Alain Brunet

Archive, juillet 2012

Mardi 31 juillet 2012 | Mise en ligne à 19h43 | Commenter Commentaires (4)

The Weeknd: le prodige torontois à Osheaga

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On pourrait estimer qu’Abel Tesfaye, alias The Weeknd, se tue dans l’œuf. On pourrait juger que cet artiste de 22 ans procède à son propre avortement professionnel en déclinant toutes interviews ou en interdisant les médias officiels de le prendre en photo lorsqu’il monte sur scène. Tête enflée ? Paranoïa? Autoconstruction ou autodestruction du personnage?

On écoute attentivement sa musique et… ces considérations deviennent futiles. Totalement. On écoute ces 27 titres déclinés sur trois mixtapes lancés en une seule année (2011), dont cet House of Balloons sélectionné au Polaris de 2011 suivi de Thursday et Echoes of Silence – tous gratuits en téléchargement autorisé par l’artiste et suggérés à la fin de ce billet.

On écoute ces 27 titres depuis 2011, on se dit encore que cet artiste de Toronto est LE surdoué black à émerger de la musique populaire canadienne. Perso, en tout cas, je n’ai jamais entendu un jeune artiste noir de ce niveau from Toronto.

Impossible de prévoir la suite des choses mais, chose certaine, on vient d’assister à toute une mise en orbite. On ne se formalisera donc pas de ne pouvoir lui parler ou de le prendre en photo, sa musique parle d’elle-même, ça suffit amplement pour l’instant.

Ses chansons produisent des ambiances sépulcrales, patibulaires, d’une tendresse carbonisée,. Mais aussi gorgées de sensualité, empreintes de ce romantisme sombre qui catalyse la grande création depuis la nuit des temps. Oui, cet afro-spleen procède d’une soul-pop biberonnée aux micro-processeurs, R&B à haute teneur technoïde mais qui n’exclut pas le jeu instrumental.

Les 27 titres d’Abel Tesfaye constituent un florilège de références noires et blanches en matière de culture pop ou rock (jusqu’à Gainsbourg !), grande diversité texturale, exploitation maximale de tout ce qu’offre la lutherie de 2012, époques et styles transcendés par un créateur de chansons à la voix haut perchée, non sans rappeler feu Michael Jackson.

The Weeknd a beau se blinder, se cadenasser, refuser de parler à quiconque des médias pourrait en dresser le portrait. Il a beau n’en avoir rien à cirer, on sera au pied de la scène d’Osheaga où il se produira. On assistera à tous ses concerts tant et aussi longtemps qu’il fera preuve d’une telle inspiration.

The Weeknd se produit vendredi, 18h40, scène de la Montagne, parc Jean-Drapeau. Inutile d’ajouter que j’y serai… puisque j’étais en Inde lors de son passage au Métropolis, en mars dernier.

Liens utiles

Télécharger gratuitement House of Balloons

Télécharger gratuitement les albums Echoes of Silence et Thursday

Abel Tesfaye, profil Wiki

Osheaga, infos

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Mardi 31 juillet 2012 | Mise en ligne à 14h02 | Commenter Commentaires (38)

Stagnation de la musique pop: des scientifiques se prononcent

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Le papier de mon collègue Marc Cassivi m’a intrigué ce matin. Il y est question d’une étude espagnole qui conclut à la stagnation de la musique populaire au cours des derniers 50 ans. Je l’ai contacté illico, il m’a courtoisement fourni l’hyperlien qui résume le corpus, la méthode et les conclusions de cette étude fort intéressante.

Pour en lire le résumé, on clique ICI.

En bref, les données ici traitées comprennent descriptions et annotations de 464,411 enregistrements réalisés entre 1955 et 2010, ce qui représente 1200 journées d’écoute continue. Enregistrements de tous styles: rock, pop, hip hop, métal, électro.

On y a évalué le volume, le timbre, la tonalité, la sonorité, le contenu harmonique.

On y conclut que la musique populaire reste stable depuis un demi-siècle et que la manière de créer la musique est généralement conventionnelle. Au-delà des différences de styles, on assiste à un appauvrissement harmonique, à une homogénéisation et une redondance de la palette timbrale, et à une moyenne ascendante du volume d’écoute. On observe également dans cette étude à une forme de conservatisme immanent du discours médiatisé sur la musique, à tout le moins une forme d’immobilisme.

Que penser de tout ça ?

Grosso modo, il y a lieu d’être d’accord avec le constat d’appauvrissement harmonique de la musique populaire occidentale. La proéminence du blues et du rock dans les années 50 en est la cause principale, quoi qu’on pense de ces formes importantes de la modernité musicale au 20e siècle; arrangements, orchestrations et harmonies étaient effectivement plus riches et diversifiés à la grande époque de Broadway et ses songwriters beaucoup plus éduqués musicalement – Cole Porter, George Gerswhin, Jerome Kern, Irving Berlin, etc.

Quant au reste, les conclusions de cette étude ne doivent concerner que le top 50 de manière générale. Et encore là il y a des exceptions comme Radiohead. La profondeur harmonique est tangible dans la musique populaire brésilienne moderne, et on l’observe aussi dans plusieurs formes nichées de la musique populaire occidentale- surtout dans les formes spécialisées de musique électronique, de hip hop ou de musique indie. Rufus Wainwright, Joanna Newsom, Bilal ou Meshuggah, pour citer des exemples connus (pop, folk, soul/hip hop et métal), n’ont rien à voir avec cet appauvrissement harmonique dont parle l’étude espagnole.

Pour les rythmes, l’évolution les 15 dernières années de musique électronique infirme totalement les conclusions de l’étude. Bien au contraire, les patrons rythmiques proposés par les DJ/réalisateurs de pointe sont plus complexes que jamais. Idem pour le côté timbral ou textural; l’arrivée des technologies numériques et l’évolution marquée des techniques de studio ont enrichi les textures des productions plutôt que le contraire.

En somme, ce qui a régressé ou est resté stable correspond à la musique populaire très commerciale, c’est-à-dire celle jouée à la radio commerciale (plus redondante que jamais) ou au sommet des top 50 des palmarès nationaux ou internationaux (plus prévisibles que jamais). Cette polarisation entre blockbusters ultra-formatés et une immense diversité répartie dans une quantité phénoménale de niches et de communautés d’affinités serait une description plus juste… que cette étude semble escamoter à vue de nez.

Autrement dit, il y a le monde d’une musique commerciale de plus en plus prévisible et redondante dans ses formes (la créativité s’y trouve plus tôt dans le look, les images et les effets spéciaux)… et il y a cette immense diversité de musiques qui pullulent dans leurs niches respectives.

Inutile d’ajouter que nous préférons aborder ici le second volet des musiques dites populaires (et non populaires tant qu’à y être) , dont la somme des expression devient aussi importante que ce qu’on qualifie de musique populaire. À ce titre, il y a lieu d’alimenter l’optimisme… sans exagérer.

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Lundi 30 juillet 2012 | Mise en ligne à 18h45 | Commenter Aucun commentaire

Lunice de Montréal

lunice 2

Superbe Piknic Electronik ce dimanche. Super sélection. Jacques Greene suivi d’Ikonika. Cette dernière nous a servi un set très relevé, plein de relief, précédant le jeune Montréalais que voici: Lunice, qui nous a balancé une heure de tempos moyens ou lents à forte teneur hip hop, néanmoins mâtinés d’électro. Vraiment un son. Vraiment créatif. Vraiment connecté au bas-ventre. Vraiment jubilatoire.

Lunice Fermin Pierre II a 23 ans. Son profil biographique nous apprend qu’il a déjà suggéré des remixes à une pléthore d’étiquettes telles Mad Decent, Sony Music, Warner Music Group, XL Recordings, Young Turks, Big Dada et Top Billin’. Il cite Autechre, Bangladesh, Dilla ou Ed Banger, ce qui nous donne un aperçu de son éclectisme. Actif sur les circuits électros depuis au moins une paire d’années, il a au moins deux maxis sous sa signature: Stacker Upper et One Hunned sous étiquette écossaise LuckyMe – qui endosse aussi le travail de Jacques Greene, autre figure montante de l’électro locale qui a brillé dimanche au Piknic ainsi qu’en première partie de XX au Métropolis.

Stacker Upper, écoute intégrale sur Grooveshark

One Hunned, écoute intégrale sur Grooveshark

Lunice, site officiel

Lunice sur Soundcloud

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