Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Lundi 3 décembre 2012 | Mise en ligne à 19h23 | Commenter Commentaires (44)

    Scott Walker: le mutant s’offre Bish Bosch

    Scott Walker Bish Bosh

    Scott Walker a signé quatorze albums studio depuis l967. Les caricaturistes pourraient le qualifier de Roy Orbison sur l’acide, car sa voix d’aujourd’hui rappelle un tant soit peu celle du défunt hitmaker mais… trace sur des territoires qui n’ont strictement rien à voir avec Pretty Woman.

    Scott Engel (de son vrai nom) a d’abord fait partie des Walker Brothers, trio américain MOR émigré au Royaume-Uni où il connut le succès de masse. Pendant une pause prolongée de l’ensemble, le chanteur a mené une carrière solo d’aspirant crooner… en pleine révolution psychédélique. Il a repris du service avec ses Brothers pour finalement rompre avec le divertissement léger. Adieu ballades et ritournelles sucrées, propices au top 20.

    Son étonnante migration l’a mené vers le rock, puis l’ambient music et ensuite dans des univers sonores beaucoup plus sauvages, plus complexes. Dire que Scott Walker négocié un virage à 180 degrés tient de l’euphémisme. Le mec s’est mis à la musique contemporaine, l’avant-rock, le bruitisme, le free jazz, l’électroacoustique.

    « Andy Williams reinventing himself as Stockhausen» dixit son profil wiki ! Quelques comparatifs locaux? Pierre Lalonde chante Edgar Varèse ? Pierre Boulez conducts Mario Pelchat ? Nicole Martin explore Claude Vivier ? Après de nombreuses écoutes, on ne s’étonnera pas que David Bowie, David Sylvian, Julian Cope, Alison Goldfrapp ou les membres de Radiohead le citent parmi leurs influences marquantes.

    Cet authentique mutant de la pop culture aura 70 ans en janvier prochain. À quelques semaines de sa huitième décennie, il s’offre Bish Bosch, un opus hallucinant sous étiquette 4AD. Les mélodies y sont construites sur des motifs de guitares souvent atonales, des percussions souvent arythmiques, des claviers aux textures inquiétantes ou d’une moquette atypique que tisse un orchestre à cordes de 36 musiciens.

    Bien au-delà de la simple curiosité, bien au-delà de l’appréciation intellectuelle d’un homme ayant choisi le camp de la révolution, cet opus s’avère un conte d’une suave étrangeté. Plus on écoute la proposition de ce mutant qui pourrait fort bien accompagner un film fantastique (une des pièces dure 10 minutes 11 secondes, une autre 21 minutes et 42 secondes), plus on trippe.

    Liens utiles

    Scott Walker, site officiel

    Scott Walker, profil Wiki

    Profil de Bish Bosch sur le site du label 4AD

    Écoute intégrale de Bish Bosch sur Grooveshark


    • David Bowie a déjà dit de Scott Walker qu’il était «la plus belle voix du XXe siècle».

    • “« Andy Williams reinventing himself as Stockhausen» dixit son profil wiki ! Quelques comparatifs locaux? Pierre Lalonde chante Edgar Varèse ? Pierre Boulez conducts Mario Pelchat ? Nicole Martin explore Claude Vivier ?”

      Come on, Alain, Walker a toujours 100 étages au-dessus de ces figures variet d’ici. Ce qu’il a fait avec les Walker Brothers est fantastique, sans parler de ses albums solos, merveilles des merveilles.

    • C’est rare que je dis ça à propos d’une voix mais dans son cas, c’est catégorique: pas capable.

      Pas capable de la prendre au sérieux, c’est tout simplement toooooout much (comme Bowie à l’occas d’ailleurs). On peut ajouter Normand L’amour à la liste, même trémolo.

      Musicalement par contre, c’est très bien.

    • Un extrait de l’entrée « Scott Walker » dans le Rock Snob’s Dictionary, à prendre au degré qui vous convient ;-) : « Walker’s lasting Rock Snob appeal comes from the string of eponymous solo albums he made in the late sixties and early seventies, which are worshipped in his adopted homeland of Great Britain. Setting his ridiculously vibrato’d, Vegas-worthy wail against Kurt-Weillesque orchestral arrangements, he became the dark knight of schlock. »

      Cela étant cité, j’aime bien Walker. Sa démarche me touche.

    • Il est très lynchien, Walker, et sa lynchité me plaît beaucoup que celle de vous savez qui. La pièce Epizootics et son clip sont d’un malsain tout à fait rassérénant.

    • Meanwhile, back at the ranch, il y a ma nouvelle du jour : Low lancera en mars un album réalisé par Jeff Tweedy.

    • Une brève première écoute me fait dire que c’est une des choses les plus abominablement mauvaises que j’ai entendu de ma vie, bon dieu, quelle voix atroce! Haha

      ..and yet, je vais tellement réécouter ça.

      ”tellement mauvais que c’est bon”, kind of. :-)

    • Non, sérieux, je viens de trouver ZE album pour faire sortir la visite de Noël.

    • Je suis déjà en train de tester la chose avec ma blonde. Je vais probablement dormir sur le divan, je reconnecte plus tard.

    • Pour ceux qui se posent la question: l’alcool qui accompagne le mieux cet album est un cocktail à base de Windex et de crème de menthe. Servir avec une tranche d’aubergine, à température de la pièce.

    • Ha-ha-ho-ho-hi-hi! C’est comme ce que chantait Plume : « Je mets d’l'eau dans mon vin,
      avec du Drano chaque matin. »

    • 81% sur Meta!

    • Boogie, mon ami, vous débloquez? Normand L’amour? C’est vrai que dans l’extrait il déconne un peu, mais il est sublime ici:

      http://www.youtube.com/watch?v=bZTS9H-l5qQ
      http://www.youtube.com/watch?v=Q11ium_-Lv8

    • C’est l’album que je ne me pouvais plus d’attendre en 2012. J’ai découvert The drift l’année dernière, énorme coup de coeur. Pour l’instant, ça commence très très bien.

    • Et puis Nick Cave et ses Bad Seeds début 2013. Pourvu que les mayas se soient trompés…

    • Ils ont fait une entrevue avec Walker sur pitchfork récemment… J’ai été surpris d’apprendre que sa démarche de composition n’était pas si savante que ça, plutôt intuitive. Le texte vient en premier, mélodie vocale ensuite et des partitions imprécises à suivre pour la percussion. Ensuite, recherche dans le noir (du studio) pour la “texture” qui colle le plus au texte.

    • Bonsoir Alain,j’aime bien.
      et est-ce qu’il n’a pas déjà eu une session avec ”Jaco Pastorius” avant son décès?Celui là d’ailleurs que nous n,’ plus souvent mais tellement bon!Il est vrai qu’il est souvent ”trop” mis dans le jazz alors qu’il pouvait être tout autrement.
      Gilles Ménard

    • Après le nous,’ j’avais écris que nous n’entendons plus souvent.
      Scusez la!!!!
      Gilles Ménard

    • @jon8 et hardy

      L’alcool que distille Joaquin Phoenix dans The Master pourrait aussi faire l’affaire !

    • voie_royale :

      En attendant l’album (et le billet d’Alain à son sujet), il y a une chanson en écoute là :

      http://www.rollingstone.com/music/news/song-premiere-nick-cave-the-bad-seeds-we-no-who-u-r-20121130

    • Push the Sky Away est annoncé pour la mi-février. La pochette l’album est assez évocatrice…

    • Merci Hardy! Ça doit faire 8 fois que je l’écoute déjà.

    • Oui, j’avais mis ça à la suite de votre billet sur Cohen :

      « Nick Cave, grand admirateur de Cohen devant l’Éternel – vous me permettez cette pirouette? – lancera Push the Sky Away en février :

      http://www.youtube.com/watch?v=aK59GDfWvsg&feature=player_embedded »

      Est-ce que ce sera aussi bon ou meilleur que Dig, Lazarus? Nick et son compère Warren Ellis – qui conserve son look pré-guerre de Sécession – semblent inspirés. Et le premier extrait est très bon.

    • Ah, désolé, ça m’a échappé.

    • Moi je dirais Fernand Gignac déterré chante Einstürzende Neubauten.

      Je n’ai pas encore entendu l’album au complet (il va arriver par la poste via Amazon). Avec les extraits, il semble moins extrême que son prédecesseur “The Drift”. Je recommande de faire jouer “The Drift” le soir du 31 octobre dans la cour en guise d’accueil pour les Halloweeneux!

    • Virage à 180 degré? Je ne vois pas où ni quand. C’est depuis The Electrician qu’il travaille ce genre d’atmosphère sur des textes politique. Déjà dans Orpheus on entend tout l’oeuvre entier. Il n’a pas fait beaucoup de ballades sucrées non plus à mon sens, il faut s’attarder aux paroles. Wally Stott par exemple (Walter Carlos 2), l’arrangeur(se) de Scott 3, plonge à pieds joints dans l’atonal.
      Enfin, le parcours est assez atypique mais rempli de surprises à tous les détours, même sa période country est époustouflante. S’il possède la plus belle voix du 20ème, il est certainement un des chasseur de timbre les plus pertinent du 21ème.

    • @rafc

      The Electrician , c’était en 1978. Durant la décennie précédente, on était régulièrement dans le MOR – surtout jusqu’à 67 avec ses collègues Walker.

    • C’est quoi MOR, middle of the road? Enfin, je vois sa carrière comme constituée de boucles qui se recentrent et repartent, rien de brisé. Ses obsessions ont toujours été les mêmes. Pré 67, il faut entendre l’album Images, surtout Orpheus:

      http://www.youtube.com/watch?v=NGQ7IphExKk

    • En ce qui me concerne, il y a lieu de croire que son approche était middle of the road au début de sa vie publique, ETK très très loin de ce qu’on écoute aujourd’hui sauf certaines mélodies vocales. Comme vous, le principal intéressé y voit peut-être une progression naturelle (et je n’en suis vraiment pas certain si je me fie à son propre regard sur le passé) et… soyons sérieux. Si ce n’est pas un virage radical, je me demande bien ce qu’est un virage radical ! La progression de Scott Walker, d’ailleurs, me fait penser à celle de Sun Râ; au début de sa carrière, le jazzman travaillait pour Fletcher Henderson (big band pré-swing) en tant qu’arrangeur et pianiste… trente ans plus tard, il était dans le free jazz cosmique et conservait quelques fragments de sa jeunesse lointaine. Très peu de ses contemporains (pour ne pas dire aucun) avaient négocié ce virage.

    • Y a eu un documentaire (2006) sur Scott Walker passé récemment à la télé sur Sundance (Scott Walker:30th Century Man):le parcours des Walker Brothers,une très rare entrevue avec un journaliste,des extraits de sa musique et Walker en studio avec son équipe.C’était intriguant…et plutôt weird.Je n’y ai pas compris grand chose mais je respecte sa démarche.Pour moi Scott Walker c’est les Walker Brothers et ses chansons de Brel,ça s’arrête là.Disons que je l’ai perdu de vue en cours de route.

    • À lire le texte principal et les commentaires, je pensais que j’aurais besoin d’un manuel d’instruction et d’une clé allen pour assembler le tout et en faire un meuble cohérent.
      Weirdo, c’est certain et noir foncé mais on le suit dans sa croisade. Au plan mélodico-vocal, sauf sur certaines pièces, on a l’impression de la même lamentation, exploitée à répétition.
      Pour ce qui est de sa chanson de Noel, the day the conducator died..une chance qu’on a les clochettes de Noel pour nous rappeler la saison, sinon on se croirait le vendredi saint à 3 heures pm.

    • « Au plan mélodico-vocal »

      Au premier coup d’œil, j’ai lu « Au plan médico-vocal »! Je me demandais de quelle pathologie il serait question par la suite.

      Une chanson de Noël évoquant l’empressement du peloton à exécuter Ceaușescu, ça change de Bing Crosby et de Ginette Reno : « Nobody waited for “Fire” ». J’ai des voisins roumains très conviviaux, faudrait que je leur fasse entendre ça, ce serait l’occasion de sortir l’eau-de-vie de prune.

    • Haha! Ouais en fait, j’ai un flash back des sermons du dimanche du curé de ma paroisse. Il surfait sur les thèmes apocalyptiques et des feux de l’enfer. Lui, il nous la faisait à frette, pas de musique. Au moins avec Walker, y a un emprunt au chant grégorien accompagné d’un orchestre qui cherche à s’ajuster aux distorsions illuminées du guide spirituel.

    • Quelqu’un a parlé de sortir la Slivovitz…??

      QUE LES FÊTES COMMENCENT!!

    • Oh! Et concernant Scott Walker…

      Je dois avoir un album de lui où il reprend des chansons de Jacques Brel…

      Faudrait que je le trouve pour réécouter ça…

    • Puisqu’il a été question de Nick Cave et de ses Mauvaises graines plus haut : ils seront au Métropolis le vendredi 22 mars, avec Sharon Van Etten en première partie. Wou-hou.

    • Vous avez raison Alain, Walker a fait ses débuts très jeune sur Broadway! donc MOR. C’est seulement que je peux arriver à identifier un moment charnière où il serais passé de Alanis à Morrissette par exemple. Pour moi son parcours est effectivement naturel et dialectique, qu’on peut difficilement partager en deux phases. De Broadway au Bilboard, ensuite, étude du chant grégorien, sorte de révolte contre les formes pop, début d’une carrière solo en se tournant vers le sériel ! et le country !!, abdication et retour au pop avec un show de télé en prime, reprise de standards établis parfois convenus. Après deux albums entièrement country (où sa voix n’a jamais été aussi juste), retour des Walker Brothers et retour à la composition avec ultimement, The Electrician (Bowie cite cette pièce comme influence majeure de sa trilogie berlinoise). S’il y a virage radical c’est ici. Mais selon moi tout ce qui suit, les 4 albums, un pour chacune des décennies, est déjà annoncé. Par exemple cette constante tension entre, d’un côté des arrangements luxuriants et précieux, et de l’autre, ce désir d’épuration des timbres. Même constat dans les textes. Il y a une progression semblable chez David Sylvian que vous cité dans votre texte, une succession d’égarements (wanderlust) et de retours.

    • …je ne peux pas arriver…

    • Bien ramassé rafc ! Promis à une carrière de crooner pop, Scott Walker a pris une tout autre direction, longue série de fondus enchaînés l’ayant mené là où il est aujourd’hui. Personnellement, je vois sa marque dans cette tension étrange entre le très soyeux et le très rugueux. Au bout d’un moment, on s’y fait et ça le fait.

    • Parlant de progression, le Richard Hawley cuvé 2012 est fascinant. Stoner rock et psychédélisme pour faire suite à Truelove’s gutter! On dirait à certains moments qu’il a laissé les Arctic Monkeys choisir les pédales d’effets, à d’autres, qu’il chante comme Michael Hutchence. C’est extraordinaire!

    • Au bout d’un moment, tout devient tolérable. Vraiment, faut aimer les deuxièmes degrés et les tensions soyeux-rugueux pas à peu près pour embarquer dans ce trip.
      Moi c’est bizarre mais ça me fait plus réagir que LDR des concepts pareils, je ne peux rester indifférent.
      Mon gut feeling ne me suggère qu’une chose: fumisterie. Mais ce qui est le plus drôle, c’est que je respecte quand même.

    • Ce que ça provoque…

    • le blitz des listes de fin d’année arrivent à quelle heure ?

    • Pour moi c’est l’équivalent musical de Béla Tarr; Insupportable.

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