
Fun.: indie… et bien propre
En août dernier, c’était frappant et patent au festival Osheaga: 120 000 entrées payantes, très majoritairement honorées par des jeunes âgés entre 18 et 22 ans, ont financé les honoraires faramineux de chanteurs ou groupes très majoritairement étiquetés indies. Indés si vous préférez en français.
Fin des années 90, début 2000, le diminutif signifiait indépendant, c’est-à-dire indépendant des grandes structures industrielles, indépendant de l’establishment culturel, indépendant de la diffusion de masse. Par extension, indépendant des clichés, redites et stéréotypes musicaux. En 2013, indie a perdu sons sens originel, on parle aujourd’hui d’une étiquette galvaudée; indie pop, indie rock ou indie folk représentent désormais la norme. Enfin, une large part de la norme musicale. Oui oui, les genres pop, country et autres classic rock sont toujours là sous le parasol du plus grand commun dénominateur. Et l’indie vient de se joindre à eux.
C’était déjà tangible en février 2011 lorsque le groupe montréalais Arcade Fire s’était imposé aux Grammys contre toute attente. Ça l’était encore l’année dernière alors que Bon Iver fut sacré révélation. Aux lendemains de ces victoires inattendues, des chroniqueurs et spectateurs grand public s’en étaient formalisés. Who the fuck is…?!… pendant que des millions de fans sautaient de joie. En février 2013 ? Sauf exception, rien de plus évident que l’indie dans un gala de l’industrie.
Que Fun., groupe new-yorkais très peu prisé hors des frontières américaines, groupe indie qui ne suscite (à peu près) aucun intérêt auprès des mélomanes les plus fervents, soit consacré «meilleur nouvel artiste» aux Grammys, voilà qui illustre un choix… conservateur pour la music business aux USA !
Que la formation anglaise Mumford & Sons remporte le trophée Grammy pour «l’album de l’année» ? Rien de plus rassurant pour un vaste public anglo-américain (et plus encore) ayant apprivoisé cette culture «indie» – indie folk rock dans le cas qui nous occupe. Culture en marche depuis la fin des années 90 et ayant atteint aujourd’hui son plein potentiel de rayonnement.
Que Jack White et The Black Keys soient perçus comme les rockeurs américains de l’heure n’a rien d’exceptionnel non plus. Simple changement de garde…
Une fois encore dans l’histoire de la culture populaire moderne, un mouvement alternatif finit par occuper le haut du pavé sur les plateaux les plus convoités de la production/diffusion de masse. Bien sûr, on apportera moult nuances à ce constat. Bien entendu, on pourra encore débusquer des artistes de grand talent dans cette vaste mouvance mais…
Force est de constater que l’âge d’or indie est bel et bien derrière nous. Et que les clichés, redites, stéréoypes et autres processus d’homogénéisation s’annoncent nombreux pour les années indies qui viennent.

The Lumineers ; indie folk sincère, convivial et… peu dérangeant.
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