
De nos jours, le monde du jazz regorge d’excellents pianistes techniciens aguerris, virtuoses éduqués dans les meilleures écoles. Le monde du jazz compte beaucoup moins d’excellents concepteurs pianistiques.
Une fois de plus, on constate que Vijay Iyer est de ces rarissimes compositeurs, interprètes et improvisateurs capables de se dégager de toutes les esthétiques connues du piano jazz, pour ainsi implanter un langage unique, langage qui fera école si la tendance se maintient. Contrairement à son précédent opus, cet Accelerando n’a que peu (ou rien) à voir avec la musique classique indienne, une culture dont il est partiellement tributaire comme on le sait.
Inspirées du hip-hop et de la musique électronique, les propositions du batteur Marcus Gilmore et du contrebassiste Stephan Crump contribuent fort probablement à étoffer le discours rythmique/harmonique de leur leader aux ivoires. Quant aux apartés pop (Human Nature de Michael Jackson) ou électro (mmmhmm de Flying Lotus), ils s’immiscent subtilement dans ce répertoire original et ces relectures de maîtres (Ellington, Henry Threadgill, Herbie Nichols), non sans rappeler le travail d’Ethan Iverson (The Bad Plus). Cela dit, tout se déploie ici via une approche qui n’a rien à voir avec personne d’autre que… Vijay Iyer.
Voilà pour la critique de ce jazzman américain d’origine indienne – et dont Tirtha, l’opus précédent, fait largement état.
Au cours des jours qui suivront, il se peut que j’écrive un peu moins qu’à l’habitude. J’ai une excellente raison: je suis actuellement en… Inde. Si vous me lisez assidument, vous savez l’intérêt que je porte à cet immense patrimoine musical, sans compter ses déclinaisons d’aujourd’hui. Or, sauf quelques gros noms de la musique classique indienne et Bollywood, on connaît peu de choses de la musique indienne d’aujourd’hui. Voilà qui justifie ce séjour de découvertes et de vacances avant la haute saison des festivals.
J’ai d’ailleurs quelques rendez-vous fixés avec quelques musiciens et professionnels installés à New Delhi, où je suis depuis le début de cette semaine.
Au programme des rencontres, Ayaan Ali Khan, grand virtuose du sarod, instrument à cordes associé (entre autres) à la tradition hindustani, c’est-à-dire de l’Inde du Nord. Je compte aussi rencontrer Gaurav et Tapan du groupe électro-indien Midival Punditz. J’ai déjà croisé des artistes de jazz indien et un promoteur des plus cool qui m’a fort bien résumé le contexte des multiples scènes musicales à New Delhi. Si la tendance se maintient, j’aurai des choses à vous raconter ! Après le Gange et le Rajasthan, il y aura Mumbai… et beaucoup de musique.
À + et… soyez sages sur le blogue !
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bt627
22 mars 2012
15h27
Namaste AB, et bon périple!
Quant à VI, deux constances: des pochettes affreuses et des albums qu’on peut acheter sans même écouter au préalable, en sachant que ce sera du bonbon!
duromax
22 mars 2012
15h57
bon voyage !
excellent disque, comme toute sa discographie d’ailleurs (les albums avec Mike Ladd !). On peut aussi l’entendre sur l’album Suno Suno de Rez Abbasi’s Invocation (Enja, 2011) avec Rudresh Mahanthappa. Mais c’est pas aussi bon que son travail de leader. Des très longues pièces…
Les “pochettes affreuses” sont des œuvres d’art d’Anish Kapoor…Il y a peut-être une signification, une liaison, entre l’œuvre de la pochette et le contenu de l’album.
Sinon, suggestion concert: Ballister le 7 avril à la Casa Del Popolo. Ça va fesser !
blackened
22 mars 2012
16h13
Oh yes pour Ballister. Quelle belle façon de terminer le carême!
Sont quand même pas si affreuses, les pochettes de Vijay Iyer… On est loin de la pochette “couverture de Elle Québec” de Julie Lamontagne!
frankola
23 mars 2012
08h22
3000% hors sujet Pierre Fortin vient de sortir un beau petit projet intéressant. http://pierrefortin.bandcamp.com/album/m-canique-dhiver
sultitan
15 avril 2012
18h02
Réponse tardive à un commentaire plus haut: Je suis un fan d’Anish Kapoor, dont les oeuvres représentent souvent des phénomènes de l’espace-temps, de la gravité, du monde naturel, une sorte d’essentialisme façon Brancusi, mais qui évoque plutôt des forces invisibles, des rapports entre la matière et la non-matière qui nous dépassent et demeureront là même si nous (et l’art) disparaissons. En ce sens, c’est un travail qu’on pourrait étiqueter “sublime”, qui dépasse le cul de sac du minimalisme et le désarroi entropique communiqué par plusieurs artistes depuis Robert Smithson. C’est l’envers absolu de Damien Hirst et de Jeff Koons. C’est vraiment un des plus importants artistes visuels vivants. Cela dit, il n’y a pas trop de pertinence à mettre çà sur une pochette (faudrait qu’elle soit 3D, au moins), et cette oeuvre me semble plus ancienne. À ses débuts Kapoor évoquait de manière semi-abstraite des éléments précis de la culture indienne (d’où l’utilisation de pigments rouges: parfois même les sculptures n’étaient pas solides, juste du pigment coulé comme du sable et laissé au vent).