Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Vendredi 21 décembre 2012 | Mise en ligne à 13h47 | Commenter Commentaires (28)

    Coffrets à offrir: intégrales studio de Renaud et Rivard

    Noel anime 8

    Autres coffrets de chanson francophone à offrir à Noël, les intégrales de Renaud et Rivard. Les deux R peuvent intéresser les fans, finis au point de se procurer leur intégrale studio. Côté Séchan, il y a des valeurs ajoutées (enregistrements inédits) alors que Rivard se contente de fournir tous ses albums dans un bel emballage. Question de choix…

    Renaud Intégrale Studio

    Les rumeurs estivales ne donnaient pas cher de la peau de Renaud Séchan, très esquinté par une inquiétante rechute aux enfers éthyliques. Les rumeurs automnales ont été plus encourageantes. Les hivernales? Que dalle sauf… sous la bannière Renaud intégrale studio, ce coffret rouge sang à l’intérieur duquel on débusque 17 CD de ses 15 albums studio plus un double constitué d’enregistrements inédits.

    Suggestion : faites l’exercice de l’écoute intégrale en commençant par les extrêmes. Débutez par Amoureux de Paname, lancé en 1975 alors que le jeune Séchan imposait son mélange unique de java parigote, de libre pensée chansonnière et d’attitude rock. Écoutez ensuite Molly Malone, le plus récent album de Renaud, c’est-à-dire enregistré 34 ans plus tard : musiques d’inspiration celte, adaptations françaises de chansons irlandaises (souvent traditionnelles), voix diminuée et graveleuse. Puis dirigez-vous lentement vers le milieu de la trajectoire, Putain de camion, Marchand de Cailloux

    Prédiction : vous finirez par retourner à gauche du spectre : Morgane de toi, Mistral gagnant… On a lancé naguère des intégrales Renaud, la plus récente s’annonce la plus complète. Bien qu’on y trouve pas de livre grand luxe, on y débusque une dizaine de chansons «introuvables» (Encore un rhum, Pondichéry, Fallait Pas!, etc.), sans compter des reprises de Brassens (que Renaud vénère) et autres Jean-Loup Dabadie.

    Michel-Rivard-A-ce-jour-689x1024

    « Huit albums originaux en 31 ans, ce n’est pas la fin du monde mais c’est un maudit bon début », résume Michel Rivard en guise d’introduction.

    Entre les mains et les oreilles, on a ce manuel déguisé en bouquin des éditions Gallimard, à l’intérieur duquel se trouvent les huit albums qu’il a créés entre 1977 et 2006, ceci incluant l’opus enregistré de concert avec L’Orchestre symphonique de Montréal.

    Vu sa petite taille et son petit marché, la société québécoise conduit ses artistes à mener plusieurs activités connexes, et cela explique fort probablement la production (post-Beau Dommage) relativement modeste de cet homme aux multiples talents – aussi acteur, metteur en scène, auteur, père de famille et plus encore. Que fera Rivard à l’avenir ? Il a encore de bonnes années devant lui, on lui souhaite les meilleures chansons du monde, on lui souhaite de rester alerte et… on se concentre d’ici là sur ses meilleurs coups, rematricés comme il se doit : De Longueuil à Berlin (1979), Sauvage (1983), Un trou dans les nuages (1987), Maudit Bonheur (1998), quatre albums quatre étoiles. Tant qu’à y être, on se penche de nouveau sur le reste, de bonne ou fort bonne facture. Le seul petit problème est le suivant : aucune valeur ajoutée, aucun texte supplémentaire, aucuns enregistrements inédits. Choix assumé à n’en point douter.


    • Un deux pour un youpie, c*est le happy hour!

    • Renaud a encore un public qui l’aime d’amour.
      Il y a quelques années, il avait un blogue super trippant, directos sur son site myspace. Ça parlait de musique mais aussi de la vie, de tout et de rien et la dose d’amour pour le chanteur était très forte. C’était souvent rigolo et souvent très costaud. Les français aiment s’envoyer paître. C’est un sport national. Renaud avait lui même rien perdu de son mordant.
      Il parle ouvertement de ses pannes d’inspiration, a souvent dit qu’il avait le cerveau à zéro. Y a au moins ça avec lui, il n’est pas complaisant.

    • Puisque Michel Rivard lira peut-être ceci, je vais lui raconter une histoire.

      C’était en 1995. J’étais retourné un vivre hiver à Labrador City; un ami m’a invité passer le week-end à Port-Cartier. En avril : il neigeait encore.

      J’ai pris le train de la Quebec North Shore and Labrador vers Sept-Iles -le même qui va jusqu’à Schefferville. Ces wagons sont très particuliers : l’empattement des voies est le standard soviétique (le seul en Amérique du Nord) à cause de la masse des chargements industriels. Bref, c’est les mêmes wagons (pas changeables) depuis 1957. Ils sont brun-Stalingrad; encore en ‘95, ils étaient chauffés par les passagers grâce à un poele à bois. Les banquettes sont en cuirette rouge vin. Les contrôleurs ont l’air sortis d’un film russe.

      Alors on était pas plus que 5-6 dans le wagon. Moi, seul avec ma Norman B-20 dans son case. Et de l’autre côté, 4 gros toffes des mines, genre repris de justice, barbe noire et drue, yeux porcins, écrit dans leur face ‘écoeure moé pas ’sti…’ L’un d’eux m’interpelle :

      -Heille le kid, c’tu une gui-tard?
      -Euh… Oui…
      -Joue nous une tune !

      Ma réponse habituelle à ces requêtes intempestives est ‘chus pas un jukebox’. J’ai modulé ma réponse au gré de la circonstance :

      -Mais certainement.

      Alors je la sors, les gars se taisent. Y’a pas beaucoup de culture passé le 54e parallèle. Même un amateur qui joue une toune dans un train, c’est comme un récital de Django à une convention de gitans.

      Ping, ping, je m’accorde… Mets un capo au 4e fret. Et je leur joue la seule toune que je connais de bord en bord -les autres y’a toujours un couplet que je saute. Je la jouais pas si bien à l’époque; je plaquais un sol au lieu du superbe sol mineur; j’inverais pas mon la majeur avec le do dièse dessus.

      Je leur ai joué une seule toune, que j’ai eu du mal à finir. À la fin, les gros toffes braillaient -et c’est pas une hyperbole. L’un d’eux a étouffé un ‘marci câlisse’.

      La toune, c’était Schefferville, le dernier train.

    • Merci.

    • La morale de ce conte de Noël, ce pourrait être la phrase de Baudelaire: “Vous pouvez vivre trois jours sans pain; – sans poésie, jamais; et ceux d’entre vous qui disent le contraire se trompent: ils ne se connaissent pas.” Peu importe notre condition, nous avons soif de beauté.

    • C’est une belle histoire boulga.

    • Très jolie cette histoire, Boulga. Tiens, je vais l’écouter ce soir cette chanson, ça fait un bail !

    • “Les contrôleurs ont l’air sortis d’un film russe.”

      Un peu normal… Vu qu’ils venaient avec les wagons!!

    • @stephane

      Il y a deux versions. Celle de ’sauvage’ avec du joli steel guitar gracieuseuté de Rick Haworth, mais avec un arrangement un peu trop kitsch à mon goût (et très mince), et celle d’une compile du milieu des années ‘80, juste guitare et voix, très riche, très groundée. La meilleure tant qu’à moi.

      Pierre Bertrand aussi en a fait une belle toune sur le même sujet de Schefferville, mais je me souviens même plus qui a eu l’idée en premier.

      À tout prendre, je préfère Pierre Betrand; mais Rivard a eu un vrai trait de génie générationnel avec cette pièce -et quelques autres aussi.

    • J’ai tous les albums studio de Renaud, en plus de 4-5 albums en spectacle: fan fini, on s’attache à ses défauts autant qu’à ses qualités quand on s’identifie comme on peut s’identifier à la chetron sauvage. Mais les racheter pour avoir les inédites, ça reviendrait cher ! Savez-vous s’ils vendront l’album des inédites à part ? Une suggestion de disquaire où le trouver ?

    • Je sais pas chez vous, mais ici c’est vraiment la fin du monde (tempête, rafales, etc.). Alors je voudrais m’excuser pour tout ce que j’ai pu dire de méchant et je voulais vous dire “je t’aime le gros” une dernière fois avant de se revoir de l’autre bord. Bisous.

    • Gv60,
      Dans le cas où où album d’inédits ne sortait pas, vous pourrez peut être vous rabattre sur la version iTunes du coffret et n’acheter que ce que vous n’avez pas. Peut être pas aussi satisfaisant, mais c’est mieux que rien. Évidemment, ça c’est si le coffret est disponible sur iTunes…

    • Boulga, pour répondre à ta question, Pierre Bertrand a composé Schefferville pour son disque de 1983, Ciel variable.

      La toune de Rivard est sur Sauvage (1983). Mais la toune est aussi dans le film de Jacques Leduc et Roger Frappier, Le dernier glacier (1984), dans lequel joue justement Michel Rivard et peut-être tourné dès 82 (fermeture de la mine).

      Tu devrais l’écouter, c’est en grande partie documentaire et on y voit ton fameux train soviétique: http://www.nfb.ca/film/dernier_glacier/

    • Morgane de toi et Un trou dans les nuages sont deux de mes disques francophone préférés. La version remasterisée d’Un trou dans les nuages, avec le DVD, a été pour moi un grand cadeau cette année. Bien qu’il sonne pas mal “fin années 80-début 1990″, bien de son temps, reste que les paroles et la musique sont excellentes du début à la fin.

    • Oserais-je dire que Renaud et Rivard me laissent à peu près indifférent? J’avoue que des chansons comme Schefferville sont bien tournées, mais les arrangements 80s sont inécoutables et les relectures roots trop tièdes.

    • Moi j’ai opté pour le coffret de Richard Séguin, beaucoup moins cher et d’excellente qualité. J’ai déjà le cd quadruple de Rivard et quand à Renaud ormis quelques chansons mémorable (morgane de toi, mistral gagnant, miss maggie) je ne suis pas un grand fan. Puis pour 30$ seulement l’anthologie de Séguin est superbe (beau livret, meilleures chansons !).

    • @gv60

      Le premier CD des «introuvables» existe sous forme de compile, le deuxième est exclusif au coffret mais finira bien par être vendu séparément: http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Introuvables_(album_de_Renaud)

    • Je rectifie: Beau Dommage c’était déjà tiède. Rivard c’est tiédasse.

    • @boulga

      Merci pour votre conte, dans la lignée de Noël au camp (Tex Lecor) ;-) Sincèrement, c’est touchant.

    • Schefferville, même quand elle est chantée avec toutes ses trippes par isabelle boulay, il ne se passe rien. C’est peut-être à cause de son maudit bonheur que j’ai de la misère à me reconnaître dans ses mots. En ce sens, , peut-êyre que son fils spirituel est vincent valiieres, un autre que je n’imagine pas en train de chanter M’as acheté un cd Desjardins m’as faire semblant qu’y est intéressant. Manque un peu de craie blanche qui crisse sur le tableau noir, mettons. Dis, c’est quand qu’on va où, y a plein de pièces de Renaud que je trouve inécoutable à cause des sonorités synthétiques qui vieillissent encore plus mal que Brigitte Bardot à part peut-être Margaret Thatcher

    • Ya right, Vincent Vallières descend direct du Rivard de Schefferville.

    • Lien sur Youtube :

      http://www.youtube.com/watch?v=5JKm35dmjFs

      J’écute cette version et je comprends que cela touche les gens du nord et aussi de villes minières.

      Mais bien, bien avec cette écoute là je me dis qu’une chanson d’un de mes cousins vaut peut-être autant. Je vais allez le réécouter voir et sans vous la partager en public. Ou encore, pour Rivard une autre version ?

      Tout peut être une question de mood aussi et de subjectivité…

      ———————

      Je l’écoute le cousin et sa chanson sur un sujet un peu relié… Pas certain du tout, très difficile d’évaluer la qualité réelle sans être trop généreux ou trop sévère. La plume pourrait être mieux, les arrangements aussi je pense mais cela a une certaine qualité et peut toucher le public.

    • Pour Vincent Vallières, je ne sais pas si c’est une hérésie de le dire mais sa toune ”On va s’aimer encore” pourtant primée, moi je l’aime pas vraiment et je trouve cela ”conservateur plate” au niveau des valeurs. Elle me tape même un peu sur les nerfs à la radio.

      Mais j’aime pas cela bitcher pour bitcher. je suis pour lui si cela fonctionne.

      Mais pourquoi cette chanson là n’est pas considérée cucul et kétaine comme tant d’autres qui ont eu à subir l’opprobe ? Je le sais pas et je peux me tromper, j’ai pas son album.

    • Heureux pour lui.

    • @lecteur_curieux
      Ce que vous considérez comme ”conservateur plate” sont tout de même des valeurs qui vous ont conçu.
      Le ”bitchage” automatique de tout ce qui fut avant nous me semble assez réducteur de notre réalité présente.Ça doit être du a notre envie de sur consommation à l’outrance jusqu’à ce que l’élastique nous pète dans la face.
      Gilles Ménard

    • @gillesménard

      Vous pourtant si à gauche bon mais il ya des valeurs communes ou universelles tant de gauche que de droite et il y a aussi une manière de les chanter ou non. Quelqu’un peut trouver cela convenu ou cliché ou encore un peu loin de la poésie.

      je lis les paroles, mais elles ne sont pas si mal et je comprends cela vouloir un amour durable avec une autre personne mais on ne sait pas d’avance ce que la vie nous réserve.

      Puis le ”quand la maison sera payée”, absolument que c’est une bonne chose de rembourser son hypothèque, mais dans la chanson j’aime entendre parler d’autre chose.

      ”Quand nos enfants vont partir” et s’ils restaient plus longtemps que prévu ?

      ”Quand sans boussole sans plan, on partira au gré du vent” une certaine place à l’interprétation mais pourquoi pas tout de suite ?

      Il faut bien sûr être raisonnable dans la vie mais ce que j’aime dans la chanson c’est une certaine folie.

      À la fois un idéal d’amour qu’on ne sait pas si on va garder et faire des plans aussi trop longtemps d’avance.

      Le point de vue peut se défendre, ce peut être aussi la voix, le rythme ou autre qui nous plaît moins.

      Chacun récent une chanson à travers son propre vécu.

      par ailleurs, je ne vois aucun lien avec la société de consommation et pour ce qui fût avant c’est un autre conservatisme que celui-là et ils ne savaient pas plus que nous ce qui allaient les attndre comme tomber veuve ou veuf, perdre un de ses enfants, la maladie…

      Pour la maison ? Ils la construisaient eux-mêmes avec du bois et à l’aide de voisins. Pas d’hypothèque à payer.

    • Puis par comparaison j’irais avec la toune de Desjardins ”Le bo gars” et notamment certains passages :

      - pas de cadran pas de capote

      -m’as flauber ma paye

      Je veux des moments jouissifs.

      Mais si des jeunes couples, vieux ou anciens se reconnaissent dans la chanson de Vallières et qu’elle leur fait du bien, j’en suis ravi pour eux.

      On pourrait en discuter longtemps.

    • Puisque je me mets à parler du ”Bon gars” et qu’on a parlé de Michel Rivard.

      Cela a zéro mais zéro importance pour moi que Michel Rivard soit cité, c’est juste drôle. La force de la chanson est ailleurs c,est l’opposition entre ce que la société voudrait que vous soyez comme ”bon gars” et vos envies profondes ou moments de folie.

      Si vous avez pas envie d’en écouter ce pourrait même être ”Richard Desjardins” lui-même qui soit nommé , ”Radiohead” aussi… Tant que c’est ressenti comme imposé ou pour les apparences.

      Que ce soit le ”moi” au sens du ”veston” comme on a déjà dit dans un de mes cours plutôt que le ‘’soi” et le ¨ça” qui s’exprime. Si ce n’est pas le ‘’soi” bien le ”ça” finit par s’exprimer.

      Évidemment qu’il y a aussi des prises de position qui reflètent les valeurs de Desjardins portant à gauche derrière d’autres passages. C’est juste normal mais là aussi on apprécie le côté rebel. Il ne se mettera pas à critiquer Québec Solidaire ou les syndicats.

      On interprète comme on veut, j’aime Michel Rivard, j’aime le poisson aussi mais pas pour bien paraître.

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