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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Lundi 18 février 2013 | Mise en ligne à 16h52 | Commenter Commentaires (24)

    Nick Cave & The Bad Seeds: Push the Sky Away

    Nick Cave Push The Sky Away

    Nick Cave est parolier, poète, conteur, romancier. C’est de cette sensibilité littéraire que sa musique se nourrit. Sans cette substance, sa musique n’aurait jamais l’aura qu’on lui reconnaît.

    Cela est même remarquable dans celle de Grinderman, projet plus graveleux que ses bandes originales (réalisées avec le collègue Warren Ellis) et dans plusieurs de ses quinze albums créés avec The Bad Seeds… dont voici le chapitre le plus récent, superbe au demeurant: Push the Sky Away, sous étiquette Bad Seed Ltd.

    Non seulement parce qu’il sait écrire, dire et chanter, Nick Cave est une icône du rock moderne mais aussi parce qu’il en connaît profondément la culture, la symbolique, la fonction, la puissance d’évocation. Parce qu’il sait la nécessité du personnage qu’il a construit. Il sait aussi l’exigence d’un goût certain en matière de rock: hormis sa plume et son expression vocale, hormis sa dégaine de crooner rock, on la trouve dans le jeu et l’imagination de ses collègues, dans l’agencement des sons, dans le traitement général de la proposition. À ce titre, d’ailleurs, le départ de Mick Harvey avec qui Cave a travaillé 36 ans (depuis l’adolescence jusqu’en 2009, aussi sous les bannières The Boys Next Door et The Birthday Party), ne semble pas avoir causé les dommages appréhendés.

    Nick Cave ne semble pas faire compliqué, pourtant. Que son rock soit dur ou soyeux, ses références stylistiques sont connues de tous: rock à l’anglaise, punk, blues, gospel… Le raffinement se trouve ailleurs: dans les mots, dans les ornements sonores, dans le ton de la voix, dans la gestuelle. Ce raffinement, soulignons-le à grands traits, se trouve au service d’émotions profondes et viscérales.

    Après tant d’années, Nick Cave arrive encore à nous fasciner parce qu’il bouleverse les perceptions, étoffe l’idée qu’on se fait de la beauté rock. Dans le cas présent, ses chansons neuves s’échafaudent sur des rythmes lents que ses Bad Seeds ornent de cordes acoustiques et électriques, nappent de claviers et sons (numérisés) triés sur le volet.

    We No Who ‘U ‘R: contemplation du chant des oiseaux ou de la lumière du matin s’accompagnent d’un étrange ressentiment, refus de pardonner à une personne clairement identifiée.

    Wide Lovely Eyes: la clef secrète du jardin permet d’ouvrir un passage menant à la mer et ses vagues de cristal, le narrateur s’adresse à sa bien-aimée qui s’éloigne sans qu’on ne puisse conclure s’il s’agit d’un au revoir ou d’un adieu.

    Water’s Edge: des filles de la cité se dissimulent dans l’eau de bord de mer…pendant que les garçons les observent. Magnifiquement décrit par le narrateur, le rituel de la séduction est imminent.

    Jubilee Street: on explore l’histoire de Bee, fille sans passé apparent et avec laquelle le narrateur est lié bien malgré lui.

    Mermaids: le narrateur assume ses croyances, particulièrement les sirènes qui vont et qui viennent dans la mer. Celle, notamment, qu’il croyait avoir séduite.

    We Real Cool: «…Sirius is 8.6 light years away / Arcturas is 37/ The past is the past and it’s here to stay/ Wikipedia’s heaven/ When you don’t want to remember, you know/ On the far side of the morning/ Who was it, yea you know, we real cool…»

    Finishing Jubilee Street: l’auteur vient de terminer l’écriture de Jubilee Street et tombe dans un sommeil profond. Un rêve lui fournit une autre conclusion à la chanson-clé de l’album.

    Higs Boson Blues: en route vers Genève, là même où l’on a confirmé l’existence du boson de Higgs, le narrateur est en proie à des visions pour le moins divertissantes – Robert Johnson, Lucifer, Hannah Montana et plus encore !

    Push the Sky Away: «…And if you’re feeling / You’ve got everything you came for / If you got everything / And you don’t want no more / You’ve got to just / Keep on pushing / Keep on pushing /
    Push the sky away…»

    On vous souhaite la meilleure des poussées ! Et une excellente écoute…

    Liens utiles

    Metacritic: moyenne de 84% fondée sur 18 critiques.

    Nick Cave & The Bad Seeds, site officiel

    Push The Sky Away, profil Wiki

    Nick Cave, profil Wiki

    Écoute intégrale de l’album sur CBC


    • Encore un excellent disque. Des Boys Next Door aux Bad Seeds en passant par le Birthday Party ou Grinderman, il ne m’a jamais déçu.

    • Très bonne chanson. On dirait du Kat Onoma avec la guitare de Rodolphe Burger.

    • Très bon.Il y a un je ne sais quoi qui me fait me rappeler de Tom Waits.Peut-être aucun rapport mais comme je vous dit un certain ”feeling” dans cette pièce qui m,a donné cette impression.
      En tout cas j’aime bien.
      Au fait qu’en est-il de ce cher Tom?

    • D’une beauté sombre.”I am an embryo eating dark oxygen”.Ses histoires sont moins sordides mais plus tristes;sa musique,moins rock mais plus plus vaporeuse.Qui transperce l’âme.”Water’s Edge” est ma préférée .Du très bon Nick Cave.Toujours inspiré.Signe que notre crooner des ténébres vieillit bien.

      “Le raffinement des mots se trouve au service des émotions profondes et viscérales” Tout à fait! Bien dit,M. Brunet.

    • Chansons douces-amères qui virent à l’envers. “And some people say it’s just rock’and’roll, oh, but it gets you right down to your soul”. Tu parles!
      On peut dire que le concept d’album n’est pas encore mort lorsqu’un album est habité et livré avec une telle unité.
      Pas étonnant que les concerts affichent “Complet”un peu partout ( dont celui du Metropolis en mars)

    • @AlainBrunet

      Avez-vous eu la chance d’écouter/voir la version de luxe ? En vaut-elle la peine ?

    • J’ai une version de neuf chansons. Complètement virtuelle.

    • J’avais adoré son travail pour la trame sonore du film THE ROAD …
      Simple et extrêmement touchant.

      Alors je vais très certainement tendre l’oreille à ” Push the Sky Away ”

    • J’ajoute ma voix au concert d’éloges. Nick ajoute une tourelle délicatement ouvragée à sa cathédrale de chansons gothiques truculentes. On sent que ses Mauvaises graines se retiennent, ne se lâchant légèrement qu’à la fin de « Finishing Jubilee Street ». Beau contraste avec Dig Lazarus. Donc, de nouveaux protagonistes se joignent aux personnages de carnaval, figures de l’Ancien et du Nouveau Testament et autres perdants mirifiques qui se côtoient dans la trâlée de théâtres surréalistiquement authentiques de Tonton Nick. L’importance d’être constant, comme le soulignait Oscar Wilde.

      J’ai hâte d’entendre et de voir ça en mars, j’espère que la balance de son sera meilleure qu’en 2008 – la fois où Nick arborait une moustache de police provinciale –, sa voix était carrément trop forte.

    • @phil8791

      La version deluxe contient un DVD avec un documentaire de 6 minutes et deux chansons inédites. Ces mêmes chansons se retrouvent sur un 7 pouces inclut dans la version vinyle de l’album. Je pencherais donc pour l’édition vinyle puisque le contenu du DVD se retrouve probablement déjà sur youtube.

    • @charkie

      Un gros merci pour l’info. C’est surtout le DVD qui m’intéressait mais de savoir qu’il ne dure que 6 minutes, c’est un peu décevant. Je ne pense pas que je vais la commander (malgré que peut-être que l’édition deluxe a davantage de photos de sa femme dans le livret !!!).

    • @hardy_canyon
      Vous n’aimez pas les moustaches?
      Si je la coupe ma blonde me quitte.

    • Ça ne tient qu’à un… enfin, quelques poils ! ;-)

    • « figures de l’Ancien et du Nouveau Testament et autres perdants mirifiques »
      .
      “Il reste encore des perdants magnifiques, j’en fais toujours partie.”
      Leonard Cohen.
      .
      J’avais perdu de vue Nick Cave. Quand j’ai eu envie de m’amuser, j’ai trouvé que par son humeur il était mauvais compagnon de jeu. Un peu comme Leonard Cohen, d’ailleurs.

      Mais quand je lis « C’est de cette sensibilité littéraire que sa musique se nourrit », Nick Cave me rappelle qu’il est peut-être le double dandy de Cohen, un gentleman au look suranné, qu’il fait bon lire et écouter.

      J’imagine très bien Nick Cave en train de citer de Nerval…

      « Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
      Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
      Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
      Porte le Soleil noir de la Mélancolie. »

      El Desdichado

    • Toutes les filles que je connais qui s’intéressent à la musique
      connaissent Nick Cave et elles l’adorent!!

    • Jolie pochette d’album aussi…

      C’est là que John Lennon a tourné le vidéo d’IMAGINE.

    • @rogiroux

      «The cover image shows Cave opening a window shutter to illuminate his naked wife, Susie Bick, and was shot in the couple’s own bedroom.»

      http://en.wikipedia.org/wiki/Push_the_Sky_Away

    • Pas mal, mais, peut-être a cause de ma mauvaise compréhension de l’anglais, je trouve un peu plat, voire ennuyant… Finalement, y’a un seul truc que j’aime de Nick Cave, c’est cette hallucinante toune découverte sur une compile de X-Files, Red Right Hand… http://www.youtube.com/watch?v=RrxePKps87k

    • En effet ourobouros, le texte y est pour beaucoup dans cet album. Comme si on écoutait Avec pas d’casque sans pouvoir en apprécier les mots à leur pleine mesure.

    • @ alain Brunet ~

      ÔÔPS! Vous avez raison!
      J’aurais dû vérifier avant de dire n’importe quoi!

      C’est le même genre de pièce mais les volets ne sont pas pareils…

    • À ma connaissance,Nick Cave aura été le premier à parler du boson de Higgs dans une chanson.Et non la moindre;sûrement l’une de ses meilleures.A-t-il pénétré à ce point les particules élémentaires pour en extirper les forces diaboliques de Lucifer avec lesquelles Robert Johnson a fait son fameux pacte? Chanson hallucinante!!

    • “À ma connaissance, Nick Cave aura été le premier à parler du boson de Higgs dans une chanson”

      Aura-t-il été plus loin et utilisé les “partitions” de la particule de Dieu?

      http://news.discovery.com/space/listen-to-the-higgs-boson-120710.htm

    • Entièrement hors-sujet mais une image qui pourrait
      peut-être intéressée les maniaques de guitare:

      Jimi Hendrix Guitar & Marshall Set 1968

      http://1.bp.blogspot.com/-DpyCR7QyADU/USSie9P1-yI/AAAAAAAAZhY/fRj26XMhrUE/s1600/Jimi+Hendrix+Guitar+&+Marshall+Set+1968.jpg

    • Je préfère la musique aux mots. Alors, je pense que je vais passer outre. Déception ? Non, la discographie de Cave est assez riche !

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