Alain Brunet

Archive, mai 2015

Dimanche 31 mai 2015 | Mise en ligne à 14h29 | Commenter Commentaires (10)

Kamasi Washington, tonnerre de ténorman

kamasi-washington-the-epic

Né en 1981, le saxophoniste californien Kamasi Washington a la cote. Au terme d’études brillantes à UCLA, le saxophoniste californien (natif de Los Angeles) a tourné avec l’excellent chanteur soul/ R&B Raphael Saadiq (Tony! Toni! Toné!) mais aussi Chaka Khan, Jeffrey Osborne, Quincy Jones, Mos Def.

Côté jazz, il a été recruté par Gerald Wilson, McCoy Tyner, Freddie Hubbard, Kenny Burrell, George Duke, Stanley Clarke, Harvey Mason, pour ne nommer que ces pointures dont certaines sont passées à une autre dimension.

Leader de l’orchestre The Next Step, il a régulièrement collaboré aux enregistrements du label Brainfeeder que dirige Flying Lotus à Los Angeles. Sa présence est remarquée et remarquable sur le chef d’oeuvre hip hop To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar.

La cote, je vous dis.

The Epic, album en trois volets paru tout récemment sous étiquette Brainfeeder (Ninja Tune dans notre marché), réunit de nouvelles vedettes afro-américaines du funk, du hip hop ou de la soul. Aux côtés du ténorman de l’heure, on trouve le tromboniste Ryan Porter, le trompettiste Igmar Thomas, le pianiste Cameron Graves , le claviériste Brandon Coleman, le contrebassiste Miles Mosley, le bassiste Stephen “Thundercat” Bruner (dont on connait le lien artistique avec Flying Lotus), les batteurs Tony Austin et Ronald Bruner Jr., le percussionniste Leon Mobley. Des choeurs et des cordes s’ajoutent parfois aux propositions mélodiques, ce qui ajoute au grandiose de l’affaire.

Cet opus ne s’intitule pas The Epic par hasard.

Voilà un enchaînement de paroxysmes, illustration d’une ferveur jazzistique retrouvée par la génération montante. Musiques très solidement ficelées, construites sur des murailles de beats (deux basses et deux drums, ça le fait !!!) et des tornades de cuivres et anches, musiques de jazz interprétées par de jeunes virtuoses carrément affamés. Près de trois heures de musique !

Hormis le répertoire original, quelques relectures et jazzifications figurent au programme, notamment Cherokee de Ray Noble (immortalisée par Charlie Parker) ou encore Clair de lune, 3e mouvement de la Suite bergamasque de Claude Debussy. Or, il faut rappeler que l’intérêt des jazzmen porté à la musique impressionniste française remonte à Gershwin et Ellington. Encore là, rien de neuf sous le soleil du jazz.

Ce que propose Kamasi Washington, en fait, c’est essentiellement la contemplation d’un passé glorieux, d’un style compositionnel prédigéré, bien que fervent et passionné. Le style du saxophoniste rappelle d’ailleurs celui de plusieurs ténormen de puissance s’inscrivant dans la lignée de John Coltrane. On pense aux plus célèbres, tels Michael Brecker, Courtney Pine, James Carter, notre André Leroux et… des centaines de moins connus ayant atteint un très haut niveau d’exécution technique.

Voilà qui confirme une fois de plus cette idée que le jazz moderne, enfin ce type de jazz, a atteint sa phase classique depuis belle lurette. Aujourd’hui, ses praticiens en améliorent l’interprétation petit à petit, comme c’est le cas dans la musique classique écrite de tradition européenne.

Cela n’enlève rien à Kamasi Washington, à son talent d’interprète, à son leadership fédérateur et son pouvoir attractif auprès des jeunes publics.

À quand le concert ???

LIENS UTILES

Écoute intégrale de The Epic sur Deezer

Kamasi Washington, site officiel


Kamasi Washington, album The Epic, profil Ninja Tune

Kamasi Washington, profil Wiki

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Samedi 30 mai 2015 | Mise en ligne à 11h17 | Commenter Commentaires (2)

Le marathon Chostakovitch du Quatuor Molinari

Quatuor Molinari 27 mai 2015 Conservatoire

Pour commémorer le 40e anniversaire du décès de Dimitri Chostakovitch, le Quatuor Molinari présente un grand événement de 4 jours autour des 15 fabuleux quatuors à cordes du grand compositeur russe.

Mercredi (dernier) et ce samedi, trois programmes consécutifs mettent en relief ces oeuvres au Conservatoire de musique de Montréal.
Jeudi et vendredi, tables rondes et conférences ont été tenues, avec notamment le musicologue Simon Morrisson, les compositeurs Nicolas Gilbert, Jean Lesage, Maxime McKinley, Ana Sokolovic et les membres du Quatuor Molinari – Olga Ranzenhofer, premier violon, Frédéric Bednarz, deuxième violon, Frédéric Lambert, alto, Pierre-Alain Bouvrette, violoncelle.

Marathon Chostakovitch, dites-vous ?

Fondé en 1997 par Olga Ranzenhofer en hommage à l’artiste Guido Molinari, le Quatuor Molinari se concentre essentiellement sur le répertoire pour quatuor à cordes des XXe et XXIe siècles. L’ensemble montréalais commande aussi des oeuvres aux compositeurs «sérieux» d’aujourd’hui et n’hésite pas à s’impliquer dans la pop de création – notamment auprès du groupe Avec pas d’casque, de Philippe B et Philémon Cimon. Ces deux derniers étaient d’ailleurs présents à l’exécution des six premiers quatuors, mercredi soir.

Ce samedi, les quatuors #7 à #11 ont été joués à 15h, les quatuors #12 à #15 sont prévus à 20h. Pourquoi n’avoir pas joué les 15 en une seule journée ? Trop exigeant physiquement, m’a expliqué l’altiste au terme du deuxième concert, excellent au demeurant. Déjà, jouer samedi neuf oeuvres aussi considérables, aussi complexes, imposait à ses interprètes une préparation physique et mentale exceptionnelle, à la limite du possible – considérant les standards à respecter.

Il faut réaliser l’immense travail de préparation pour arriver à une exécution solide et crédible de ces oeuvres si exigeantes, composées de 1938 à 1974. Elles illustrent l’évolution compositionnelle et le génie de Chostakovitch, qui a su conserver son indépendance intellectuelle et artistique sous le régime totalitaire soviétique.

Difficile pour moi de comparer les exécutions de ces fabuleux quatuors vu ma courte expérience avec ce répertoire, j’ai néanmoins observé que celles des six premiers furent concluantes et permirent aux mélomanes de contempler la profondeur intellectuelle, la singularité formelle et l’inspiration incontestables de Chostakovitch, assurément l’un des plus brillants compositeurs toutes époques confondues. Ajoutons que sa production colossale (15 symphonies, 15 quatuors à corde, 2 concertos pour violon, 2 concertos pour violoncelle, 2 concertos pour piano, six opéras, trois musiques de ballet, 37 musiques de films, 13 musiques de scène) incarne parfaitement l’Europe du siècle précédent, ses enjeux artistiques modernes et contemporains.

Même dans le contexte de l’austérité soviétique, Chostakovitch sut se distinguer à l’Ouest comme à l’Est, et devint un incontournable de la grande musique instrumentale. Le spectre des émotions, dont les plus sombres ayant dominé les périodes extrêmement difficiles vécues par les Russes pendant la Seconde Guerre mondiale, est toujours le sang qui irrigue ses oeuvres à la fois complexes et attractives pour quiconque s’intéresse à la grande musique.

Au premier volet de marathon, il était d’autant plus réjouissant de voir ces interprètes chevronnés s’échauffer et, progressivement, faire grimper leur niveau de l’exécution pendant un programme d’une telle densité. Pendant les pauses, on pouvait en lire les notes succinctes, qui résument fort bien les caractéristiques de chaque quatuor de Chostakovitch- textes de Liouba Bouscant, Olga Ranzenhofer, Jean Portugais et Pierre-Émile Barbier.

En toute candeur, je recommande aux amateurs de musique d’assister à ces concerts vivifiants pour le corps et la caboche. Et souhaitons que le Quatuor Molinari remette ça !

LIENS UTILES

Informations sur les concerts de samedi

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Jeudi 28 mai 2015 | Mise en ligne à 20h12 | Commenter Commentaires (32)

16e MUTEK: soirée de mercredi et priorités de jeudi

Oui, le 16e MUTEK est bel et bien lancé. Jusqu’à dimanche, le Musée d’art contemporain de Montréal devient un vaste complexe nocturne, j’estime que nous sommes au meilleur lieu possible pour assister à des concerts de musique électronique et performances audiovisuelles. Mercredi, j’ai pu voir la version scène de l’album The Inheritors, signé James Holden.

Tel que promis en interview samedi dernier, il y a eu valeur ajoutée devant public. L’interaction du compositeur/réalisateur avec le batteur Tom Page, son usage en direct d’un synthétiseur modulaire et le synchronisme entre sons électroniques préenregistrés et jeu en temps réel ont créé une dynamique où le rapport physique des musiciens à leur instrument rendaient unique l’expérience d’un concert électronique.

Qui plus est, la musique de James Holden est créative, et divertissante, assez poussée pour nourrir les chercheurs de sons et assez simple pour faire tripper les clubbers qui ne veulent pas trop se prendre la tête. L’artiste britannique nous avait causé de ses influences krautrock, elles sont encore plus évidentes sur scène qu’à l’écoute de ce très bel album. Cela étant, on ne peut parler d’une exécution instrumentale époustouflante, ni d’une musique à mettre sur le derrière. Les trouvailles texturales, remarquables sur plusieurs pièces, servent des formes musicales connues et faciles à exécuter, sorte d’électro-krautrock bien de notre temps. Sympa, en somme.

Après avoir revu un bout du concert de Boundary, projet de notre Ghislain Poirier pour trois musiciens, et constaté que le son de cette formation avait pris de la maturité sur scène, j’ai assisté à un longt bout de set assez convenu, signé Bill Dallessandro & Ombossa, intitulé Boomers. Images et sons qu’on a vu et entendu des dizaines de fois, peu de surprise au programme, merci bonsoir on va faire dodo.

Nous voilà néanmoins en haute saison festivalière.

PRIORITÉS DE JEUDI SOIR:

TAKAMI NAKAMOTO & SEBASTIEN BENOITS présentent REFLECTIONS FR, Musée d’art contemporain – Salle principale, NOCTURNE 2,, 21:00 – 03:00

Citation du programme officiel:

« Musicien basé à Paris, artiste visuel et ancien architecte, Takami Nakamoto crée performances éthérées, installations immersives et environnements oniriques qui enveloppent le spectateur et pulvérisent toutes barrières fictives séparant le réel du virtuel. Aux côtés de l’illustratrice et musicienne française Noémi Schipfer, Nakamoto a cofondé Nonotak en 2011, un duo connu pour ses motifs géométriques, ses projections cartographiées augmentées d’échos de glitch et ses lumières clignotantes. L’oeuvre A/V cinétique, d’une éblouissante sensibilité, a tour à tour séduit, effrayé et aveuglé les festivaliers du monde entier, y compris ceux qui ont assisté à la performance du binôme l’année dernière à MUTEK. Depuis la parution d’Opacity l’automne dernier, un premier EP aux rudes textures cristallisées et aux douces envolées de synthés, Nakamoto a imaginé une nouvelle et énergique performance A/V en compagnie du batteur Sébastien Benoits et un kit d’éclairage élaboré comprenant stroboscopes, projecteurs et 32 barres LED reposant sur des pieds de micros. Nakamoto et Benoits, qui ont notamment collaboré ensemble au sein du populaire quintette post-hardcore/metal français Doyle Airence, mettront le feu au Musée d’art contemporain de Montréal avec leur performance laser chargée, oscillant entre IDM ambiant et une radicale intensité rythmique

ATOM™ & ROBIN FOX présentent DOUBLE VISION au Musée d’art contemporain – Salle principale, série NOCTURNE 2 , 21:00 – 03:00

The Making of Double Vision by Atom TM & Robin Fox from Unsound Festival on Vimeo.

Citation du programme officiel:

« Poussés par le désir commun de concevoir un projet A/V immersif qui associerait et à la fois déconstruirait les langages de la musique pop et de la science, l’éminent artiste intermédia australien Robin Fox et le polyvalent producteur allemand Atom™ ont fait converger leurs approches créatives et leur large éventail de matériel audiovisuel pour donner naissance à Double Vision. Réputé pour ses performances expérimentales, Robin Fox s’intéresse aux effets de tension et de vibrations ainsi qu’à la conversion du son en lumière. Une des révélations de MUTEK 2012, Fox est hautement qualifié dans l’art de combiner la chaleur des sons analogiques avec le rendement plus fragile que donne la technologie numérique. Un habitué de MUTEK depuis plusieurs années, Uwe Schmidt, l’homme derrière Atom™, est une des personnalités les plus prolifiques et inventives à avoir émergé de la communauté de la musique électronique depuis les années 1990. Schmidt, qui vit à Santiago de Chile, s’est fait connaître sous des dizaines de pseudos, de personnages et de directions musicales. On n’a qu’à penser à Señor Coconut, un big band qui trempe dans les rythmes électrolatino; à Flanger, un projet jazz atmosphérique avec Burnt Friedman ou encore aux expérimentations électroniques abstraites d’Atom Heart. D’abord exposé à la magie scientifique du spectacle son et laser de Robin Fox pendant le festival Unsound Adelaide, Schmidt lui a proposé de collaborer à la création d’une performance synesthésique à fréquences variables qui jonglerait avec une variété de lasers, de vidéos et de phénomènes sonores. Après une première mondiale au festival Unsound Cracovie l’automne dernier, c’est maintenant au tour de MUTEK d’accueillir ces deux bonzes de la distorsion parfaitement orchestrée et leur oeuvre extrasensorielle Double Vision

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