Alain Brunet

Archive du 14 juin 2012

Jeudi 14 juin 2012 | Mise en ligne à 13h44 | Commenter Commentaires (10)

Radio Radio: chiac…compli

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Le franglais montréalais consiste généralement à alterner une phrase française et une anglaise. Plusieurs y voient une pratique inacceptable de manière à maintenir la position proéminente du français à Montréal. D’autres interprètent cette pratique comme un échange courtois, respect mutuel entre francophones, anglophones ou allophones. Dans les faits, les francophones finissent très souvent par s’exprimer exclusivement en anglais avec leurs potes anglos. Ces derniers peuvent n’y opposer aucune résistance ou encore tenir à ne s’exprimer qu’en français. Enfin…

Chez Radio Radio et les praticiens du chiac acadien, le franglais procède d’une fusion plus profonde des langues officielles. Ce franglais d’Acadie n’est certes pas le franglais montréalais, puisqu’il ne s’agit aucunement d’une alternance de locutions fançaises et anglaises. Il s’agit plutôt d’un dialecte composite. Les calques de l’anglais, constructions grammaticales et syntaxiques inspirées de l’anglais y affluent et surgissent dans les phrases apparemment françaises. Ainsi, on est plus proche d’un créole où se fondent deux langues et leurs règles respectives pour en devenir une autre, aussi limitée soit-elle dans son expression littéraire.

Soucieux de promouvoir le français en tant que patrimoine riche et autonome, certains y diagnostiquent un français en sérieux déclin voire l’illustration d’une aliénation culturelle. Cela justifie d’ailleurs quelques vives réaction de réprobation à la suite d’un blogue printanier au sujet de Lisa LeBlanc. Des Québécois et Acadiens s’inscrivent en faux contre toute anglicisation de la langue française en Amérique ou même contre l’anglais exprimé dans l’espace public québécois ou canadien français.

Or, il appert que Radio Radio, trois albums plus tard, exerce toujours un grand pouvoir d’attraction. Et ce, pour les bonnes raisons. En ce qui me concerne, ce chiac s’avère consonant et d’autant plus contagieux. Ceux qui le pratiquent au sein de ce groupe sont en phase avec la sono mondiale. La diversité de leurs rythmes, de leurs références (hip hop, dub, soul, cajun, folklore, électro, funk, rock, africain, etc.) ou de leurs invités de moult cultures procède d’une intégration fine. Plus que festive. Plus qu’exotique. On parle ici d’une expression en phase avec notre époque, avec le cosmopolitisme des grandes villes, avec l’accès illimité à l’information culturelle planétaire.

Plus j’écoute Havre de Grâce, plus je trippe. D’entrée de jeu, on y relève moins d’accroches que sur Belmundo Regal, on y observe néanmoins une processus réel de raffinement. Raffinement des sons, raffinement de la musique des mots.

Chiacceptable ? Plus que chiacceptable. Enfin, c’est ce qu’on se propose de revérifier ce jeudi au Métropolis.

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