Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Vendredi 7 décembre 2012 | Mise en ligne à 14h07 | Commenter Commentaires (19)

    Lee Konitz, cet enfant terrible… de 85 ans

    Lee Konitz, etc. Enfants terribles

    Puisque nous parlions de feu Paul Desmond dont la relation avec feu Dave Brubeck a inscrit le quartette de ce dernier parmi les chapitres importants du jazz moderne, et vu que sa disparition prématurée ne nous permettra jamais de savoir ce qu’il aurait imaginé après ses 42 ans de vie, réjouissons-nous de la longévité de certains qui exercent la même profession.

    Jeudi, c’était Steve Kuhn à L’Astral, vendredi et samedi c’est Lee Konitz à l’Upstairs.

    Parlons de cet autre souffleur d’alto, à peine plus jeune que les disparus hypermédiatisés… puisqu’il a 85 ans et réussit encore à nous meubler bellement les pavillons auditifs. Vendredi et samedi, ce très grand musicien, très ouvert d’esprit au crépuscule d’une carrière amorcée dans les années 40, se produira avec le jeune Dan Tepfer.

    En 1982, le pianiste est né à Paris de parents américains et réside désormais aux USA après avoir longtemps vécu en Europe. Détenteur d’une licence en astrophysique à l’université d’Édimbourg, il a définitivement choisi la musique au termes d’études supérieures menées au New England Conservatory (Boston). On ne s’étonne pas que Lee Konitz s’y intéresse. N’a-t-il pas fait de même avec tant de jeunes musiciens prometteurs par le passé ? Rappelez-vous sa relation avec Brad Mehldau avant que ce dernier ne devienne ze pianiste de jazz de sa génération – enfin, pour le grand public.

    Ainsi, il est recommandé d’écouter les Duos with Lee, parus en 2009 sous étiquette Sunnyside, avant de se rendre au centre-ville. Voilà une chance devenue rare d’assister à un concert de Lee Konitz, sa santé s’étant fragilisée étant donné son grand âge. Si vous aimez l’animal, vous avez intérêt à ne pas rater ce rendez-vous intime.

    Son acuité musicale, elle, est parfaitement intacte. Je viens de me farcir Enfants terribles, un album enregistré devant public (Blue Note, New York, 2011) et lancé cet automne sous étiquette Half Note Records. What Is This Thing Called Love, Body and Soul, Stella By Starlight, I’ll Remember April, I Remember You, I Can’t Get Started ne sont que des prétextes à de fructueux échanges improvisés. Douceur et placidité, une condition de jeu essentielle dans le contexte où se produit un saxophoniste octogénaire, n’exclut pas l’imagination. Aux côtés de Lee Konitz, le contrebassiste Gary Peacock, 77 ans, le guitariste Bill Frisell, 61 ans, le batteur Joey Baron, 57 ans, il s’en passe des belles !

    Bien sûr, il faut toujours se méfier de ces alignements de gros noms qui remplissent les salles et se mettent sur le pilote automatique pour le plus grand plaisir des trippeux de réputations (les snobs, les vrais). Il faut se méfier de la fort possible carence de cohésion dans ces contextes. Or, j’ai été agréablement surpris par ce que je viens d’entendre. Très beaux échanges tranquilles, fondus enchaînés de haute volée, nettement plus créatif que suppose généralement une relecture de standards.

    Liens utiles

    Lee Konitz, profil Wiki

    Dan Tepfer, profil wiki


    Écoute d’extraits d’Enfants Terribles sur Amazon

    Duos with Lee , grooveshark


    • 57 ans, Baron? Geez, il a encore l’air (et l’énergie) d’un ado!

    • « What Is This Thing Called Love, Body and Soul, Stella By Starlight, I’ll Remember April, I Remember You, I Can’t Get Started »
      .
      Quand on s’arrête à la liste des titres, il pourrait être difficile de croire que ce disque a été enregistré en 2011. En revanche…
      .
      « Très beaux échanges tranquilles, fondus enchaînés de haute volée, nettement plus créatif que suppose généralement une relecture de standards. »

      Konitz ne doit donc pas mentir lorsqu’il affirme : « Quand je commence un chorus et que je m’aperçois que j’ai déjà joué cela je m’arrête tout de suite. »

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Lee_Konitz

    • En tout cas il est populaire le Baron, je dirais même qu’il commence a etre un peu (trop) partout.

      Je n’ai toujours pas écouté, mais je crois que j’aurais préféré une session studio chez ECM à un album devant public, au Blue note en plus. Meilleur contexte il me semble pour ce genre de jazz qui respire et qui plane. Baron et Frisell produit par Manfred et ses ingénieurs, c’est de la bombe. Enfin…
      Signé un snob, un vrai.

    • Véritable incarnation du bon goût ! ;-)))

    • Quand il décédera, puisqu’il le faut, j’espère qu’on en parlera autant qu’on a parlé de Dave Brubeck, ce dernier décrit à RadioCan Qbek comme «boudé parce qu’il était blanc» !
      Comme si Konitz, Desmond, Mulligan, Baker, Getz, Tristano, Giuffre, Pepper et bien d’autres étaient des musiciens noirs déguisés. Et qu’on parlera aussi des musiciens noirs importants qui décéderont, évidemment.

      Wiki note que Konitz a influencé Desmond qui est mort beaucoup trop jeune.

    • Ah, Lee Konitz. S’il existe un musicien “indispensable”, alors c’est lui. 65 ans qu’il souffle dans son saxophone alto, qu’il poursuit inlassablement ce quelque chose qu’est l’essence du jazz et toujours pertinent à un âge où certains jouent désormais sur le pilote automatique (ils ont bien le droit, notez bien) ou sont partis vers la grande jam-session éternelle.
      Dans mon panthéon personnel, Konitz occupe l’une des places tout en haut et je remercie le ciel et Saint Miles, Saint DJango et tous les autres de m’avoir permis de le voir à plusieurs reprises en concert. Ce n’est certes pas du jazz “facile” mais qui a dit que le Beau était aisé.
      Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’ami Lee, je recommande un livre d’entretien passionant intitulé “Lee Konitz. Conversations on the Improviser’s Art” (University of Michigan Press). Konitz s’exprime comme il joue et on entend sa “voix” unique.
      Côté enregistrements, y en a tellement… De “Birth of the Cool” à celui mentionné plus haut, il n’y a pas de “mauvais” disques de Konitz. Simplement d’autres plus géniaux que d’autres…

      Petite anecdote personnelle: la dernière fois que j’ai vu Konitz, à l’automne 2011, c’était en quatuor avec son trio européen habituel. À la toute fin du concert, son bassiste devait se sauver pour prendre le train mais le public réclamait un dernier rappel. Konitz est donc revenu sur scène en trio “bass-less”. Il nous a demandé ce qu’on voulait entendre. Comme j’étais tout près de la scène, j’ai crié “Out of Nowhere”. Il a répondu “OK, ça je connais”! (tu parles!) et s’est exécuté. Génialement bien sûr. Comme me le faisait remarquer une amie présente au concert “Tu réalises que si c’est la dernière fois que tu le vois en personne, la dernière chose que tu auras entendue est ce que tu lui as demandé…”

    • Au premier coup d’oeil, je pensais que c’était une photo des Rolling Stones!!

    • Au premier coup d’oeil j’ai cru qu’ils avaient eu la même consigne que les journalistes de La Presse: tout le monde la chemise noire. 1-0 pour l’uniformité et 0-1 pour le repère visuel.
      La vidéo du milieu m’a fait rêver.

    • @pulcinella

      « ce dernier décrit à RadioCan Qbek comme «boudé parce qu’il était blanc» !»

      Pardon ?????!! Être le seul jazzman à faire la une du Time Magazine en 1954 depuis les origines du genre, sauf Louis Armstrong, ce n’est pas exactement être «boudé parce qu’il était blanc». Miles, Bird, Monk, Ornette, Mingus et autre brillants blacks de sa génération ont-ils eu cette chance ? Niet. La presse grand public et bien pensante préférait alors Brubeck et Chet Baker… À sa décharge, Dave Brubeck était un homme cultivé, humble, affable, sympathique, qui a su profiter des tremplins qu’on lui a offerts dans les années 50, surtout avec l’immense succès commercial de l’album Time Out qu’il a créé avec Paul Desmond. Son lien avec le festival de Montréal illustre bien sa capacité à se maintenir voire alimenter son mythe. D’un point de vue strictement pianistique, pourtant, il était moins que moyen en comparaison aux Nat Cole, Erroll Garner, Oscar Peterson, Phineas Newborn Jr, Teddy Wilson, Cecil Taylor et autres Bud Powell. Tous noirs et ayant évolué au cours de la même période où il devint célèbre. D’un point de vue compositionnel, Brubeck a eu de beaux flashs mais il n’était pas le seul à amalgamer musique contemporaine et jazz -Lee Konitz, Gunther Schuller, George Russell, Gil Evans, Steve Lacy, Lennie Tristano, John Lewis et plusieurs autres l’ont fait dans les années 50. Alors ? Que feu Brubeck soit évalué aujourd’hui avec plus de justesse n’a rien d’une injustice. Pour faire une histoire courte, il fut un compositeur inspiré pendant plus ou moins une décennie. That’s it en ce qui me concerne et en ce qui concerne beaucoup de jazzophiles.

    • “ce n’est pas exactement être «boudé parce qu’il était blanc». ”

      Il demeure que, justement à cause de cette page couverture, il a longtemps été de bon ton de le bouder. On n’a qu’à lire les commentaires des critiques des années 50 et 60. On ne lui niait pas un certain talent mais il est clair qu’on ne le voyait pas dans la même ligue que les Charlie Parker, Miles Davis ou John Coltrane pour s’en tenir à ses contemporains (ce qui est tout à fait juste, de toute façon). On lui en a voulu d’avoir finalement usurpé la place de Duke Ellington pour cette fameuse page couverture. On lui a aussi reproché de faire “trop” d’argent avec sa musique alors que d’autres créateurs avaient de la difficulté à joindre les deux bouts. Ce n’est évidemment pas de sa faute -et en plus, ça ne pouvait pas tomber sur un meilleur gars…- mais il reste qu’on l’a longtemps méprisé.
      Je finirai en citant Art Blakey, dans une interview pour Jazz Magazine donnée en juin 1963, qui répondait à la question “Pensez-vous que Brubeck soit capable de “balancer” (swinguer)?” “Oh! oui (…) au bout d’une corde!”
      Quelqu’un aurait-il osé dire cela d’un musicien noir? Pas sûr…

    • À l’âge d’or du jazz moderne, il était très normal que ce succès médiatique engendre la hargne côté afro-américain. C’était peut-être déplacé, excessivement agressif dans certains cas, mais le fond était parfaitement justifié: le jazz moderne était totalement dominé par les Noirs américains, auxquels s’ajoutaient de brillants contributeurs blancs que l’on s’empressait de porter aux nues avant leurs collègues de couleur – surtout Dave Brubeck et Chet Baker. À la place de Miles, Ellington et les autres grands musiciens blacks, j’aurais été en beau ta… Cette colère résultait d’une profonde injustice raciale aux USA – mettons-nous dans le contexte des années 50, c’était avant Martin Luther King et les Black Panthers, c’était avant le droit de vote des Noirs aux États-Unis. Or, lorsqu’il y a profonde injustice, il y a toujours débordement du côté des indignés. Y a-t-il lieu de s’en étonner ?

    • Mos Def a bien ramassé tout ça en une chanson :

      http://www.youtube.com/watch?v=b8epyQ5MnFY

    • « Je finirai en citant Art Blakey, dans une interview pour Jazz Magazine donnée en juin 1963, qui répondait à la question “Pensez-vous que Brubeck soit capable de “balancer” (swinguer)?” “Oh! oui (…) au bout d’une corde!” Quelqu’un aurait-il osé dire cela d’un musicien noir? »
      .
      En 1963, la réponse est oui. Sans problème. Faut-il vous rappeler que les militants Noirs pour les Droits civiques Martin Luther King et Malcolm X sont morts assassinés?
      .
      Un jounaliste le moindrement allumé aurait pu demander pourquoi, mais il est vrai que de tels mots concluent un texte de manière frappante.
      .
      Pour ma part, je n’y vois pas de menace, mais plutôt de l’humour noir, voire une référence culturelle. Pendre du Noir dans le Sud des É-U n’était pas chose rare, vous savez. Assez pour en faire une chanson. Strange fruit, ces noirs qui se balancent au bout d’une corde… Billie Holliday en a persque fait un hymne.
      .
      Texte : http://www.lacoccinelle.net/243191.html
      Interprétation : http://www.youtube.com/watch?v=h4ZyuULy9zs
      .
      Si le sujet vous intéresse, voici un texte sur le lynchage au É-U. Il a dû y avoir assez pour que chaque communauté en ait une à raconter le soir.
      http://www.yale.edu/ynhti/curriculum/units/1979/2/79.02.04.x.html
      .
      Un film qui tente de décrire le sud des É-U au milieu des années 1960.
      Mississippi Burning : http://www.imdb.com/title/tt0095647/
      .
      Nirvana a repris Where did you sleep last night dans son célèbre Unplugged. Cobain hurle My girl, My Girl… Leadbelly, dans la version originale, chante Black Girl, Black Girl, where did you sleep last night. Pourquoi? Parce que My girl aurait pu laisser croire, penser, supposer que My Girl aurait pu être une femme Blanche. Motif suffisant qui menait sans appel droit à la pendaison. Black Girl, pas de problème. Qu’ils restent dans leur ghetto.
      .
      Versions des deux :
      http://www.youtube.com/results?q=where%20did%20you%20sleep%20las%20night&gfns=1&rlz=1T4GGLJ_frCA356CA356&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=w1
      .
      En 2012, on aimerait croire que les mots de Blackey font référence à une époque révolue. Pourtant, à la suite d’un discours décousu de Clint Eastwood à une chaise vide représentant le président des É-U (le Noir, là) à une convention politique plus tôt cette année, il y au moins un nostalgique du Texas qui n’a pu réfréner son envie de revivre le bon vieux temps.
      .
      http://usnews.nbcnews.com/_news/2012/09/20/13989510-empty-chair-lynchings-anti-obama-protests-gone-too-far?lite

    • « ce dernier décrit à RadioCan Qbek comme «boudé parce qu’il était blanc» !
      .
      Celle-là, elle va faire se retourner Miles dans sa tombe.
      .
      On n’a pas peur de détourner le sens des mots à Qc… Déjà que pour sauver le job d’un chantre de la radio-poubelle on avait détourné le sens d’un poème de Paul Éluard… Libââââââârté, les gars
      Une arme leur irait mieux qu’un micro…
      http://www.alalettre.com/eluard-oeuvres-liberte.php
      ……………………..

      Si ce qui est rapporté a vraiment été dit, voici quelques rappels :
      .
      Pendant que Brubeck faisait la une en 54, Miles était tabassé à l’entrée d’un bar en 1959 où il donnait un show. Parti fumer une cigarette à l’entracte devant la marquise, le policier ne le connaissait, ne l’a pas reconnu et un nègre n’avait pas le droit d’être là. Miles a été passé à tabac.
      .
      http://www.jazzhothouse.com/2009/06/race-relations-50-years-later.html
      .
      Mingus a composé une pièce en référence à une politique raciste. Si les compagnie de disques ne s’embarassaient pas trop de signer des Noirs quand ils pouvaient leur rapporter de l’argent, c’était autre chose pour enregistrer leur préoccupation :
      .

      « Fables of Faubus” is a song composed by jazz bassist and composer Charles Mingus. One of Mingus’ most explicitly political works,[2] the song was written as a direct protest against Arkansas governor Orval E. Faubus,[3] who in 1957 sent out the National Guard to prevent the integration of Little Rock Central High School by nine African American teenagers.

      The song was first recorded for Mingus’ 1959 album, Mingus Ah Um. Columbia refused to allow the lyrics to the song to be included,[4] and so the song was recorded as an instrumental on the album.[5][6] It was not until October 20, 1960 that the song was recorded with lyrics, for the album Charles Mingus Presents Charles Mingus, which was released on the more independent Candid label.[5] Due to contractual issues with Columbia, the song could not be released as “Fables of Faubus”, and so the Candid version was titled “Original Faubus Fables”. »
      .
      http://en.wikipedia.org/wiki/Fables_of_Faubus
      ..
      Bref, y en aurait loooooooooooooooooooong à dire…
      .
      Pour revenir à Brubeck, il y a un livre québécois regroupant des récits et des nouvelles traitant de jazz dont je ne me rappelle plus le nom. Son album mythique était en toile de fond d’une histoire qui était vraiment très bien.

    • « Prenez cinq » de François Barcelo, dans « Jazz et blues magiques ». Très bon, en effet.

    • Puisqu’il est toujours question sur le blogue de vétérans musiciens–Konitz,–Brubeck–Blakey, et bien j’aimerais formuler un dernier commentaire sur le passé.
      Au début des années 80, Dizzy Gillespie est venu donner au concert à la place des Arts lors du festival de jazz de Montréal.
      Selon moi, il a offert ce soir là, une de ses plus brillantes performances jamais entendues.
      Son interprétation de Nite in tunesia a été un véritable chef d’oeuvre et immédiatement après il nous a offert son célèbre Dizzy sings the blues..(amusant lorsqu’il chante I am 63 years old, looking 22) Cette pièce débute par un solo de trompette aussi merveilleux qu’émouvant.
      Ce concert a été enrégistré et je me peux m’empêcher de le regarder 2-3- fois l’an et chaque fois, j’ai la chair de poule.
      C’est ce soir-là que j’ai considéré Dizzy comme le plus grand trompettiste de son époque.
      Si parmi vous, il y en a qui se rappèle de cet évènement, j’aimerais bien sur connaitre votre opinion.

    • @ atchoum

      “En 1963, la réponse est oui. Sans problème. Faut-il vous rappeler que les militants Noirs pour les Droits civiques Martin Luther King et Malcolm X sont morts assassinés?”

      Pas besoin de me le rappeler… d’autant que j’enseigne l’histoire du jazz. Ce que je voulais dire, c’est peut-on s’imaginer un critique de jazz ou un musicien de jazz disant cela d’un collègue noir? Et en passant, je passe pratiquement un cours complet autour de “Strange Fruit” qui ne rate jamais son effet…

      “Pour ma part, je n’y vois pas de menace, mais plutôt de l’humour noir”

      Pas moi. Je trouve cela de mauvais goût et un peu décevant de la part d’Art Blakey. Il a le droit d’être amer, notez bien… mais de faire ce type de commentaire est totalement inacceptable. Il a le droit de ne pas aimer Dave Brubeck mais pas de faire ce type de commentaires.

      Mais cela illustre ce que je voulais dire: il existait une sorte de snobisme anti-blanc chez les amateurs de jazz, chez les critiques et, oui, chez les musiciens. On n’a qu’à voir le programme de l’intégriste du jazz, Wynton Marsalis au Lincoln Center. La violence, les injustices et les horreurs vécues par les noirs ne justifient pas l’injustice “dans l’autre sens”. Et les propos de Miles Davis relèvent parfois davantage du racisme que de l’humour… noir.

      Mais bon. Dès qu’on touche la question du racisme, on est toujours sur un terrain glissant.

    • Effectivement, jaypee, c’était de mauvais goût de la part d’Art Blakey. Aujourd’hui, ce serait carrément inacceptable. Pour le snobisme anti-(musicien) blanc, vous avez raison, il existait bel et bien chez plusieurs fans de jazz à l’époque… Mais une forte portion d’amateurs aimait aussi ouvertement Gil Evans, Paul Desmond, Brubeck, Stan Getz, Chet Baker, Art Pepper, Gunther Schuller et plusieurs autres.

    • jaypee2

      « Mais bon. Dès qu’on touche la question du racisme, on est toujours sur un terrain glissant ».
      .
      Vrai pour la couleur de la peau. Vrai aussi pour la langue parlée. Richard Henri Bain a tenté d’assassiner la première ministre péquiste en criant qu’il appelait à la revanche des anglais. Vous avez lu ou entendu quelqu’un qui ne marchait pas sur les oeufs à ce sujet?

      Pour Miles, je ne retrouve pas de lien sur le net (Lecteur?). On lui avait demandé ce qu’il aurait souhaité dans la vie. Il avait répondu : Être Blanc.

      Quand la valeur d’un homme est mesuré à hauteur de sa couleur de peau, il devient difficile de réussir, être reconnu avec cette « tare ».

      Il a été de bon ton de rire de Michael Jackson quand il a tenté d’éducorer son teint. Mais il n’a eu en fait que les moyens de ses ambitions.

      Pour un James Brown qui entonne I’m Black and I’m proud, une Nina Simone qui chante Black is the color of my true Love’s hair, il y en a combien de ces Afro-Américains qui ne rêvaient, n’aspiraient qu’à réaliser le phatasme de Michael Jackson?

      Si ça nous semble débile de voir un homme vouloir changer de couleur de peau, que faut-il penser d’une société qui encourage le lynchage? Ou qui trouve normal que naître avec la peau noire est une condamnation au droit à la dignitié? Quand on s’intéresse à la ségrégation, il faut se pincer pour se rappeler que ça se passait aux États-Unis, à côté de chez nous. Et qu’il y a du monde encore bien vivant qui a connu ça.

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