Alain Brunet

Archive, juin 2013

Dimanche 30 juin 2013 | Mise en ligne à 16h06 | Commenter Un commentaire

Gwilym Simcock: piano, anglo, solo

Gwilym Simcock-Good_Days_At_Schloss_Elmau

Depuis l’an dernier surtout, le FIJM s’efforce de présenter plusieurs jazzmen associés à la nouvelle scène anglaise. Le prochain en lice: Gwilym Simcock, 32 ans, l’un des pianistes les plus applaudis en Angleterre, en Europe, bientôt sur toute la planète jazz. Montréal n’y fait pas exception. Diplômé de la Royal Academy of Music où il a coiffé ses études du Principal’s Prize pour « accomplissement exceptionnel », il a évolué dans les deux voies: musique classique et jazz.

Côté jazz, il a été formé notamment auprès de l’excellent pianiste John Taylor (qu’on a entendu notamment auprès de Kenny Wheeler). Son profil wiki nous apprend qu’il fut un membre régulier du Lighthouse Trio de Tim Garland (jusqu’à 2009), et qu’il joue régulièrement au sein des ensembles Acoustic Triangle (Malcolm Creese), Neon (Stan Sulzmann) et Earthworks (Bill Bruford).

Son site officiel nous apprend qu’il mène aussi un quintette composé du violoniste Thomas Gould, du contrebassiste Yuri Goloubev, de la violoncelliste Gabriella Swallow et du batteur Martin France. On peut également l’entendre au sein du groupe The Impossible Gentlemen.

Ma connaissance de Gwilym Simcock se limite à son dernier album, Good Days At Schloss Elmau, paru en 2011 sous étiquette Act et qui lui a valu une sélection parmi les finalistes du Mercury Prize. C’est ainsi que je l’ai découvert.

Hormis sa technique impeccable, je retiens surtout la suavité, la délicatesse et la profondeur affective de son langage pianistique. Comme c’est le cas de tant de jazzmen modernes, il puise très souvent dans le bassin harmonique fin 19e siècle début 20e. Peu d’incursions dans le piano contemporain figurent au programme – Wake Up Call est l’un des rares moments inspiré d’époques un plus récentes de la musique moderne ou contemporaine. Peu importe, ce pianiste est superbe.

Voilà un musicien qu’on écoutera très attentivement au cours des années qui viennent.
Et ça commence ce dimanche, 19h, 5e salle de la Place des Arts.

Liens utiles

Gwilym Simcock, site officiel

Gwilym Simcock, profil Wiki

Gwilym Simcock, profil Mercury Prize

Écoute d’extraits de toutes les pièces de Good Days at Schloss Elmau sur Allmusic.com

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Dimanche 30 juin 2013 | Mise en ligne à 13h37 | Commenter Commentaires (2)

FIJM: mes critiques du samedi 29 juin

Pour vous faciliter la tâche, voici mes critiques regroupées de samedi.
Sauf le concert de 18h, les trois parties distinctes du programme de trois heures consacré à Wayne Shorter sont ici suggérées

Charles Lloyd Sangam

Zakir, Eric, Charles

Sangam avait été lancé en 2006 à la suite d’un enregistrement public orchestré par Charles Lloyd en hommage à son grand ami et collègue disparu, le batteur Billy Higgins. On sait les affinités de Charles Lloyd avec la mystique indienne et son incontourbable musique classique, les allusions à cette culture immense et vision du monde sont récurrentes dans son oeuvre. D’où la collaboration avec le supravirtuose des tablas, Zakir Hussain, qui a toujours manifesté une ouverture d’esprit exceptionnelle en ce qui a trait aux hybridations indo-jazzistique. Au Théâtre Jean-Duceppe, on aura eu droit à différents échanges effectués dans un cadre souple. Les dialogues percussifs entre Eric Harland et Zakir Hussain ont été fructueux, les fréquences émises par Lloyd (outre le sax, beaucoup de flûte samedi) s’inscivaient bien dans le contexte, quoi qu’on n’ait pas assisté à ses moments les plus inspirés. Néanmoins nourrissant.

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Geri Allen, Esperanza Spalding, Terri Lynn Carrington / crédit photo: Denis Alix pour le FIJM

ACS : toutes dans l’esprit de Wayne

L’acronyme ACS désigne Geri Allen, Terri Lynn Carrington, Esperanza Spalding, unies samedi soir afin de rendre hommage à Wayne Shorter. Au Théâtre Maisonneuve, elles ont amorcé la soirée sur le riff de Mysterious Traveler, soit l’un des grands crus de Weather Report – dont Wayne était coleader. Belle audace que d’en faire une version pour trio acoustique! Jadis composée pour le quintette de Miles, brillante pièce atmosphérique pour ne pas dire stratosphérique, Fall fut aussi jouée par ACS. Pur bonheur! Nefertiti? Pharaonique… et très féminin. Une fois de plus, on a pu constater que la belle Esperanza excelle au service des grandes œuvres… et encore plus qu’à celui de sa propre musique. Appuyée par ses aînées, soit l’une des pianistes les plus accomplies de notre ère et, carrément la meilleure femme batteure de l’univers connu, elle a contribué à créer un jazz acoustique somme toute très fin, et toujours dans l’esprit de Wayne.

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Dave Douglas / crédit photo : Olivier Pontbriand

Dave Douglas Quintet: répertoire inspiré par Wayne

À la suite de la prestation impressionniste signée ACS, l’applaudissomètre a monté d’un cran. La présence de l’époustouflante contrebassiste Linda Oh (style très différent de Miss Spalding) n’a certes pas nui à ce flux de testostérone sur scène : plus de volume, plus de puissance, plus de sueur, plus d’impétuosité et, par voie de conséquence, plus de ferveur dans la salle. Pour Wayne Shorter, le quintette du trompettiste visionnaire Dave Douglas a choisi de jouer dans le tapis des œuvres originales inspirées (pas toujours directement, force était d’observer) par le jubilaire et (très bientôt) octogénaire. Entre autres au programme, Sound Print, Sprints, Weatherman, Ups and Downs… titres évocateurs indeed! L’ensemble de Douglas pouvait d’ailleurs compter sur le tenorman Joe Lovano, particulièrement déchaîné samedi, sans compter le toujours brillant Joey Baron à la batterie, ainsi que sur le soutien harmonique impeccable du pianiste Lawrence Fields.

wayne-shorter

Wayne Shorter au Théâtre Maisonneuve / crédit photo: Olivier Pontbriand

Shorter: plus court…

Comme c’est le cas depuis le début de la précédente décennie, le Wayne Shorter Quartet nous a présenté un continuum de musiques annonciatrices de l’avenir immédiat et de l’avenir lointain d’un genre qu’on ose encore nommer jazz.

Mais… avec moins de surprises et moins de tonus que lors de tous les concerts présentés antérieurement à Montréal par ce très puissant ensemble de cet immense leader.

Quasi surréalisme en introduction : au moment où les musiciens allaient en action, des fans ont entonné «mon cher Wayne, c’est à ton tour de te laisser parler d’amour…», thème de Gilles Vigneault repris partiellement dans l’entrée en matière du pianiste Danilo Perez! Et ce dernier nous a rapidement fait bifurquer vers des considérations musicales beaucoup plus contemporaines que celles d’un 80e anniversaire de naissance.

La suite fut ponctuée des interventions de plus en plus musclées de cette parfaite section rythmique – John Patitucci, contrebasse, Brian Blade, batterie. Interventions au-dessus desquelles Wayne Shorter a esquissé ce qui allait difficilement se préciser dans cette unique fresque au programme (sauf un court rappel), improvisée du début à la fin.

Initiée par Perez, une séquence plus proche de la forme chanson a ensuite permis au saxophone ténor de s’exprimer avec plus de coffre, à la suite de quoi le soprano a pris le relais dans un registre très lyrique, le tout coiffé par une ascension tragique et… une conclusion plus hâtive que prévu.

Cette fois, donc, pas de révélations, pas de souvenirs incrustés dans le cortex pendant des semaines. Néanmoins la satisfaction d’avoir pu absorber la version relativement réduite (pour ne pas dire trop brève) de ce qui nous a jetés par terre depuis la fondation de ce quartette. Les grandes années sont-elles derrière nous ? Wayne a beau être un créateur d’exception, il demeure un être humain… qui aura 80 ans malgré la forme splendide qu’on lui prête.

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Dimanche 30 juin 2013 | Mise en ligne à 11h44 | Commenter Commentaires (2)

FIJM : mes critiques du vendredi 28 juin

Voilà en vrac mes critiques de vendredi soir.

N’hésitez pas à commenter, surtout si vous avez assisté à ces concerts !

Charles Lloys Quartet

Charles Lloyd Quartet / crédit photo : Denis Alix pour le FIJM

Maître des contrastes et ambiances

Charles Lloyd a inauguré vendredi la 25e présentation de la série Invitation du Festival international de jazz de Montréal. Au Théâtre Jean-Duceppe, le récipiendaire du Prix Miles-Davis s’est produit avec son quartette, soit l’un des plus fins et des plus créatifs que compte aujourd’hui la planète jazz. Introduction éthérée, bebop magnifique aux accents de blues, ballade incarnée, tourbillon free des années 60, etc. En bref, moult formes du passé auxquelles on aura injecté une bonne dose de présent. Le phrasé très inventif du pianiste Jason Moran aura contribué à cette fraîcheur et cette créativité exemplaire que l’on connaît de cet ensemble. La charpente rythmique y fut solidement érigée par le batteur Eric Harland et le contrebassiste Reuben Rogers, paire idéale dans ce contexte. La trame dramatique de la soirée fut une ascension lente et sûre, menée par un maître des ambiances et des contrastes, soit l’un des très rares septuagénaires capables de poursuivre la quête vers l’inédit. Ainsi, le saxophoniste (ténor et soprano) et flûtiste a offert aux jazzophiles une véritable rencontre, ici et maintenant.

Wynton Jazz at the lincoln center

Jazz At The Lincoln Center sous la gouverne de Wynton Marsalis / photo fournie par le FIJM

Wynton Marsalis / Jazz at… la Maison symphonique

Invité vendredi à présenter l’ensemble new-yorkais Jazz At The Lincoln Center, Wynton Marsalis a poursuivi son œuvre de «classicisation» du répertoire jazzistique. Entouré d’une quinzaine de musiciens de l’élite nord-américaine, le grand trompettiste a partagé les responsabilités, tant pour les performances individuelles que les arrangements ou même les compositions. D’une durée de deux heures, ce programme généreux fut émaillé de pièces variées, puisées dans différentes époques du jazz – Joe Henderson (A Shade of Jade), Duke Ellington (Far East Suite, mouvement # 8. Self Portrait of the Bean, en hommage à Coleman Hawkins), Kenny Dorham (Stage West), Chick Corea (Straight Up And Down), Sherman Irby (Insatiable Hunger), on en passe. Convié à la Maison symphonique (Jazz at… la Maison symphonique!), l’auditoire a pu goûter des orchestrations et impros extrêmement raffinées, jouées par un ensemble discipliné et cohésif. Bien sûr, le décorum de l’orchestre et les impros rarissimes du leader en ont peut-être laissé plus d’un sur son appétit mais… faut-il rappeler que ce grand ensemble n’est pas consacré à la supravirtuosité de Wynton. L’objectif de son leader est tout autre : mettre en valeur la musique de jazz dans un contexte orchestral, ce qui n’exclut pas les nombreux solos de ses participants inspirés et d’autant plus fervents – Walter Blanding, saxes, Cris Crenshaw, trombone, Daniel Nimmer, piano, etc. De surcroît, parcourir l’histoire du jazz en en polissant l’esthétique.

Ravi_Coltrane_©dALIX-FIJM-040[1]

Ravi Coltrane Quartet / crédit photo: Denis Alix pour le FIJM

La signature Ravi Coltrane

En interview, le saxophoniste confiait ne pas avoir encore découvert ce qui le distinguait vraiment de ses contemporains. Que Ravi Coltrane soit rassuré, il n’est pas loin d’y parvenir. Vendredi soir, son quartette a rempli le Théâtre Jean-Duceppe d’une vraie signature. Non seulement a-t-on eu droit à des pièces inédites, fraîchement composées, encore plus fraîchement improvisées, mais encore a-t-on pu goûter les orchestrations nouvelles d’oeuvres connues de son répertoire (dont des extraits de Spirit Fiction, son dernier opus), sans compter une de Charlie Parker, une de Paul Motian et une autre de son collègue Adam Rogers. Ce dernier, d’ailleurs, doit être considéré comme l’un des plus éminents guitaristes de New York, et ce même s’il ne connaît pas une carrière aussi flamboyante que d’autres. Dans le contexte ce ce quartette mené par le fils Coltrane, en tout cas, Rogers a brillé. Propulsés par le contrebassiste Dezron Douglas et le batteur Jonathan Blake, les deux solistes ont atteint parfois de hautes altitudes. Et maintenu élevé l’indice d’octane.

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