Alain Brunet

Archive du 21 mai 2012

Lundi 21 mai 2012 | Mise en ligne à 9h02 | Commenter Commentaires (32)

Victo, suite et fin

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Photo fournie par le FIMAV

Muhal Richard Abrams, piano, Rosce Mitchell, saxophones et flûtes, George Lewis, trombone et musique électronique, ont coiffé le 28e Festival Festival international de musique actuelle de Victoriaville en y offrant la performance des maîtres qu’ils sont. Continuum parfaitement équilibré de jazz contemporain, langage riche, et chargé. Une heure et quart d’expérience, d’inspiration et de grande subtilité.

Les festivaliers de cette année se rappelleront entre autres des performances signées John Zorn, Jean René, Wadada Leo Smith, Joe Morris, Mike Pride, Jamie Saft, Raoul Björkenheim, Morgan Agren, Thee Silver Mt.Zion Memorial Orchestra. Ce dernier ensemble a offert dimanche soir un concert à la hauteur de sa réputation. Axée sur un corpus chansonnier contrairement à la facture exclusivement instrumentale du grand frère Godspeed You! Black Emperor, l’approche de Mt.Zion se démarque clairement pour la qualité de ses arrangements, ses réglages mélodiques et harmoniques, sa recherche texturale via différents procédés d’amplification et de saturation. Et ce, jamais au détriment de l’impact émotionnel. Les fans montréalais peuvent être fiers de compter une formation d’un tel calibre dans leur ville.

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La formation montréalaise Thee Silver Mt.Zion Memorial Orchestra, photo fournie par le FIMAV

Évidemment, rien n’est parfait sur le territoire de la musique, l’actuelle n’y fait pas exception…

Le problème, d’ailleurs, existe depuis que l’avant-garde est ainsi nommée. Que faire lorsqu’on reste sur son appétit et lorsqu’on défend les mouvances artistiques les plus audacieuses? Souvent, on esquive de peur d’être associé aux réactionnaires qui n’hésitent pas à réduire et mépriser pour ainsi camoufler leur ignoramce… On passe à un autre sujet… et cela ne sert personne au bout du compte.

Prenons l’exemple du concert «Gens de couleur libres», premier chapitre de Coin Coin, ambitieux projet de la saxophoniste afro-américaine Matana Roberts pour voix, égoïne, anches, cuivres, guitare, violon et piano. Beaucoup de monde sur scène (onze en tout) en cet après-midi dominical, quelques montées d’intensité, quelques passages intéressants mais souvent cette impression d’une enfilade de lieux communs sur le territoire des structures en interaction avec l’improvisation. Chant collectif, voix solo avec piano, onomatopées, cris, complainte, motifs rythmiques aux mesures composées, etc. La matière suggérée par la compositrice m’a semblé plutôt mince et souvent mal ficelée, pour faire une histoire courte.

Idem pour l’Ensemble Supermusique, qui regroupait samedi après-midi neuf musiciens montréalais sur la scène du Colisée des Bois-Francs. Peu d’information neuve fournie par ses concepteurs. Des interprètes et improvisateurs d’un tel calibre (Derome, Del Fabbro, Tétreault, etc.) auraient peu être davantage mis à contribution, et ce malgré le caractère horizontal des propositions mises de l’avant.

Côté «spoken words», l’inénarrable (et désormais incontournable) «poète» Lucien Francoeur a presque réussi à faire oublier ses pubs de Wopper et ses animations populistes de CKOI FM (« On s’est faufilé pour évité d’être occulté», a-t-il justifié sur scène, le on incluant exclusivement la personne qui parle) et nous refait le coup de la substance littéraire. Quelques bouts de textes assez travaillés et autres retours à son radotage des années 70 (Jim Morrison ad nauseam), le tout saupoudré d’une variation improvisée de son imbuvable rap à billy. Il faut être très romantique (je suis poli) pour avaler tout ça d’un seul trait. Il faut néanmoins reconnaître que Francoeur est un garçon intelligent qui sait effectivement se «faufiler». Assez futé pour se faire passer pour un poète de haute tenue, a-t-on pu constater une fois de plus. Chose certaine, le mec sait cultiver son petit mythe, cette fois en se collant sur les fréquences très lourdes et bien envoyées de Mario Girard (électronique) et de Michel Meunier (guitare). Ma foi, un fond sonore idéal pour le Francoeur et la crédulité de ses fans.

Côté statistiques, on a appris dimanche soir que le FIMAV n’a ni grossi ni rapetissé en 2012 : plus ou moins 4000 entrées payantes comme en 2011, l’affluence est donc restée stable et l’équilibre budgétaire devrait être atteint.

Jean St-Arnaud, président du conseil d’administration des Productions Plateforme qui présentent le FIMAV, s’est dit «un peu déçu» car les préventes de billets avaient augmenté de 20% par rapport à l’année précédente ce qui laissait présager une croissance « Les publics de Montréal et Québec ne se seraient pas autant déplacés que prévu. Nous en ignorons la raison.»

Les observateurs peuvent se questionner à leur tour : le choix des salles et des horaires pourrait-il être aussi mis en cause? Par exemple, est-il défendable de présenter le très influent John Zorn un jeudi soir, loin des grands centres ? Produire un concert de jazz contemporain en clôture au Colisée des Bois-Francs alors que la formation Thee Silver Mt.Zion Memorial Orchestra, dont l’impact quantitatif est plus considérable que les maîtres Muhal Richard Abrams, Roscoe Mitchell et George Lewis, aurait pu attirer davantage qu’au Cinéma Laurier en début de soirée dominicale, n’est-ce pas aussi discutable ?

On n’en est pas aux premières considérations du genre à Victo, où la musique actuelle attire beaucoup du mélomanes de Nouvelle-Angleterre et du Rest of Canada. L’offre de musique actuelle à Montréal et Québec étant plus considérable qu’autrefois, les fans québécois ont tendance à moins se déplacer bien que…

Et la population locale? Très peu en salle mais… Éric d’Orion, commissaire aux installations sonore, un concept mis de l’avant au FIMAV depuis trois ans s’est montré fier de leur impact auprès des résidants des Bois-Francs: « Nous avons observé que les gens étaient curieux de ces installations qu’ils fréquentaient par hasard au cours des années précédentes. Ils se les approprient, ce qui augure bien pour les années à venir. »

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