
Le Montréalais Rémi Bolduc n’a pas la personnalité flamboyante des solistes vedettes. Infatigable travailleur, curieux devant l’Éternel, il peut se réjouir d’être un musicien excellent, certes l’un des meilleurs saxophonistes de jazz à évoluer au Québec comme au Canada. Au début de février, il a lancé un de ses albums les plus réussis: Masters of Random.
Maîtres de l’aléatoire ?
« Pour écrire cet album, je me suis inspiré des recherches en génétique portant sur les rôles du hasard et du déterminisme et sur cette part de mystère que la science n’a jamais pu élucider. Comme le rythme a toujours pris une grande place dans mon cheminement artistique, j’ai puisé au coeur de mes réflexions pour créer, avec Random Masters, une rythmique qui refléterait mes questionnements et découvertes, mais qui, aussi, me ressemblerait et m’aiderait à m’épanouir en tant que musicien et compositeur. »
Voilà un projet typique de notre époque. Depuis le XXe siècle, des compositeurs de tradition européenne ont créé de nouvelles musiques en s’inspirant de concepts scientifiques, observations savantes de la nature, l’infiniment grand et l’infiniment petit. Le jazz ne fait pas exception à cette quête. Bien sûr, cela ne donne pas toujours des résultats heureux: les systèmes complexes de l’univers qu’observent les scientifiques ne se transposent pas comme par magie dans le monde musical.
Le saxophoniste (alto) Steve Coleman, assurément l’un des maîtres créateurs du genre depuis les années 80, s’est déjà inspiré de tels concepts. Et… il a déjà enseigné sa «science» à Rémi Bolduc. Sans vouloir établir un lien direct avec cette quête de notre saxophoniste québécois, on peut tout de même identifier des points de comparaisons dans les pattern rythmiques ici proposés, dans les trajectoires mélodiques, les choix harmoniques, les interactions et interventions individuelles – Rémi Bolduc, sax alto, Chet Doxas, sax ténor, Jean-Nicolas Trottier, trombone, Rafael Zaldivar, piano, Rémi-Jean Leblanc, basse électrique et contrebasse, Richard Irwin, batterie.
Voilà un album qui sera très difficile à supplanter au chapitre des meilleurs crus jazzistiques concoctés au Québec en 2013. S’en souviendra-t-on à l’ADISQ et aux Pris Opus ?
En attendant, rappelons que Rémi Bolduc et le pianiste François Bourassa se produisent ce jeudi 28 février à la Salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal.
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