
Sur le circuit international, quel groupe émergent de la mouvance anglo-montréalaise s’imposera dans un avenir proche ?
Bien sûr, Half Moon Run risque de devenir une sorte de Coldplay canadien, voire très indie-pop et très convenu. Premier choix au repêchage des grandes agences et tout et tout, on attend la suite… Au Centre Bell dans un an ou deux ?
Pour le volet substance pop, il faudra cesser de considérer Grimes comme une Montréalaise puisqu’elle serait partie s’établir en Californie. Motifs climatiques…
Pour le volet substance rock et haute teneur conceptuelle, misons aujourd’hui sur le Suuns, un des plus créatifs à l’horizon.
Dès 2010, le quartette montréalais a été mis sous contrat par la prestigieuse étiquette Secretly Canadian / Jagjaguwar. Zeroes QC, le premier opus, fut enregistré aux Breakglass Studios sous la gouverne de Jace Lasek (The Besnard Lakes), coréalisateur et ingénieur du son pour ce premier opus. Zeroes QC fut diffusé dans les circuits parallèles, des tourneurs d’Europe et d’Amérique ont permis au quartette montréalais de donner au moins 150 concerts dans le monde- Canada, USA, France, Hollande, Allemagne, etc.
Nous voilà au deuxième chapitre: la sortie officielle de l’album Images du Futur (étiquettes Secret City Records au Canada et Secretly Canadian à l’étranger) est prévue le mardi 5 mars mais on peut d’ores et déjà procéder à l’écoute intégrale de l’album sur le site de la CBC – cliquez sur l’hyperlien à la fin de ce billet.
Suuns existe depuis 2006. La formation est née sous l’impusion du guitariste, chanteur, auteur et compositeur Ben Shemie et du bassiste et guitariste Joe Yarmush. Le tandem fut complété par le batteur Liam O’Neill et le bassiste/claviériste Max Henry. Leader de Suuns (qui signifie zéros en thaïlandais, soit la traduction de Zeroes qui est le nom originel du groupe), Ben Shemie peut compter sur une solide éducation musicale: premier cycle universitaire en guitare jazz à l’Université McGill, et second cycle en composition à l’Université de Montréal. Cela n’est pas une garantie de qualité et d’ouverture d’esprit mais, dans un contexte rock, une telle formation peut mener ailleurs.
Suuns peut se targuer d’avoir créé un son. Et puisque c’est le nerf de la guerre sur la planète rock, on peut parler d’exploit. Fondé sur des rythmes virils et métronomiques, futés riffs de guitare, chants d’attitude rock. Références post-punk, post krautrock, post-Velvet, post-rock, post-drone et plus encore. Bien que totalement rock dans la dégaine, le quartette montréalais puise dans la musique instrumentale contemporaine dite minimaliste, également dans un vaste bassin de musiques électroniques aussi associées au minimalisme.
Plaintives, indolentes, lascives, les mélodies (vocales et synthétiques) se déversent en contrepoint sur des pulsations binaires, hypnotiques, addictives. Hors du commun, ces ambiances spectrales et choix harmoniques relèvent à la fois d’une solide culture rock et d’une connaissance supérieure à la moyenne. Parce qu’elles plongent l’auditeur dans des fluides étranges et le ramènent à la surface avant qu’il ne franchisse le seuil de tolérance, ces Images du futur sont en bonne voie de marquer l’imaginaire.
Suuns se produira le 4 avril à la Sala Rossa.
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