Alain Brunet

Archive du 5 février 2016

Vendredi 5 février 2016 | Mise en ligne à 16h38 | Commenter Commentaires (6)

Lucinda Williams, The Ghosts of Highway 20

Lucinda Williams The Ghosts of Highway 20

L’autoroute 20 dont il est ici question n’est pas celle qui nous vient d’abord à l’esprit. L’Interstate 20 relie la Caroline du Sud au Texas, traverse le nord louisianais. Lucinda Williams a grandi dans cette région, y a vécu des tremblements de toutes magnitudes, ressenti des émotions contradictoires, observé des phénomènes normaux, anormaux ou peut-être paranormaux. À n’en point douter, la région dont elle est issue est propice au mythe aménagé dans son corpus chansonnier, magnifique comme on le sait.

Nomades, expropriés, camionneurs perdus dans la brume, pauvres sédentaires, amoureux candides et autres créatures célestes bordent ce highway de l’Amérique profonde. Les esprits des morts s’y confondent avec ceux des vivants, le désir y côtoie la perte, l’espoir et le désespoir s’y livrent de belles batailles, le tout sublimement dépeint par la parolière. Elle reprend aussi Factory, ce classique de Bruce Springsteen sied parfaitement au répertoire original de cet album. Sa voix graveleuse traînasse, allonge des syllabes mâchonnées, et qu’est-ce qu’on aime le grain de cette voix dont on devine la sagesse et l’érosion causées par les épreuves de l’existence.

En 2007, elle avait eu l’excellent flash de travailler avec le guitariste Bill Frisell sur son album West, mais n’avait pas donné suite. Pour l’avoir vue et entendue sur scène par la suite, m’est d’avis qu’elle n’avait exploité ce filon suffisamment, préférant s’en tenir à une formation de tournée beaucoup plus proche de l’idée qu’on se fait de l’approche americana: country, folk, rock, dont les variations stylistiques sont généralement minimes sauf bien sûr la voix de l’interprète et le texte du parolier.

Pour la suite en studio, elle a préféré s’abreuver à différents bassins de création, d’Elvis Costello à Matthew Sweet, Greg Leisz, Jakob Dylan, Doug Pettibone, pour ne nommer que les plus éminents. Quatre albums plus tard, elle renoue avec le plus country folk des guitaristes de jazz, et pousse plus loin la proposition initiale. Guitariste chevronné et aussi grand spécialiste du lap steel et pedal steel, Greg Leisz joue un rôle central dans le tissage des cordes. D’après Rolling Stone, le guitariste Val McCallum y collabore aussi et la section rythmique est assurée par Butch Norton et David Sutton, fidèles collaborateurs de la chanteuse américaine. On raconte que ces séances d’enregistrement s’inscrivent dans le même cycle que celles de l’abum précédent, Down Where the Spirit Meets the Bone.

Ces dernières séances s’en démarquent néanmoins, car le dialogue guitaristique entre Bill Frisell et Greg Leisz donne aux chansons de leur employeure une profondeur harmonique et une qualité texturale inégalées dans son entière discographie. Ainsi, le jazz s’ajoute à l’équation sans en dénaturer l’expression originelle. La réalisation est assurée par la principale intéressée et son mari, Tom Overby.

Voilà assurément une contribution majeure à l’esthétique americana.

LIENS UTILES


Lucinda Williams, site officiel

Lucinda Williams, Facebook


Lucinda Williams, profil wiki

Lire les commentaires (6)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    février 2016
    L Ma Me J V S D
    « jan   mar »
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    29  
  • Archives