
Révélé au début des années 90 comme le supravirtuose émergent du saxo ténor (sans compter le soprano, la clarinette basse et plus encore), Chris Potter ne s’est jamais imposé autrement que par son sa technique et son jeu hallucinants. La plupart de ses albums à titre de leader et compositeur révèlent de l’imagination… côté impro et jeu supérieur. Les concepts, eux, laissent sur leur appétit les férus de composition.
Rarement peut-on conclure à une écriture excitante, c’est-à-dire au-delà de la stricte et non moins rigoureuse synthèse des avancées jazzistiques connues des meilleurs praticiens du genre – dans un contexte d’instrumentation acoustique.
The Sirens, son 17e album à titre de leader (et son premier chez ECM sous sa propre bannière), n’y fait pas exception. Encore cette fois, on n’arrive pas à identifier les éléments d’une personnalité forte de Chris Potter le compositeur.
On a tôt fait de se rabattre sur les performances individuelles, la qualité exceptionnelle de l’interaction et de la cohésion d’un tel ensemble. Or donc, cela ne nous empêche en rien d’apprécier ce jeu phénoménal, individuel ou collectif. Et, d’ailleurs, c’est exactement là que le jazz se démarque de la musique strictement composée; l’occasion de créer de la nouvelle musique est toujours possible malgré la redondance des structures qui accueillent l’improvisation et l’interaction.
À ce titre, le leader dont il est ici question sait s’entourer d’un personnel d’exception: Craig Taborn (piano), David Virelles (piano préparé, célesta, harmonium), Larry Grenadier (contrebasse), Eric Harland (batterie) ont été recrutés pour les sessions de The Sirens, lancé récemment sous étiquette ECM. Voilà exactement pourquoi il faudra se rendre au Gesù jeudi prochain. Chris Potter sera alors entouré de David Virelles (excellent pianiste cubain installé à New York après avoir résidé quelques années à Toronto), Larry Grenadier et Eric Harland.
Pour la suite des choses ? Il est permis d’espérer que l’arrivée dans le décor du grand producteur Manfred Eicher mène Chris Potter à se surpasser, c’est-à-dire faire mieux côté concept.
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