Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Jeudi 4 juin 2015 | Mise en ligne à 18h36 | Commenter Commentaires (26)

    Avant les 15e Suoni Per Il Popolo, où en sommes-nous ?

    suoni 2015

    Après Victo et MUTEK ? Nous voilà à l’orée des Suoni Per Il Popolo.

    De l’avant-gardiste jazzwoman et designer du son Matana Robert au tandem sax-violon que forment les célébrissimes montréalais Colin Stetson et Sarah Neufeld en passant par le goth rock expérimental de la chanteuse Zola Jesus, voilà l’occasion de pagayer sur un torrent de fluides apparemment disparates : punk, doom metal, grunge, post-rock, bruitisme, bidouillage électronique, sound art, indie, free jazz, musique contemporaine et plus encore.

    Voilà autant de sous-genres qui logent aux 15e Suoni Per Il Popolo, prévus sans plusieurs salles de Montréal du 4 au 22 juin, notamment à la Sala Rossa, la Casa Del Popolo et au Gesù. Mauro Pezzente, Kiva Stimac, Peter Burton, Daniel Pélissier et autres promoteurs indépendants ont construit ensemble la programmation de ce festival montréalais de musiques atypiques qui réunit tant de niches musicales et de générations au sein d’une même communauté.

    «Le festival est fondé sur les mêmes valeurs que depuis ses débuts, insiste Peter Burton. Notre objectif est de poursuivre sur la même lancée, c’est-à-dire présenter une diversité de propositions qui nous ressemblent. Que nous soyons encore là pour une quinzième année est réjouissant car il n’y a pas beaucoup de festivals qui présentent un tel mélange.»

    L’arrivée de Daniel Pélissier dans le collectif de programmation en a toutefois modifié la facture générale, au-delà des intentions de continuité.

    «La différence avec les années antérieures, explique-t-il, c’est la présence plus marquée du punk dans la programmation, et pour cause; depuis une vingtaine d’années, je présente des concerts punk et métal dans l’Outaouais (Gatineau) d’où je suis originaire), et dans la région de Montréal où je vis depuis 1999. Assurément, les artistes et groupes punk sélectionnés aux Suoni ne sont pas commerciaux. Ils vivent pour la musique et non pour l’obtention d’un gros contrat de disques. Leur approche est plus DIY (do it yourself).»

    Culture mixte dans le champ gauche, force est de déduire.

    HUIT PRIORITÉS AUX 15e SUONI PER IL POPOLO

    Rock lourd ou léger: J Mascis , Sala Rossa, 5 juin, La Vitrola, 6 juin

    J Mascis est chanteur, guitariste et principal auteur-compositeur de Dinosaur Jr, fameux groupe grunge des années 90 ayant repris du service ces dernières années. Lorsqu’il n’alimente pas son mythe dinosaurien, J Mascis daigne se produire seul, en mode acoustique ou bien nous ensevelir sous les décibels avec Heavy Blankets, groupe à géométrie variable, sorte d’alliage stoner rock et doom metal. Qui plus est, ces Épaisses Couvertures dévoilent parfois des collaborations spéciales: à Montréal, on aura droit à une section rythmiques empruntée à Godspeed You! Black Emperor. Ce n’est pas rien!

    Free jazz, drone, électro, chant: Matana Roberts, 7 juin, Casa Del Popolo

    Il est ici question de différentes pratiques : saxophone, composition, improvisation, surimpression, chant, déclamation. Il est ici question de différentes esthétiques musicales: jazz contemporain, improvisation libre, bruitisme, drone, électro. Il est ici question de différentes cultures : africaine, américaine, occidentale. Il est ici question de Matana Roberts. Voilà où s’abreuve River Run Thee, troisième chapitre de l’ambitieux projet Coin Coin que mène cette New-Yorkaise originaire de Chicago, musicienne dont le talent est souligné à grands traits par tant de publications spécialisées et médias de référence à travers le monde.

    «American Mavericks» de la musique contemporaine, Pauline Oliveiros et Alvin Lucier: Gesù, 5 juin, Sala Rossa, 7 juin

    Les octogénaires Pauline Oliveiros et Alvin Lucier demeurent d’indomptables pur-sang de la musique contemporaine made in USA. Accordéoniste et pionnière de l’électro d’avant-garde, Pauline Oliveiros ne cesse de tourner à travers le monde, malgré son grand âge. La verdeur d’Alvin Lucier est aussi remarquable: professeur émérite à la Wesleyan University, créateur toujours actif, il s’inscrit parmi les précurseurs de l’installation sonore et autres expériences où il exploite les propriétés physiques du son. Lors de ces deux programmes offerts au Gesù et à la Sala Rossa, la musique de ces vétérans sera mise en lumière par le Quatuor Bozzini et l’ensemble de Pauline Oliveiros.

    Post-rock, avant-jazz, indie montréalais: Colin Stetson et Sarah Neufeld, 10 et 11 juin, Sala Rossa

    Motifs mélodico-harmoniques, choix rythmiques, innovations texturales, références stylistiques de Colin Stetson et Sarah Neufeld sont ici des vases concomitants, et plus encore. Le jeu des langages individuels trouve un terrain d’entente où fleurissent des compositions supérieures aux démarches individuelles de ces musiciens montréalais. On a déjà observé que les trouvailles de Stetson pouvaient épater de prime abord, mais qu’on faisait assez vite le tour du jardin avec ces trucs de respiration circulaire, microphones contact et quête microtonale. Les huit pièces au programme de Never Were the Way She Was offrent une variété de propositions à la fois exploratoires et accessibles, parce que liées de près ou de loin à des formes traditionnelles ou populaires. Ces entrelacements entre cordes, vents et voix permettent ainsi au tout de dépasser la somme de ses parties.

    Punk: Fred & Toody, Sala Rossa, 12 juin

    Fred Cole a commencé sa carrière avec The Lords… en 1964! Avec sa compagne Toody, il fut parmi les pionniers de la scène hardcore/punk américaine dans les années 80. Il enchaîna les groupes dont Zipper, King Bee, The Rats et surtout Dead Moon, qui devint un groupe culte de type punk DIY. Aujourd’hui Fred et Toody produisent au sein de Pierces Arrows et montent régulièrement sur scène en duo acoustique. Le programme du concert montréalais sera partagé avec la formation locale No Negative et aussi l’américaine Cheena, à laquelle participe la corrosive Pharmakon.

    Folk aérien, indietronica: Marissa Nadler, 17 juin, La Vitrola

    Les harmonies de guitare sont simples, bien exécutées. Les arrangements, toutefois, s’avèrent riches, célestes, constitués de magnifiques fréquences vocales, électroniques, orchestrales. Et c’est ce qui distingue l’album July, lancé en février 2014 et réalisé par Randall Dunn. Quant aux thèmes de cette folkster électro-symphonique, ils évoquent des paysages tranquilles, tragiques, pleins de lucidité. Sourires résignés, douce ivresse, douce tristesse, road trips remémorés, chansons entendues à la radio, amours oniriques, amours sinistres.

    Jazz contemporain et bruitisme: Paal Nilsen Love Large Unit, Sala Rossa, 20 et 21 juin

    Le super batteur Paal Nilssen-Love est l’un des plus réputés du jazz contemporain en 2015 des Suoni. Très prisé des jazzophiles montréalais, le musicien d’Oslo propose cette fois son plus lourd véhicule soit une formations de 11 musiciens recrutés dans les forces vives et émergentes du jazz norvégien: deux batteries, deux basses, deux saxos, tuba, trombone, trompette, guitare électronique. Au programme de ces deux soirées très différentes selon les dires du leader, on prévoit des musiques composées et un vocabulaire étendu, c’est-à-dire de l’improvisation libre fondée sur les sons atypiques des instruments.

    Rock du désert: Mdou Moctar, La Vitrola, 21 juin

    Découvert par Chris Kirkley de l’étiquette Sahelsounds, le Touareg Mdou Moctar est de ces rockeurs du désert dont la trajectoire s’inscrit dans le sillon des Tinariwen, Terakaft, Etran Finatawa ou Bombino. Guitariste et chanteur autodidacte, il a enregistré en 2008 Anar, un album artisanal qui devint un succès instantané en Afrique de l’Ouest comme dans le Sahel. En 2013, il a lancé Afelan, opus de rock abrasif, incandescent, ensablé par les tempêtes du Sahara. Plus récemment, le musicien du Niger a campé son propre rôle dans une fiction dont il signe la bande originale. Il tourne en Afrique et en Europe et s’apprête à faire une première tournée canadienne, dont nous serons aussi les heureux bénéficiaires.


    • Qu’un seul mot à dire: wow! Quelle programmation! Si je pouvais me téléporter à volonté mes choix seraient Pauline Oliveros, Matana Roberts et le Large Unit de Paal Nilssen-Love. Ce big band du chaos doit sonner comme trois tonnes de briques en spectacle!

    • Et mes choix de deuxième tour:

      Marissa Nadler, Ken Vandermark, Mdou Moctar, J. Mascis et Stetson-Neufeld,

      À l’automne prochain Prurient se produira en première partie de Godflesh à la Casa. Frozen Niagara Falls, le nouvel album de Prurient est d’ailleurs vraiment excellent. Beau mariage de noise et d’électro.

    • Ted et Toody…une priorité? Vraiment? Ça fait mal aux oreilles…J’imagine qu’il faut avoir déjà été fan pour être indulgent à ce point. Il faut dire que je ne me fie qu’à cet extrait mais bon…

    • J’ai écouté aussi. C’est le genre de proposition qui est vraiment meilleure avec de bons bouchons.

    • Well, ce n’était pas le meilleur extrait… ça chante faux en ta. Je l’ai donc changé pour une séquence plus acceptable. Fred et Toody Cole, il faut dire, ont fait partie de Dead Moon, un groupe culte de la mouvance punk américaine des années 80-90. Vu que l’équipe de programmation des Suoni est friande de punk DIY, croche dans la forme mais droit dans la démarche, j’ai suggéré le passage du couple à MTL par respect pour la “légende”.

    • Matana Roberts… Il doit y avoir quelque chose que je n’ai pas compris, car j’ai trouvé sa prestation du 21 mars dernier au Ritz PDB franchement ennuyante. Un peu comme pour certains artistes de Mutek: La transposition scénique n’est vraiment pas à la hauteur des ambitions de l’album, au demeurant excellent. En espérant que Madame Roberts aura travaillé ces aspects, je vais quand même m’abstenir.

    • Je préfère aussi cet album aux concerts de Matana Roberts… Mais je n’irais pas jusqu’à trouver cet album excellent. Réussi, oui, meilleure que les deux précédents du même projet, oui mais…Peut-être cette musicienne est-elle surévaluée ? Laissons-lui le bénéfice du doute.

    • Il y aura Ryley Walker, auteur de l’épatant album reviviscent Primsore Green, mentionné fin mars dans ma « modeste liste de trucs jazz, jazzisants et hybrides qui sont – ou me semblent, pour les albums qui ne sont pas encore tout à fait sortis – conviviaux pour les musiques geeks en transition vers le jazz (ou pas) ». Moi je me garocherais. Amateurs de Steve Gunn, vous ne pouvez pas ne pas aimer ça.

    • Vous ne recommandez pas Miss Nadler parce qu’elle s’est déjà pointée l’an dernier?

    • Marissa Nadler est en préparation de son prochain album, je crois. Ce concert un brin impromptu devrait contenir du nouveau matériel. N’ayant pu me rendre la dernière fois, je ne manquerai pas mon coup cette fois-ci!

      Même chose pour The Ex. Vu leurs fréquents passages, celui-ci peut laisser indifférent, mais ça reste pour moi un plaisir sans cesse renouvelé!

      Bien hâte aussi de voir Last Ex, Hiss Tracts et Wrekmeister Harmonies.

    • Pour moi, il y aura JMascis ce soir, The x à la fin du mois et peut être Moctar. L’heure tardive,
      encore une fois, joue beaucoup dans le choix des spectacles pour ce festival qui est surement un des plus intéressant en ville. Je me trompes tu , mais Dinosaur Jr était sur la map bien avant la période grunge. Leur premier disque datant de 1985. Éclaircissement s.v.p

    • J’ai ajouté Marissa Nadler dans la liste des priorités, je risque d’en ajouter d’autres….

      À lire dimanche dans La Presse + : mon interview avec Matana Roberts.

    • Puis Myriam Gendron, avec ses poignantes et flageolantes mises en chanson de vers de Dorothy Parker (pour ceux qui aiment la musique avec paroles, ou les paroles avec musique).

    • Et tant qu’à inviter des « légendes », les Suoni pourraient imiter leurs collègues du FEQ et rameuter Boston, Deep Purple, les Doobie Brothers, les Stones, Patrick Bruel.

    • Les nouveaux Rolling Stones seront là en tout cas : https://www.youtube.com/watch?v=8_KxqmiZVUA

    • Ah non… ils jouent beaucoup trop fort. ;) Je songe sérieusement à name-dropper des bands…

    • Les nouvelles Runaways seront là aussi :

      https://www.youtube.com/watch?v=0Ohm9s74FQ0

    • Je ne sais pas de quoi est capable madame Roberts sur scène, mais le premier volume de son projet Coin Coin a été tout un choc pour moi. Influences jazz et gospel, attitude punk, pertinence du message social… wow! De plus, chaque nouveau volet est différent et nous donne hâte au prochain. Pour moi, elle est en train de devenir une artiste majeure de la nouvelle scène jazz. Alain, j’ai bien hâte de lire l’entrevue qu’elle vous a donnée.

    • Y a quelqu’un qui est allé voir Matana Roberts dimanche? C’était bien?

    • Oui, j’y suis allé. Les premières 30 minutes ont suffi en ce qui me concerne, ça devenait redondant par la suite. J’aurais pris plus d’informations et de variations à travers ces couches de sons.

    • Pour Matana, redondant est le bon terme…mais j’aime pas vraiment ce 3e chapitre, alors. La 1ère partie avec Jason Sharp tirait un peu plus.

    • Pendant Jason Sharp, j’étais chez Alvin Lucier et des musiciens québécois dont les membres du quatuor Bozzini. Voilà le «statement» d’une autre époque. Minimum absolu d’information sonore, deux ou trois notes par pièce au programme (enfin… de la première partie), gazouillis d’oiseau assorti de quelques fréquences. Fallait le faire dans le temps. C’est fait. Passons à autre chose.

    • Le 3e chapitre de Coin Coin n’est pas le plus convivial et n’offre pas la même charge émotive que les précédents, ceci dit dit ça demeure légitime et logique comme offrande dans la démarche de ce projet à défaut d’être complètement réussi .

      Compte tenu que Sharp était en un mode similaire , disons qu’on aurait aimé un moment donné voir de l’interaction entre musiciens sur scène que 2 séquences solo avec éléments électroniques .

      Par ailleurs Roberts a mentionné à la fin de sa prestation que son prochain épisode ferait danser les spectateurs, aucune idée si elle était tongue in cheek ou sérieuse mais bon ça va faire changement si c’est le cas.

    • vraiment très bon Colin Stetson et Sarah Neufeld hier, meilleur que sur le disque.

    • Une révélation aux Suoni, lundi soir, m’a fait rater les groupes de rock français (je vais me reprendre ce soir): le set de la compositrice montréalaise Nicole Lizée – originaire de Saskatchewan. Mashups musico-cinématographiques, concepts rythmiques totalement distincts de ce que je connais de la musique actuelle, musique de chambre en équilibre avec l’avant-rock et l’électro, cohésion totale de son ensemble (violon,alto, guitare électrique, batterie, vibraphone, claviers, électronique). Cette oeuvre se démarque complètement de ce qu’elle a déjà présenté à la SMCQ. Et s’imposera sur la planète entière, j’en fais la prédiction. Un gros WOW.

    • Quelqu’un était à PNL unit hier ? Ça disait quoi de bon ? Pas que je sois inquiet mais tout de même curieux.

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