connectés auprès des médias sociaux pour que votre chanson devienne soudainement virale… mais encore faut-il que votre chanson soit bonne. Léger détail, n’est-ce pas?

    • Climatosceptique, somme toute… ;)

    • ”Actuellement, toutefois, les économies du monde sont ébranlées par ce qu’on sait (crise du pétrole, terrorisme, migrations massives, etc.) et la question de la professionnalisation des contenus numérisés est la dernière des priorités.”

      heureusement, tout ça sera réglé très bientôt.

    • Cet après-midi, ça devrait être réglé vers 15h. On pourra enfin passer aux enjeux culturels des sociétés avancées. ;)

      Blague à part, je me souviens très bien où j’étais le 11 septembre 2001, lorsque tout a basculé. Je couvrais alors une conférence internationale sur la diversité culturelle, ce qui semblait alors vraiment intéresser mes supérieurs. Je ne vous dis pas la suite… Aujourd’hui, la peur de l’autre et le conservatisme économique occupent beaucoup plus de terrain en Occident. Les considérations sur la santé des niches culturelles sont très loin dans les préoccupations et les priorités, inutile de l’ajouter.

    • Quand même surprenante la sortie de placard de Beyonce pendant le SuperBol. Ça prenait de l’audace pour afficher ses couleurs politiques de cette façon. Même si sa fortune est faite, j’imagine assez mal une artiste bien au chaud dans le tronc vouloir s’accomoder des revenus d’une des ventouses de la loooooongue traîne…

      Une grande voix pop qui donne voix aux sans voix, me semble que c’est assez rare, surtout dans le contexte actuel, pour être souligné.

    • Il vient un moment où affirmer « L’amour est plus fort que la police » ne suffit plus et où l’on doit recourir à des symboles puissants. Les paroles et les images de la nouvelle chanson de Madame Knowles, descendante de Joseph Broussard comme on le sait, sont également très éloquentes :

      https://www.youtube.com/watch?v=LrCHz1gwzTo

    • Merci pour ce texte éclairé. Je verrais très bien ce texte dans la revue Nouveau Projet. Je dis ça d’même!

      J’ai bien réfléchi à ce propos ces derniers temps avant de pondre ce commentaire. Sans trop m’étendre, je vous résume mes 2 préoccupations.

      D’abord, on le sait, l’idée que le musicien d’aujourd’hui peut et doit faire ses revenus par des spectacles est un mythe; qui s’endurcit avec le temps d’ailleurs. Un ami musicien me relatait ses difficultés à obtenir un cachet décent. Les montants versés aux musiciens dans les bars (scène de Québec) n’ont pas augmenté depuis de trop nombreuses années, ce qui est inversement proportionnel au prix de la pinte de bière! Fin trentaine, il préfère connecter avec ses enfants en bas âges au lieu de courir les “gigs” qui finissent trop tard. Pourtant, il a toujours la même passion et la même créativité pour la musique. Malheureusement, il doit faire plusieurs “spectacles alimentaires”, qui ne suscitent pas sa créativité, pour boucler son budget en plus de ses 2 jobs! Détrompez-vous, il n’est pas malheureux pour autant. Simplement poché en dessous des yeux!

      J’ai l’impression qu’il y aura toujours de jeunes “musiciens crinqués” par la création de niche. Un espèce de mélange d’insolence et de témérité propre au début de la vingtaine. Ils s’aventureront contre vents et marées dans ce marché risqué. Le défi est dans la durée, ou comme on dit au hockey, dans la dureté du mental! Perfectionner son art demande plus de temps que la période d’environ 10 ans, situé quelque part entre le “coucher tard et coûter cher” du début de la vingtaine et le premier accouchement!

      Deuxièmement, il a été évoqué que ce phénomène s’applique aussi à d’autres formes d’art. Je pousserais encore un peu plus loin en matière de créativité. Je m’évertue à faire financer des projets de verdissement pour améliorer la qualité de vie des gens. Que ce soit par les cours d’école ou autres projets, il est plus difficile maintenant de faire financer des projets qui brisent les silos, qui innovent dans un contexte québécois, etc. Bref, vous voyez où je veux en venir. C’est de la politico-sociologie à deux cennes, car je prends mon cas particulier pour l’aborder au général, mais c’est une tendance lourde que je ressens depuis plusieurs années.

      Merci!

    • « Un ami musicien me relatait ses difficultés à obtenir un cachet décent. Les montants versés aux musiciens dans les bars (scène de Québec) n’ont pas augmenté depuis de trop nombreuses années, ce qui est inversement proportionnel au prix de la pinte de bière. »

      Je ne peux pas confirmer. Mais ce que vous racontez me rappelle cet article publié plus bas. La pointe de tarte du possédant, que ce soit aux niveaux local ou mondial, me semble grandir d’année en année…

      http://affaires.lapresse.ca/finances-personnelles/planification-financiere/201601/27/01-4944244-condamnes-a-vivre-dans-le-rouge.php

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    février 2016
    L Ma Me J V S D
    « jan   mar »
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    29  
  • Archives