Alain Brunet

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  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Lundi 4 février 2013 | Mise en ligne à 19h40 | Commenter Commentaires (64)

    Promouvoir le talent local sur la Toile: écoute intégrale et gratuite ?

    Forum chanson logo

    En 2005, indique l’Observatoire (québécois) de la Culture et des Communications, les ventes de musique au Québec totalisaient 12,79 millions d’albums. En 2012, 9 millions d’albums ont été vendus soit 7,15 millions en produits physiques et 1,8 millions en téléchargement. Malgré les ventes de singles en hausse, la croissance des ventes de musique enregistrée au Québec demeurait négative en 2012 par rapport à 2005 mais légèrement positive par rapport à 2008.

    Voilà ce que soulignait lundi la consultante Danielle Desjardins, dans un panel consacré au numérique. Ce panel était présenté lundi au forum La chanson en mutation qui se tient également ce mardi au Centre Phi dans le Vieux-Montréal. Initiative du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), avec la participation du ministère de la Culture et des Communications et de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), cet événement réunit jusqu’à mardi le milieu de la chanson québécoise pour y discuter de ses enjeux les plus criants.

    Qu’en sera-t-il en 2013 ? Peu probable que la tendance ne s’inverse côté ventes légales. Rien n’indique la venue de pistes de solutions économiques, du moins pour les prochaines années. La propriété intellectuelle est mise à mal, le modèle d’affaires de l’utilisateur-payeur est en mauvaise posture, le traitement équitable des créateurs de contenu n’est pas à l’agenda politique des gouvernements des pays les plus avancés. Visiblement, ces derniers ont d’autres chats à fouetter.

    Que faire en attendant que le vent tourne ? Danielle Desjardins, elle, insiste pour que les créateurs équipent leurs contenus de métadonnées, c’est-à-dire des données connexes aux fichiers de musique qui permettent d’en évaluer la circulation… et de peut-être en déterminer un jour la valeur commerciale . Un jour ? Lorsque tous les acteurs de la nouvelle économie seront disposés à partager la cagnotte et à ainsi assurer la bonne santé de l’écosystème numérique. Par ailleurs, suggère la consultante, il faudra aussi tendre à harmoniser les protocoles de ces métadonnées… qui ne fonctionnent pas tous de la même manière et qui rendent plus difficile leur recensement.

    À court terme, au-delà des métadonnées, que fait-on ? En bref, voici mon point de vue exprimé en tant que participant de ce même panel intitulé «La chanson québécoise à l’ère numérique»: maximiser l’offre légale et gratuite en matière d’écoute en continu (streaming) fait partie de la solution.

    Cette offre est-elle à la hauteur ?

    Côté écoute gratuite en continu, on ne peut dire que les créateurs québécois francophones sont au top de l’offre. La mise en ligne des contenus y est rarement en phase avec les pratiques de 2013, c’est-à-dire très souvent l’écoute intégrale et gratuite d’un contenu aussi mis en vente. Prenons Dommage que tu sois pris, le récent maxi d’Avec pas d’casque; on n’offrait ce week-end qu’un seul extrait en écoute en continu sur le site bandcamp de la formation… sauf la diffusion exclusive de ses contenus chez Voir.ca pendant quelques heures à peine. Et voici un contre-exemple: une semaine plus tôt, le label américain Century Media Records m’accordait deux jours d’écoute intégrale pour le nouvel album de Voivod. Et je n’ai jamais demandé l’exclusivité, concept de plus en plus obsolète au domaine des contenus numérisés. J’ajouterais que les contenus ici traités sur ce blogue sont majoritairement offerts en écoute intégrale et gratuite.

    Or, l’accès gratuit et légal à l’écoute intégrale de la musique est encore laborieux sur les plateformes locales. Décalage… Les artistes d’ici ont tendance à accorder un accès très limité de leurs contenus, de peur de perdre des revenus… alors que des milliers d’artistes du monde entier laissent leur nouvelles parutions en écoute intégrale et gratuite (ou quasi gratuite) sur plusieurs plateformes légales – Spotify, Deezer, Grooveshark, etc. Décalage…

    Pourquoi les créateurs de contenu québécois n’en font-ils pas autant ?

    Liens utiles

    Statistiques comparatives suggérées par Danielle Desjardins

    Forum sur la chanson québécoise


    Observatoire de la Culture et des Communications

    Le public n’est pas convié au Forum sur la chanson québécoise mais les allocutions d’ouverture, les rapports d’ateliers et la synthèse du Forum sont mis en ligne en temps réel sur WEBTV.COOP : http://bit.ly/14rflLj. On peut aussi suivre le Forum sur Twitter @LeCALQ #ChansonQc.


    • Merci Alain d’avoir écrit sur la ”Toile” plutôt que sur le web.Par contre au lieu de streaming nous pouvons dire ”diffusion” pas mal plus joli.

    • Travaillant dans le milieu des services traiteurs montréalais depuis de nombreuses années, je peux vous confirmer que la situation de la chanson francophone en général et de la chanson québécoise en particulier est totalement évacuée de nos réceptions.

      Quand je fais une réception arabe, j’entends de la musique arabe. Quand je fais une réception créole, j’entends de la musique créole. Idem pour la réception juive, anglophone ou hispanique.

      Que ce soit pour une levée de fonds de la Fondation du maire de Montréal, pour le lancement d’un bloc de livres d’une importante maison d’édition d’auteurs québécois ou encore pour le dîner des employés de Desjardins : LA MUSIQUE QUÉBÉCOISE Y BRILLE 100 % PAR SON ABSENCE.

      Pour lancer une boutade, je dirais que lorsque j’entends une chanson québécoise dans une cocktail privé, communautaire ou corporatif : je suis en état de choc culturel. Ca n’existe tout simplement plus du tout.

      Nous sommes devenus tellement ouvert à toutes les cultures du monde que nous ne savons même plus que nous en avons encore une qui est pourtant active, créatrice et contemporaine.

      Personnellement, sur la toile, je ne connais que Espace.mu qui fait de l’excellent travail pour la diffusion de chanson québécoise. Qui d’autre ?

    • ”Les artistes d’ici ont tendance à accorder un accès très limité de leurs contenus, de peur de perdre des revenus… alors que des milliers d’artistes du monde entier laissent leur nouvelles parutions en écoute intégrale et gratuite (ou quasi gratuite) sur plusieurs plateformes légales – Spotify, Deezer, Grooveshark, etc. Décalage…

      Pourquoi les créateurs de contenu québécois n’en font-ils pas autant ?”

      Parce que le bassin de clientèle n’est pas du tout le même ?

      J’avoue avoir beaucoup de difficulté à saisir votre stratégie, Alain.
      Sur le web, de manière générale, la vague du ”free everything” est pas mal passée depuis maintenant quelques années. Le terme ”gratuit” n’a lui-même plus l’impact qu’il avait il y a 10 ou 15 ans. De plus, on se rend compte qu’offrir la gratuité, ce n’est pas rentable (!). En tout cas, pas aussi facilement qu’on le pensait.

      Ce qui fonctionne en ce moment ? La formule ”Freemium”, c-a-d que l’on offre un hors-d’oeuvre gratuit pour ensuite viser un 10-20% de clients qui vont accepter de payer pour un ”premium”.

      L’ennui c’est qu’il faut avoir un bassin de clientèle assez large pour que cela fonctionne, en plus d’avoir une formule gagnante (donc attrayante). Le marché Québécois est très limité (franco) et ne peut en aucun cas être comparé avec d’autres marchés; anglophone… ou même Coréens!

    • *copié-collé d’un message récent*

      Ok guys, business 101 ici. Les chiffres mentent rarement, surtout aussi basiques.

      Je doute qu’un album de musique, réalisé de façon professionnel, puisse coûter en bas de 10,000$ à produire (location studio, ingénieur de son, techniciens, etc..). Et à cela je crois qu’un minimum de 2x ce coût devra être investi pour la promotion du dit album. Les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés, mais jouons le jeu.

      Donc, 30,000$ de dépenses. Et l’artiste ne se verse pas encore de salaire. Et personne ne le vampirise non plus, juste d’honnêtes travailleurs l’aidant dans son projet.

      Distribution maintenant. Il semble être assez raisonnable de s’accorder sur le fait qu’un concensus de 1$ de la toune existe de nos jours. Une toune, ça vaut 1$, dans l’optique d’en être ”proprio”, c-a-d d’avoir la possibilité de l’écouter quand et où on veut.

      Un album de 10 tounes = 10$ de revenus brut.

      Disons qu’on passe par iTunes pour distribuer l’album en question. Apple se garde 30%. Donc il reste 0.70$ de la toune achetée, dans les poches de l’artiste. Il doit en vendre environ 43,000 (ou 4,300 albums complets) pour arriver au seuil de rentabilité, c’est à dire être break even.

      Là, il ne se tire pas encore une paie. Comme c’est ça que l’on veut, non? On ajuste l’objectif à 73,000 tounes pour qu’il puisse se verser un salaire de 21,000$, en espérant qu’il puisse tirer d’autres revenus des prestations publiques pour arriver à ce que je considère être un minimum pour vivre sans regretter ‘’sa vie d’artiste”.

      Comprenez vous bien les enjeux ici ? Saisissez-vous bien le problème qui saute au yeux ?

      Le problème en est un de VOLUME.

      On ne peut *pas* augmenter le prix de ce produit/service, parce qu’une pièce de musique -peu importe sa qualité et même sa durée- à une valeur fixée par le marché.

      Donc, le seul moyen d’atteindre le seuil de rentabilité, et peut-être un jour aspirer à verser dans le vert comme il faut, c’est de viser le volume de vente plus élevé. C’est mathématique, c’est inévitable. Le cinéma, le marché du livre aussi, ont le même problème. Dépenses, revenus potentiels, volume de vente.

      C’est peut-être plate, c’est peut-être froid, c’est peut-être emmerdant, mais c’est la réalité.

      ET, couper les coins ronds dans la production et la promotion n’arrangera en rien la cause, au contraire.

      Donc, questions:
      COMMENT décider quels artistes faut-il sauver ?
      Et selon quels critères, si le volume de vente ne fait pas naturellement une sélection ?

    • “Pourquoi les créateurs de contenu québécois n’en font-ils pas autant ?
      Parce que le bassin de clientèle n’est pas du tout le même ?”
      La population norvégienne est d’environ 5 millions d’habitants. Les norvégiens qui chantent en anglais sont bien sûr tous sur spotify mais aussi ceux qui chantent en norvégien, les musiciens de jazz et de musique classique. L’album au complet en écoute gratuite. Presqu’impossible de faire autrement si tu veux te faire entendre. Il n’y a pratiquement plus de magazin de CD.
      La plupart des gens ont Spotify premium afin de ne pas se faire suer avec des annonces à toutes les 2 chansons. Je viens de le prendre pour 3 mois, ça me coûte 54 dollards.
      Quel partie du montant va à l’artiste? Je ne sais pas, j’imagine que, comme par le passé, c’est l’intermédiaire qui empoche à peu près tout. en fait spotify paye au label qui lui, redistribue aux artistes.
      http://www.techdirt.com/articles/20120622/16193319442/myth-dispensing-whole-spotify-barely-pays-artists-story-is-bunk.shtml

    • Loin de moi l’idée de promouvoir la gratuité tous azimuts sur l’internet, le problème doit être plutôt envisagé de manière globale:

      * Pour l’instant, l’achat à l’unité, soit le modèle iTunes, et l’écoute en continu, soit le modèle Spotify, représentent mondialement entre 15% et 30% des ventes officielles de musique. De toute évidence, ces modèles ne sont que des solutions partielles à la consommation légale de musique.

      * Partout dans le monde, les plateformes légales qui connaissent une croissance fulgurante tendent à suggérer des écoutes intégrales et gratuites des albums récemment mis en vente… pour ensuite attirer le consommateur vers une écoute payante… mais si peu payante.

      * La croissance des modèles d’abonnements payants aux plateformes d’écoute en continu rapporte des micro-revenus aux créateurs de contenus musicaux. Mais… on ne peut s’opposer à cette croissance, on peut même l’applaudir tout en restant conscients qu’elle ne représente qu’une partie de la solution. Ces plateformes offrent des services gratuits avec publicité et des modèles premium pour quelques dollars par mois avec moins de pub et un service de meilleure qualité – Spotify en Europe, Deezer, Musicme, Rdio, Last.FM, etc. Or, aucun service québécois francophone (Archambault ou même iTunes Canada) n’offre ce type de diffusion gratuite, qui aurait un effet attractif sur les consommateurs qui finiraient par débourser pour les enregistrements de leurs artistes préférés ou de leurs découvertes. Résister à la tendance revient malheureusement à restreindre la visibilité de notre diversité musicale émergente.

      * Les revenus de l’écoute en continu (publicité et abonnements payants) seront-ils un jour suffisants pour rétribuer équitablement les créateurs, c’est-à-dire faire en sorte que l’investissement sur l’enregistrement et la rémunération sur la diffusion (internet) permette de cumuler des revenus décents ? Rien n’est moins sûr. Il faut donc faire face à la musique: d’autres mesures devront être adoptées pour assurer la santé minimale des créateurs lorsque leur impact sera tangible – confirmé par les métadonnées des fichiers numérisés.

      * Tôt ou tard (beaucoup plus tard que tôt, force est d’observer), des choix politiques et juridiques devront être faits par les gouvernements afin que le partage des revenus soit équitable dans la circulation des contenus de création. Le seul marché ne peut visiblement pas assurer ce partage, les sociétés les plus avancées doivent en déterminer les règles par l’intermédiaire de leurs gouvernements. Ce qui n’empêche aucunement le commerce, ce qui ne mène aucunement à quelque «soviétisation» de l’internet.

    • ”* Pour l’instant, l’achat à l’unité, soit le modèle iTunes, et l’écoute en continu, soit le modèle Spotify, représentent mondialement entre 15% et 30% des ventes officielles de musique. De toute évidence, ce modèle n’est qu’une solution partielle à la consommation légale de musique.” -AB

      La portion de ventes physiques étant le 70-85% restant ?
      Ça fond comme neige au soleil. N’oublions pas que nombre de gens n’achètent pas en ligne ou n’utilisent pas de service comme spotify simplement parce qu’ils n’ont aucune espèce d’idée de comment ça marche, ces bébittes là… Mais d’ici 5, 10 ou 20ans ? Même matante et grand-môman cessera d’avoir le réflexe d’acheter un CD en faisant son épicerie au Wal Mart. Il y a en ce moment même des voitures neuves qui sont livrées sans lecteur CD, qui a été remplacé par une prise de lecteur numérique et/ou fente de carte mémoire. Need i say more?

    • 7 millions de ventes pour TOUT LE MONDE ?! Holy shit, ça peut bien aller mal ! C’est le chiffre d’affaires du premier Sport Experts de centre d’achats venu !! Beau Dommage générait ça en dollars constants par album !!

      Il y avait une plateforme québécoise de streaming, je me souviens même plus du nom. Ça venait avec le pressage d’un CD chez RSB (qui presse tout le monde ou à peu près).

      @jon

      Votre démonstration est intéressante, mais la prémisse est hélas fausse. Les revenus de ventes sont justement si dérisoires qu’ils ne comptent même pas dans la planfication du break even.

      Le revenu no1 de l’artiste est la propriété intellectuelle. Depuis longtemps. Même pour ceux qui vendent de la galette au camion.

      Mon expérience real life de la décennie 2000 (zéro subvention) ressemble pas mal à vos chiffres (quoique moins élevés pour cause d’auto-prod de A à Z, donc pas de ‘temps de studio’). Après avoir investi un 10,000$ d’équipement de studio (un capital que je peux du reste revendre, alors disons 5,000 d’immobilisation réelle) j’ai mis dans les 3,000 par album, incluant le pressage de 1,000 copies. Au total, j’ai pas mis 20K.

      J’en ai vendu environ 300 chaque, au bas mot, 1,000. Au début je trouvais ça vraiment décrissant, mais quand j’ai vu les chiffres de certains artistes subventionnés (genre qui en vendent à peu près autant) j’ai vu que je m’étais pas lancé dans la bonne business… Autre débat.

      Les distributeurs sont champions pour ne même pas savoir combien ils vous doivent tellement il reste rien. J’ai eu un chèque de 700 piasses une fois, puis quelques autres, puis plus rien. La vente en ligne? Bof. J’en vends plus par la poste encore aujourd’hui. J’ai pas récupéré plus de 15, 20% de mon investissement en ventes pures et dures.

      Or, le projet a été pas mal break even. Raison ? Entre 2003 et 2009, le airplay à Rad-Can a généré ses quatres chiffres annuellement, dont une année pas pire du tout. Une toune a été achetée pour la télé. Pour la radio numérique (qui a tout scrappé ça) j’attends encore un chèque de SoundExchange, qui devrait être aussi dans les quatre chiffres en principe. Et ça tourne encore à Galaxie pas mal à tous les soirs.

      Y’a eu quelques shows, quelques contrats. Des spin-offs d’autres contrats, qui ont aussi apporté quelques mille.

      Et il rentre encore du cash. Symbolique, mais ça paye une facture de cell.

      Ce qui a tué la (proto) rentabilité, du point de vue ground zero de l’artisan autonome, c’est la fin de la diffusion hertzienne par radio-canada d’artistes locaux. On a toujours nos droits à la SOCAN, mais la SOCAN ne récolte plus rien !

    • ”Partout dans le monde, les plateformes légales qui connaissent une croissance fulgurante tendent à suggérer des écoutes intégrales et gratuites des albums récemment mis en vente… pour ensuite attirer le consommateur vers une écoute payante… mais si peu payante.”

      L’exemple que je donnais plus haut avec ”la toune à 1 piasse” est en fait un brin optimiste, voire illusoire.

      En réalité, la valeur d’une toune est à la baisse. Et, généralement parlant, quand on accepte de payer ”cher” pour une toune c’est souvent un single hit, pas l’album complet. Ce qui met de facto encore plus de pression sur le volume.

      Mais volume de vente ou volume d’écoute ?

      Disons qu’un auditeur s’abonne à un service de radio à la carte. Il accepte de payer 5$ par mois (ce sera assurément moins que le prix de services films/série télé tel Netflix) et il écoute en moyenne 100 heures de musique par mois… Les revenus seront logiquement partagés ”par heure d’écoute” et/ou ”par revenus de pub générés”.
      Mais on parle de quoi ici au juste ? De FRACTION de cenne. Encore une fois, il faudra du volume pour compenser un prix de vente faible.

      La chanson Québécoise part donc handicapée: le marché francophone est un frein au volume à peut près impossible à contourner. Même à l’intérieur du marché francophone, il y a des barrières (marché Français).

      Bref, retour à la case départ: celle de la mamelle gouvernementale.

    • ”Au début je trouvais ça vraiment décrissant, mais quand j’ai vu les chiffres de certains artistes subventionnés (genre qui en vendent à peu près autant) j’ai vu que je m’étais pas lancé dans la bonne business… Autre débat.” -Boulga

      Ha!
      ”autre débat” oui et non… ;-)
      Selon moi c’est plutôt le coeur du débat, très lié à celui du cinéma Québécois, because même pattern.

      Une BUSINESS, par définition, se doit d’aspirer à la profitabilité. Au moins éventuellement. Sans quoi ce n’est pas une business, mais un hobby ou…. un service public!

    • Je suis bien d’accord avec le dernier commentaire – il y a des mots en français pour exprimer notre relation intime avec l’informatique – il n’y a rien qui m’agace plus que lorsqu’on me demande de mettre du shadow en photoshop, alors que l’ombre porté est tellement plus romantique. Je n’envoie pas des mails à mes amis, mais des courriels.

    • @jon

      Tout à fait d’accord.

      Or, cette profitabilité doit impérativement passer par un nouveau moyen de rétribution de la propriété intellectuelle de l’artiste. Le fait est que si la radio numérique n’avait pas tué la diffusion hertzienne, WOM aurait fait des profits plutôt que du break even, malgré des ventes symboliques. Donc, c’est resté un hobby, mais qui au moins, n’a rien coûté (contrairement au RC modeling, mettons).

      C’est une illusion d’optique de penser que la profitabilité viendra par les ventes en ligne. Car même les ventes physiques, en 60, 70 ou 80, n’égalaient pas l’apport de la PI dans le balance sheet à long terme d’un créateur de musique -ce qui peut même inclure la vente finale du catalogue pour des centaines de millions, voire du 9 chiffres. Imaginez, si U2 vend son catalogue !! Les ventes de ‘Boy’ et même de Actung Baby ce sera du pocket change à côté de ça.

      En l’état, la PI est morte en musique. C’est ça qui tue, pas les ventes à la baisse.

    • La SOCAN ne payait pas des ‘fractions de cenne’ par airplay ad mari usque ad mare, et c’est bien là le coeur du problème. Et ça valait ça, de la vraie cote d’écoute.

      Donc non, pas nécesssairement besoin de retourner à la ‘mamelle gouvernementale’.

    • « Or, cette profitabilité doit impérativement passer par un nouveau moyen de rétribution de la propriété intellectuelle de l’artiste. »
      .
      Oui, mais les artissses ils font de la kulture. Ils ne créent pas de profit. Pire encore, leur rendement ne peut même pas financer de partis politiques. À quoi ça nous servirait, nous, de modifier les règles pour vous faire vivre décemment si vous n’êtes même pas capable de nous retourner l’ascenseur?

    • @_boulga
      Très grosse part du problème, effectivement. Les diffuseurs traditionnels (surtout la radio et la télé commerciales) paient encore des redevances aux artistes, mais leur diffusion est de plus en plus concentrée sur les blockbusters, vu la peur du « tuneout » c’est-à-dire la défection d’auditoires de masse de plus en plus ciblés avec des goûts de moins en moins diversifiés – effets pervers des panels de consommateurs (focus groups) et des annonceurs de plus en plus précis dans leurs demandes. La vraie diversité s’exprime aujourd’hui sur l’internet qui finira tôt ou tard par devenir le médium dominant. Or les redevances accordées aux créateurs/interprètes pour la diffusion/partage de leurs contenus sur la Toile n’existent pas à toutes fins utiles. Les plus puissants acteurs de l’économie numérique sont exonérés de cette responsabilité économique et… plusieurs idéologues et politiciens conservateurs confondent la notion de redevance avec celle de taxe. Les redevances perçues pour la diffusion et le partage des contenus sur l’internet, ce n’est pas demain la veille…

    • La confusion entre redevance et taxe est effectivement de mauvaise foi; or, la plate réalité est qu’une redevance, exactement comme une taxe dédiée le ferait, hausse les coûts de fonctionnement qui sont refilés au consommateur (abonné). Et ce sont les consommateurs, même pas particulièrement ‘conservateurs’ qui vont monter aux barricades si leur bill de vidéotron monte de 3 piasses.

      “mais leur diffusion est de plus en plus concentrée sur les blockbusters, vu la peur du « tuneout »”

      Oui, mais c’est surtout le fait que la radio numérique a offert une porte de sortie. Rad-Can peut toujours réaliser son mandat de diffusion de scène musicale plus pointue, puisque le réseau satellite le permet désormais. Or, il paye 100 fois moins que le réseau hertzien pour le créateur. Reste les choses convenues à la radio hertzienne, et oui, les Éric Lapointe de ce monde récoltent encore de la SOCAN comme avant.

      “Les redevances perçues pour la diffusion et le partage des contenus sur l’internet, ce n’est pas demain la veille…”

      Je partage cette conclusion cynique. En fait, on pourrait presque arguer l’impossibilité quasi physique de la perception et la distribution de telles redevances. La propriété intellectuelle aura été une parenthèse de l’histoire. Même en brevets, etc., c’est rendu borderline pas mal… Or, il n’y avait pas de PI en arts et culture jusqu’au XIXe siècle, sinon au XXe. Pourtant, il s’est créé des affaires pas pire entre Lascaux et Guernica…

    • « Et ce sont les consommateurs, même pas particulièrement ‘conservateurs’ qui vont monter aux barricades si leur bill de vidéotron monte de 3 piasses.»

      Vraiment ? En ce qui me concerne, rien n’est moins sûr. La facture reléguée aux consommateurs est un épouvantail qui trouve preneurs en cette période de confusion, on peut comprendre… Or, si tout est en voie de s’écrouler pour de vrai, le «3 piasses de plus» finira par être admis par les consommateurs, comme il l’a été en d’autres périodes de l’histoire moderne où le partage équitable des revenus n’était pas ainsi diabolisé… Bien sûr, avant que cela ne se reproduise, cela prendra du temps et d’autres politiciens…

    • “Vraiment ? En ce qui me concerne, rien n’est moins sûr. ”

      C’est bien le degré zéro de la question, ce fameux 3 piasses. Mais même en prenant le précédent de taxes/redevances similaires qui n’ont pas créé de tollé particulier (sur les cassettes, puis les CD vierges, voire les photocopies) d’autres immenses problèmes se posent.

      Si un pièce d’un artiste malien est téléchargée sur vidéotron à Jonquière, si ma propre musique est téléchargée via un wifi public à Kobe, comment diable la cenne et quart va-t-elle voyager jusqu’à mon compte en banque ?! Qu’on fasse un répertoire mondial de titres à la ‘SoundHound’, soit; mais vraiment, on s’imaginera que tous les fournisseurs de contenus prélèveront et y déposeront une quote-part ? Une SOCAN, un BMI, une SACEM mondiale, avec un ‘tax-base’ mondial ? C’est un pur fantasme.

      “le partage équitable des revenus n’était pas ainsi diabolisé…”

      Sans commentaire…

    • Pur fantasme ? On s’en reparle dans, cinq, dix, quinze ou vingt ans. Pas d’économie des contenus, pas de contenus rémunérés en toute décence, pas de civilisation des contenus.

    • « Et ce sont les consommateurs, même pas particulièrement ‘conservateurs’ qui vont monter aux barricades si leur bill de vidéotron monte de 3 piasses.»

      S’il fallait qu’on monte aux barricades chaque fois que Vidéo-étron nous envoie un avis d’augmentation pour « maintenir la qualité du service », ce serait presque une occupation à temps plein.

    • Exactement hardy.

    • Voyons donc Alain, il n’y avait pas ‘d’économie des contenus’ jusqu’à pas même 150 ans. Et on parle même pas de la Grèce antique ! À moins que vous ne pensiez au mécénat, mais ce n’est pas une ‘économie de contenu’ mais de production. L’économie de contenu, c’est la PI, et c’est récent historiquement comme concent.

      Il n’y a aucune corrélation avec la civilisation. Vous avez sûrement voulu dire autre chose.

    • Les gens de Droite pur zé dur vont me tomber sur la tomate, mais je suis d’avis que nous devrions, en tant que société, assumer le fait que l’Art est un service public. Point.

    • Oui, c’est tout à fait juste: l’économie des contenus n’existait pas jusqu’à il y a 150 ans. Présumer qu’il ne s’agit que d’une «parenthèse de l’histoire», cependant, revient à prédire une réduction considérable de la recherche et la création des contenus en science, information et création artistique si on ne rémunère pas décemment leurs concepteurs. Pour le dernier volet (artistique), on retournerait aux ménestrels et aux musiciens de cour ? Je caricature, bien sûr, et je dis à mon tour «voyons donc»… Des secteurs aussi importants de l’économie actuelle ne pourront fonctionner éternellement avec une proéminence sauvage des blockbusters. D’autres mesures plus civilisées finiront par être admises. Quand exactement? Alors là, je ne suis pas devin.

    • ”Car même les ventes physiques, en 60, 70 ou 80, n’égalaient pas l’apport de la PI dans le balance sheet à long terme d’un créateur de musique -ce qui peut même inclure la vente finale du catalogue pour des centaines de millions, voire du 9 chiffres.”

      On fait juste changer quatre trente sous pour une piasse. La valeur de la propriété intellectuelle est directement liée à ses revenus potentiels. C’est les revenus potentiels qu’il faut déterminer et, surtout, essayer de prévoir dans le temps. Ce qui est beaucoup moins facile que l’on pense.
      Juste le marché de la pub (source de revenu potentielle) est en profonde mutation et la tendance va beaucoup vers le payé-au-résultat, ce qui assurément ne sera pas à l’avantage des artistes, sauf preuve du contraire.

    • On appellera ça comme on voudra, la propriété intellectuelle devient actuellement un droit à rémunération pour tout un pan de l’économie des contenus. Le nier et ne favoriser que des productions archi-commerciales sans substance ne peut durer éternellement dans une société dite avancée. La corrélation avec la civilisation ne concerne que celles d’aujourd’hui et de demain.

    • ”Des secteurs aussi importants de l’économie actuelle ne pourront fonctionner éternellement avec une proéminence sauvage des blockbusters”

      Ah non ?
      Comment contrecarrer le problème #1 de la situation, alors ? Celui qui veut qu’un marché de niche commande un prix plus élevé pour ses produits et service, alors qu’au niveau musique ou cinéma c’est plutôt l’inverse qui se produit ?

      Combien de fois j’ai vu des blu-ray de Disney/Pixar ou des Blockbusters archi-millionaires se vendre à un prix exorbitant alors que le film d’auteur peine à se faire sortir d’un bin de 3 pour 10 piasses ?

      Une montre IWC ne devrait pas se vendre le même prix qu’une Casio. Or, il s’avère que personne n’accepte de payer le premium sur une IWC au niveau musique…
      Pis y a aucun potentiel de volume… Donc, quoi ? La pub ? les droits de synch ? Ça va suivre au prorata les ventes!

      J’vous le dis: t’a pas de potentiel de profitabilité, t’a pas de marché, t’a pas de business.

      LA vraie business est celle qui gravite autour. Celle des studios, celle des producteurs, celle de l’infographiste qui va faire le design de ta pochette… Et que l’on ose pas crier aux méchants profiteurs, ils n’ont pas à avoir honte de pouvoir vivre de leur métier.

      L’Art a une fesse sur l’espoir mercantile et l’autre sur sa mission purement artistique. C’est à mon avis une situation malsaine qui ne peut que mal se terminer pour bien des gens.

    • ”Le nier et ne favoriser que des productions archi-commerciales sans substance ne peut durer éternellement dans une société dite avancée.”

      Ça dépend! Si la société dite avancée carbure aux productions ”archi-commerciales sans substances” (selon qui, d’ailleurs??)

      Don’t fight the wave, disait l’autre.

    • Les blockbusters ne sont certes pas en voie de disparaître… Toutefois un écosystème de contenus culturels variés et s’adressant à différentes couches de la population est à souhaiter dans une société qui se dit avancée, à défaut de quoi on peut conclure à une régression. Jusqu’à quand cette régression ? Fouillez-moi.

    • Soyons honnête… La mélomanie est probablement au même niveau de rareté que la philatélie ou l’oenologie dans la population, c-a-d que probablement moins de 0.1% des gens consacrent sérieusement du temps à la chose.

      Pour l’écrasante majorité de la population mondiale, la musique est un divertissement, voire même une décoration sonore. Rien de plus.

    • Oui, soyons honnêtes. Dans les époques antérieures, la proportion de mélomanes (un peu moins de 10% des consommateurs de musique à l’heure où l’on se parle) était inférieure, nettement inférieure. Idem pour les lecteurs, intellectuels, citoyens éduqués: ces minorités augmentent lentement et sûrement.

    • je ne dis pas le contraire, Alain.
      Même que les blockbusters sont dépendant à la base de l’influence du matériel dit ”underground”.

    • On va peut-être retourner au temps des cabarets. La production sera live avec un concept plus contemporain. La Casa poco loco présentera Untel les jeudis et vendredis. L’accès sera payant autant à la réception que pour sa captation live sur internet.

      Si le vrai monde qui aime les vraies affaires est prêt à payer pour de la porno et des infos aussi inédites qu’essentielles sur les participants à Occupation double, peut-être que la vraie affaire ça sera de faire payer le show qui se passe pour de vrai.

      D’ailleurs, imaginez norvège qui invite les blogueurs à aller sur le site de Gorgulund pour voir le show du groupe Les Barres dans les O avec échange de commentaires en direct, c’est peut-être pas si loin.

    • Bonjour,plutôt néophyte dans ce domaine,j’avoue tout de même avoir sursauté à la lecture de ces données concernant les revenus au chapitre des ventes.Or après quelques petites recherches web,la chose n’est pas si claire que ça,me semble.Le chiffre de 9 millions de $ pour l’années 2012,en tant que profit,serait à mettre en relation avec le même chiffre de 9 millions correspondant au total des disques vendus au Québec?C’est bien ça,9 millions d’albums vendus pour 2012?Alors en clair,comment est-on arrivé à 9 millions de revenus(ou profit),pour 9 millions de disques vendus?On se base sur la fameuse statistique de la piastre qui revient à l’artiste sur la vente d’un album,tout simplement?Donc le 9 millions,correspond au profit des artistes réalisé sur la vente d’album,ou encore peut-être à celui des producteurs?
      l
      NDLR: Je viens de contacter Danielle Desjardins à ce titre, il s’agit effectivement du nombre d’albums et non de dollars. Lorsque je lui ai posé la question on s’est mal compris… Me semblait aussi que les résultats étaient très modestes ! Désolé pour la confusion… Cela décrit néanmoins une croissance négative.

      Voyez le tableau suivant: http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/culture_comnc/enreg_sonore/2009/tableau_global_2008_2012.htm

    • Cette question devient explosivement complexe dès qu’on sort du domaine des arts.

      D’aucuns argumentent qu’en science et techno, la PI est, au contraire, un frein à l’essor intellectuel et technologique de l’humanité. Je me souviens même avoir lu (sous la plume d’Alexandre Adler de mémoire) que la Renaissance serait restée en Italie sous le régime strict de PI que nous connaissons aujourd’hui… Et on oppose Linux à Windows, par exemple.

      Je n’ai pas vraiment d’opinion là-dessus…

      Mais en musique, on ne peut réduire le Moyen-Âge aux ménestrels et chanteurs de cour. On trouvait aussi des Allegri et des Palestrinat. Comme aujourd’hui des Éric Lapointe et des Phillip Glass.

      La fin de la PI ce sera quoi, une régression, ou au contraire, une explosion à la ‘open source’ ? Force est d’admettre que depuis 10 ans facile qu’on pirate des fichiers à gogo, il y a jamais eu autant de créateurs et de musiciens, si on se fie à la position d’Alain dans un papier précédent…

    • Oui boulga, les civilisations antérieures ont eu leurs périodes de lumière, de foisonnement intellectuel et artistique, de haute et de basse culture. La proportion de créateurs de contenus est néanmoins plus importante aujourd’hui.

    • Bonjour Alain ! Si elle est acceptée et généralisée, la proposition d’équiper « les contenus de métadonnées, c’est-à-dire des données connexes aux fichiers de musique qui permettent d’en évaluer la circulation… et de peut-être en déterminer un jour la valeur commerciale » aura t’elle pour effet de moduler les critères d’admissibilité aux subventions de telle sorte que le nombre de clicks sur la page deviendrait le critère ultime de valeur et de reconnaissance ?

    • Qu’il n’y ait jamais eu autant de musiciens/créateurs de contenus, je veux bien, mais j’aimerais bien connaître la proportion de ceux qui en tirent subsistance.

    • “La proportion de créateurs de contenus est néanmoins plus importante aujourd’hui.”

      Ce qui constitue un paradoxe lorsque jumelé au constat de la baisse de revenus liés à ceux-ci. À moins, en définitive, de penser le monde en Linux et non en Windows !

    • Plusieurs groupes donnent leur musique maintenant en super MP3 sur Band Camp… surtout dans le domaine Hip-Hop. On doit miser sur les shows. Ils misent sur les shows ce qui est pas fou du tout et non comptabilisé.

      Du coup est-ce que cela influence réellement la vente ? J’en sais trop rien.
      Je trouve qu’il y a beaucoup de bons produits québécois mais qui ne sont même distribués physiquement ou de manière digitale.

      Étrangement faire affaire avec TuneCore (ou autre) n’est pas très dispendieux et on s’assure une distribution digitale au moins.

      Environ 15-20 fois cette année j’ai downloadé au lieu d’acheter parce qu’il n’était pas en vente.

      Encore une fois je doute que ce soit la source de cette baisse mais bon.

    • @laurinjacques

      Bien sûr que non. Si tel était le cas, tous les produits auraient la même valeur. L’économie de marché ne peut admettre une telle uniformisation. Un fichier de Beyoncé, par exemple, vaudrait beaucoup plus que celui d’un artiste émergent après négociation avec les différents acteurs concerné, comme c’est le cas des redevances pour un album dans le monde physique. Par ailleurs, le soutien aux arts non commerciaux (musique classique, jazz contemporain, etc.) continuerait à dépendre en partie des fonds publics et, donc, sa bonne santé ne pourrait dépendre uniquement des résultats quantitatifs relatifs à la circulation des contenus sur l’internet.

    • @hardy

      C’est patent. Des bar-bands assez minables menaient des trains de vie de millionnaires dans les seventies (genre Grand Funk Railroad). Ces gars-là aujourd’hui auraient tous des day-job entre deux tournées poutine.

    • @frankola

      TuneCore a déjà été ‘pas cher’. Ce n’est plus vraiment le cas. Il faut un bon seuil de ventes d’un album récent pour y maitenir un catalogue intégral minimal (mettons 4-5 CD sur 10 ans).

    • _boulga

      Vous êtes économiste et musicien. Vous savez l’importance de l’industrie des contenus , de ceux qui les créent, de ceux qui les consomment, et donc l’importance croissante de l’économie des contenus dans l’économie globale. Vous savez aussi qu’avant l’arrivée d’un capitalisme sorti de sa période sauvage, les gens éduqués et cultivés étaient tous issus des classes supérieures des sociétés (noblesse, capitalistes émergents) et, forcément très peu nombreux. Aujourd’hui, peut-on se permettre de laisser en plan le cinquième (à vue de nez, peut-être moins…) d’une population éduquée qui consomme des contenus musicaux plus spécialisés sans être archi-pointus?

    • La ‘blockbusteurisation’ à laquelle ces dernières lignes font référence me semble plus apparente en cinéma qu’en musique.

      Avec 5,000$ aujourd’hui, des indépendants allumés pondront toujours des albums allumés qui se rendront auprès de cette classe moyenne allumée qui en demande. Et d’autant plus facilement que l’Internet offre une facilité déconcertante de distribution. Alors non, je ne crois pas que personne ne sera ‘laissé en plan’ et condmané à écouter du Nickelback, même si au final, ces créateurs allumés récupéreront à peine le 5,000 piasses qu’ils ont mis.

      C’est du reste une sorte de retour. En m’intéressant de près à la discographie des années ‘20 et 30 au Québec, je me suis rendu compte que bien de ces gars-là avaient des day-job, un peu comme les joueurs de hockey en Suède qui sont plombiers de jour.

      De plus, l’offre artistique a ceci de particulier qu’elle n’obéit pas forcément à des attentes purement mercantiles. Parfois, c’est presque quelque chose que l’artiste crache malgré lui (Bon Iver, par exemple). Personne ne s’amuse à faire du savon ‘pour le fun’, ce qui n’est pas forcément le cas pour un disque.

    • Effectivement, il se pourrait fort bien que l’on traverse une période assez longue où les créateurs devront exercer leur art… à temps partiel ou encore dans la pauvreté. Toutefois, il en est de même pour le cinéma d’auteur, foisonnant et … carrément exclu des salles. Retour aux années 20 et 30 ? Oui, l’Histoire fait parfois marche arrière… pour se remettre ensuite à marcher par devant.

    • ”Grand Funk, un bar band assez minable”.

      -Un fan de Men at Work

    • Vous savez effet, l’album rouge de Grand Funk fut mon tout premier. J’avais 12 ans, je me souviens encore l’avoir déballé et l’avoir fait jouer sur la platine familiale.

    • @effet

      Décidement… ‘Fan de Men at Work’… comme si je prononçais ce nom du même souffle que Led Zep, les Beatles, U2, Radiohead, ou Sufjan…

      Men at Work c’est comme Kary Perry, c’est de la pop bien foutue, sans plus. Et qui a eu le mérite de focusser sur un album et demi, et de capturer un certain zeitgeist (le son chorus flange d’une strat dans un jazz 120, avec TS-9 à 10 heures).

      Regarde un peu la discographie de GFR. 15 (!!) albums entre ‘69 et 76. Les kings absolus du side-B filler. L’économie de la musique ne peut plus soutenir ça aujourd’hui, impossible.

    • « Retour aux années 20 et 30 ? Oui, l’Histoire fait parfois marche arrière… pour se remettre ensuite à marcher par devant. »
      .
      « L’histoire ne se répète pas, elle bégaie. »
      (Mark Twain)

    • Alain, je posais la question parce qu’au cours des dernières décennies, il y a plusieurs nouveaux critères d’octroi de subventions qui ont été introduits. Par exemple ceux obligeant la justification intellectuelle de la « démarche créatrice », au détriment de ceux liés à la maîtrise du médium lui-même, mais également et plus insidieusement ceux relatifs à la « qualité » du plan d’affaire et surtout du fameux plan de marketing.

      Je peux en parler en connaissance de cause, puisque j’ai été membre d’un certain grand jury des industries culturelles, il y a quelques années. Les membres qui le composaient, portaient une attention maladive au « plan d’affaire » et au « plan de marketing », mais étrangement, la plupart de ceux-ci n’avaient jamais étudié la gestion ou le marketing, pas plus que la musique d’ailleurs. De plus, l’écoute de seulement quelques secondes de chacune des pièces semblait leur suffire pour en jauger la valeur, ce qui constitue en soi tout un exploit, particulièrement en ce qui concerne le jazz, la musique classique et contemporaine.

    • Je connais très bien Grand Funk. Live Album : superbe.

      Un des groupes les plus loud de l’époque et surtout un band d’arénas, pas de bars.

      Bon souvenir Alain!

    • @laurinjacques

      Ouaipe, pas terrible !

    • Coudonc ce forum musical est-il rendu un forum sur la foutue économie et la finance.Shit…!

    • Éberlué, j’ai fortement protesté, mais n’ai obtenu comme unique réponse que de ne plus être réinvité. J’ai tout de même eu droit, à la fin de cette journée de délibérations (comprendre « rubber stamping »), à la même enveloppe que les autres, contenant un beau « 200 piastres » cash !

    • C’est pas mal plus simple de causer de Beyoncé…

    • Elle stimule l’autre cerveau!

    • « C’est patent. Des bar-bands assez minables menaient des trains de vie de millionnaires dans les seventies (genre Grand Funk Railroad). Ces gars-là aujourd’hui auraient tous des day-job entre deux tournées poutine. »

      GFR était quand même un groupe immensément populaire dans les années 70. Ils jouaient dans des stades, ils ont 12 disques d’or et 10 disques de platine. Des millions d’albums vendus. Je ne vois vraiment pas pourquoi ils auraient eu besoin de « day-job entre deux tournées poutine »…

    • Petite réflexion, après analyse des arguments : Si les dizaines de millions de dollars versés chaque année aux industries culturelles en musique, qui s’occupent à 90% d’artistes de la chanson, ne servent plus la cause de la chanson québécoise, pourquoi ne pas les rapatrier et les donner directement aux artistes de la chanson eux-mêmes ? Après tout, grâce au web et à leurs studios maison, ils revendiquent leur capacité d’autoproduction, d’autopromotion et de direction de carrière comme bon leur semble. On pourrait alors conserver le CALQ strictement pour subventionner les musiques essentielles mais non-commerciales comme la musique classique, contemporaine et le jazz !

    • Dans les années 80 et 90, les producteurs indépendants québécois ont été extrêmement dynamiques et leur association, l’ADISQ, permit l’érection d’une véritable industrie au service d’une culture authentique et locale. Cette époque est derrière nous. Petit marché oblige, les choses se sont relativement stabilisées et, parfois, sclérosées. Sans le vouloir (enfin..) des acteurs de cette petite industrie ont protégé leurs acquis, souvent au détriment de l’une créativité renouvelée et… des artistes qui portaient cette créativité. Aujourd’hui, l’enregistrement ne voit toujours pas la lumière au bout du tunnel et l’environnement numérique élimine sauvagement plusieurs intermédiaires. Le gouvernement québécois devra observer de près ces mutations et rediriger les fonds publics vers les nouveaux acteurs capables de relancer la chanson québécoise d’expression française.

    • Si je peux ajouter une petite question comme ça : « Les ACI peuvent-ils vivre de leur métier sans produire de «hits»»? Ou encore « L’industrie peut-elle exister sans hits, c’est-à-dire un grand succès populaire, le plus souvent radio?»

      Peut-être à tort, je constate une certaine difficulté chez les artistes de la relève – et même chez les vieux de la vieille – à composer des «tubes». Et il me semble que ce phénomème s’observe également en France et aux États-Unis.

      Sans un succès radio qui rejoint des millions d’oreilles, la plupart des artistes se cantonnent à un «marché» d’initiés, fractionné selon les crénaux (folk, rock, hip hop, chanson, etc.). Ce marché d’initiés au Québec n’est pas assez important pour faire vivre une majorité d’artistes sans le complément des subventions publiques, autant pour la production de chansons (création et studio) que pour la scène, surtout hors-Montréal. C’est pourquoi, les gens du milieu (maisons de disque, agent d’artistes, diffuseurs de spectacles, bookeurs, relationistes, etc.) font des pieds et des mains pour créer un «buzz» , souvent éphémère autour de leur poulin. Mais selon moi, le buzz ne remplace pas le hit radio. Pensons à Richard Séguin, Michel Rivard, Daniel Boucher, Daniel Bélanger, Jean Leloup ou Luc de Larochelière qui jouissent toujours d’un aura grâce à leur succès radio passé(même si leur carrière ne se résume pas à cela, loin s’en faut)

      Je suis d’avis que toutes les stratégies web de ce monde, sans le support d’un hit radio – et maintenant un clip viral sur Youtube – ne permettront pas aux artistes québécois de vivre de leur art par la seule vente d’album. Tout au plus, cela leur permet de se faire connaître juste assez pour attirer quelques ouailles à leur spectacle. (À cet effet, notons que les Cowboy Fringants, à l’instar de Radiohead avait mis en vente un de leurs albums en ligne en laissant le soin au public de fixer le prix. Disons qu’ils avaient été déçus par les mises offertes selon ce qu’ils ont relaté en entrevue)

      Je suis assez pessimiste… Un certain nombre d’artistes, aidé ça et là par les fonds publiques, pourront vivoter et parfois même bien vivre quand le succès en salle sera au rendez-vous.(C’est d’ailleurs pourquoi, l’un des nerfs de la guerre est le soutien publique des diffuseurs de spectacle hors-Montréal)

      Les autres, devront, comme le prévoit Boulga compléter leur revenu par un emploi alimentaire quasi-permanent. Ils feront de la musique les week-end, ça et là dans quelques salles où subsiteront des irréductibles, toujours friands de chansons et de musiques nouvelles.

      Dans ce contexte, la question des redevances et des droits d’auteur prend toute son importance. C’est à peu près le seul espoir des artistes québécois. (En plus de l’aide directe de l’État mais celle-ci ne touchera toujours qu’une fraction des artistes)

    • bonjour à tous et à alain !

      je trouve cet article et vos commentaires très intéressants, on sent que le monde est touché par ce sujet brulant. Je ne sais pas si mon commentaire sera lu car le billet date de quelques jours mais bon… c’est plus fort que moi, je dois mettre mon petit grain de sel dans cette soupe à la grimace qu’est un forum sur la chanson en 2013 !!!

      Afin d’alimenter le débat avec des chiffres correspondants à la réalité voici ce que rapporte à la maison de production propriétaire des phonogrammes incluant la part de l’artiste, selon mon décompte de royalties numérique, 96 822 chansons écoutées en “streaming” pour une période de un an. (2012)

      Je vous donne les chiffres des 10 plateformes et des 10 territoires qui s’affichent en premier sur le document. Mon répertoire est distribué par une bonne maison européenne et ce dans le monde pour tous mes albums sauf… “Rideaux ouverts” en licence chez Musicor pour le Canada.

      (en euros)

      Countries
      1 France 87,4 % 1 152,26 €
      2 Canada 6,0 % 79,03 €
      3 Belgium 1,9 % 24,97 €
      4 United States 1,8 % 23,98 €
      5 U. K. 0,7 % 8,75 €
      6 Sweden 0,3 % 4,01 €
      7 Spain 0,3 % 3,42 €
      8 Norway 0,2 % 2,88 €
      9 Australia 0,2 % 2,72 €
      10 Unknow 0,2 % 2,68 €

      Retails
      1 Deezer 33,9 % 447,22 €
      2 Dee. Orange 31,5 % 415,09 €
      3 Youtube 27,9 % 367,26 €
      4 Spotify 3,3 % 43,66 €
      5 Rdio 1,7 % 21,87 €
      6 Qobuz 0,8 % 10,11 €
      7 MusicMe 0,7 % 9,05 €
      8 Rhapsody 0,1 % 0,68 €
      9 KPN 0,0 % 0,57 €
      10 Sony Qriocit. 0,0 % 0,50 €

      A noter que ces montants perçus et payés à la maison de production exclus les 3 derniers mois de l’année bien que les “clics” aient été comptabilisés. Pourquoi ? Deux possibilités.

      Soit les plateformes sont globalement en négociation et les règlements sont suspendus, c’est le cas de You Tube qui a récemment suspendu toutes rémunérations car ils sont en négociation avec les sociétés de perception de droits d’auteurs.

      Soit les sommes payés seront reportés sur les décomptes de mars 2013. (forte probabilité)

      Au delà des revenues générés par la vente de phonogrammes : les royalties, la commercialisation d’une chanson dans tous les formats entraîne des revenus complémentaires et surtout proportionnels au volume des ventes.

      - Les droits de reproduction mécanique, payés par la société qui fabrique et distribue les phonogrammes. Ces droits sont perçus par les auteurs, compositeurs et éditeurs via la Sodrac par exemple.

      - Les droits de la copie privé, perçus auprès des fabriquants de supports vierges (CDR, DVD vierges, cartes mémoire, clés usb, disques durs etc) et redistribués, par les sociétés de perceptions, aux ayants droits. Socan ou Sodrac >auteurs, compositeurs, éditeurs / Soproc > producteur / Artisti > artistes interprètes et musiciens… etc (ces droits concernent aussi le cinéma)

      - Les DEP, les droits d’exécution publique, Socan > auteurs, compositeurs, interprètes, lorsque les chansons sont diffusées dans les médias ou interprétées sur scène.

      - Les droits de synchronisation – EX : lorsqu’une marque utilise une chanson dans une publicité.

      Le montant de ces droits et l’identité des personnes qui les touchent dépendent évidemment de tout un tas de choses : la nature des diffuseurs/payeurs (Radio officielle, diffusion sur la toile etc.), les ententes plus ou moins abouties entre les groupes d’ayants droits et les diffuseurs (You Tube versus Socan, maisons de disques…), les territoires (pas de copie privée en Angleterre par exemple), les contrats signés par les artistes et/ou leurs producteurs (certaines maisons de disques s’approprient les droits d’éditions, de la copie privé, de syncho…) et bien sûr de la gestion de ces droits. Si l’artiste/producteur ne s’occupe pas de ses droits, il les perd tout simplement.

      Vous pouvez ajouter à ces revenus ceux de la scène, les prestations médiatiques rémunérées au Québec, ce qui n’est pas le cas en France….

      Bref, tout ça pour dire qu’on ne peut pas calculer la rentabilité d’un album en cumulant d’un côté les coûts de production et de l’autre les revenus générés par la vente de phonogramme tous formats confondus.

      Il faut toutefois comprendre ceci : nos gouvernements sont responsables des lois qui soutiennent les créateurs dans tous les domaines. Je ne parle pas de subventions, je parle de droits générés par le commerce ou l’utilisation de “produits culturels”, des sommes si minimes, qu’elles sont le plus souvent indolores pour le consommateur mais qui cumulées, sont conséquentes.

      Je termine mon point de vue – celui d’une artiste qui vit (modestement) de la musique depuis le vinyle jusqu’à l’ère numérique – en disant que tous les modèles économiques inventés par l’industrie de la musique conviennent parfaitement à ceux qui les contrôlent et les possèdent. Les autres, les artistes (et même le public), les subissent et font avec. C’était vrai quand j’étais dans une major, c’est encore vrai en tant qu’indépendante dans le monde d’I Tune et du “streaming”. Peut-être qu’il est temps d’inventer un modèle économique qui appartienne aux artistes.

      Une autre chose est sûre c’est que la Socan, la Sodrac, Artisti, la Soproc… sont des sociétés qui appartiennent aux créateurs et qui ont pour mission de défendre leurs membres. C’est déjà ça de pris. J’ai confiance en eux pour mettre un peu d’ordre dans tous ça comme ils l’ont toujours fait, je les soutiens et vais régulièrement les voir pour qu’on m’explique comment je peux mieux faire mes devoirs !!!!

      Vive la musique, vive l’artiste libre. Merci Alain B. qui aime tant la musique et nous donne toujours envie d’en découvrir d’autres !!!!

      diane T

    • Wow, merci Diane T. ! Ouvrir vos livres pour nous, voilà qui est très généreux de votre part. Et d’autant plus éclairant.

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