Alain Brunet

Archive du 16 décembre 2011

Vendredi 16 décembre 2011 | Mise en ligne à 22h50 | Commenter Commentaires (170)

Au sujet de Smile

Beachboys_smile_cover

Entre 1966 et 1967, Brian Wilson avait envisagé mener plus loin les proposition de Pet Sounds, que d’aucuns considèrent comme l’un des grands crus de la pop culture moderne.

Pour le cerveau des Beach Boys (sérieusement perturbé par la suite), la suite s’annonçait plus ambitieuse et… le projet ne fut pas mené à terme. En 2004, un Brian Wilson quasi miraculé arrivait à proposer une version achevée de ce qu’il avait amorcé 37 ans auparavant. Alors que justifie la sortie de ce coffret Smile en 2011? Parce qu’on y a reconstitué un tout cohérent à partir d’une multitude d’extraits d’enregistrements originaux de cette symphonie pop, auxquels on propose une pléthore de prises de son inédites.

Rappelons que Van Dyke Parks fut invité à collaborer à l’oeuvre dès le printemps de l’année 1966. Le tandem créa plusieurs des titres dans le fameux carré de sable que Wilson avait fait installer dans sa villa californienne. Parks refusa néanmoins de réécrire le texte final de Good Vibrations, que l’on associe aujourd’hui au projet Smile, parce que Tony Asher en avait écrit une première version et que Mike Love avait fait le texte d’une version déjà commercialisée en octobre 1966.

Néanmoins mené par Wilson et Parks, ce vaste projet se voulait la réponse américaine moderne à la British Invasion qui déferlait alors sur le Nouveau Monde. L’envergure de cette œuvre pouvait-elle alors être comparée aux fresques orchestrales composées au début du siècle par George Gershwin, qui exerça une influence cruciale sur Brian Wilson ? En ce qui me concerne, non.

Difficile de comparer, en fait, car les qualités de Gershwin, visionnaire absolu de la musique symphonique dans le contexte de l’Amérique moderne, ne sont pas les mêmes que celle de Brian Wilson. Si la musique de ce dernier est moins riche sur les plans de l’harmonie, du contrepoint et de la polyphonie que les grandes oeuvres orchestrales (y compris celle de Gershwin), son approche s’avère néanmoins substantielle et profondément moderne à plusieurs égards.

En ce sens, je suis plutôt d’accord avec ce résumé de Paul Mertens, qui a oeuvré au remake de 2004 : « Les notes sont simples, les combinaisons de sons ne le sont pas », affirme-t-il en toute justesse, cité par le Chicago Tribune.

M’est d’avis que la vraie puissance des Smile Sessions n’est ni polyphonique ni harmonique. Elle se trouve dans l’instrumentation, dans les ajouts de sons enregistrés, dans les montages, dans les filtres, dans l’attitude très contemporaine de Brian Wilson à mettre à profit ses connaissances musicales et les plonger dans un univers résolument neuf. Ouverture à l’improvisation libre, à l’atonalité, au monde électroacoustique. Qui plus est, cette puissance se trouve dans le beat, dans les fondements du rock’n'roll.

Étrangement, le chant choral préconisé par Brian Wilson et interprété par les Beach Boys réunit les caractéristiques du baroque, du doo wop et du style barbershop saupoudré de psychédélisme, amalgame apparemment improbable mais, ô concluant. Mike Love a déjà dit que cette approche mise de l’avant dans Smile n’était pas sa tasse de thé, mais bon… il s’en plaindra tant qu’il le voudra, on est du côté de Brian Wilson !

Ainsi, cette magnifique boîte à surprises comprend cinq CD, deux 33 tours, deux 45 tours, un grand livret illustré et autres cossins pour fans finis. Ainsi, la preuve est faite que Brian Wilson a été un précurseur de l’univers pop qui lui a succédé. De Pet Sounds et Smile, tant de formations pop-rock de l’époque (à commencer par les Beatles) se sont inspirés et… en on récolté le crédit. Encore aujourd’hui, les Beach Boys sont injustement considérés par plusieurs comme une formation superficielle, légère, all american et sans envergure.

L’écoute intégrale de ces sessions d’enregistrement, prises jugées finales et de toutes les autres jugées alternatives, remet les pendules à l’heure.

À l’évidence, Brian Wilson fut un esprit fondateur.

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Metracritic: moyenne de 95% fondée sur 21 recensions

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