Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Samedi 2 février 2013 | Mise en ligne à 15h37 | Commenter Commentaires (4)

    Avec pas d’casque: Dommage que tu sois pris

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    Considérerons Dommage que tu sois pris, maxi de sept chansons lancé mardi prochain sous étiquette Grosse Boîte, comme le prolongement de l’excellent album Astronomie. Stéphane Lafleur y est porté par cette même inspiration qui lui a valu l’automne dernier la plus haute reconnaissance des industries officielle (ADISQ) et parallèle (GAMIQ) de la chanson québécoise d’expression française.

    Sur des airs très sobres de facture country-folk, sur des accords très simples, sur des musiques lo-fi arrangées simplement et non sans goût (harmonica, lap steel, pedal steel, orgues, baryton, contrebasse, batterie), sur des rythmes généralement lents et peu tonifiants, la voix traînassante et la prononciation pâteuse de l’auteur-interprète contribuent paradoxalement à la facture unique d’Avec pas d’casque.

    On en ressent d’abord la substance du texte.

    Anémie de l’âme, «le cascadeur dort mieux que moi».

    Cette interlocutrice qui «embrasse mieux qu’elle ne parle… et qui, pourtant, cause magnifiquement: Si ô par malheur les hommes / étaient tous faits en bois / j’en connais quelques-unes / qui auraient misl’feu dans l’tas ».

    Passage sombre de l’existence, «le poison coule dans mes gouttières».

    Relations humaines devenues toxiques, «mon dos n’est pas une chaise / pourquoi tu t’assois dessus / de tout ton poids et de tout ton malaise / à crier comme un perdu ».

    Perspective relance pour un couple flétri, « relâche les loups et les étoiles / enfarine-moi avec la lune / même la pire des viandes / devient supportable / une fois roulée dans la chapelure. »

    Misère de la communication intime: «si tu savais comme l’esprit d’un homme / peut faire du millage sur pas grand-chose».

    Chemin à parcourir ensemble, «Joël fait dire de pas vieillir mal».

    Inutile d’ajouter que la forme et le fond constituent un formidable tout. Alors ?

    Nous avons accueilli Lafleur parmi les meilleurs paroliers de la chanson québécoise d’expression française, la suite des choses sera forcément sous les projecteurs. Alors ? Sans vouloir s’acharner, il faut déjà remarquer quelques menus défauts de fabrication dans ce corpus poétique nettement au-dessus de la moyenne nationale.

    Quelques exemples ? «Je suis une arme blanche pâle»: deux qualificatifs d’affilée alourdissent l’image. «Les batteries sur ma langue ont perdu leur saveur » : batterie est un anglicisme, pile (le terme juste) fait peut-être trop français pour certains… Que faire? Réintroduire pile comme on l’a fait pour tant d’autres mots français. «Donne-moi la force de l’orignal quand le char veut passer à travers sans peur dans la lumière des phares»: veut passer à travers sans peur dans la lumière des phares est une phrase lourde.

    Détails infimes, on en convient. Un parolier de cette trempe aura tôt fait d’y remédier. Les carences d’Avec pas d’casque sont loin d’être littéraires, on en convient. Elles sont plutôt musicales. Pour aller plus loin, ses artisans devront poursuivre intensément leur apprentissage de compositeurs, arrangeurs et interprètes.

    Ils auront tout le temps nécessaire pour hausser le niveau: la lune de miel avec leur public est loin d’être terminée, le cycle des concerts ne fait que commencer.

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    Grosse boîte


    • Saviez-vous que le label de Avec pas d’casque, Grosse Boite / Dare to Care, a quitté Select pour DEP ? Es-ce que vous savez pourquoi ?

    • Beaucoup d’artistes d’aujourd’hui font montre d’un manque flagrant de culture et ont un mauvais français. Je suis allé sur YouTube et j’ai écouté les “Avec pas d’casque”. J’ai bien aimé leur musique que je trouve rafraîchissante. Elle me rappelle celle des années 70

    • La phrase que vous dites lourde est la tienne, M. Brunet. Celle de Stéphane Lafleur:

      “Donne-moi la force de l’orignal quand le char veut passer à travers sans peur dans la lumière des PHARES”

    • Com-plè-te-ment accro à cette langueur mélancolique. Je ne m’en lasse pas… et ça, depuis Trois Chaudières de Sang!
      - Jason Joy
      Mtl

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