Alain Brunet

Archive, mai 2014

Vendredi 30 mai 2014 | Mise en ligne à 16h50 | Commenter Commentaires (9)

Sharon Van Etten / Are We There

sharon-van-etten- Are We There

Lorsqu’elle lui garroche un your love is killing me bien senti, lui confie I love you but I’m lost ou lui confesse every time the sun comes up I’m in trouble, on en ressent la vérité. On la croit sur parole. Images directes, évocatrices, d’une indiscutable clarté. Émotions puisées jusqu’aux tréfonds de l’âme, carburant du trouble amoureux, breakup songs de haute volée.

Voix de l’emploi : soie et pureté dans les hautes fréquences, coffre dans les médianes et les graves, grain personnel sur le registre entier.

Sharon Van Etten sera-t-elle LA chanteuse folk indie de l’année ? Chose certaine, ses références stylistiques sont limpides pour quiconque s’intéresse à l’americana de grande qualité – cordes frottées, bois, anches, chœurs, guitares, harpe, percussions. Réalisatrice de sa quatrième offrande, la trentenaire de Brooklyn ne réinvente certes pas la roue, mais offre bien assez d’accroches, de puissance, de maturité et de substance dans toutes les composantes de son art pour marquer 2014 de son sceau.

Ainsi, ce conformisme chansonnier me semble parfaitement acceptable lorsqu’il se trouve au service du texte, de la voix, de la finesse des sons. Lorsqu’il peut magnifier l’intelligence de l’émotion. Ainsi, l’habillage de l’album Are We There sied fort bien à Sharon Van Etten. Peu probable qu’elle revienne nous voir dans l’intimité du Il Motore, comme ce fut le cas la dernière fois.

LIENS UTILES


Sharon Van Etten, site officiel

Sharon Van Etten, profil wiki

Écoute intégrale de l’album Are We There sur Grooveshark

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Ben Frost

Ben Frost / crédit photo Flickr

Aurora, dixième album du compositeur et réalisateur australien Ben Frost, sera la matière incandescente d’un concert présenté avec percussionnistes. On peut d’ores et déjà situer cet opus (lancé ce mardi sous étiquette Mute) parmi les plus denses et les plus réussis de la grande famille électronique cette année.

La profondeur de ses propositions musicales mène à croire que Ben Frost dépasse toutes notions de catégories, même si elles sont associées à la création numérique. Encore jeune, son œuvre s’inscrit parmi les must de la musique d’aujourd’hui, point à la ligne. Il a travaillé notamment auprès de Brian Eno, Tim Hecker, (albums Ravedeath 1972 et Virgins), sans compter SWANS (The Seer) et Colin Stetson (New History Warfare).

D’où cette conversation avec le musicien qui s’amène jeudi au festival EM15. Ben Frost et ses musiciens se produisent au MAC, ce jeudi, 22h dans le cadre de la soirée Nocturne2 du festival EM15, heureuse fusion des festivals ELEKTRA et MUTEK qui célèbrent conjointement leur quinzième année d’existence.

« Mes musiciens (deux percussionnistes, un sonorisateur) et moi jouerons la matière d’Aurora. Je ne vois pas pourquoi je regarderais derrière », amorce Ben Frost, joint dimanche à l’aéroport d’Amsterdan- il transitait alors entre Zagreb et Reykjavik où il réside, avant de s’envoler vers Montréal le lendemain.

Pour son concepteur, les compositions d’Aurora représentent un point tournant :

« Ce dixième album rompt avec plusieurs patterns compositionnels qui ont fini par me peser avec le temps. Ce fut à la fois un processus de démolition et de reconstruction. La tâche la plus difficile fut d’identifier des nouveaux traits de ma musique, aussi crus pouvaient-ils se présenter d’entrée de jeu. Ainsi, j’ai dû faire des choses toutes simples : éliminer de mon langage les pistes vocales ayant caractérisé mes productions antérieures, évacuer les évocations (virtuelles) des bois dans mes arrangements, etc.Je ne crois pas que cette démarche soit révolutionnaire, mais l’engagement ferme à refuser ses propres clichés me permet de se redéfinir. »

Et d’autre part…

« Sans prétendre à l’invention d’un nouveau langage, j’ai fait confiance à mon instinct en ce sens. Ce n’était pas un acte conscient de singularité, l’inconscient a fait son travail ! La manière dont cette musique est sortie de moi et s’est conclue ne résultait pas d’un plan soigneusement préparé. »

Ben Frost observe ainsi deux processus parallèles dans la gestation d’Aurora.

« Il y a d’une part cet effort conscient d’éviter les pièges de mon propre langage, d’en éviter la complaisance. À ce titre, j’essaie même de me projeter dans l’avenir, c’est-à-dire imaginer dès aujourd’hui des musiques qui trouveront leur forme définitive dans une vingtaine d’années ! D’autre part, il y a ce désir de laisser sortir la meilleure musique de moi-même, d’en catalyser les plus forts courants d’énergie sans qu’il faille forcer les choses. »

Aurora offre du gros son, du son puissant, lyrique mais aussi violent, parfois monumental. Bien qu’électonique, cette esthétique puise autant dans l’ambient, le drone, le métal, le punk que dans le minimalisme américain, les musiques classiques, romantiques ou contemporaines. Le principal intéressé en convient et résume la démarche :

« Je suis toujours porté à m’opposer aux processus normaux de la création musicale. L’usage des technologies dans ce nouvel album secoue violemment les sons naturels, les sons convenus de l’écriture orchestrale ou encore le pouvoir hypnotique du rythme en musique. »

Secousses de synthèse, fait-il observer :

« Vous savez, Aurora été créé dans un espace complètement virtuel. Paradoxalement, mon ordinateur était branché à un générateur au diesel car je me trouvais dans la République Démocratique du Congo. J’étais dans une zone éloignée des grands centres, soit dans la partie est du pays (Goma), afin d’y récolter les sons utiles un document sonore, de concert avec l’artiste Irlandais Richard Mosse. Nous prenions des images et du son des conflits armés aux frontières du Rwanda.

« La musique de mon nouvel album fut enregistrée dans ce contexte. Ce monde extérieur était brutal, contrastes souvent étranges avec mon univers intérieur: micro-environnement totalement synthétique, espace «galactique» créé dans ma tête recouverte d’un casque d’écoute avec l’aide d’un ordinateur portable ! Nous pouvons, d’une certaine façon nous déconnecter de notre corps physique et de l’environnement à l’intérieur duquel il évolue. Nous vivons à une époque où ces mondes cohabitent. »

Ben Frost se montre prudent sur le sens à accorder aux sons émanant d’Aurora.

« On a déjà écrit ou dit qu’on pouvait ressentir les sons des grands espaces de l’Islande dans ma musique, j’imagine qu’on trouvera le moyen de parler du Congo et des ses conflits meurtriers à l’écoute d’Aurora. Plus que jamais, il y a cette énorme pression à vouloir coller du sens aux sons, alors que le processus s’avère beaucoup plus complexe. Ces liens effectués par l’auditeur ou le critique avec l’environnement de création sont souvent faux ! Un de mes fantasmes, vous savez, serait de me trouver dans une exposition sans aucune inscription sous les tableaux. Ainsi, je pourrais me soumettre à une expérience de perception sans la prescription du comment les oeuvres doivent être vues. J’observe cette dépendance croissante à l’information rapide et le sens rapide que l’on colle à tous les phénomènes afin de mieux les comprendre. La patience fait défaut… »

C’est d’ailleurs pourquoi Ben Frost aime se produire devant public, estimant que la réaction directe du public l’emporte sur les interprétations possiblement erronées.

« J’ai le sentiment de pouvoir m’abandonner complètement dans ces occasions. La musique live est un des rares espaces de mon existence où je puisse ressentir cette déconnexion totale avec tout ce qui m’entoure normalement. Je produis avec trois musiciens formidables: les percussionnistes américains Gregory Fox et Shahzad Ismaily et mon grand ami et grand sonorisateur Daniel Rejmer. Cet album est mû par le rythme, voilà qui en explique l’instrumentation: électronique et percussions. »

LIENS UTILES

EM15, site officiel

Écoute de l’album Aurora sur le site officiel de Ben Frost

Bandcamp

Ben Frost, profil wiki

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Dimanche 25 mai 2014 | Mise en ligne à 15h28 | Commenter Un commentaire

Daniel Avery ce dimanche: must au Piknic Électronik

DanielAvery

« Quand un DJ occupe une résidence au légendaire Fabric de Londres, personne ne remet en question ses aptitudes à chauffer une piste de danse.»

Difficile de contester cet argument soumis pas le Piknic Électronik. Raison de plus, il fait très beau ce dimanche et Daniel Avery est le plat principal du Piknic. Encore faut-il ajouter que l’album Drone Logic fut parmi les meilleurs en 2013, et qu’il figure dans ma sélection électro de fin d’année – comme celle de plusieurs mélomanes, est-il besoin de l’ajouter.

Question de se mettre en appétit. voilà une paire de citations :

« Bien que j’eus l’intention de créer quelque chose d’assez courant, c’est-à-dire des musiques représentatives de l’année 2013, je me suis trouvé à remonter dans le temps, à des albums tels Surrender et Dig Your Own Hole des Chemical Brothers ou d’autres de Four Tet et Underworld. Des albums avec une vraie dynamique. Aucun de ces albums ne peut être considéré comme de la musique d’ordinateur, caractéristique que je voulais éviter. Je voulais de la vraie vie dans cet album. Cela nécessitait beaucoup plus qu’un type dans sa chambre en train de créer des pistes avec son ordinateur portable », confie le musicien britannique au Resident Advisor.

Dans cette même interview où il cause de Drone Logic, on déduit sans forcer que l’approche de Daniel Avery sied parfaitement à l’étiquette intelligent dance music.

À preuve:

« Je me vois toujours d’abord comme un DJ. Je fus DJ bien avant que ne me vienne à l’esprit l’idée de créer ma propre musique. Dès le début de l’enregistrement, j’ai voulu un album plutôt qu’une addition de pistes. Ayant joué dans les clubs pendant une dizaine d’années, je sais comment les planchers de danse changent au fur et à mesure que les soirées avancent. Et plusieurs pistes de cet album ont été faites avec en tête certains planchers de danse. Par exemple, la pièce Water Jump fut entièrement conçue pour être jouée dans la Room One du Fabric. Le son, le travail breakdown… ce fut enregistré avec en tête l’espace, l’éclairage et la clientèle de cette salle. D’autre part, certaines pièces ont été conçues pour des salles de 200 personnes, plus petites avec stroboscope et machine à fumée…»

Voilà qui justifie une virée au Piknic Électronik, et même rater la première période du match CH-Rangers…

LIENS UTILES


Daniel Avery, profil Resident Advisor

Daniel Avery sur Soundcloud

Daniel Avery, profil Piknic Electronik

Écoute intégrale de l’album Drone Logic sur Grooveshark.

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