
Gary Schwartz m’avait approché il y a deux ans afin que j’assiste à ce concert présenté le 18 janvier 2011 à la Sala Rossa. Cet enregistrement public est devenu l’album Lettingo Live / The Music and Influence of Ornette Coleman. Et vaut le détour pour tout jazzophile ayant un penchant pour l’ornettologie.
Fin des années 50, début des années 60, l’art d’Ornette Coleman avait bousculé le jazz moderne. Pas à peu près ! Le saxophoniste, violoniste, leader et compositeur fut alors méprisé, honni et même carrément battu. Miles le détestait, le considérait comme un fêlé de la caboche. Un demi-siècle plus tard, le Festival international de jazz de Montréal décernait le Prix Miles-Davis à Ornette Coleman. Ben pour dire…
Partout dans le monde, les musiciens de jazz et les férus de jazz contemporain reconnaissent la contribution d’Ornette, Gary Schwartz n’y fait pas exception. Chargé de cours à l’Université Concordia, le guitariste, compositeur et arrangeur montréalais a ainsi procédé aux relectures de classiques colemaniens (Lonely Woman, Law Years, Broken Shadows, School Work) auxquelles s’ajoutaient des pièces originales de son cru et de David Ryshpan (Whatd’yasay?, Hivemind, Between The Lines).
Le personnel est le suivant: Gary Schwartz, guitares, Ron DiLauro, trompette, Eric Hove, saxophone alto, Alexandre Côté, saxophones ténor et soprano, Frank Lozano, clarinette basse et saxophone ténor, Josh Zubot, violon, David Ryshpan, claviers, Jonathan Cayer, claviers, Nicolas Caloia, contrebasse, Claude Lavergne, batterie, Isaiah Ceccarelli, batterie. Très bonne prise de son signée Frédéric Salter.
Ayant assisté à ce concert il y a deux ans, je n’en avais pas encore écouté l’enregistrement lancé le 28 janvier dernier… à la même Sala Rossa. L’instrumentation à double quartette (typique d’Ornette Coleman) y était évoquée, les interprètes n’y faisaient pas dans la stricte évocation.
C’est désormais chose faite, je me réjouis de l’écoute de cet enregistrement public. Arrangements magnifiques, belle cohésion pour un tel ensemble qui n’avait pas répété et joué à maintes reprise. Sans hésiter, je recommande Lettingo Live à tous les ornettologues de notre communauté.
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atchoum
5 février 2013
18h29
Coleman est, je crois, le premier artiste jazz que je me suis offert. Avec Jack Dejohnette d’écrit sur la pochette. Blanche, il me semble. Je voulais savoir ce qu’était le jazz . Fait que j’étais revenu avec cette cassette de chez le disquaire. Je l’avais écouté avec un chum. À l’époque, notre entourage considérait qu’on écoutait de la musique de diable. On devait être prêt à tout, donc. Mais ce n’était pas à comparer à ce qui nous attendait sur cet album. Rien ne nous avait préparé à ça. Ben trop foqué. L’expérience a duré une face. L’impression est tenace parce qu’à bien y penser, je pense que je n’en ai plus fait jouer chez moi même si je suis devenu amateur de jazz….
..
@ Bigbands
Vous qui avez connu l’âge d’or du jazz, quelle a été votre réaction quand vous avez entendu cet énergumène pour la première fois?
Est-il déjà venu à Montréal? Si oui, comment a-t-il été reçu?
alainbrunet
5 février 2013
18h48
Eh bien atchoum, commencez par le commencement avec Ornette:
Something Else!!!! (Contemporary, 1958)
Tomorrow Is the Question! (Contemporary, 1959)
The Shape of Jazz to Come (Atlantic, 1959)
Change of the Century (Atlantic, 1959)
This Is Our Music (Atlantic, 1960)
Free Jazz (Atlantic, 1960)
boogie
5 février 2013
21h34
Je conseille surtout à ceux qui aiment que le jazz soit bousculé d’écouter le dernier Mahanthappa. Les relectures de Coleman c’est bien beau mais pendant çe temps un saxophoniste Indien réinvente le discours jazz occidental avec des notions qui ne sont pas enseignées à Berkley, accompagné du guitariste amerloque le plus champ gauche qui soit. Le tout dans un contexte de maîtrise absolue. Wow.
be-bop-a-lula
5 février 2013
22h05
Quand j’aborde la notion d’improvisation avec des élèves, je leur dit toujours que l’improvisation pure n’existe généralement pas en musique, qu’elle s’effectue toujours dans un cadre délimité, et que la théorie devient très utile pour comprendre le cadre en question et les gammes qui s’y rapportent. Et puis je leur fait entendre du Ornette Coleman pour expliquer ce que ça peut donner quand on décide qu’il n’y a plus de cadre… La plupart sont complètement désarçonnés… Mais plus je leur en fait écouter, plus je commence à aimer ça…
http://www.youtube.com/watch?v=YedVpRzF900http://www.youtube.com/watch?v=YedVpRzF900
alainbrunet
6 février 2013
08h28
Oui merci boogie, je m’y penche incessamment.
alainbrunet
6 février 2013
08h32
«Mais plus je leur en fait écouter, plus je commence à aimer ça…»
Et plus vous vous rendez compte qu’il existe un cadre malgré tout, n’est-ce pas, bebop ?
duromax
6 février 2013
10h16
J’étais aussi au concert d’enregistrement de Lettingo et c’est toujours un plaisir de récouter par après afin d’entendre les nuances manquées la première fois. La pochette du disque est fort jolie. Bel effort.
Gamak (ACT Music, 2013) de Rudresh Mahanthappa sera certainement dans le top de fin d’année, j’aime beaucoup, notamment la pièce d’ouverture. Le guitariste est David Fiuczynski, il fait la différence, je le préfère à David Gilmore.
De loin supérieur à Samdhi qui était plus “fusion” agaçant pour moi.
Pour compléter sur Shorter, il faut écouter le nouveau, oui nouveau Miles Davis, oh la la, c’est géant:
Miles Davis Quintet – Live In Europe 1969: The Bootleg Series Vol. 2. 3 cd, plus un DVD, avec Wayne Shorter, Dave Holland, Jack DeJohnette et Chick Corea. Ça tire comme on dit !
Passeport du FIMAV en vente ce vendredi, la programmation demain? et ce sera un dimanche John Zorn, même à l’orgue d’église (un album est dispo aussi de Zorn à l’orgue, The Hermetic Organ, Tzadik, 2012)…
be-bop-a-lula
6 février 2013
10h21
Ça dépend de quelle période, y’a des trucs vraiment éclaté où l’absence de cadre devient un cadre… Je pense à Song X avec Haden et Metheny où tous deviennent fous furieux, à gauche et à droite séparément (ds les écouteurs).
Mais oui, plus on écoute Coleman, plus on discerne la structure, et les dissonances dissonnent de moins en moins…
boogie
6 février 2013
11h03
Ce qui est le plus drôle dans ce que j’ai écrit, c’est que Fiuczynski est prof à Berklee et que Mahanthappa y a obtenu un diplôme au début des années 90. Et ben..
@duromax: amazon m’envoit 3 courriels par semaine à propos de cette série ‘bootleg’. Je vais m’y pencher incessamment, pour reprendre la formule.
alainbrunet
6 février 2013
11h13
Fiuczynski fut le tout premier guitariste de MeShell Ndegeocello. Ces dernières années, il a beaucoup tourné avec la Japonaise Hiromi.
blackened
6 février 2013
11h42
Fiuczynski… Je me souviens l’avoir vu à Victo et au FIJM avec ses Screaming Headless Torsos au milieu des années 90. Tout un guitariste en effet. Curieux d’entendre sa contribution à la musique d’Hiromi, me semble que ça clashe un peu!
La pièce de Gamak que j’ai entendue était vraiment intéressante. Si elle représente bien le reste de l’album, je vais me garrocher. Ce Dan Weiss est tout un batteur.
Je l’aime bien, Coleman. Un des rares survivants de cette époque qui n’a pas ralenti, artistiquement parlant. J’espère qu’on le reverra une autre fois à Montréal. En attendant, j’écouterai ce Lettingo!
q.terreux
6 février 2013
20h51
Mr. Brunet,
Je commente jamais votre billet ou très rarement.
Mais je lis tout.
Et ce que je lis me plaît beaucoup.
Vous êtes un incontournable à La Presse !
Robert Duquette