Alain Brunet

Archive, août 2013

Lundi 5 août 2013 | Mise en ligne à 13h14 | Commenter Commentaires (24)

Osheaga: mes critiques de dimanche

Kendrick Lamar, Osheaga (Olivier Jean)
Crédit photo: Olivier Jean pour La Presse

Kendrick Lamar: show minimaliste du surdoué

Sur le coup de 19h, la densité de la population osheagienne était à son comble pour accueillir le MC de l’heure: le Californien Kendrick Lamar, prévu à la scène de la Rivière. Foule très majoritairement caucasienne, néanmoins fan finie de ce hip-hop de très haut niveau ayant germé dans un quartier chaud de la région de Los Angeles.

Montréal le bienheureux était prêt pour le good kid de la m.A.A.d City. «My first time in front of you mother fuckers!» Pour ce, le rapper a choisi une prise de contact avec DJ et grosses basses plutôt que de miser sur l’interprétation magnifiée de son répertoire avec formation complète comme le font moult MC de nos jours. Doit-on voir dans ce minimalisme sur scène un projet culotté ou… un manque de préparation? Dans les règles de l’art hip-hop, en tout cas, une telle façon de faire est parfaitement acceptable.

On aura reconnu plusieurs titres de son récent album, selon plusieurs le plus solide créé en 2012 sur la planète hip-hop: The Art of Peer Pressure en intro, Backseat Freestyle, m.A.A.d city, Money Trees, The Recipe et ainsi de suite jusqu’à la conclusion de cette heure, soit un plongeon ultime dans Swimming Pools (Drank).

Physique d’ado, t-shirt blanc, calotte noire avec chiffres sur la partie frontale, poils au menton, ce garçon de 26 ans n’a rien de redoutable a priori. Tout se passe dans la caboche et il s’en passe, dans cette caboche. Le flow de son discours est brillant, ses portraits de société et de vie privée se calent parfaitement dans le beat. Et ce gros beat fait lever les foules sous l’impulsion d’un tel tribun.

disclosure by EvaBlue 7
Crédit photo: Eva Blue pour Osheaga

Disclosure : se faire les dents…

À n’en point douter, les frères Guy et Howard Lawrence sont de jeunes sorciers de l’électro anglaise. Est-il besoin d’ajouter que leur prestation dominicale sous la bannière Disclosure était très attendue; l’aire de la scène Piknic Électronik était remplie à capacité.

Dans le casque d’écoute, ce mélange de house, UK Garage, nu disco et soul est à jeter par terre. Sur scène? Spectacle tout à fait acceptable mais en-deçà des attentes. Malgré le jeu en temps réel de ces réalisateurs très doués (basse électrique et percussions), la proposition était trop mince par moments. Le son n’était pas assez immersif pour qu’on s’y abandonne totalement.

Pour la plupart tirées de l’excellent opus Settle, ces chansons sont superbement construites, comportent des rythmes contagieux et une diversité de riffs et textures mais… doivent être repensés pour leur exécution devant public. Si ce n’est que pour la présence virtuelle de ces très superbes chanteuses recrutées dans le cadre de ce projet – notamment Aluna George, Sasha Keable, Sinead Harnett, la soliste de London Grammar, Eliza Doolittle, Jessie Ware.

Fort heureusement, cette dernière était aussi invitée hier à Osheaga; elle a pu se joindre à Disclosure et ainsi offrir la meilleure part du concert. On s’est dit alors que la facture du tandem était clairement supérieure lorsqu’une chanteuse en chair et en os en étoffe le répertoire. Enfin… laissons à ces mecs le temps d’apprendre, l’occasion de se faire les dents. Après tout, ils sont au tournant de la vingtaine!

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Crédit photo: Pat Beaudry pour Osheaga

Big Boi, la grande expertise black

En ce qui me concerne, les albums de Big Boi sont en-deçà de ce qu’il a accompli précédemment avec Andre 3000, c’est-à-dire au sein du fameux band Outkast dont on espère le retour. Fort heureusement, plusieurs titres d’Outkast ont été joués par une formation d’élite afro-américaine. Le chapitre post-Prince a été entre autres écrit par Outkast et l’on ne s’étonne pas que Big Boi, blessé à une jambe et ainsi confiné à un trône doré pour l’occasion, fut derrière la propulsion de Janelle Monae. Quel band mes amis !

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Crédit photo: Tim Snow pour Osheaga

Icona Pop : girl power!

Icona Pop, tandem d’enfer que forment les Suédoises Caroline Hjelt and Aino Jawo, a carrément rempli le vaste espace devant la Scène Verte. Traversée par la house mais aussi le punk rock, cette power pop synthétique a un indice d’octane étonnamment élevé. Du chien à revendre, et un orage en conclusion!

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Crédit photo: pat Beaudry pour Osheaga

Jessie Ware, chanteuse de puissance

D’allégeance soul, dance et pop, Jessie Ware fait partie de ce nouvel aéropage de chanteuses anglaises de puissance. Scène de la Montagne, elle a dû affronter une ondée et dompter un équipement rébarbatif, et s’en est bien sortie pour cette première visite à Montréal. Douée, habitée, un tantinet espiègle… et parfaitement conformiste.

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Crédit photo: Eva Blue pour Osheaga

Gramatik : de la Slovénie à l’Amérique afro électro

Gramatik à Osheaga? Originaire de Slovénie, transplanté à Brooklyn, ce DJ et réalisateur a bien assimilé les fondements de la musique noire américaine, qu’il actualise côté électro : big beat, échantillons anciens de musique, blues, hip hop, soul funk, guitariste à l’appui. Que 2 gars pour tout ça!

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Lundi 5 août 2013 | Mise en ligne à 12h27 | Commenter Aucun commentaire

Osheaga: mes critiques de samedi

Tricky_TimSnow_20130803-11
Crédit photo: Tim Snow pour Osheaga

Tricky… étriqué

Tricky a tôt fait d’inviter une tribu de fans sur scène pour y reprendre Ace of  Spades, grand clasique de Motörhead. La Scène Verte  est noire de monde… bon coup! Quatre musiciens, deux filles (basse et claviers) deux gars (guitare et batterie), une choriste bien en voix (Francesca Belmonte) donnent la réplique à leur énigmatique leader.

Sur scène, le longiligne afro-britannique à la voix rauque et qui chante si peu se la joue rock star. Devant une foule relativement modeste, il n’a plus grand-chose à voir avec le trip hop dont il fut un des acteurs cruciaux, deux décennies plus tôt. Il mise plutôt sur un rock de transe mâtiné de blues, plus proche de Screamin’ Jay Hawkins que de cette communauté visionnaire from Bristol, qui faisait la pluie et le beau temps au début des années 90 – Massive Attack, etc.

Les sonorités et grooves inspirés du récent Fake Idols, meilleur album de Tricky depuis une mèche, ne sont pas particulièrement mis en valeur. Dommage. On en reconnaît (à peine) des titres, on en identifie notamment l’échantillon de Chet Baker (sur Valentine)… et on perd progressivement l’intérêt pour ce spectacle de variété rock. Certes énergique mais bâclé.

Et revoilà la tribu de jeunes osheagiens inonder la scène, réunie par un sorcier qui surfe sur son petit mythe. Il est temps de migrer vers d’autres concerts…

Azari & III by EvaBlue -  5
Credit photo: Eva Blue pour Osheaga

Azari & III , wow!

Les DJ torontois Dinamo Azari and Alixander III se sont laissé longtemps désirer avant de venir à Montréal avec leurs chanteurs Starving Yet Full Fritz Helder. Au programme de la scène Piknic Électronik, explosion de deep house blanc sur noir, nu-disco, dub, UK garage. Méchante machine à danser ! Pour ma part, une des plus belles découvertes sur scène cette année.

TheBreeders_TimSnow_20130803-5
Crédit photo: Tim Snow pour Osheaga

The Breeders : pas de grand splash au programme

The Breeders  ont créé plusieurs chansons qui peuvent vous exciter le disque dur lorsqu’on vous les remet au programme après de nombreuses années. Particulièrement celles de l’album The Last Splash, lancé en 1993 et dont la tournée 20e anniversaire s’arrêtait samedi à la Scène Verte d’Osheaga.

Ainsi, on se réjouissait à l’idée d’entendre de nouveau les interprétations débridées, bellement sales de New Year, Cannonball, Invisible Man, No Aloha, Roi, Do You Love Me Now?, I Just Wanna Get Along, et plus encore. Nées de la cuisse des Pixies, dont Kim Deal était la bassiste avant de devenir guitariste et frontwoman, The Breeders constituaient jadis l’une des formations phares du rock alternatif américain. Qu’en est-il aujourd’hui?

Devant un public hybride, minorité de fans de la première ligne encerclée par une majorité osheagienne de jeunes curieux (18-24 ans), les jumelles Kim et Kelley Deal, Josephine Wiggs et Jim McPherson on commencé avec aplomb. La juste dose de distorsion, les mélodies, les accroches, le rythme rock pas tout à fait carré. Belles retrouvailles en perspective!

Et puis… au bout de quelques minutes, le rythme ralentit, on propose des musiques plus éthérées pendant qu’une bruine se met de la partie. La perenthèse s’étire, The Breeders perdent le fil pour ne le retrouver vers la fin de cette prestation de 50 minutes.

Franchement, ça n’a pas splashé très fort…

Rone Osheaga 2013 -2

Rone est à prendre au sérieux

Ce qui distingue les excellents créateurs électroniques comme Rone ne tient  pas tant dans  leur connaissance profonde des technologies et des tendances fondamentales du genre que dans la singularité de ce qu’ils en font.

Produire des variations d’intensité, déverser des flots de sons, générer des grooves de synthèse, voilà qui est relativement aisé pour quiconque se met sérieusement à cette lutherie. Faire de la musique vraiment originale est une autre paire de manches. C’est vous dire qu’Erwan Castex (de son vrain nom) est parmi les rarissimes créateurs de la musique électronique française à se démarquer. Donné samedi après-midi sur la scène Piknic Électronik, son set nous en a dit long sur son potentiel artistique.

Nous n’étions pas là pour tenter de circonscrire une tendance. Se dégageait plutôt un langage authentique, varié, nourrissant, personnel. Comportant plusieurs stations,  l’itinéraire de 50 minutes auquel Rone nous a conviés n’avait rien de linéaire.

Il touche à tout et en constitue un tout sensible et cohérent : dans la relecture live de son album Tohu Bohu (label Infiné) on repère l’électro anglaise (UK garage, dubstep, bass music, etc.), la techno de Détroit, la techno allemande, le hip hop (avec participation virtuelle de High Priest, d’Antipop Consortium) et cette électro française dont il est en train d’écrire des pages cruciales du prochain chapitre.

BobMould_TimSnow_20130803-10
Crédit photo: Tim Snow pour Osheaga

Bob Mould : expérience, précision et testostérone

Ex-leader des formations Hüsker Dü (années 80) et Sugar (années 90), le chanteur et guitariste Bob Mould demeure l’un des rockeurs américains ayant inspiré la génération grunge et plus encore. Sur la Scène des Arbres, il préconisait hier un répertoire de chansons rock interprétées avec précision et testostérone.

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Lundi 5 août 2013 | Mise en ligne à 11h19 | Commenter Commentaires (10)

Osheaga: mes critiques de vendredi

Le cycle des festivals de l’été n’est pas terminé, mais s’achève pour moi. Depuis le mois de mai, la couverture intense des festivals montréalais m’a obligé à modifier le traitement de ce blogue. Il n’y a que 24 heures dans une journée, des dizaines d’interviews à réaliser, des douzaines de critiques à rédiger au terme des très nombreux concerts auxquels j’assiste pendant cette période un peu débile, vu de l’extérieur – parlez-en à mes proches!

Voici, en vrac, mon dernier tour de piste avant de me reposer et de revenir sporadiquement sur ce blogue d’ici septembre. Avis aux plus fidèles: une opération à l’épaule m’empêchera d’écrire entre le 30 août et une date indéterminée – aussitôt que je le pourrai, c’est-à-dire lorsque le membre réparé sera en mesure de fonctionner sur le clavier de l’ordi.

The Cure Robert Smith Osheaga 2013

Cure de rajeunissement… Cure de nostalgie

Cure de nostalgie? Cure de rajeunissement?  Robert Smith n’a cure de ces considérations.
Le rouge lui dégouline encore dans les commissures des babines, le noir orne encore ses paupières, sa fontaine capillaire jaillit désormais sur un facies arrondi par les lipides. On pourrait conclure à une caricature. À un personnage devenu pathétique.

Qui plus est, à une plate gestion de patrimoine puisque The Cure n’a pas pondu d’album majeur depuis une mèche et que ses membres les plus anciens ont dû faire appel à des renforts au cours des dernières années- surtout Reeves Gabrels, qui a déjà fait la guerre avec Bowie.

On pourrait  aussi se formaliser du choix d’une telle tête d’affiche pour un festival indie s’adressant surtout à la tranche des 18-24 ans. Ce serait faire preuve de naïveté crasse, l’indie s’est assagie depuis un moment déjà et se dirige allègrement vers le conformisme rock. Ce qui justifie amplement l’invitation de The Cure, référence incontournable du rock;  tant de jeunes formations s’abreuvent aujourd’hui de cette mixtion unique de punk, new wave et rock vaguement gothique. Et puisque la majorité absolue de la faune au parc Jean-Drapeau n’était pas née à la grande époque, raison de plus pour venir s’instruire au musée d’art vivant.

Le Britannique est toujours là, devant nous. Et affiche une forme artistique exemplaire, digne des meilleurs rockeurs devenus classiques. Contrairement à sa taille, la voix de Robert Smith est restée intacte. Idem pour ses riffs et solos de guitare, simples et pertinents pour la plupart.Et il chantera certainement Friday I’m In Love, en ce vendredi finalement épargné par la pluie!

Étonnamment, cette carence prolongée en nouvelle substance chez The Cure n’empêche en rien son front man de donner une solide performance. On pourrait même affirmer que la facture d’ensemble est plus tonique qu’à la grande époque. Plus précise, plus musclée, plus synchro, moins indolente et, pourtant… moins magique que les célébrations du groupe vécues à Montréal dans les années 80.

Plusieurs jeunes l’ont d’ailleurs saisi vendredi; une partie de la foule avait migré vers d’autres scènes avant de rentrer. Quant à la majorité des spectacteurs venus à la Scène de la Rivière, dont un contingent plus âgé, ils sont restés jusqu’au dessert : The Lovecats, The Caterpillar, Close to Me, Hot Hot Hot!!!, Let’s Go to Bed, Why Can’t I Be You, Boys Don’t Cry. Juste avant d’aller dormir, pourquoi pas une petite cure de nostalgie, tout compte fait?

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Photo fournie par Osheaga

Xavier Caféine entre les branches

Les années 80, notre Caféine connaît. Son album New Love, dont le répertoire constituait essentiellement le programme de ce spectacle de 45 minutes présenté vendredi à Osheaga, en est l’éloquente démonstration.

Surtout en langue anglaise, un tantinet en français, le Xavier de noir vêtu s’adressait hier à une forêt clairsemée de fans, rassemblés devant la Scène des Arbres. Cela nous donnait-t-il une indication sur l’intérêt que porte la foule de ce gros festival indie sur la scène francophone montréalaise ? Probablement. Très souvent, seuls les québécois francos s’intéressent aux projets des leurs qui tentent leur chance en anglais… Et on passe à un autre sujet.

Un peu dommage, car Xavier Caféïne maîtrise ses références rock, post punk et new wave. Tout autant que la majorité absolue des groupes anglo-américains invités à ce festival. Quatre musiciens à ses côtés, valeureuse section rythmique, bonnes guitares, bons claviers, chœurs balancés comme il se doit, soliste à l’aise, à la hauteur de sa proposition. Convenons que le chanteur a déjà mené des groupes plus abrasifs mais il fallait respecter l’esprit de ce projet plus mélodique, plus claviers et un peu moins guitares.

Ainsi, Caféïne s’était préparé comme il se doit, avec la rigueur de ses pairs qui sillonnent la planète rock. Ne manquait que l’ambiance dans la clairière…

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Photo fournie par Osheaga

Palma Violets : habité, déjanté… redondant

Sur la Scène des Arbres entre 17h45 et 18h40 (on a pété le deadline!), rock londonien, rock dégingandé de grands efflanqués, mélange sympa de corrosion, d’arrogance, de candeur, d’alcool, de cigarettes, de drogues récréatives, de chorus bien sentis, accélérations-décélérations, rythmes binaires et… redondance.

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