Alain Brunet

Archive, septembre 2013

Lundi 30 septembre 2013 | Mise en ligne à 19h24 | Commenter Commentaires (16)

Gaëtan Roussel: Orpailleur

Gaëtan Roussel Orpailleur

Après avoir fait bang avec Louise Attaque et bing avec Tarmac, Gaëtan Roussel a bossé sur le mémorableBleu Pétrole de feu Bashung et finalement atteint le wow des plus hautes cimes avec son album Ginger, selon plusieurs le plus bel opus de chanson francophone de l’année 2009 – de surcroît le meilleur spectacles des Francofolies montréalaises en 2010.

Quatre ans plus tard, son Orpailleur ne suscite pas le wow d’emblée. Un plus conceptuel, un moins viscéral. Moins évident à applaudir que Ginger, difficile à le situer d’emblée par rapport au précédent. La beauté se découvre au fil des écoutes, les chansons grandissent en vous, laissent émerger de grandes qualités.

Orpailleur (étiquette Barclay /Universal) a été réalisé de concert avec le complice Benjamin Lebeau et le désormais renommé Julien Delfaud (Phoenix, Woodkid), les rimes ont été écrites de concert avec Pierre-Dominique Burgaud, à peu près inconnu en Amérique mais certes respecté en France, notamment pour son travail auprès d’Alain Chamfort, Claire Denamur et David Hallyday. À l’évidence, Burgaud a respecté la concision littéraire, le dépouillement récurrent, le minimalisme consonant de son employeur tout en lui conférant un lustre et un raffinement supplémentaires.

Beaucoup de boulot abattu, rimes et fréquences peaufinées, quête déterminée dans les alluvions aurifères et… un peu moins de cohésion apparente, de plus en plus de cohésion fondue dans l’environnement. Étonnamment, l’usage de lutheries sophistiquées contraste avec les efforts de dépouillement ici observés. Les structures des chansons sont parfois typiquement rousselliennes, parfois pop-technoïdes. En somme, un travail de synthèse rappelant différentes époques de sa brillante carrière… et aussi de vraies pépites dans la cuvette de l’orpailleur.

LIENS UTILES

Gaëtan Roussel, site officiel

Gaëtan Roussel, profil wiki

ÉCOUTE DE L’ALBUM SUR LE SITE OFFICIEL DE GAËTAN ROUSSEL


ÉCOUTE D’EXTRAITS DE TOUTES LES CHANSONS DE L’ALBUM SUR QOBUZ

NDLR: Très difficile voire impossible de trouver les codes d’intégration des clips des chansons La simplicité et Éolienne… On se rabat donc, du moins pour l’instant, sur ce «live à la maison» pas vilain du tout. «La simplicité… ça paraît toujours avoir existé…»

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Lundi 30 septembre 2013 | Mise en ligne à 11h32 | Commenter Commentaires (2)

POP MTL, suite et fin: Spencer Krug, Calvin Love, la coolitude…

Moonface: Spencer Krug se produisant dimanche soir à la Fédération Ukrainienne

L’indice de coolitude du festival Pop Montréal demeure encore élevé en 2013, on l’a ressenti le week-end durant. Impossible toutefois d’en évaluer la programmation trop considérable parce qu’absolument impossible à couvrir dans son ensemble: pour ma part, une vingtaine de concerts en cinq soirs sur plus de 400 propositions, deux de ces trois journées terminées aux petites heures, trois autres passés minuit… c’est déjà pas mal non ?

Force était d’observer que ce vaste événement, présenté dans tous les recoins de la ville, n’avait pas de têtes d’affiche sauf quelques valeurs sûres de Montréal. Cela m’est parfaitement égal. D’autres festivals s’occupent de l’univers connu et continueront de le faire. La mission fondamentale de Pop Montréal consiste plutôt à faire découvrir ou redécouvrir, et c’est pourquoi on s’y rend d’année en année.

Et nous sommes nombreux à le faire.

D’autres statistiques nous le préciseront éventuellement, mais on soutient d’emblée que la somme de ces petites productions offertes à Pop Montréal générerait environ 50 000 entrées. Il y a lieu de le croire. Ce magnifique week-end de septembre était en outre peuplé de jeunes touristes venus de l’Hipsteristan en renfort au public montréalais. Et comment est constitué ce public local ? À Pop Montréal, les estimations sont les suivantes: 60% d’anglophones et de 40% de francophones. Ça ressemble, grosso modo, à ce qu’on voit sur le terrain.

Et c’est un peu normal. Pop Montréal est mis de l’avant par Dan Seligman, fier Montréalais d’origine torontoise, excellent directeur artistique et tout à fait représentatif de cette mouvance «milender» à majorité anglo – qui aime néanmoins le fait français, valorise l’expérience multi-cultuelle montréalaise dans son intégralité mais… est essentiellement tournée vers la vaste communauté indie anglo-américaine, forcément mondialisée. Est-il besoin de rappeler que le personnel bénévole de Pop Montréal est aussi anglo en majorité, maîtrise souvent mal la langue officielle québécoise même s’il déploie des efforts sincères à la baragouiner.

On ose donc croire la bonne volonté de ces bonnes gens venues à Montréal pour leurs études universitaires ou encore pour prendre part à ce bouillon de culture indie dont la figure de proue demeure Arcade Fire… passé à une autre dimension depuis l’époque des concerts au Corona et de la Fédération Ukrainienne. Oui oui, AC fait trois soirs à la Salsathèque comme dans le bon vieux temps… comme le font d’ailleurs les Rolling Stones qui ne dédaignent pas investir un petit club à l’aube de leurs gigantesques opérations.

Mais revenons à Pop Montréal, qui s’est terminé dans la nuit de dimanche à lundi. Hormis la pléthore de découvertes au menu ce week-end, tous ces Jessy Lanza, Heat et autres Calvin Love, hormis les pointures telles The-Dream et Killer Mike ou encore les ressucités tels Dorothy Moore ou Shiggie Otis, on a quand même pu voir en action plusieurs représentants éminents de notre communauté indie locale : entre autres So Called, Suuns, Radwan Ghazi Moumneh, la tribu de Pat Watson, Sarah Pagé et cie (réunie hier au Rialto dans un concept ouvert, inclusif, sans prétention) ou encore Spencer Krug, soliloque dimanche soir sur la scène de la Fédération Ukrainienne.

Membres crucial des Wolf Parade, Sunset Rubdown et autres Swan Lake, ce fabuleux songwriter se produit désormais sous le pseudonyme Moonface: pas moins de quatre enregistrements ont déjà été réalisés dans ce contexte, quatre opus totalement différents les uns des autres. L’actuel projet se résume, sa voix, un piano, des textes excellents pour la plupart. Sous étiquette Jagjaguwar, un album en illustrera bientôt la démarche: Julia With Blue Jeans On, hautement recommandable – puisque j’ai pu l’écouter à quelques reprises à cause de mon interview réalisée la semaine dernière avec l’artiste canadien transplanté en Finlande depuis 2012. Superbes chansons, rimes magnifiques, voix magnifique. Ce Spencer Krug témoigne non seulement d’une productivité hors du commun (une vingtaine d’albums et maxis depuis l’époque de Wolf Parade) mais encore ne cesse-t-il de nous dévoiler de nouveaux pans de son imaginaire foisonnant. De la profondeur, dites-vous ?

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Dimanche 29 septembre 2013 | Mise en ligne à 15h58 | Commenter Commentaires (3)

POP MTL: Shuggie Otis, Killer Mike, Cakes Da Killa

Une des spécialités de Pop Montréal consiste à redorer le blason d’artistes oubliés malgré leur grand talent et leur activité soutenue dans l’ombre. Samedi soir, Shuggie Otis était l’exemple le plus éloquent à ce titre. Renaissance ? En tout cas, le parquet du Rialto était plein pour accueillir le créateur de l’album-culte Inspiration Information, relancé récemment par Sony. Foule mixte venue à la résurrection, constituée de fans issus de toutes générations.

À l’époque, Shuggie Otis était considéré comme ze modèle du créateur et multi-instrumentiste pop, requin de studio capable de tout faire. De surcroît, il est le fils du légendaire Johnny Otis, chef d’orchestre et producteur de Los Angeles, grand découvreur de talents et promoteur de la musique américaine sa vie durant. On peut comprendre que les fils de Johnny Otis sont d’excellents musiciens mais… leur destinée fut tout autre. Après avoir poireauté trop longtemps à la création de son chef d’oeuvre, Shuggie Otis fut relégué aux oubliettes jusqu’à ce que son fameux album ne devienne l’objet d’un culte pour les collectionneurs et certains de ses éminents successeurs – Prince et Lenny Kravitz, pour ne nommer que ceux-là.

Qu’en est-il en 2013 ? Samedi soir, en tout cas, cette musique évoquait le Los Angeles des années 70. Soul, funk, blues et jazz en étaient les ingrédients de base, les arrangements soyeux et relaxes pour cuivres, claviers et guitares faisaient école. Faites l’exercice: écoutez Shuggie Otis, puis passez aux meilleurs albums de Steely Dan, le rapprochement est plus qu’évident. Donald Fagen et Walter Becker s’inscrivaient clairement dans cette mouvance des fastes et très lucratifs studios californiens de l’époque.

Depuis lors, Shuggie Otis n’a pas bougé musicalement, ou si peu. Très bon guitariste, très bon soliste, port altier, verres fumés, cheveux gominés, chemise à jabot, taille exemplaire pour un sexagénaire en voie de devenir septuagénaire. La voix, cependant, n’est pas toujours au poil dans ce contexte muséal. Sympathique et instructif malgré ce léger irritant et… on a tôt fait d’en saisir les fondements et les contours.

Il fallait être très motivé pour attendre jusqu’à 1h 40 du matin au Cabaret du Mile-End. Y est finalement apparu l’imposant Killer Mike. Colosse très enveloppé de surcroît… l’homme ne se nourrit vraiment pas de verdure et d’agrumes ! Chose certaine, l’ascendant exercé sur son public est aussi considérable que son tour de taille. Toute une force de frappe ! Au programme de ce set très intense malgré un problème technique réduisant l’expression du DJ en devoir, des extraits de l’excellent R.A.P. Music (paru en 2012), mais aussi d’autres opus de son cru (I Pledge Allegiance to the Grind, notamment) et de l’excellent album fait en tandem et sorti en juin dernier avec EL-P sous la bannière Run the Jewels – étiquette Fool’s Gold. Salve activistes et progressistes. Vertes critiques des présidences états-uniennes (fuck Ronald Reagan repris en choeur), de la société américaine ou de l’industrie de la musique. Autres humeurs et états d’âme, rappel de ses liens serrés avec Big Boi et le groupe Outkast d’Atlanta d’où il est également issu. Le micro qui tue, à n’en point douter.

Avant de se relaxer le pompon parmi les fans de reggae réunis au sous-sol de l’Église Pop Little Burgundy et… de ne jamais voir se pointer Yellowman et ses collègues (débarqués plus tard on imagine), il fallait découvrir le rapper homosexuel Cakes Da Killa au Royal Phoenix. Plus assumé que ça … Mais aussi ancré dans la culture hip hop. Les fans de sa communauté, filles et garçons, ont acclamé l’artiste new-yorkais, beaucoup plus qu’une curiosité ethnologique.

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