Alain Brunet

Archive du 19 décembre 2011

Lundi 19 décembre 2011 | Mise en ligne à 16h53 | Commenter Commentaires (76)

Blues: la «discothèque idéale»

Blues coffret

Sans le blues, notre culture musicale populaire ne serait vraiment pas ce qu’elle est. Nous serions dans un autre monde sans cet effort afro-américain de créoliser le patrimoine musical subsaharien, en faire une musique composite avec les instrument disponibles, en faire une expression propre.

Au 19e siècle, plus ou moins à l’époque de la Guerre de Sécession, le blues est né de ces chants de travail des esclaves en voie de devenir citoyens de seconde classe. De ces musiciens autodidactes ayant appris la guitare acoustique et autres instruments de fortune.

Le blues, c’est-à-dire la branche profane de la musique black des États-Unis (la branche sacrée étant le gospel), fut ensuite un matériau essentiel à la création d’autres formes musicales modernes: jazz primitif, swing, R&B, rock, funk, hip hop, etc. Le blues demeure une forme musicale à part entière, mais assez stable dans ses formes depuis son électrification – c’est-à-dire lorsque T-Bone Walker et autres Muddy Waters se sont pourvus d’instruments modernes après avoir remonté le Mississippi et élu domicile à Chicago.

Je m’en confesse, je m’intéresse peu au blues d’aujourd’hui, je m’en suis désintéressé depuis les années 90, sauf exceptions – Jon Spencer, les artistes du label Fat Possum, pas grand-chose en fait. Par contre, les documents historiques continuent à me brancher et me rappellent les derniers grands cycles du blues – ayant eu la chance de voir parmi les meilleurs sur scène, je pense à Muddy Waters, Willie Dixon, Sonny Terry & Brownie McGhee, John Lee Hooker, Luther Allison, John Mayall, Taj Mahal, Big Mama Thornton, Sugar Blue, Albert King, Buddy Guy, Albert Collins, BB King, Lil’Ed and the Imperials, RL Burnside, etc.

Comment s’y plonger aujourd’hui ?

On pourrait spéculer, tergiverser, méditer longtemps afin de déterminer ce que devrait être la «collection idéale» d’albums de blues, un des gènes fondateurs de la musique populaire moderne.

Chez Sony Music, marketing oblige, on prétend avoir trouvé : cette «collection idéale» propose ici 25 albums. On a certes retenu des incontournables : Bessie Smith, Robert Johnson, Big Bill Broonzy, Muddy Waters, Willie Dixon, Sonny Boy Williamson, Son House, Champion Jack Dupree, Otis Spann, Chuck Willis, Percy Mayfield, Buddy Guy, Taj Mahal, Hubert Sumlin, Johnny Winter.

S’y exprime aussi Jimmy Witherspoon, dont le blues orchestral fut associé au swing (de Count Basie, notamment) et qui est ici accompagné par le trompettiste Buck Clayton.

Et que dire de Mahalia Jackson… Que vient faire la chanteuse gospel dans un coffret de blues?

Et pourquoi Etta James (soit dit en passant, la pauvre vient d’atteindre la phase terminale d’une leucémie), Aretha Franklin ou Johnny Otis, dont le R majuscule s’ajoute au B de manière générale ?

Et pourquoi ces chansons d’Elvis enregistrées à Memphis et New York entre 1954 et 1956? D’accord, le rock’n'roll du King fut très proche du blues, idem pour le rock post-hendrixien de Stevie Ray Vaughan. La «collection idéale» inclut aussi Little Richard, un des pionniers du rock’n'roll dont le blues fut la matière première.

Les puristes pourraient néanmoins froncer les sourcils car plusieurs vrais bluesmen manquent à l’appel. Normal, ils ne furent pas chez Sony… Alors ? Cette « collection idéale» regroupe 25 albums originaux et un livret, gracieuseté de Sony Music / Legacy.

Liens utiles

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