Alain Brunet

Archive, novembre 2015

Dimanche 29 novembre 2015 | Mise en ligne à 18h09 | Commenter Commentaires (4)

Automne 2015: Oxmo Puccino, La voix lactée

Oxmo Puccino La voix lactée

Nous avons échangé récemment sur les Scarifications d’Abd Al Malik, collègue et ami de cet Oxmo Puccino que l’on peut qualifier de vétéran du hip hop hexagonal. Puisque les potes sont de la même génération (début de quarantaine), qu’ils viennent tous deux de sortir un album et que certains de nos intervenants les rapprochent relativement, allons-y donc pour Oxmo.

Pour paver cette Voix lactée, le MC français a travaillé avec le réalisateur, compositeur et arrangeur Renaud Letang, pointure de studio dans l’Hexagone et proche collaborateur de notre Chilly Gonzales – dont un échantillon de musique se trouve dans cet opus.

Dans le cas qui nous occupe, le rappeur joue lui-même des instruments (basse, guitare, programation) qu’ils partage avec Letang (guitare, synthés, percussions), Edouard Ardan (basse, guitare, synthés) et Vincent Taeger (batterie). L’objet, semble-t-il, est de coller rap et chants d’Oxmo à une pop de création, somme toute, assez distanciée de la mouvance hip hop. On se trouve quelque part entre rap et chanson française réaliste, entre pop indie et poésie, entre krautrock et prose syncopée, entre soul et récit.

Assis entre deux, trois, quatre chaises ? À cheval sur plusieurs styles ? La relative minceur de ces musiques, on l’imagine, est justifiée par la prééminence du texte. Oxmo s’y présente comme un saltimbanque lucide, clairvoyant, fin chroniqueur de société. Il nous parle de slow life dans une existence trop rapide, nous parle de vie monoparentale, de sa vie de scène, de la pratique de l’écriture, de souvenirs marquants de 1998, et plus encore. Capable de très belles images, le MC et chanteur est devenu un parolier solide, à l’écriture consonante et bien ciselée et il a l’audace de vouloir imposer une approche composite… en voie de se préciser.

On peut applaudir cet effort multi-instrumentiste, multi-genre, à la fois ancré dans l’esthétique hip hop, dans la chanson française et la pop de création. On peut aussi noter certains aspects inachevés de l’opération et… éviter les comparaisons avec Abd Al Malik.

LIENS UTILES


Écoute intégrale de l’album LA VOIX LACTÉE sur Deezer


Oxmo Puccino, profil wiki


Oxmo Puccino, site officiel

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Vendredi 27 novembre 2015 | Mise en ligne à 8h51 | Commenter Commentaires (27)

Charles Richard-Hamelin: l’air de rien et…

Charles Richard-Hamelin photo Bernard Brault

Charles Richard-Hamelin, jeudi à la salle Pierre-Mercure / crédit photo: Bernard Brault

Le pianiste Charles Richard-Hamelin faisait hier sa rentrée montréalaise dans une salle Pierre-Mercure remplie à ras-bord. Rentrée triomphale, il va sans dire : en octobre dernier, le jeune virtuose remportait à Varsovie la médaille d’argent et le prix Krystian Zimerman de la meilleure interprétation de sonate, soit à l’occasion du 17e Concours International de Piano Frédéric-Chopin.

Se hisser au deuxième rang de cette compétition, soit l’une des plus prestigieuses sur Terre et dont un des membres du jury était nulle autre que la grande Martha Argerich, voilà sans contredit un exploit inégalé pour un pianiste québécois ou canadien.

Facile de déduire que l’entrée en matière de sa nouvelle vie de concertiste serait consacrée au compositeur et pianiste d’ascendance franco-polonaise. Soirée de pur ravissement, voilà ce à quoi ont eu droit les mélomanes à l’occasion de ce «grand récital Chopin».

Ainsi, on devinait qu’une part congrue de l’auditoire amorçait une longue relation avec ce jeune homme qui n’a l’air de rien de prime abord et… qui transcende les grands airs. Port modeste, costume ample, sourire doux, bonhomie apparente… l’image qu’on se fait d’un col blanc sans histoire, d’un monsieur tout-le-monde venu de nulle part. De Charles Richard-Hamelin, pourtant, la musique peut devenir nourriture de l’âme, élévation de l’esprit.

On prenait jeudi la pleine mesure de son talent à travers ce choix circonspect d’œuvres de Chopin, après en avoir suivi virtuellement les exploits à Varsovie via l’internet. En concert dans le monde physique, on aura vite saisi que le virtuose lanaudois maîtrise sans problème toutes les avancées pianistiques du 19e siècle, dont Frédéric Chopin fut l’un des principaux responsables. Et plus encore.

Ce qui distingue d’ores et déjà Charles Richard-Hamelin des meilleurs techniciens de sa génération, c’est qu’il a sa propre lecture des œuvres au programme. Il s’approprie ces nocturne, ballade, polonaise, mazurkas ou sonate, bien au-delà de cette perfection technique essentielle à tout concertiste de niveau s’attaquant au corpus de Chopin.

Tout est superbement dosé, en phase idéale avec une personnalité qui se dévoile dans la profondeur des œuvres choisies. On ne sent pas ce musicien collé sur les partitions qu’il a si bien intégrées : pas de couches superflues en haute vitesse, pas d’exubérance inutile, ni fadeur ni tiédeur dans les séquences plus introspectives, précision, souplesse, aucune faute de goût. Véritable force tranquille !

À l’aube d’une carrière internationale, le concertiste de 26 ans n’a certes pas fini son développement. Les très nombreuses tournées à venir le mèneront à étoffer son style, à préciser sa pensée pour ainsi marquer les œuvres de son interprétation, de sa patte.

Le meilleur est à venir pour Charles Richard-Hamelin.

Programme de jeudi, salle Pierre-Mercure : Grand récital Chopin – Frédéric Chopin (1810-1849)

Nocturne no.1 en si majeur, op.62
Ballade no.3 en la bémol majeur, op.47
Polonaise-fantaisie en la bémol majeur, op.61
Introduction et Rondo en mi bémol majeur, op. 16
Quatre Mazurkas,op. 33
No.1 en sol dièse mineur
No.2 en do majeur
No.3 en ré majeur
No.4 en si mineur
Sonate no.3 en si mineur, op.58
I. Allegro maestoso
II. Scherzo : molto vivace
III. Largo
IV. Finale : presto non tanto ; agitato

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Mercredi 25 novembre 2015 | Mise en ligne à 9h13 | Commenter Commentaires (23)

The Weeknd au Centre Bell, Montréal R&B

The Weeknd au Centre Bell

The Weeknd, mardi au Centre Bell / photo d’André Pichette

Au printemps 2011, on s’est pâmé sur ce blogue. House of Balloons, superbe mixtape signé Abel Makkonen Tesfaye sous le pseudo The Weeknd, dévoilait un talent pérenne. Natif de Scarborough (grande région de Toronto), cet omnipraticien de la zizique dévoilait à la fois un talent de réalisateur parfaitement en phase avec son époque mais aussi d’un authentique hitmaker. L’ascension a été fulgurante, force est d’observer: quatre ans et demi plus tard, le voilà devant 19 000 fans finis au Centre Bell, un mardi de novembre 2015. Pour les meilleures raisons, car ce mec très doué s’avère un authentique rénovateur de la mouvance urban – R&B /soul/ hip hop.

Magnifié par des musiciens archi-compétents (guitare top niveau, basse, batterie, claviers et séquences d’arrangements), l’usage de rythmes très lourds, de basses redoutables et d’harmonies baignées dans la saturation rappelle les plus éminents réalisateurs hardcore du style R&B,je pense entre autres à Terius Youngdell Nash alias The-Dream. Or, The Weeknd a su mener cette rugosité au faîte des palmarès, on l’a d’ailleurs observé dimanche aux American Music Awards où il a carrément triomphé.

Cette esthétique plus rude est assortie de textes souvent crus voire peu recommandables pour les enfants qui pourraient y prêter oreille. Ses ballades romantiques peuvent porter des «who’s gonna fuck you like me», c’est dire le changement de paradigme au top 50 ! Quoi qu’en pensent les parents inquiets et autres «mothers of prevention», les chansons d’Abel Tesfaye sont pour la plupart des vers d’oreille. Non sans rappeler Michael Jackson, il sait pondre les mélodies qui touchent et qui squattent pour de bon le pavillon auditif. Vous n’avez qu’à passer en revue les 14 chansons de Beauty Behind the Madness, récent album de The Weeknd et vous m’en direz des nouvelles.

Portée par un 18 roues de la pop, sa voix haut perchée exhale à la fois puissance, arrogance, fragilité. Ce mec, il faut dire, est loin d’être un sexe symbole et ça ne diminue en rien son pouvoir attractif. Haut comme trois pommes, affublé de cette coiffure que l’on imagine baignée dans un shampoing au plutonium, on le devine étrange, perturbé, guérissant ses maux dans la création. En fait, The Weeknd séduit des masses de fans (surtout dans le groupe d’âge 16-25 ans) pour son unique talent. Une bonne chose, car le vingtenaire se démarque de la plupart de ses contemporains oeuvrant au domaine très rentable de la pré-digestion. On ne s’étonnera donc pas que sa scénographie hi-tech (cage-écran LED, plate-formes, grappes d’éclairages mobiles comme des OVNI, etc.) soit à la hauteur de ses réformes musicales.

Qui plus est, son impact énorme à Montréal (un des foules les plus bruyantes qu’il m’ait été donné d’entendre) nous en dit long sur notre chemin parcouru en contrée R&B et hip hop. Une génération plus tôt, la presque totalité des stars R&B/soul et même hip hop ne s’arrêtaient pas à Montréal, un marché jugé alors peu sensible à cette culture. Aujourd’hui, The Weeknd remplit le Centre Bell en un tournemain pendant que des formations locales de hip hop électrisent leurs fans. Vendredi dernier, j’ai été d’ailleurs témoin du triomphe de Loud Lary Adjust dans un Métropolis rempli à craquer. Le public n’était pas venu en touriste, je vous dis. Les rimes franglaises de la formation montréalaise semblaient connues de tous.

On est rendu là. Qui s’en plaindra ?

LIENS

Le compte-rendu d’Émilie Côté

Écoute intégrale de l’album Beauty Behind the Madness sur Deezer

The Weeknd, site officiel

The Weeknd, profil WIKI

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