Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Dimanche 15 décembre 2013 | Mise en ligne à 18h48 | Commenter Commentaires (10)

    San Fermin: pourquoi pas un effet… boeuf ?!

    San Fermin San Fermin

    Un mec barytone, non sans rappeler le mec de The National. La voix d’Allen Tate est grave, puissante et maîtrisée. Les arrangements ont tôt fait d’exhiber leurs muscles, marqués par l’intervention des cuivres. Une paire de sopranos chante ensuite, Jesse Wolfe et Holly Laessig (du groupe Lucious). On se dit que la facture de San Fermin se trouve quelque part entre Dirty Projectors, St.Vincent et Sufjan Stevens. La suivante se fonde sur un effet de bourdon au-dessus duquel s’épandent instruments à vent, cordes à l’indienne et vocalises aériennes. La voix grave est de retour, no I can’t fall asleep in your arms so tell me a story… ballade insomniaque à l’horizon, sur fond de cordes grattées et cordes frottées.

    Up tempo lent et voix de femmes portées par un vent de cuivres, montée d’intensité chorale et instrumentale, alourdissement du beat. Ballade pour voix grave, guitares acoustiques, cordes et vents.Un peu plus loin, des influences des années 10, 20 et 30, musiques contemporaines auxquelles on ajoute des éléments d’improvisation libre (années 60) dévoilent les intérêts marqués de ces artistes pour les musiques sérieuses. Heureusement cette fois, on évite le piège de la citation Phil Glass / Steve Reich et on imbrique des phrases à la Meredith Monk.

    On se dit alors qu’en 2008, 2009, 2010, on se serait vachement excité le pompon à l’écoute de ce San Fermin, nom d’une célèbre fête basque importée à Brooklyn par ce jeune groupe américain. Au début de la vingtaine, ses membres ont intégré le langage des meilleurs compositeurs indies et tentent déjà de faire mieux. Ils ont peaufiné l’affaire, créé de superbes chansons pop. En fait, le jeune compositeur Ellis Ludwig-Leone est l’architecte de San Fermin. Son éducation musicale en composition ne fait aucun doute, il s’amène sur le territoire pop avec des armes redoutables.

    Pourquoi donc San Fermin ne figure-ils pas au top des listes à la fin de l’année ? Parce que les premières chansons de San Fermin donnent l’impression qu’il s’agit d’un groupe générique, malgré l’efficacité de l’interprétation. Ces esthètes ont-ils poussé à peine plus loin des méthodes éprouvées ? La première moitié de cet album mène à le croire. C’est beau, c’est bien fait, c’est riche et … nous avons ici une preuve supplémentaire que l’indie a atteint sa forme classique.

    Or, cette perception change au fur et à mesure qu’on découvre cet opus: plus précisément, la deuxième moitié du programme révèle davantage l’identité propre de San Fermin. On suspecte alors que les critiques ont majoritairement gelé leur verdict avant la neuvième chanson ou pièce au menu. Or il s’en trouve 17 !

    Chose certaine, la connaissance musicale est plus élevée au sein de San Fermin que dans la plupart des formations de la même mouvance… ce qui nous mène à rappeler que les amateurs de chansons admettent rarement autant de complexité orchestrale, une écriture de ce niveau, lorsqu’il s’agit de chansons. C’est leur droit le le plus strict, remarquez. Ce qui est désolant, toutefois, c’est lorsque des critiques pop se prononcent avec autorité sur ce qui les dépasse, lorsqu’ils se protègent de leur propre ignorance en dégainant le cliché d’une approche alambiquée, tarabiscotée, prétentieuse, en conluant à des chansons impossibles à retenir tellement elles sont mal fichues. Dans le cas qui nous occupe, il faut plutôt se méfier de la critique indie que de la matière à critiquer. Et admettre que les cotes accordées par les médias les plus puissants l’emportent largement sur la qualité du propos. Nous tombons nous-mêmes dans le panneau… puisque cet album a été lancé en octobre.

    Il y a lieu de se rattraper, cependant, puisque San Fermin s’amène à Montréal la 14 février prochain.
    On annonce huit artistes sur scène: Allen Tate et Rae Cassidy (soliste de la chanson Sonsick), voix, Rebekah Durham, violon et voix, Stephen Chen, saxophone, John Brandon, trompette, Mike Hanf, batterie,Tyler McDiarmid, guitare, Ellis Ludwig-Leone, claviers.

    LIENS UTILES

    San Fermin, site officiel

    ÉCOUTE INTÉGRALE DE L’ALBUM DE SAN FERMIN SUR LE SITE DE NME

    Deux chansons et remixes de San Firmin sur Soundcloud


    • A chaque semaine je me demande comment vous faites pour suivre autant de groupes, chanteurs et chanteuses. Combien d’heures d’écoute par jour ou par semaine?

    • J’aime bien cette période de solides rattrapages, juste avant les listes de fin d’année.
      En 2013, on peut encore s’exciter pleinement pour cet album car peu d’artistes sont en mesure d’offrir un travail aussi accompli. Riches orchestrations et cette voix suave qui nous renvoie à Matt Berninger et à John Grant ( les barytons ont la cote).
      Les influences sont faciles à repérer et on ne s’en plaindra pas.

    • Me rappelle beaucoup Beirut à première écoute, mais sans effet de redite ; bien intéressant.

    • L’album ne m’avait pas échappé, mais je n’avais écouté qu’une seule chanson et lu quelques critiques, pas mauvaises, mais sans plus. Je n’étais pas allé plus loin. L’écoute de l’album au complet me signale que finalement, il m’avait bien échappé… belle occasion de me reprendre maintenant !

    • Alain: il ne s’agit que d’un premier album, sur un petit label. C’est comme une carte de visite. Souvent les magazines de musique se réveillent au 2ième ou 3ième album quand un nouvel artiste intéressant se pointe.

      Cela dit, certains endroits enquels je fais confiance avaient mis une bonne note pour cet album, sans l’amener au sommet. Line Of Best Fit, par example, qui avaient mis Scott Walker en 1 l’an passé, et The Knife cette année, quand même pas les albums les plus facile. Il est vrai qu’on peut se demander, pourquoi même pas un 50 pour San Fermin, et un 14 pour Drake?

      Chez moi, les technicalités ne suffisent pas. Ce doit être vraiment bon, où, j’accorde une attention si un artiste m’amène vers un nouveau territoire, une nouvelle tendance (dans ce temps là, c’est bonus points même si l’album est moyen).

      Mais… effectivement, si on écoute un album en se disant “He, mais çà aurait fait un fracas en 2008!!”, c’est qu’il y a petit problème. Un artiste surfe sur une ancienne vague. Et les vagues ne partent jamais vraiment, elles vont et reviennent, mais il se trouve que parfois il est mieux de surfer quand la vague remonte. …Ou de faire son bonhomme de chemin jusqu’à ce qu’elle remonte. Des artistes attendent 10 ans parfois pour recevoir une reconnaissance critique. C’est très bien ainsi. Les critiques ont décidé que la “chamber pop” est hors-mode, qu’on a été saturé de çà? Correct. Çà reviendra dans 10 ans. Çà passe vite, 10 ans.

    • Pourquoi pas un effet__placebo?

    • @sultitan

      Si vous avez bien lu mon texte, je dis qu’il y a un «problème» au début de l’album, problème résolu dès le milieu. Ainsi, Ludwing-Leone a fait plus qu’une carte de visite en ce qui me concerne, bien au-delà de son éducation musicale. Je fais parfois (souvent, même) comme vous, sultitan, c’est-à-dire valoriser des musiciens qui n’ont aucune technique et qui créent des choses extraordinaires parce qu’ils sont libres de toute éducation… et surtout brillants. Du côté des éduqués, on s’échoue très souvent dans les citations, mais cela n’empêche pas systématiquement de devenir un artiste exceptionnel comme certains le croient. Se perdre dans les citations et les exercices de style, c’est ce que semble faire San Fermin au début de son album, mais ça s’améliore vachement à partir du milieu. Ce qui me laisse croire que ce mec de 24 ans se distingue déjà.

      @effet

      Il faudrait un placebo sur la pochette !

    • Le boeuf en est un! (C’est pas un vrai boeuf.)

    • Effet placeboeuf, en somme.

    • Ceci n’est pas un boeuf.

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