
En vérité, je n’ai pas porté attention à Video Games jusqu’à ce que le buzz écume et déborde du chaudron. Comme vous, j’ai fini par regarder le clip sur You Tube… Et après ? De prime abord, l’intérêt d’un buzz aussi viral, aussi contagieux, c’était le buzz en tant que tel. Autre phénomène viral de l’internet, fulgurant sur la Toile.
Or, lorsque Elizabeth Grant alias Lana Del Rey s’est fait ramasser à la suite de sa prestation timorée, pour ne pas dire erratique, lors de l’émissionSaturday Night Live, j’ai entrepris de me pencher sur son cas…
À l’écran, on devine les rénovations du facies, les lèvres gonflées chez le chirurgien,. On observe ces doigts garnis d’ongles rapportés, démesurément longs. On voit la teinture des cheveux. Le look néo-kitsch, l’angle rétro-nuovo, la mine ténébreuse.
On peut toujours s’en tenir à cette perception sommaire. On ne s’en tient pas là.
On écoute plusieurs fois les 15 chansons de Born To Die et… on se prend une dose agréable de substance pop. Dose qui a, finalement, peu à voir avec la vague médiatique, pas plus qu’avec son ressac réprobateur.
Des gueules comme celle-là, doit-on le rappeler à quiconque y voient un signe indéniable de superficialité, n’abritent pas que des cervelles d’oiseau. Comme on en reçoit après avoir écouté certaines chanteuses reconstruites (Dolly Parton, par exemple) et dont le buzz a été savamment construit (Madonna, Britney, Gaga, etc.).
Conclure à l’éléphant blanc, conclure au ballon dégonflé avant son envol, conclure à l’artificiel, conclure à la pitoune surfaite par ses plasticiens et stratèges, conclure à la superficialité, l’arnaque, le vide, la maladresse ou l’interchangeabilité, voilà autant d’éléments d’une grille critique sommaire et d’autant plus prévisible.
Le phénomène Lana Del Rey suggère d’ores et déjà plus de complexité que le modèle classique de la jeune chanteuse pop jetable après usage. Derrière cette moue botoxée, derrière cette «self styled gangsta Nancy Sinatra», il y a une vraie gravité dans le ton. Un vrai nuage au-dessus de la tête. Un vrai coeur qui peut se briser. Un vrai corps qui peut se faire baiser. Une indolence véritable. Une sincérité sans frime. Une propension à la caricature et de l’autodérision.
On y repère des ambiances insolites de paumés, beaux, grimés et farouches. Il y a ce lien paradoxal entre la jeune fille posée et la garce délinquante, entre la romantique et la hardcore. Relation intéressante entre cul et tête, entre superficialité et profondeur. Malgré la construction patente de Lana Del Rey, on sent une certaine grâce, un certain raffinement, une certaine sensualité.
Qui plus est, il y a cette prise sur le destin, cet esprit conquérant des stars qui ne se laissent pas décrocher aisément de leur constellation. Somme toute séduisante, cette voix a été mise en évidence par de fort bons producteurs (Emile Haynie, Justin Parker, Robopop), puisant dans la pop classique ou rétro, dans les bandes originales de très bons films, dans le hip hop, dans l’esthétique indie pop. Oui, plusieurs de ces chansons tiennent la route.
Voilà ni plus ni moins de la bonne pop via laquelle s’exprime un personnage construit et habité par une vraie personne, bien au-delà du botox et des ongles artificiels.
Alors ? Sans se rouler par terre, sans crier au génie, sans magnifier quoi que ce soit, parions que Lana Del Rey, la plus virale des icônes pop par les temps qui courent, est là pour rester. Le feu est pris, et le déferlement de critiques quasi haineuses à son endroit n’aura d’autre effet que d’en alimenter les braises.
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