Alain Brunet

Alain Brunet - Auteur
  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
  • Lire la suite »

    Partage

    Lundi 9 mars 2015 | Mise en ligne à 11h44 | Commenter Commentaires (2)

    L’expérience de Tim Brady au Complexe Desjardins

    Entre 15h et 17 h, samedi, le Complexe Desjardins a été envahi par 112 guitaristes électriques réunis au sein de l’ensemble Instruments of Happiness EXTREME. Cette cohorte sous la gouverne de Tim Brady procédait alors à la création mondiale de 100 Very Good Reasons Why…

    Jouée quatre fois d’affilée, l’œuvre du musicien montréalais commémorait le centième anniversaire de l’année de naissance du guitariste Les Paul (1915-2009), soit le plus célèbre pionnier de la guitare électrique à corps plein. Les 112 guitaristes ont été invités à générés différents effets: riffs décalés, courtes séquences d’improvisation libre, grattages extrêmes, bourdons, on en passe. Disséminé dans tous les recoins du Complexe, l’auditoire ne pouvait avoir la même perception de l’oeuvre. Sur les paliers supérieurs, par exemple, c’était fort différent qu’au même niveau des musiciens.

    Expérience passionnante, somme toute.

    Guitariste, compositeur, interprète, improvisateur, réalisateur, producteur, leader d’ensemble, gestionnaire d’événement, Tim Brady maintient un rythme infernal de travail. Depuis trois décennies, l’approche de ce créateur très prolifique s’inscrit sur le territoire des musiques contemporaines ou actuelles; ses productions à géométrie variables vont de la symphonie à la guitare solo avec traitement multimédia – ce qu’il suggérait jeudi à la SAT. On a pu voir et entendre alors son jeu à la guitare, le voir faire usage de différentes techniques: tapping, avec «pick», surimpression de boucles enregistrées en temps réel, etc.

    Généralement associées aux niches de la musique contemporaine, les œuvres de Brady peuvent toutefois déborder le cadre des auditoires avisés. La performance gratuite de son orchestre de 112 guitaristes est un bon exemple de ces joyeux débordements.

    « Honnêtement, amorce-t-il, la gestion de ce projet, c’est beaucoup plus de travail que je ne l’aurais cru! On y parvient mais c’est plutôt compliqué que de trouver plus de 100 guitaristes, leur fournir les partitions et les liens audio, organiser les répètes, s’assurer qu’il y ait assez d’électricité dans les salles de répétitions pour ne pas faire sauter les disjoncteurs. Ça prend du jus! »

    Le Complexe Desjardins a été choisi notamment pour son «jus» en abondance. Et comment cela est-il prévu?

    « Quatre sections de 28 guitaristes avec chacune un chef seront disposées autour de la fontaine. Il faut penser à chaque détail pour que ça se passe bien; mesurer la distance entre les musiciens, imaginer la diffusion des sons dans l’espace. Pour ce, l’équipe technique du Complexe Desjardins a été extraordinaire, elle collabore avec un grand enthousiasme. »

    Réunir un grand nombre de guitares électriques n’est pas une idée neuve, souligne Tim Brady, qui a lui-même déjà créé un programme pour une vingtaine de guitares (en 2009).

    «Rhys Chatham, un guitariste américain installé à Paris, avait déjà organisé un concert de 100 guitares à Montréal, soit au Métropolis en 1990, dans le cadre du festival itinérant New Music America. Rhys faisait alors travailler les 100 guitares avec un batteur et un bassiste, un peu à la manière d’un rock band géant. Moi, j’ai plutôt réuni ces 112 guitaristes pour la spatialisation du son.

    « Ainsi, je cherche à établir un autre dialogue entre les musiciens, aussi entre la musique et le public. J’aime cette idée que la musique puisse circuler dans un autre espace que celui d’une salle de concert. J’aime que le public puisse se déplacer pendant l’exécution de l’œuvre et donc avoir une relation différente avec les interprètes. »

    Selon les dires de son concepteur allumé, «l’effet psychoacoustique» de cette œuvre pour 112 guitares électriques s’annonce « hallucinant ».

    « Au départ, j’ai songé à faire travailler les sections de musiciens sur différents niveaux, mais ce serait une autre pièce, en fait. Celle-ci est conçue pour encercler la fontaine et tournoyer dans l’environnement. La somme de 112 guitares et 112 amplis donnera une variété et une richesse de timbre vraiment extraordinaire. Cette musique reste dépouillée, on ne veut pas qu’elle devienne trop dense, sorte d’explosion du début à la fin. Bien sûr, il lui faut un groove, et donc un bon riff qui s’installe au moment opportun. »

    Le défi de cette entreprise guitaristique consiste également à constituer une communauté de professionnels et d’amateurs.

    « Le bouche à oreille a fait son œuvre chez les guitaristes professionnels, plusieurs m’ont d’ailleurs suggéré leurs élèves. Nous avons aussi mené une campagne de recrutement; affiches dans les magasins de musique, articles dans les médias traditionnels, annonces dans les médias sociaux. Le 20 novembre nous avons organisé une audition libre et 67 guitaristes se sont présentés ! Nous en avons évalué l’ouverture d’esprit et la rapidité d’apprentissage.

    « Nous avons été étonnés par le bon niveau de la majorité d’entre eux. Mais… j’exige d’eux une exécution précise, de la concentration. Quand tu es sur scène, chaque note compte, tu ne peux rien échapper. J’ai donc besoin de guitaristes professionnels et j’en ai mobilisé 25 qui haussent le niveau. Avec tout ce monde, nous pourrons obtenir quelque chose de remarquable. »

    Pour assurer la faisabilité de cette entreprise pour le moins ambitieuse, Tim Brady a pris soin d’éviter la haute virtuosité :

    « La pièce n’est pas trop difficile à jouer et à apprendre par cœur – car une bonne partie des guitaristes amateurs ne lisent pas très bien la musique. Ce fut pour moi un vrai défi de composer une pièce qui soit cohérente et puissante mais assez facile à maîtriser. »

    Enfin, parmi les 100 Very Good Reasons Why… faire résonner 112 guitares et 112 amplis, et de poursuivre l’expérience après le concert de samedi (en mars 2016), il y a celle-ci, suggère Tim Brady :

    « La guitare électrique est encore beaucoup jouée dans les différents styles de musique populaire, même si les claviers et les machines ont pris énormément de place. Mais… peut-on faire autre chose avec cet instrument ? Je fais de la musique contemporaine avec de la guitare électrique depuis presque 30 ans. Ce qui manque à son répertoire, entre autres, c’est de la musique pour grand ensemble. »

    LIENS UTILES

    Tim Brady, site officiel


    • Je comprenais plus rien. J’ai lu trop vite : Tom Brady?
      Et le texte ne parlait même pas de Gisèle, en plus!
      .
      « Je fais de la musique contemporaine avec de la guitare électrique depuis presque 30 ans. Ce qui manque à son répertoire, entre autres, c’est de la musique pour grand ensemble. »

      Isaac Albeniz à la guitare électrique? Un hommage à Narciso Yepes plogué sur l’électricité?

    • J’étais parmi ces 100 guitaristes (section 2), tout comme j’étais du spectacle de Rhys Chatham en ‘90 et je dois avouer que ce sont deux expériences totalement différentes. J’ai bien apprécié les deux. Après avoir fait le tout sur une différence de 25 ans entre les deux, il serait très étonnant que j’en fasse une autre avec 25 ans de différence. J’aurais alors 88 ans…mdr…aussi bien oublier ça. Par contre, Tim (Brady) m’a confirmé qu’il y aurait une autre prestation en mars 2016. On verra bien…

    publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    mars 2015
    L Ma Me J V S D
    « fév   avr »
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    3031  
  • Archives