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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Dimanche 7 juillet 2013 | Mise en ligne à 15h33 | Commenter Un commentaire

    FIJM: mes critiques du samedi 6 juillet

    Vijay_Lyer_Solo_©_dALIX-FIJM-005[1]

    Crédit photo: Denis Alix pour le FIJM

    Vijay solo : idées supérieures, jeu supérieur

    Avec raison, Vijay Iyer estime que son jeu est celui d’un compositeur. En cela, il signifie que sa performance pianistique ne repose pas tant sur une technique éblouissante que sur la pertinence de ses idées et de sa sensibilité créatrice. Une génération avant lui, des pianistes de jazz voyaient les choses ainsi, à commencer par un Montréalais nommé Paul Bley… et qui dérogeait des supravirtuoses du piano jazz tel cet autre Montréalais nommé Oscar Peterson. Aujourd’hui, cependant, les «joueurs compositeurs» de la trempe de Vijay Iyer peuvent compter sur une technique supérieure, c’est-à-dire que leur coefficient de difficulté pianistique peut parfois être très élevé même s’il n’est pas le vecteur principal de leur expression. Ainsi, en ce samedi au Gesù, le pianiste était seul sur scène pour une relecture singulière de Thelonious Monk (Work, ‘Round Midnight), une interprétation souple et véloce de John Coltrane (Giant Steps), la magnifique déconstruction d’un standard de Broadway (I’m All Smiles, tiré du musical The Yearling) , une ballade remodelée de Coleman Hawkins (Body & Soul). Au cœur de l’expression, toutes les phases imaginables de la musique contemporaine, écrite ou improvisée, ont rejailli dans ses propres compositions (Spellbound And Sacrosanct, Cowrie Shells And The Shimmering Sea, Autoscopy, Remembrance, etc.). Ainsi, malgré une légère interférence (silence SVP!), ce concert solo coiffait une des meilleures séries Invitation présentés au FIJM depuis un quart de siècle. « More than too much », aura résumé Vijay avant de s’exécuter pour le dernier rappel de ses représentations montréalaises.

    Orchestre national de jazz de Montréal FIJM 2013

    Photo fournie par le FIJM.

    La nation du jazz montréalais a désormais son Orchestre!

    Que Montréal représente une nation est une idée qui trotte parfois dans la tête de certains Montréalais… En tout cas, il est permis de croire que l’Orchestre national de jazz de Montréal adhère au concept ! Leroux, Zanella, Blais, Lozano, Warren, Grott, Côté, Couture, Doyle, Carbonneau et plus encore… L’élite du jazz d’ici, l’élite de notre jazz d’aujourd’hui, constitue sans conteste cet ensemble de 17 musiciens francos, anglos et autres italos, fiers Montéalais sous la direction de Christine Jensen. Entre autres au programme de ce concert inaugural présenté samedi au Théâtre Jean-Duceppe, des oeuvres de la saxophoniste Christine Jensen, de la pianiste Marianne Trudel et du tromboniste Jean-Nicolas Trottier (à qui l’on doit les nouveaux arrangements de DJ Champion, superbement exécutés à la Wilfrid juste avant ce concert!), hommage à Joni Mitchell avec le chant de notre Karen Young nationale, autres arrangements du trompettiste Bill Mahar, du bassiste Rémi-Jean LeBlanc et d’Andrew Homzy. Ce grand vaisseau n’a peut-être pas atteint sa vitesse de croisière mais les signes sont prometteurs; nous n’avons pas affaire à un big band ronflant, rafiot dont les borborygmes rappellent les époques lointaines. Bien au contraire, l’objectif est ici de présenter des musiques originales, audacieuses, en phase avec la période actuelle. Nous sommes ici beaucoup plus près de Maria Schneider et de Darcy James Argue que de Vic Vogel, avec tout le respect que l’on doit au géant montréalais.

    Antonio_Sanchez archives  crédit Geneviève Ruocco

    Photo Geneviève Ruocco, 2009, North Sea Festival

    Antonio Sanchez puise chez ses collègues

    L’écoute de son dernier album et des trois-quarts de son concert donné samedi mènent à croire qu’il se situe quelque part entre David Binney, John Escreet, Pat Metheny, McCoy Tyner, John Coltrane. Projet typique d’un virtuose renommé, capable de réunir les meilleurs… en se collant sur leur esthétique. Parce qu’il est le batteur attitré du Pat Metheny Group depuis 2002, Antonio Sanchez est plus connu que ses collègues. Samedi soir, sa réputation était le point d’ancrage pour une forte portion de l’auditoire venu au Gesù. Toutefois, ceux qui connaissaient le saxophoniste (alto) David Binney, présent sur scène et dans l’album New Life (Cam Jazz) savent que ses habiletés de compositeurs se trouvent une grosse coche au-dessus de celles de son employeur. Il n’y a pas de quoi s’étonner que ce dernier s’en inspire, notamment dans l’usage de la chanteuse Thana Alexa Pavelic (de surcroît, sa fiancée) dont les vocalises rappellent celles de Luciana Souza dans Oceanos, opus magistral signé Dave Binney et Edward Simon. On aura aussi observé que la musique du jeune Britannique John Escreet, une des plus belles recrues du jazz new-yorkais ces dernières, rejaillit dans l’approche de Sanchez. Les fans du super batteur mexicain doivent maintenant découvrir la musique de ses collègues, superbes solistes et accompagnateurs au demeurant.

    Champion FIJM 2013

    Photo fournie par le FIJM

    Champion à la Wilfrid: chapeau !

    Pour terminer cet envoi, un coup de chapeau à notre Champion. Plutôt que de craindre l’abandon de ses fans festifs, il a osé les emmener dans son nouveau cycle musical au terme de l’épreuve qu’on sait. Samedi soir à la Wilfrid, la transition était parfaitement réussie. Ceux qui doutaient de la réussite d’une telle mutation, d’un virage aussi prononcé, peuvent aller se rhabiller. Chapeau à Jean-Nicolas Trottier pour les arrangements, chapeau à Jean-Marie Zeitouni à la direction de l’ensemble I Musici, chapeau à Pilou et sa voix d’enfer. Tout n’était pas parfaitement calibré ce samedi mais bien assez pour justifier cet accueil triomphal réservé à Maxime Morin, ses cordes électriques, cordes acoustiques, cordes vocales, cuivres et machines. En ce qui me concerne, il s’agit jusqu’à maintenant du spectacle indie montréalais de l’année 2013, toutes langues confondues. On souhaite évidemment que ce concept fasse le tour de la planète, le calibre est bien assez élevé pour que ça voyage partout.


    • Chose certaine, je vais surveiller de près les dates de tournée de Vijay Iyer et je ne le raterai pas lorsqu’il passera dans mon coin.
      Je suis très heureuse de constater que DJ Champion a réussi son pari. Son dernier album est magnifique.

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