Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Mercredi 1 mai 2013 | Mise en ligne à 16h27 | Commenter Commentaires (6)

    Cargo Culte: joual against the machine

    Cargo culte Les temps modernes

    Plaster, Gatineau… voici Cargo Culte : le poète rapper Éric Brousseau (mieux connu sous le pseudo Séba) et le claviériste/compositeur Alex McMahon font équipe avec le bassiste et poly-bidouilleur Jean-François Lemieux, qui a joué avec à peu près tout le monde au Québec et qui a déjà oeuvré au sein de formations abrasives de même type – pensons à Basta, fin des années 90.

    Perçu par ses constructeurs comme un matériau intemporel, le meilleur rap/rock des années 80-90 constitue la coque du vaisseau. Le ton et le débit ne sont pas sans rappeler le flow vindicatif de Zach de La Roca ou celui, dérisoire, des Ad-Rock/Mike D/MCA ou même celui de Flavor Flav.

    Parmi les textes embroussaillés de Brousseau, on note la phase d’un non individuel ou collectif (La Bandaison), la carapace de ceux qui beurrent épais (Caniche attaqué), la victime du coin (There Will Be Blood), la crapule sans scrupule dans le contexte de notre corruption endémique (Les temps modernes), la dope (La dope), l’isolement des êtres menant à tous les conflits (Les champs de bataille), la soumission/émancipation (Le chien de madame), et plus encore.

    Joual consonant, joual sonore, joual signifiant, habiletés phonétiques, contenu.

    Caractéristique importante de la facture Cargo Culte, les claviers aspirent aux aspérités de la guitare rock, pendant quel a basse roule à fond de train, que les machines éructent les beatsque les sons de synthèse fusent de toutes parts. Efficace, bien envoyé en pleine gueule, malgré ce léger agacement dû à des références sonores trop identifiables.

    Enfin… la perception du «trop identifiable» peut varier selon les âges et le nombre des écoutes. Idem pour la transposition en keb franco de genres trop peu exploités dans le contexte de notre tribu; si certains s’en réjouissent (enfin ! de la musique comme ça en français), d’autres se désolent du trop grand décalage avant que ne se produise le déclic. Il faut toutefois ajouter une nuance : plusieurs propositions du trio (McMahon en particulier) rendent plus singulières ces musique très balisées d’entrée de jeu.

    Ce n’est que le début de l’aventure, laissons le temps au temps.

    Liens utiles

    Cargo Culte, site officiel

    ÉCOUTE INTÉGRALE DE L’ALBUM LES TEMPS MODERNES SUR BANDCAMP


    • Le Québec n’était pas en si grand décalage. Il y avait déjà dans les années 90 le groupe Guérilla qui se débrouillait bien avec le rock/rap (quoique Cargo Culte soit à mon avis artistiquement supérieur).

    • Je me souviens très bien de Guérilla. Bon groupe, mais Cargo Culte est effectivement supérieur. D’ailleurs, je tiens à souligner qu’il n’y a aucun problème à faire directement référence à des périodes antérieures, à condition d’en faire quelque chose d’unique. Rappelons d’autre part que plein de groupes anglo-américains se collent encore beaucoup plus sur leurs influences que Cargo Culte et obtiennent d’excellentes critiques… En fait, il me faut aussi souligner que l’écoute de Cargo Culte est un plaisir qui croit avec l’usage, ce qui est un excellent signe pour la suite des choses.

    • Ah, Guerilla! Son premier chanteur avait passé une partie de sa vie à dénigrer la chanson franco d’ici… avant de joindre le groupe! Non mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas quand on aime chanter!

    • J’aillais dire que les textes sont plutôt faibles mais soudainement je me suis mis à penser au rap d’ici… ou il y’a probablement seulement une 10aine de rappeurs qui ont un propos profond. Je me suis aussi mis à penser aux groupes américains dans le genre… finalement Cargo Culte se débrouille plus que bien.

      Humblement, la production est polie le son est original mais il y’a quelque chose d’impersonnel… je ne réussis pas à savoir trop ce qui me laisse froid.

      Mais longue vie au style plus underground… c’est tellement rafraîchissant.

    • Les textes ne sont pas faibles. Difficile, en fait, de faire mieux en exploitant le lexique et les formulations de la langue familière locale. Brousseau a vraiment du talent en ce sens, particulièrement sur les plans du rythme de ses locutions et de l’usage phonétique des mots. Ne lui reste qu’à étoffer sa langue de formes plus avancées et on sera en voiture.

    • Dommage que la pochette ne soit pas à la hauteur des références à Gainsbourg et Chaplin !

      Puisque je suis toujours en retard because les vinyles, j’ai écouté le dernier MBV seulement hier… Sans doute le record de constance dans le son pour deux albums avec 22 ans d’écart !! Mais est-ce une qualité ou un défaut? J’ai peur de pencher pour le second terme de l’alternative dans ce cas-ci.

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