Alain Brunet

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  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Vendredi 27 mars 2015 | Mise en ligne à 14h23 | Commenter Commentaires (48)

    Pourquoi assister à un concert de jazz en mars 2015 ? Parce que Leroux, Pieranunzi, Botos…

    André Leroux Synchronie Cité

    On le constate une fois de plus avec la tenue du festival Jazz en rafale, le public féru de ce style ressemble de plus en plus à celui de la musique classique: étudiants en musique, adultes de plus de 40 ans sauf une minorité de mélomanes plus jeunes qui ont su intégrer ces musiques plus complexes à leur palette de goûts. Question d’éducation itou… On en vient désormais au jazz lorsqu’on a le sentiment d’avoir fait le tour de la meilleure offre pop, généralement construite sur la forme chanson. Cet état d’esprit vient généralement dans la quarantaine.

    Je m’inscris en faux contre cette trajectoire pépère mais… je dois admettre aimer de plus en plus la musique classique et apprécier davantage certaines formes jazzistiques ayant atteint leur forme… classique. Parce même au sein de ses formes classiques, le jazz présente des réformes nourrissantes, si ce n’est que dans le jeu individuel.. Et je continue d’aimer la pop culture parce que ses meilleurs créateurs n’ont pas le poids des institutions sur les épaules afin d’innover et bousculer les conventions, que ce soit en rock, en chanson indie, en hip hop ou en électro.

    En jazz ? En musique contemporaine ?

    Pour se sentir libre, léger et innover au domaine du jazz ou de la musique contemporaine écrite, il faut à ses artistes une indépendance d’esprit à toute épreuve… et une conjoncture propice à l’émergence de nouveaux courants. En ce moment ? Hum… il y a des trucs mais peu, au domaine de l’innovation, pas évident. Il vaut mieux apprécier la singularité des interprètes et improvisateurs, ou encore les petites réformes que proposent les meilleurs dans un contexte qui semble redondant d’entrée de jeu.

    Prenons ces cas:

    Benoît Charest, guitare, James Gelfand, piano, Muhammad Abdul Al-Khabyyr, trombone, Frédéric Alarie, contrebasse, Christian Lajoie, batterie se retrouvent autour du saxophoniste André Leroux. Sous étiquette Effendi, son album Synchronie-Cités était lancé jeudi au Dièse Onze. Sans soutien promotionnel, André m’a lui-même invité en me téléphonant à deux reprises. J’ai pu écouter son album avant de me rendre au dernier set, pour réaliser qu’il s’agissait de son projet le plus intéressant à vie en tant que leader.

    Interprète époustouflant, André Leroux n’a jamais fait preuve de grande imagination à titre de leader. Cette fois, c’est différent.Avec Synchronie-Cités (titre maladroit mais bon… on ne s’en formalise pas outre-mesure), le saxophoniste présente des musiques supérieures sur le plan des structures et réunit un aréopage d’interprètes de premier plan.

    Il fut un temps où Benoît Charest, à qui on doit plein de musiques de films dont la b.o. du film d’animation Les Triplettes de Belleville, était un des meilleurs guitaristes de jazz électrique au Québec – aux côtés de Jerry DeVilliers Jr et Michel Cusson. Progressivement, il s’est mis à la composition, un domaine de la musique beaucoup plus lucratif, et son jeu en a souffert. Lorsque Chet Doxas l’a convaincu de jouer de nouveau dans des formations jazz il y a une paire d’années, il n’était pas à 50% de ses capacités antérieures. Jeudi soir, il était à 80% je dirais. Très bien !!!

    On souhaite que le pianiste James Gelfand, qui fut notre meilleur dans les années 80 et reconverti à la composition, connaisse un pareil retour. C’était bon de le revoir jeudi et d’avoir un aperçu de ce qu’il pourrait de nouveau offrir en tant que jazzman virtuose. André Leroux peut aussi compter sur l’expérimenté et très compétent tromboniste Muhammad Abdul Al Khabyyr, idem pour le batteur Christian Lajoie, sans compter Frédéric Alarie, à mon sens le meilleur soliste de la contrebasse jazz au Québec et assurément dans l’élite mondiale en ce qui me concerne.

    On a maintes fois vanté le jeu époustouflant d’André Leroux, que d’aucuns considèrent parmi les meilleurs ténormen sur l’entière planète jazz, et qui a toujours choisi de jouer dans les formations locales et de nourrir sa famille avec les ressources d’ici. Excellent interprète de musique contemporaine au sein du quatuor de saxophones Quasar, sideman du pianiste François Bourassa depuis des lustres, recruté dans les meilleures opérations pour grand ensemble, André Leroux pourrait faire du millage en tant que leader: à condition de pouvoir compter sur un groupe de cette trempe, et aussi de présenter du matériel original à la hauteur de ses talents d’interprète et d’improvisateur. Les compositions de Synchronie-Cité sont signées André Leroux, mais aussi Frédéric Alarie, Benoît Charest, François Bourassa, James Gelfand.

    Et oui, c’était plein au Dièse Onze. Bien sûr, la cave de la rue Saint-Denis n’est pas grande, mais il faut aussi réaliser qu’il y avait trois concerts de jazz présentés simultanément jeudi. Vu l’impossibilité logistique de me présenter simultanément à la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique de l’U de M n’ai pu assister au concert du trompettiste américain Randy Brecker avec le big band universitaire que dirige Ron Di Lauro.

    L’Astral était presque plein pour le grand pianiste de jazz Enrico Pieranunzi dans le cadre de Jazz en Rafale, assisté du contrebassiste Fraser Hollins et du batteur Richard Irwin. Assurément, les musiciens montréalais furent à la hauteur du mandat; excellent soutien rythmique à Pieranunzi, sans contredit un maître des ivoires jazzistiques. L’articulation, la souplesse, l’attaque, la profondeur harmonique, la suavité mélodique, le sens aigu du rythme, bref toutes les qualités que l’on puisse espérer d’un pianiste de jazz se trouvent dans le jeu de ce jazzman romain. Il existe probablement des interprètes encore plus fluides en haute vélocité, Pieranunzi n’en demeure pas moins un des grands pianistes de jazz issus des années 60 et 70. Un régal que d’entendre ce musicien relativement conservateur sur le plan compositionnel.

    Le week-end jazzistique est aussi chargé: ce soir à l’Upstairs, le saxophoniste Seamus Blake, le contrebassiste Rob Hurst et le batteur Jeff «Tain» Watts participent à l’ensemble de l’excellent pianiste torontois d’origine tzigane hongroise Robi Botos. Samedi, le guitariste Michel Cusson présente son concert solo à l’Astral et le trio de la jeune pianiste Emie R. Roussel sera à l’Upstairs.

    LIENS UTILES

    L’horaire du festival Jazz en rafale

    Programmation du Dièse Onze, Yannick Rieu ce soir.

    Progammation de l’Upstairs / Robi Botos, piano, Seamus Blake, saxo, Jeff «Tain» Watts, batterie et Rob Hurst, contrebasse, ce vendredi !!!


    Écoute d’extraits de toutes les pièces de l’album Synchronie-Cités d’André Leroux, sur le site Pro Studio Masters

    André Leroux, profil Effendi

    Mon interview d’Emie R. Roussel dans La Presse +


    Mon interview d’Enrico Pieranunzi dans La Presse +


    Écoute intégrale de l’album Permutation (Pieranunzi avec Antonio Sanchez, batterie, Scott Colley, contrebasse).


    • Le Jazz n’est pas mort mais il commence à sentir drôle. C’est ce que disais Frank Zappa. Cette musique n’a plus la cote comme c’est le cas avec le Blues ou le Prog mais il y a encore des artistes intéressants a écouter. Ceux qu’Alain nous présentes ici sembles intéressants. Vive la bonne vielle musique démodés.

    • @sylvain

      Vous trouvez le prog démodé ? ;) Moi je ne trouve pas le jazz démodé. Je trouve le jazz plutôt… classique. Et je suis certain que de nouveaux courants vont bientôt le rafraîchir.

    • Question bête : Pourquoi le temps consacré à la composition nuit-il au jeu des interprètes?

    • Le temps consacré à la composition ne nuit pas en soi au jeu des interprètes. Il peut nuire dans la mesure où les interprètes répètent moins, jouent moins si leurs journées entière soient consacrées à la composition de musiques de films ou autres projets non jazzistiques. Leur technique d’interprète s’en trouve alors progressivement diminuée… à moins qu’ils passent beaucoup de temps sur ces deux dimensions de leur art.

    • Le jazz ne se renouvèle peut être pas à la vitesse que plusieurs mélomanes le souhaiteraient mais différents albums parus sur le marché nous démontrent que le jazz continue à avancer tout en respectant son passé. L’album d’Elizabeth Shepherd m’a particulièrement plu cette année – utilisation de l’échantillonnage, thème à tendance rap, voix superbe. L’album de Marianne Trudel, d’une facture beaucoup plus classique m’a aussi beaucoup plu. Ce qui prouve, comme Alain Brunet nous le montre, qu’il y a d’excellents musiciens de jazz au Québec.

    • Des artistes qui bousculent la forme jazz pour mieux la renouveler, il y en a tout de même quelques uns, et ils frappent très forts par les temps qui courent: Vijay Iyer, Steve Lehman, Rudresh Mahanthappa, Mats Gustafsson, Paal Nilssen-love, Matana Roberts…
      Personnellement, je trouve ce genre musical particulièrement créatif depuis quelques années.

    • J’étais au dernier concert de Rudreh a cause de vous.

      La seule chose que je trouve domage c’est que des fois j’aimerais être averti plus d’avance. Par exemple celui du bassiste Rufus j’aurais tellement aimer y assister, mais vous nous en avez parler à la dernière minute….C’est plate parce que vous avez le don de nous donner envie d’y assister.

      Mais ce nest pas une critique que je vous fait, je sais que vous ne faites rien sans raison. Je suis sûr que les choses ne peuvent être autrement.

    • @db_

      Pour Rufus Reid, il y avait une interview la veille du blogue dans La Presse +. La semaine précédente, j’avais fait plusieurs suggestions du festival Jazz en rafale, assorti de l’interview de Tevet Sela et Gilad Hekselman. On ne peut faire les choses autrement avec l’abondance des sujets… Vous devez aussi rester alerte ! ;)

    • J’en conviens…

    • Le jazz ma amené au folklore. À moins que ce soit mon milieu.

      Avec le “buzz” du nouveau festival fin 70, j’écoutais du jazz. Dans les années 80, je fréquentais un bar -en région- qui présentait les Desmarais, Donato, Bourassa, Papasof, Rieu… J’animais une émission de jazz à la radio communautaire et on diffusait leur spectacle à l’occasion.

      On était pas nombreux mais c’était comme une passion pour faire partie du “buzz”. Aujourd’hui, c’est devenu une brasserie artisanale et on présente du “trad”, c’est cool et ce sont des jeunes dans la vingtaine qui ont pris la relève!

    • “On en vient désormais au jazz lorsqu’on a le sentiment d’avoir fait le tour de la meilleure offre pop, généralement construite sur la forme chanson. Cet état d’esprit vient généralement dans la quarantaine.”
      Drôle comme ce portrait me ressemble tout de même un peu. À un moment donné, je n’écoutais quasiment plus de rock. Je voyais également ça comme un moyen de rester allumé. Alors qu’à l’adolescence, je découvrais Sonic Youth, Alain Bashung ou Nick Cave and the Bad Seeds, à quarante ans je découvrais William Parker, Craig Taborn, David S. Ware… La quête continuait.
      Puis, après un certain temps, j’ai réalisé que le rock, le rap, l’électro avaient encore des choses pas mal intéressantes à dire.

    • Vous voyez, depuis trois ans j’invite mes enfants au fijm. Aujourd’hui, c’est eux qui sont anxieux de connaître ce que je leur ferai découvrir. Mon fils de 20 ans qui était essentiellement hip hop, travaille aujourd’hui sur du jazz et me demande des clubs jazz à Paris lorsqu’il est en escale. Tout ça est une question d’éducation et au moment où le charmant gouvernement libéral continuera de diminuer l’investissement dans un humain pourvu d’une grande culture générale, les parents auront un rôle encore plus fondamental.

    • @ alainbrunet 15h11
      Bien sur que le Jazz est démodé dans le sens ou cette musique n’a plus la cote populaire comme jadis. Ça ne veut pas dire qu’il ne se fait plus de bon jazz. Tant mieux pour nous si le genre survit.

      Puis parlant de prog. Anekdoten un groupe que tu aimes bien sort un nouvel opus début avril.

    • Même à l’époque où le festival de Montréal était en pleine expansion, la coolitude du jazz était circonscrite dans les région où de grands festivals émergeaient. Cette coolitude coïncidait aussi avec l’arrivée du CD, qui remettait en circulation les grands enregistrements des années 40, 50 et 60. En fait, le jazz est devenu une forme classique dès les années 80 et le restera. Au sein des formes classiques, il se trouve toujours de nouveaux interprètes qui en révolutionnent l’expression individuelle et une avant-garde de compositeurs qui témoignent de leur époque tout en respectant le patrimoine de leurs prédécesseurs.

    • Depuis une quarantaine d’année je m’intéresse au Jazz, J’y découvre encore des musiciens exceptionnels , des gens de talents , créatifs , compositeurs inventifs et des interprètes de hauts calibres . Bien sur il faut faire des efforts pour avoir accès à cette musique , mais à l’ère de la technologie et des médias sociaux, c’est de plus en plus simple. De toute façon cette musique vaut bien qu’on se force un peu.

    • “En fait, le jazz est devenu une forme classique dès les années 80 et le restera.”
      Je ne suis pas en désaccord, mais je ne suis pas certain de comprendre comment c’est arrivé et pourquoi le jazz en est rendu là dans son évolution. J’aimerais avoir des éclaircissements là-dessus.

    • Il y a un désir de réécrire, Vijay en est le plus puissant exemple. Je crois qu’il y a encore de l’intérêt pour l’innovation. De plus, le croisement des genres, comme le font Glasper et Common, nous permet de vibrer autrement. Je ne suis pas aussi drastique que M. Brunet sur le manque d’innovation, il faut seulement chercher. D’ailleurs, du côté norvégien, il y a plusieurs belles découvertes, il y a quelques années j’avais eu plaisir à mettre l’oreille sur Jaga Jazzist.

    • bonjour

      le second set de Robi Botos était tout simplement génial ! Un des meilleurs concerts que j’ai vu au Upstairs depuis que j’y vais. Il y avait de l’électricité dans l’air, des longs morceaus, 5 titres pour 1h30 de musique.

      Emie R. Roussel, très bien aussi, bon groove, c’était complet en plus. Gros potentiel, on sent l’évolution depuis ses débuts. Elle ne chôme pas en plus, dédiée à son art.

    • J’étais au premier set. Excellent ! C’est la meilleure performance de Seamus Blake à laquelle j’ai assisté. Jeff Watts et Rob Hurst étaient encore meilleurs qu’autrefois et j’adore le jeu de Robi Botos.

    • oh, pardon pour le français.

      Je ne connaissais pas ce Robi Botos, j’y suis allé pour Jeff Watts, heureuse découverte ce pianiste.

      L’album d’André Leroux m’intrigue, j’ai toujours respecté ce musicien.

      Un bel exemple d’un jazz en évolution, proche du classique contemporain:

      James Falzone’s Renga Ensemble, l’album The Room Is sur Allos Documents. Un sextet de sax et clarinette, la gang de Chicago (Ken Vandermark, Ned Rothenberg, etc.)

      http://allosdocuments.bandcamp.com/album/the-room-is

    • Jeff Watts a changé pour le mieux. Il me fait parfois même penser à Idris Muhammad qui nous a quittés récemment.

    • @duromax
      Très intéressant, ce disque de James Falzone. Avec l’album de Detail, ça fait deux bonnes recommandations en quelques jours. Merci!
      En passant, je fais régulièrement la lecture des articles que vous publiez sur Camuz et j’apprécie. Toujours très nourrissants!

    • Ce qu’il y a de bien avec le jazz, c’est que d’ici une décennie sera fêté une bonne centaine d’années d’enregistrements. À moins d’avoir vécu l’âge d’or du genre, comme semble l’avoir connu BigBand, ça commence à faire beaucoup d’artistes et de styles à découvrir. Ce qui n’empêche pas de garder l’oreille ouverte sur ce qui passe aujourd’hui.

      Et ce que j’aime bien aussi du jazz, c’est que le leader d’un album n’est pas forcément plus intéressant que ses musiciens invités. À partir de là, quand un musicien pique la curiosité, faut aller voir avec qui il a enregistré ailleurs, s’il a enregistré sous son nom. Donc, où est Charlie?

      Le gars qui a décidé de suivre la carrière de Ron Carter, par exemple, risque de se monter une méchante discographie!

      Perso, j’ai pas mal délaissé le rock. Quand je suis obligé d’écouter la radio commerciale, ce que je ne fais plus quand j’ai le choix, j’ai l’impression que la majorité des chansons jouées sont du calibre de comptines avec un tout petit peu de percussion. En fait, en vieillissant, on dirait que l’entonnoir de curiosité se réduit tranquillement pas vite vers quelques styles en particulier.

    • Très d’accord Atchoum. Un des grands plaisirs dans la découverte du jazz, c’est celui d’apprendre à connaître les différents interprètes et le couleurs bien personnelles que chacun apporte à l’oeuvre; d’avoir hâte d’entendre un disque parce qu’un tel y collabore avec un tel et un tel et d’imaginer ce que peut donner cette rencontre musicale avant de pouvoir y goûter.
      Concernant Ron Carter, je considère que Out There de Eric Dolphy et The Quest de Mal Waldron – deux albums auxquels il a participé – sont tous deux magnifiques.

    • « En fait, le jazz est devenu une forme classique dès les années 80 et le restera.”
      Je ne suis pas en désaccord, mais je ne suis pas certain de comprendre comment c’est arrivé et pourquoi le jazz en est rendu là dans son évolution. »

      Solo, duo, trio, quartet, quintet, big band, jazz atmosphérique, folklorique, rock, latino, accoustique, électrique, de chambre, free, jazz pour danser, jazz joué à la vitesse de l’éclair, jazz qui reprend les succès pop actuels…

      Ce sont sensiblement les mêmes instruments depuis les tout débuts, qui soumettent les musiciens aux mêmes contraintes techniques en 2015 qu’en 1915.

      Jazz depuis un moment enseigné dans les écoles avec, je présume, les mêmes références d’une école à l’autre.

      À moins de me tromper, les années 80, et les décennies suivantes, n’ont pas accouché d’un style de jazz qui leur est propre.

      M’est avis qu’à l’heure actuelle, le jeune musicien de jazz, en plus d’être confronté à son instrument, l’est aussi à tous ceux qui en ont joué avant et à ceux qui en jouent aujourd’hui. Ça commence à faire pas mal de monde pour réussir à faire sa place et se faire un nom. Ça ne doit pas être différent de la musique classique, j’imagine.

    • « Perso, j’ai pas mal délaissé le rock. (…) j’ai l’impression que la majorité des chansons jouées sont du calibre de comptines avec un tout petit peu de percussion. »

      En effet, pourquoi se contenter du sel et du poivre quand on peut profiter du coffret des Chasseurs d’épices! Cela dit, je crois encore au rock grâce à des groupes comme Sleater-Kinney, d’autant plus que cette entité est ressuscitée depuis peu. Vous avez entendu leur nouveau disque, atchoum?

    • Avec le bebop, c’est-à-dire au début des années 40, le jazz a développé une aile savante – complexité, haute virtuosité, abandon progressif des formes populaires (blues, swing, musique de danse). AInsi, depuis 70 ans, le volet pop du jazz n’a cessé de diminuer en importance alors que son volet savant n’a cessé de prendre de l’ampleur. En 2015, apprécier le jazz de bon niveau exige des efforts à peu près similaires à ceux que l’on doit fournir pour apprécier la musique classique. Les deux publics sont en voie d’en former un seul: public mélomane, intéressé à la grande composition, à la grande improvisation, à la haute performance individuelle, parfois à l’innovation conceptuelle. Ainsi, musique classique et jazz formeront très bientôt une même famille élargie des grandes musiques, qui comprendra aussi les musiques classiques d’Orient (arabes, perses, indiennes et turques), grandes musiques africaines et aussi grandes musiques électroniques.

    • Pour ce qui est du jazz, je poursuis mon défrichage exploratoire tranquillement, par le flanc gauche. À ce titre, j’aime beaucoup la section jazz du Guardian, qui compte pas mal de suggestions hybrides. Je suis en train d’écouter le nouveau Emie R. Roussel. Ça me plaît, comme tout ce qu’elle a produit avant.

    • « En fait, en vieillissant, on dirait que l’entonnoir de curiosité se réduit tranquillement pas vite vers quelques styles en particulier. »

      De mon bord, je constate qu’il m’est plus facile de trouver le truc qui convient à mes besoins du moment.

    • Merci à tous pour les clarifications. À un moment donné, c’est vrai qu’on a un peu fait le tour de la forme et de ses possibles. Même dans la déconstruction. Au final, il n’y a rien qui ressemble le plus à un morceau de free jazz total qu’à un autre morceau de free jazz total. Des réformes sont encore imaginables, mais une révolution comme celle du be-bop avec Monk et Charlie Parker et celle du free avec Ornette Coleman, c’est de moins en moins concevable.

      Coïncidence? Les années 80, c’est aussi le moment où la peinture, la littérature et la musique contemporaine ont aussi atteint pas mal le même mur.

    • « En 2015, apprécier le jazz de bon niveau exige des efforts à peu près similaires à ceux que l’on doit fournir pour apprécier la musique classique. »

      À l’écoute chez soi, oui, sans doute. Sur place, en salle, le classique jouit de l’avantage « format » : difficile de rivaliser avec le respect admiratif qu’inspirent la cohésion et de puissance d’un grand orchestre.

    • « j’ai l’impression que la majorité des chansons jouées sont du calibre de comptines avec un tout petit peu de percussion. »

      Ah, c’était pas clair. Je pensais à la musique pop radio en écrivant ça. Pour le rock actuel, j’ai décroché parce que souvent trop référentiel. Comme je ne suis plus à la recherche de rock, non, je ne connais pas Sleater-Kinney.

    • L’orchestre symphonique est une des manifestations de la musique classique. Solos, duos, trios, quatuors, quintettes, octuors, orchestres de chambre font aussi partie de l’expression classique. Les grands ensembles de jazz (18 musiciens ou plus) produisent aussi un impact considérable et les modifications progressives de l’instrumentation tendent à rapprocher l’expression jazzistique de la classique. Le concert récent de Rufus Reid est un bon exemple, mais aussi Darcy James Argue, Maria Schneider, Christine Jensen, Jim McNeely, Franky Rousseau, Marianne Trudel, etc.

    • @ atchoum :

      C’était tout à fait clair! Je me faisais simplement l’avocat du rock, le temps d’une réplique!

    • On aime le rock pour son énergie, pour sa rage, pour sa rugosité, ses premières manifestations. Pour ses formes ? Après 60 ans de rock, difficile de transcender ces formes simples. On peut toutefois en conserver l’expression et migrer vers d’autres formes, ce qu’on observe surtout dans le métal, dans le post-rock, dans le noise rock, un peu dans le hardcore… et un tout petit peu dans le rock progressif.

    • @ Alain :

      Je veux dire que son aspect spectaculaire, en format grand orchestre, rend le classique plus facile à adopter. C’est ce que je ressens, du moins! Bon, ça peut dépendre de ce qui est joué, bien sûr. Le souvenir que j’aime évoquer est celui d’une interprétation de la Symphonie du nouveau monde, par l’OSM, il y a quelques années. Même pas sûr que Led Zeppelin au faîte de sa monumentalité aurait pu m’impressionner autant. Bon, Led Zep avec l’OSM, peut-être…

      Mais vous avez raison, grand ensemble pour grand ensemble, les jazz ou jazz-classifiants génèrent sans doute des impressions comparables. C’est sûr qu’il est injuste de comparer un concert marquant de l’OSM à la fois où j’ai vu Min Rager à la Maison de la culture Frontenac, disons. C’est mon expérience d’auditeur-spectateur qui est insuffisante, dans ce créneau… un peu moins accessible compte tenu de la fréquence des concerts? Et il y a le contemporain : Atlantide, récemment, avec 18 musiciens et 10 ou 12 choristes, ça m’est rentré dedans solide!

    • @hardy

      Difficile de voir ce qui est en soi plus facile à adopter. Il fut un temps où les mélomanes commençaient par le jazz après avoir écouté beaucoup de rock et et autres styles populaires. Aujourd’hui, il est possible que les nouveaux adhérents aux grandes musiques commencent par la classique. J’aimerais bien voir une étude à ce titre…

    • Ouais, bon, faudrait mettre Léger et Léger là-dessus! Ce que je peux certifier, c’est que mon itinéraire n’est pas exactement linéaire, puisque constitué d’avancées, de reculs, de pas de côté et de n’importe quoi! Et peu importe l’itinéraire, du moment qu’on n’ait pas besoin de le remettre à la police avant de le suivre. Entéka, voici une modeste liste de trucs jazz, jazzisants et hybrides qui sont – ou me semblent, pour les albums qui ne sont pas encore tout à fait sortis – conviviaux pour les musiques geeks en transition vers le jazz (ou pas) :

      Polar Bear : Same as You
      Kyrie Kristmanson : Modern Ruin
      Anat Cohen : Luminosa
      José James : Yesterday I Had the Blues – The Music of Billie Holiday
      Troyka : Ornithophobia
      Benoit Paradis Trio : T’as-tu toute?
      Moon Hooch : This Is Cave Music
      Ryley Walker : Primrose Green
      Neil Cowley Trio : Touch and Flee
      James Farm : City Folk

    • Pour faire la transition en douceur (suggestions) :

      Léo Ferré version jazz
      https://www.youtube.com/watch?v=AQWgiF0UaRI&list=PL1A9F90140CBEB09D

      Sinon, il y a ce site internet qui répertorie des pièces de jazz. Ça peut donner une idée :

      http://www.jazzstandards.com/compositions/index.htm

    • Concernant le parcours musical.

      Personnellement j’ai commencé par des musiques plus populaires: rock, hip hop, alternatif pour tranquillement me diriger vers des musiques davantage de répertoire et de niche: trip hop, électro, funk et jazz. Quand je suis tombé dans le jazz de plein fouet, je n’étais plus capable d’écouter autre chose. La maîtrise de l’instrument, le côté libre et exploratoire, le summum de l’expression individuelle, tout ça faisait en sorte qu’il n’était plus possible d’être satisfait par des musiques plus simples créées par des musiciens à peine capables. Le jazz était le Grand art. Et puis j’ai (re)découvert le classique, et ce fut un genre d’épiphanie. Là j’avais touché ce qui ne pourrait jamais être dépassé, tant sur le plan de la composition que sur le plan de l’exécution et de l’interprétation. Je n’ai écouté que du classique pendant 2-3 ans et puis j’ai redécouvert la pop/rock des années 60 et 70, ce que j’écoute abondamment depuis plusieurs mois, en particulier les Beach Boys, une véritable révélation pour moi!

      Je n’écoute presque plus de jazz aujourd’hui, je préfère des musiques qui mettent la composition, la structure et les arrangements l’avant-plan et j’apprécie de plus en plus la formule des chansons plus courtes mais bien ficelées qu’on retrouve dans le pop/rock. J’ai plus de difficultés aujourd’hui avec des impro jazz qui s’étirent pendant 5 minutes. Un moment donné, ça devient un peu redondant. Question de goût j’imagine… Je ne pourrais pas m’en passer complètement toutefois!

    • @ philo :

      Outre les Beach Boys, vous écoutez quoi comme pop-rock, si c n’est pas trop indiscret?

      @ Alain et les jazzophiles du blogue :

      Vous pourriez mettre au point un examen à l’intention des geeks/tronches de la musique qui croient avoir terminé leur transition et se sentent prêts. Il y aurait bien sûr un volet théorique – histoire du jazz, genres et sous-genres, figures marquantes – et un volet pratique où le candidat assiste à un concert pointu, tandis que les examinateurs vérifient son pouls, sa tension artérielle, sa sudation, sa salivation et sa déglutition, pour s’assurer que ledit candidat éprouve du plaisir à se trouver là.

    • Hardy_canyon

      J’ai (re)découvert les Beatles, The Zombies, Love, Stevie Wonder, Billy Joel, Paul Simon, Grateful dead, etc. Des trucs que je n’aurais pas nécessairement pensé aimer a priori (Billy Joel par ex. Dans certains cas je connaissais peu ou pas, tandis que dans d’autres cas il s’agit d’approfondissement. Je les connaissais souvent en surface, via leurs singles, tandis que là je découvre leurs discographies. Les Beatles, dont je connaissais facilement une quarantaine de singles, je les connaissais mal au final. Dans tous les cas, peu importe le genre, jazz ou autre, le plaisir réside beaucoup il me semble dans cet approfondissement. Ca devient un plaisir intellectuel autant que sensoriel. Après cette revisitation tardive des années 60 et 70 viendra autre chose. Je vais peut-être revenir au jazz un jour, avec une approche historique, et remonter le cours de son histoire jusqu’à aujourd’hui, qui sait…

    • Je veux dire: certains trucs que je n’aurais pas pensé aimer a priori…

    • « Ca devient un plaisir intellectuel autant que sensoriel. »

      Exactement. Sans se transformer en archéologue ou en conservateur de musée de la pop, il est parfois stimulant de fouiller, de dégoter et de ressortir des trucs, puis de les écouter tranquillement 35 ou 40 ans plus tard. Ensuite, on peut lire ce que les critiques en disaient à l’époque et vérifier à quel point ça tient le coup. Vous mentionnez Billy Joel, un auteur-compositeur-interprète pas encore réhabilité par les rock-snobs, peut-être parce qu’il n’a pas pris un coup avec Lennon, comme Harry Nilsson, mais ça viendra, j’ai confiance, l’œuvre et le parcours du bonhomme recèlent assez de potentiel mythique, au pire ce sera une validation posthume (mais de fait, réhabilité ou pas, on s’en tape non?). Donc, on écoute « The Stranger », on le connaissait moins que « Glass Houses » et « 52nd Street », on se dit que, quand même, cette réalisation, ce son, c’est gentil, c’est rassurant par rapport à une foule de trucs, mais c’est plein, texturé. On n’oublie pas qu’il s’agit de pop-rock et on remarque que la réalisation est signée Phil… Ramone, pas Spector. Un gars qui se débrouillait pas pire derrière une console. Musicalement, c’est plus qu’impeccable, les compos de Joel s’appuient sur des traditions déjà anciennes en 1977 – Tin Pan Alley, Gershwin, Smokey et ses Miracles, Bacharach –, les textes sont habilement ramassés (lire « concis et denses »), pas tellement métaphoriques, les arrangements sont riches sans gicler dans la somptuosité, le tout est évocateur et émouvant. On pourrait dire que ce gars se situait, à l’époque, à mi-chemin entre ses contemporains Bruce et Elton. Difficile de ne pas songer au McCartney post-Beatles, aussi. Un Macca à l’accent new-yorkais. Parce que, avec ses racines et ses capsules new-yorkaises – « Scenes from an Italian Restaurant », notamment –, Billy n’est pas moins emblématique de New York que Lou Reed (on pourra discuter de leurs héritages respectifs un autre tantôt!). Donc, que des tounes de garde là-dessus.

    • Voilà tout: lorsqu’on accède aux formes plus complexes en musique, ou encore aux considérations historiques sur un genre ou un sous-genre musical, le plaisir sensoriel et le plaisir intellectuel sont inextricables. Il ne sont en rien contradictoires comme certains l’affirment à tort.

    • Exact. Le prochain qui utilisera la citation « Talking – ou Writing ou Reading – about music is like dancing about architecture » devrait être mis à l’amende. Même chose pour la foutue citation de Zappa à propos du jazz.

    • Bien d’accord avec vous Hardy et Alain concernant le caractère tant intellectuel que sensoriel de l’appréciation musicale ou artistique en général.

      Concernant Billy Joel, j’avoue avoir été très surpris. Je m’attendais à une sorte d’émule d’Elton John, un héraut de la pop mature pour adulte, à quelque chose de générique et de mielleux, et au bout du compte j’ai découvert un artiste très intéressant. Très apte sur le plan mélodique, excellent pianiste, bon chanteur, bonnes compositions, mélange des genres maîtrisé, beaucoup de soul et de jazz dans cette pop. Une série d’albums de bons à excellents dans les années 70: Piano Man, Turnstiles, The stranger, 52nd street, Glass houses… Belle découverte en ce qui me concerne. Le côté parfois un peu cheezy du son demande une certaine maturité je crois. Pas certain que j’aurais pu apprécié autant à 22 ans disons…

      Sinon, côté jazz plus écrit et arrangé, je devrais me tourner vers quoi?

      En passant Alain, je m’étais procuré Present Tense de James Carter que vous aviez vanté à l’époque et j’ai beaucoup aimé. J’ai écouté ce cd nombre de fois. C’est pas mal ce que je connais de plus récent dans le jazz: bref, je suis complètement dépassé sur ce plan… (et sur bien d’autres).

    • By the way, pour les amateurs de ce type de musique Mezzo live tv est disponible sur Vidéotron en HD et est présentement gratuit. Ensuite faudra payer 5 $ par mois , si ça vient avec un service de vidéo par demande, ça pourrait être pas mal génial.

      Ceux qui ne connaissent pas cette chaîne , on peut y visionner principalement des concerts classiques ou de jazz par exemple on peut y visionner ce soir un concert de Bruno Chevillon, Michel Portal et Daniel Humair se tenant à Europajazz. ou Baptiste Trotignon dont on a amplement parlé sur ce blogue au St Emilion Jazz Festival. Mettons que ce n’est pas notre Artv local qui offrirait ce genre de programmation….

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