Alain Brunet

Archive, novembre 2013

Samedi 30 novembre 2013 | Mise en ligne à 11h13 | Commenter Commentaires (5)

Échappé en 2013: John Grant, Pale Green Ghosts

John Grant Pale Green Ghosts

Au tournant du douzième mois, on réalise immanquablement avoir échappé quelques albums majeurs. Voici celui de John Grant, Pale Green Ghost, sorti en mars dernier sous étiquette Bella Union et dont on n’a parlé que récemment sur ce blogue – grâce à la résurrection virtuelle de notre sultitan qui nous en a souligné l’oubli.

Textes trrrrès bien écrits, voix contagieuse et d’autant plus typée, propos sensibles, caustiques, rugueux, drus, intelligents du début à la fin. John Grant, que les fans un mélodiste de talent, pourrait très bien coucher textes et musiques sur des guitares acoustiques, enfin dans une instrumentation folk-pop parfaitement convenue. Or, l’emballage en magnifie les rimes et les chants. Sauf exceptions, les interprétations se fondent dans un environnement à la fois synthétique, électrique et acoustique qui en transforme radicalement la perception. Autant les rythmes lents relèvent de la grande maîtrise chansonnière, autant les tempos plus rapides jettent un éclairage neuf sur des chansons à texte qui ne subissent jamais tel traitement.

Réalisation et accompagnement n’en camouflent aucunement la pertinence chansonnière: Chris Pemberton, piano, Sinéad O’Connor, choeurs (!), Arnar Geir Ómarsson, batterie, McKenzie Smith, batterie, Jakob Smári Magnússon, basse, Paul Alexander, bassem, Pétur Hallgrímsson, guitare, Óskar Gudjónsson, saxophone, Birgir Þórarinsson (alias Biggi Veira), programmation. En prime, six remixes à la fin – Hercules & Lova Affair, Nivolt, No Ceremony, Bon Homme.

Originaire du Colorado, John Grant s’était d’abord fait connaître avec la formation The Czars dont il était le leader et fondateur. Après une décennie d’activités (1994-2005), le groupe s’est dissous et Grant amorça une carrière solo, côté folk rock mais avec une ouverture certaine côté space rock et prog. En 2010, l’album Queen of Denmark fut enregistré avec le groupe américain Midlake – dont nous nous sommes penchés sur le dernier opus cet automne. Et voilà l’excellent Pale Green Ghosts.


Un blogue de The Guardian en résume le contexte de création:

Enregistré dans son Reykjavik adoptif, le nouvel album de John Grant a été plus long à faire que prévu: au début de 2011, l’auteur-compositeur-interprète américain a été diagnostiqué séropositif. Période très sombre, selon les dires du principal intéressé. Par ailleurs, le titre de cet album renvoie à des oliviers plantés en ligne aux abords d’une autoroute située près du domicile familial à Parker, dans l’État du Colorado. Il aurait croisé ces arbres à maintes reprises afin de fuir l’agonie de sa mère et ainsi se refugier chez un ami aussi évoqué dans cet album récent.

Encore une fois, force est d’observer que la souffrance est un carburant de la création…

LIENS UTILES


ÉCOUTE INTÉGRALE DE PALE GREEN GHOSTS SUR MUSICME

John Grant, site officiel

John Grant, profil Wiki

John Grant, site MySpace

Lire les commentaires (5)  |  Commenter cet article






Vendredi 29 novembre 2013 | Mise en ligne à 12h19 | Commenter Commentaires (14)

Charlebois remixé, mashuppé, tout égratigné

Robert Charlebois-Tout égratigné

Ç’aurait pu être une gestion de patrimoine ad nauseam. Se refaire encore le trip des glorieuses années 60 et 70. Se refaire le film du dépucelage keb, l’assomption du rock, du joual, du bruit, de la culture mondiale, de la spécificité francophone d’Amérique, du centre-gauche à la suédoise… Au cours des derniers trente ans, ces trop nombreux retours sur notre passé ont souvent eu l’allure d’une histoire plus grande que nature. N’empêche… le corpus de Charlebois des années 60 et 70 fut magistral, arrogant, puissant vecteur de la jeunesse keb et… beaucoup moins spécial par la suite, malgré quelques soubresauts créatifs.

Au fil du temps, Robert Charlebois est devenu un entertainer de première classe, pouvant compter sur un répertoire supérieur à la moyenne de sa génération. À l’évidence, il a pu faire oublier en bonne partie les perturbations d’image publique que lui avaient occasionné jadis ses propres virages post contre-culture, post puberté nationaliste, post hippisme, post psychédélisme, post centre-gauche – devenu centre mou. Au fil du temps, on a oublié la déception du symbole et plutôt célébré le showman, interprète et songwriter. Aujourd’hui, des artistes tels Ghislain Poirier en reconnaissent la contribution cruciale à notre modernité culturelle. Encore mieux, décident d’en extirper la matière pour en faire autre chose, pratique inhérente de la culture numérique.

Sous étiquette La Tribu, soit celle qui l’endosse depuis un bon moment déjà, Charlebois se voit donc tout égratigné par Toast Dawg, Fulgeance, Soké, Oh No, Elaquent, Kenlo, Boogat, Sev Dee, Kid Koala, Shash’U, Capitaine Soldat. Sous la gouverne de Ghislain Poirier, ces remixeurs, beatmakers ou mashuppers sont issus de France, Californie, du Québec ou du ROC et ont plongé oreilles premières dans le vaste corpus de Robert Charlebois.

Disons-le à la manière de Panoramix devant les pyramides d’Égypte, un demi-siècle de chanson moderne nous contemple : California, Je reviendrai à Montréal, Tout écartillé, Conception, Linberg… en tout 17 titres triturés, mis en boucle, déconstruits, reconstruits, déshabillés, rhabillés, transmutés en d’autres genres musicaux. Remix est ici une expression très relative pour décrire ce projet car les titres de Charlebois sont devenus prétextes à des transformations profondes. C’est-à-dire que les chansons originelles ne laissent que des traces. Il ne s’agit pas que de légères déformations pour plancher de danse ou FM urban, on est plutôt dans le mashup autorisé par le titulaire des droits.

LIENS UTILES


ÉCOUTE INTÉGRALE DE L’ALBUM TOUT ÉGRATIGNÉ SUR MUSICME

Ghislain Poirier, site officiel

Tout égratigné, profil La Tribu

Lire les commentaires (14)  |  Commenter cet article






L’hiver vient de nous tomber dessus, voilà l’occasion de causer Mali afin d’oublier un tantinet qu’on se les gèle et qu’on se les gèlera. D’abord parce que la superbe Rokia Traoré vient présenter le contenu de son récent album, Beautiful Africa. Certes l’un des meilleurs enregistrements africains créés cette année, de surcroît réalisé par John Parish, proche collaborateur de Polly Jean Harvey comme on le sait. On en avait un blogue en avril, on vous invite à formuler vos commentaires si vous assistez à son concert, ce jeudi au Club Soda.

Moustafa Kouyaté & Romain Malagnoux

Depuis l’arrivée de la musique africaine de l’Ouest dans les chaumières occidentales, l’approche ici suggérée défie les frontières réelles et imaginaires. Né en France, installé au Québec, le guitariste et fort bon chanteur Romain Malagnoux est féru de musique malienne.Lors d’un séjour à Bamako, il a fait la rencontre d’un fils de griot : Moustafa Kouyaté joue le djeli n’goni comme son père Bassékou, sommité de l’instrument. Au programme de cette authentique complicité, afro-folk franco-bambara, sorte de blues originel assorti d’une mince touche occidentale ou même flamenca au passage.

On remarque aussi les voix superbes d’Amy et Djamy Sacko, on devine l’expertise des artistes convoqués là-bas et ici (balafon, calebasse, djeli n’goni, tamani, karigna, basse, violon, etc.), on ne se pâme pas à l’écoute des quelques rimes françaises au programme. On applaudit quand même cette connivence franco-malienne, et cette chance que Romain Malagnoux a de collaborer avec le personnel top niveau du maître Bassékou Kouyaté & Ngoni Ba, dont l’album Jama Ko est certes l’un des meilleurs opus africains à s’être posé sur ce blogue en 2013.

La rumeur veut d’ailleurs que tout ce beau monde soit réuni sur une même scène montréalais, soit en février prochain.

LIENS UTILES


Moustafa Kouyaté et Romain Malagnoux, site officiel


Les frontières imaginaires sur Bandcamp


Moustafa Kouyaté & Romain Malagnoux , profil Nuits d’Afrique

Lire les commentaires (14)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    novembre 2013
    L Ma Me J V S D
    « oct   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives