Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Mercredi 11 mars 2015 | Mise en ligne à 13h59 | Commenter Commentaires (14)

    Julie Blanche, fumée blanche

    Julie Blanche

    Couleurs de crépuscule. Couleurs d’aurore. Brumes qui s’épandent à la tombée de la nuit, au lever du jour. Clair-obscur de la pensée. Pixels énormes d’images minuscules. Fumée blanche s’échappant des braises.

    Via Julie Blanche, sa compagne qui est aussi le pendant féminin de son univers poétique, Antoine Corriveau poursuit ce dialogue de proximité entre les êtres. Ces récits d’humains revenus de transhumances apparemment étranges… à bien y penser, typiques de l’existence. Cette pensée subtile sur la relation intime, sur les tempêtes de la vie, sur les traversées du désert, sur le temps qui s’arrête parfois.

    «… il y a eu beaucoup de gaspillage / deux visages et un seul en même temps…»

    «… tes pas lourds sans lendemain mais les idées crasses que tu as / seront toujours des morceaux en moins…»

    «… ils étaient partis à deux / ils sont revenus coupés en deux / ils se sont laissés tomber…»

    «… c’est mon temps préféré de l’année / mon vent préféré de l’année / celui qui ne veut plus rien dire / et qui ne veut rien assouvir..»

    «… je suis tout ça c’est vrai / je suis tout ça / et tout autre chose / à la fois / je suis tout ça c’est vrai / Je suis la lumière / Au loin dans les herbes / sur le montant des pentes / autant celle que tu vois / autant celle que tu ne vois pas…»

    « … il y a eu 148 924 jours de tempête / tête première, presque sans compter / le vent qui arrache la face et tout le reste…»

    «… j’ai échoué dans le désert / j’y suis restée vingt jours et vingt nuits … tu es l’avion tombé là / qui fera longtemps les cent pas…»

    Ces mots viennent de Au bout de la nuit, Le fleuve au complet, Presque, le Désert. Il y en a d’autres à retenir dans La Maison d’hier, Les amours immobiles, Comme un décor, La vie facile.

    Les textes et les musiques sont d’Antoine Corriveau, sauf la vie facile, gracieuseté de Stéphane Lafleur. Aussi réalisateur d’Avec pas d’casque, le multi-instrumentiste Mathieu Charbonneau (wurlitzer, orgues, synthés, piano, baryton) a coordonné les opérations studio et dynamisé les contributions de Julie Blanche (voix), Pietro Amato (cor), Antoine Corriveau (guitares et voix), Cédric Dind-Lavoie (basses et percus), Stéfan Schneider (batterie et percus). Ainsi, ces éléments des Luyas et du Bell Orchestre s’inscrivent dans la démarche de la chanteuse.

    La rencontre de ces musiciens produit des arrangements aériens où l’on vole en basse altitude. La diversité de effets de saturation, les décalages rythmiques de certains motifs orchestraux, les bourdons du cor et des pédales de guit, enfin plusieurs arrangements (imaginés par l’équipe entière) contribuent à singulariser des chansons déjà fort bien construites.

    Inutile de départager ce qui appartient à l’un ou à l’autre. Inutile de déterminer si Julie Blanche est le médium d’Antoine Corriveau ou bien le contraire.

    Bien qu’il s’agisse de son premier album, Julie Blanche n’est pas une artiste débutante. À l’évidence, elle a la maturité des interprètes capables de s’approprier la matière poétique et les sons qui les transportent. Elle prend possession de chaque syllabe, de chaque note. Le taffetas délicatement posé sur la voix, l’omniprésente justesse du ton, cette dégaine qui fait lever les bras.

    Ouaipe, Julie Blanche a fait un bel album sous étiquette Coyote Records.

    LIENS UTILES


    Julie Blanche, site officiel

    Julie Blanche, écoute intégrale de l’album sans titre, ou achat sur Bandcamp

    Julie Blanche, profil Coyote Records


    Julie Blanche, interview de Caroline Rodgers


    • La mélodie de la pièce « Deux visages » me rappelle beaucoup celle d’« Alpenglow », de l’album « Range of Light » de S Carey, l’un de mes préférés de l’an dernier.

      https://www.youtube.com/watch?v=m_nT8TLEWhg

      « (…) enfin plusieurs arrangements (imaginés par l’équipe entière) contribuent à singulariser des chansons déjà fort bien construites. »

      Exactement ce que je ressens.

    • 2 visages est vraiment magnifiques!!

    • On nage dans les mêmes eaux sur les 10 plages ( !) de l’album et malgré ça, aucun essoufflement. On flotte.
      Bon dosage du propos qui laisse place à l’imagination, c’est probablement ça la maturité. Intimité et intériorité généreusement offertes et portées par une voix retenue qui en aucun moment ne laisse supposer l’étalage.
      Fumée blanche????? Habeum gemmam!

    • On a une Gemma?

    • Ah, on a un bijou, ça l’a plus de sens!

    • Puisque Morrissey est surnommé « The Pope of Mope », Julie pourrait devenir la « Papesse de la tristesse ».

    • 10/10 hardy.
      Effectivement, Julie ne batifole pas avec l’amour !

    • Bon ben, ça franchit sans encombre le cap de la 3e écoute. Ça l’a un petit côté post-prog très chouette.

    • Post-prog, on retient ça. On va se remettre à en écouter, simple question de marketing ! Mon prochain billet : Julie Blanche, figure de proue du post-prog. Figure de prog du post-proue…

    • Figure de proue post-prog et post-Émilie Proulx chez laquelle figure peu ou prou de Proust ou de Pogues.

    • En accompagnement, grog ou broue.

    • svp pas une autre chicane au sujet du prog……………..

    • ”Figure de proue post-prog et post-Émilie Proulx chez laquelle figure peu ou prou de Proust ou de Pogues.”

      Wow. La juge de la Pologne vous accorde 9,7/10.

    • Le couple Blanche-Corriveau sera décidemment à surveiller !

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