
Pour cette édition de l’oeuvre intégrale de Georges Brassens, mort il y a exactement 30 ans, Universal a choisi le faste, le grand luxe, la grande commémoration. Boîtier évoquant le bois d’une guitare et de sa rosace au milieu de laquelle apparaît le titre d’un grand livre fourni de galettes, et jumelé à un autre rempli de photos et de textes pertinents.
À l’intégrale de ses quatorze albums studio (intégrés cette dans neuf CD, avis aux puristes du format originel), on suggère une pléthore de valeurs ajoutées, c’est-à-dire huit galettes supplémentaires.
Ainsi, on a droit aux versions inédites que Jean Bertola, un proche de Brassens qui avait enregistrées et lancées en 1982. Un deuxième album, créé en 1985 par Bertola, offre trois autres chansons inédites et neuf autres avec les textes qui n’avaient pas été mis en musique par son auteur – trop malade pour terminer le travail.
Un autre album regroupe des extraits de Brassens à la radio – Europe 1. Un autre où Brassens entonne les chansons de sa jeunesse.
Un autre nous offre ses interprétations de ses poètes préférés – Aristide Bruant, Alfred de Musset, Gustave Nadaud, etc.
Un autre réunit des extraits joués en concert, de 1953 à 1977.
On se dirige vers les derniers services du banquet, avec d’abord deux CD de raretés et versions inédites, pas moins de 54 titres !
La dix-septième galette reprend le répertoire de l’album IX, mais avec la guitare supplémentaire de Joel Favreau qui y assure en tant que soliste.
L’ultime CD regroupe des chansons enregistrées dans des conditions précaires mais dont l’extrême rareté devrait ravir les plus finis des fans brasséniens. On peut y entendre Le chapeau de Mireille, pour ne citer que cette chanson popularisée par Marcel Amont dans les années 70.
En somme, des heures de jouissances pour qui quiconque aime les mots mis en musique.
Maîtrise absolue de la langue, musicalité des mots, sens aigu de la formule succincte et toujours riche en contenu – contenu traversé par son anarchisme pragmatique, son humour caustique, sons sens de l’autodérision, le caractère farouche d’un authentique libre penseur. Qui plus est, ce chanteur dit «à textes» préconisait une approche inventive à la guitare si on se met dans le contexte français des années 50 et 60; au folk des chansonniers américains devenus très branchés dans les fifties, Brassens opposa une approche européenne fondée sur les musiques méditerranéennes, le jazz manouche et la musique classique. Oui, cette économie d’effets brasséniens peut sembler austère de prime abord et certainement rebuter qui alimente son aversion (et ses complexes ?) contre la culture française d’Europe.
Le temps passe, Brassens reste.
Le temps ne fait rien à l’affaire dit la chanson dont on osera détourner le sens originel: quand on est super bon, on est super bon.
Informations utiles:
Georges Brassens
Le temps ne fait rien à l’affaire / L’intégrale
Comprend 19 CD, grand livre illustré, illustrations cartonnées
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