Alain Brunet

Alain Brunet - Auteur
  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
  • Lire la suite »

    Partage

    Dimanche 8 septembre 2013 | Mise en ligne à 11h03 | Commenter Commentaires (17)

    Musiciens étrangers au Canada: nouvelle réalité

    brian blade-upstairs

    Le superbatteur Brian Blade se produisant à l’Upstairs

    Depuis le 31 juillet une règlementation du ministère fédéral de l’Emploi et du Développement social impose aux cabaretiers et promoteurs canadiens de payer beaucoup plus cher s’ils désirent présenter des musiciens étrangers dans les bars, restaurants et cafés.

    Propriétaire du bar l’Upstairs, Joel Giberovitch explique sa nouvelle réalité :

    « Jusqu’à récemment, je devais débourser au gouvernement fédéral 150$ par musicien ou un total de 450$ pour un groupe avant de payer les cachets. Maintenant, une somme de 275$ par musicien s’ajoute aux sommes préalablement exigées. Pour un trio, par exemple, cela me coûte 1275 $ au lieu de 450$. Énorme différence.»

    Comment réagir à cette nouvelle règlementation?

    « Nous ne savons pas encore, répond Giberovitch. Nous discutons avec d’autres bars de jazz comme The Cellar de Vancouver. Mais ça affecte tous les clubs canadiens qui présentent des musiciens étrangers, bien au-delà du jazz. »

    Si sa programmation internationale sera moins importante?

    « J’espère que non. Je suis assez optimiste, on va trouver une solution. Ces règlements visent à protéger des emplois canadiens mais il me faut rappeler que plus de 80% de la programmation à l’Upstairs est québécoise ou canadienne. »

    Le jazz n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de cette nouvelle réalité résultant d’un choix politique du gouvernement conservateur - lire à ce titre l’article d’Émilie Côté. Tous les genres musicaux sont touchés par cette mesure. Plus les artistes sont populaires, moins cette mesure a d’impact sur les promoteurs et leurs clients. Pour les musiques émergentes et les genres spécialisés, cependant, le consommateur pourrait être pénalisé par ces mesures accrues pour «protéger des emplois canadiens».

    Est-il besoin d’ajouter que la réduction possible de la circulation d’artistes étrangers au Canada comporte de sérieux désavantages: baisse de l’émulation artistique, baisse de la collaboration possible entre artistes locaux et étrangers, baisse de la diversité pour les fans de musique.


    • ”Est-il besoin d’ajouter que la réduction possible de la circulation d’artistes étrangers au Canada comporte de sérieux désavantages: ”

      Comme vous dites, la réduction est *possible* et non pas automatique. Au pire ça va se refléter vers une augmentation du prix des billets de quoi 1 ou 2 piasses ?

      Ensuite, le ”risque” c’est que ça aide le talent local à avoir plus de temps de glace… N’est-ce pas cohérent avec les discours chauvin qu’on entend un peu partout dans notre province (pays) ?

    • Avez-vous demandé aux musiciens locaux ce qu’ils en pensent?
      Ils doivent applaudir les Conservateurs (pour une fois)
      Avec tous nos musiciens qui vivovent, je ne vois pas l’intérêt de faire venir des étrangers, sauf dans des cas exceptionnels.

    • On peut comprendre certains objectifs du programme au départ… Mais pour les bars mentionnés plus haut cela n’a rien à voir avec de la main d,oeuvre bon marché venant prendre la place de Canadiens…

      http://actionplan.gc.ca/fr/initiative/programme-des-travailleurs-etrangers-temporaires

      Le scandale de la RBC avec des travailleurs indiens…

      Mais pour des musiciens ?

      Je serais , d’abord pour le libre échange plutôt que pour une mesure protectionniste et une situation disons de cheap labor serait plus rare mais avoir un musicien moins cher dans une région frontalière cela pourrait arriver. Une place juste de divertissement, faire du top 40, du piano-bar ou je ne sais trop.

      à Windsor ontario cela existe une ou plusieurs places de chanteurs de bars et on ferait venir disons un musicien de Détroit parce qu’il charge moins cher…

      Quand même cela resterait du protectionnisme… On verrait quand même l’objectif de protéger des jobs canadiennes.

    • Plusieurs articles en anglais sur la toile sur ce dossier…

      http://www.ottawacitizen.com/entertainment/Club+owners+concerned+about+rules+foreign+musicians/8848718/story.html

      Charity Chan a changé le lieu d’un de ses concerts à cause de cette réglementation.

      Du Umi Cafe au GigSpace à Ottawa.

    • j’ai déjà expliqué à ma blonde que nous allons devoir aller au Higher Ground de Burlington de plus en plus souvent.

      Comme l’évoque lecteur_curieux, le programme fait du sens dans son objectif global. Le domaine des arts et spectacles est simplement une victime de second ordre (innocent bystander comme on dit en anglais).

      Mais bien qu’il semblerait facile de faire un amendement à cette nouvelle loi, le ministre conservateur a démontré en répondant aux gens sur twitter qu’il n’y en aurait pas. Il ne semble pas comprendre la réalité de l’industrie et déclare vouloir protéger les artistes canadiens au même titre que tous les autres travailleurs au pays.

      Ah les politiciens et les fonctionnaires, ils semblent souvent en poste davantage pour nous nuire que pour aider !

    • L’intention est louable. En espérant que ça favorise les talents locaux. Parce que c’est parti pour punir les petits promoteurs d’ici.

      Si on voulait être logique on devrait peut-être l’appliquer aux gros promoteurs. Ça sent plus la business que la culture finalement.

      La réalité c’est qu’on voit arriver les gros avec leurs gros sabots. Ils trouveraient le moyen de contourner la Loi de toute façon. C’est ce que je souhaite aux petits finalement mais on devine comment ça finir pour la plupart d’entre eux.

      Une autre mesure pour les achever, les bars? Ils vont s’envolés en fumée…

    • @bimboom

      Il faut bien comprendre que cette mesure s’applique à l’ensemble des emplois au Canada. Les gens ne parlent que du volet concerts parce que c’est le seul (à ce que je sache) qui est touché négativement par cette nouvelle loi.

      Ceci dit, l’ensemble des artistes locaux qui jouent dans les bars que je connais préfèrent avoir des artistes internationaux en ville pour qui ils puissent ouvrir pour eux et se faire connaître davantage à un nouveau public. Au contraire des autres domaines d’emploi, on ne parle pas ici de compétition mais plutôt de gens qui se complètent. Aussi, les artistes locaux gagnent à avoir des petites maison de productions ou des salles comme Le Petit Campus en santé, financièrement parlant.

      Et ce ne sont pas juste les artistes qui vont en souffrir mais aussi les spectateurs. J’ai fait 2 heures de route l’automne dernier pour aller voir Justin Townes Earle à Burlington parce que je ne pensais jamais qu’il allait venir à Montréal (vu son public plus modeste au Québec). Et bien, L’Écurie l’a fait venir au Cercle et au Campus en Juin. Je ne pense pas que ça risque de se reproduire.

      De plus, on m’a aussi fait remarquer que ces frais de $275 s’appliquent à l’ensemble des gens venant d’un autre pays pour jouer au Canada. Donc, si l’artiste à un road manager, un chauffeur et un roadie, on parle de frais pour 7 personnes pour un quatuor de musiciens. Je ne sais pas si c’est vraiment le cas mais c’est ce que j’ai entendu. Quelqu’un peut valider ?

    • @phil8791

      J’aime bien encourager les artistes locaux. Je travaille même dans une salle qui a pour mission de mettre de l’avant la relève d’ici.

      Mais ce que je préfère comme spectateur, comme la plupart des gens que je connais, c’est de faire la découverte de talents d’ailleurs. L’impression de s’ouvrir au monde, sans pénaliser qui que ce soit.

      Cette disposition de la Loi nous amènera vers quoi? Il ne faudrait pas que d’encourager le talent local devienne un sacrifice! C’est lk’effet pervers des lois et des quotas, des fois…

    • @jon8
      1 ou 2$? Certainement pas, on parle d’une hausse d’environ 3 fois l’ancien tarif, dans des salles comme le Métropolis, le Club Soda ou la SAT l’augmentation peut être minime sur le prix des billets, mais pas pour des salles comme l’Esco, le Divan Orange, la Casa Del Popolo, etc. ça voudrait dire de minimalement doubler le prix des billets.

      @lecteur_curieux
      On ne parle pas de ‘’scabs” dans cet loi, mais plutôt de musiciens en général, donc ceux en tournée qui ne reste qu’habituellement qu’une journée ”en ville” pas de quoi voler l’emplois des musiciens locaux, d’autant plus, que les artistes locaux sont souvent sollicités afin de faire la première partie des artistes ”internationaux”, comme le souligne phil8791.

    • Puisqu’on emploie un terme de relations de travail, il est intéressant de voir que les membres de l’American Federation of Musicians sont exemptés.

      Cela semble compliqué cette loi et sa réglementation… Et il y a de la politique là-dessous. En plus de la bureaucratie qui ne s’adapte pas à toutes les situations.

    • Pas sûr que les membres de l’AFM soient exemptés. Je vérifie avec l’Upstairs, qui embauche surtout des membres de l’AFM et qui ne m’a jamais parlé de cette exemption.

      Pour les prix, Joel Giberovitch me parlait plutôt d’une augmentation possible d’au moins 7$ à la porte.

    • pour la Casa et la Sala Rossa, je ne crois pas que les prix vont augmenter.

      Excellent concert hier de Kaze avec Satoko Fujii. Trompettiste hallucinant à surveiller Christian Pruvost.
      Nous étions même pas 30…

      Une augmentation de 7$ à la porte au Upstairs, ce n’est pas rien. Ça risque aussi de parraître dans la programmation, dommage.

    • @ duromax
      Tu l’as dit, on n’était que 30 pour l’excellent concert de Kaze hier. Si ça se trouve, ils ont peut-être tout juste fait leurs frais, alors j’imagine mal le prix des billets rester tel quel.

      Je disais justement à ma copine hier à quel point je vois moins de musiciens locaux depuis que la Casa et la Sala ont une programmation aussi riche. Sans doute que j’y retrouverais mon compte advenant une baisse de l’offre en musiciens étrangers, mais le dernier paragraphe d’Alain résume bien la problématique. En bout de ligne, la scène locale risque de se refermer sur elle-même et de perdre une belle vitrine pour se faire connaître et collaborer.

    • Pour la Casa et la Sala, selon un article encore une fois, la réglementation nouvelle ne s’applique pas à eux car elles ont un permis de salle de spectacle.

      Charity Chan qu’on mentionnait plus haut et l’article du Ottawa Citizen qui dit qu’elle a changé de salle à Ottawa à cause qu’elle travaille avec trois musiciens américains, elle a donné son concert à Montréal, le 3 septembre pour 10$, voir son site et je suppose avec les musiciens américains et que la réglementation s’applique pas à eux mais…

      http://voir.ca/andre-peloquin/2013/08/28/une-nouvelle-tuile-pour-les-organisateurs-de-spectacles/

      http://charitychan.tumblr.com/

    • Ouais cela demande presque d’être juriste pour comprendre tout cela et toutes les exceptions…

      http://www.rhdcc.gc.ca/fra/emplois/travailleurs_etrangers/specialisees/films/index.shtml

      http://www.cfmusicians.org/services/work-permits

      Je crois comprendre selon le dernier lien que les membres de l’AFM n’ont pas besoin d’un ”avis sur le marché du travail” (AMT ou LMO en angalis) mais doivent avoirr une lettre de l’AFM, et un permis de travail.

      Tiens ce manuel qui doit exister en version française, page 110 à 114.

      http://www.cic.gc.ca/english/resources/manuals/fw/fw01-eng.pdf

    • Le prix des billets n’augmentera pas, simplement parce qu’un nombre important de concerts ne pourront tout simplement PLUS avoir lieu. Augmenter de 800$ les coût d’un spectacle qui attire 100-200 personnes est tout simplement impensable. On parle d’une tonne d’artistes qui viennent jouer ici en bas de 10$, dans des bars, pas du monde qui joue dans les salles de 400 places et plus.

      Et non, Nousnoune, personne n’applaudit chez les musiciens locaux parce que ça ne laissera pas plus de place aux musiciens locaux. Les musiciens locaux un tout petit peu débrouillards et le moindrement talentueux peuvent déjà jouer sans trop de problème. Par contre, ça prive certains de ces musiciens d’une vitrine fort intéressante qui est celle d’obtenir la première partie d’un artiste en tournée, opportunité pas mal plus intéressante pour un petit band que de jouer avec un autre petit band pas très connu de Montréal.

      Ceci dit, ce n’est qu’un retour du balancier car des exigences similaires à ces nouvelles règles sont imposées depuis longtemps aux artistes canadiens qui veulent jouer aux États-Unis. Quantité d’artistes d’ici n’ont d’autre choix que d’y aller clandestinement et d’emprunter des instruments sur place, et ce même dans le cas de concerts gratuits.

      C’est ridicule et ça n’avantage absolument personne.

    • J’ai finalement vérifié auprès de Joel de l’Upstairs. Comme le soulignait lecteur-curieux à la lecture d’un papier du Globe & Mail, les membres de l’American Federation Of Musicians (dont fait partie la Guilde des Musiciens du Québec)ont effectivement droit à une exemption. Pour les jazzmen professionnels donc, pas de problème (quelques dizaines de dollars supplémentaires, tout au plus), car ils ont tôt fait de devenir membres de la Guilde. Moins évident pour les musiciens indies qui n’ont pas ce réflexe de se syndiquer et qui penseront très bientôt à le faire. Sans le vouloir, le gouvernement conservateur encourage indirectement la syndicalisation !

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    juillet 2012
    L Ma Me J V S D
    « juin   août »
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    3031  
  • Archives

  • publicité