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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Mardi 29 novembre 2011 | Mise en ligne à 14h34 | Commenter Commentaires (22)

    Talvin Singh, Niladri Kumar: indien, classique, électro

    Talvin Singh Niladri Kumar Together

    Tant qu’à être dans les ambiances indiennes, poursuivons avec Talvin Singh et Niladri Kumar, un autre des meilleurs opus qu’offre la sono mondiale en 2011. Enfin, dans ce que j’ai pu en découvrir.

    On se souvient de Talvin Singh, fin des années 90. On se souvient de cet album fabuleux, mélange idéal de musique classique indienne et de fine pointe électro : OK , Mercury Prize de l’année 1999. Malheureusement, on n’a vu au Québec que des DJ sets de Talvin Singh, notamment celui précédant le premier concert de Massive Attack – au Spectrum dans les années 90.

    Personnellement, je ne l’ai jamais vu à l’oeuvre aux tablas, ni avec une formation complète. Together, paru il y a quelques mois déjà sous étiquette World Village, est l’occasion de constater sa maîtrise de la percussion classique indienne. On peut sans conteste parler de grande virtuosité. Sans faire de bruit, Talvin Singh a fait évoluer son jeu et s’est hissé au niveau des maîtres. Enfin… on ne parle pas de supra-virtuosité comme on peut parler d’un Zakir Hussain, mais nous sommes ici en haute altitude.

    Le dialogue ici élaboré par Talvin Singh avec Niladri Kumar le démontre parfaitement. Disciple de Ravi Shankar, entraîné au sitar dès l’âge de quatre ans dans un ashram indien, Kumar fut rapidement considéré comme un enfant prodige. Sur scène dès l’âge de six ans ! Jeune adulte, il a suivi le chemin de l’ouverture c’est-à-dire que son respect de la musique classique indienne n’excluait en rien de nouvelles aventures au-delà de son riche patrimoine culturel.

    Cette ouverture d’esprit l’a mené à s’ouvrir aux autres univers musicaux : entre autres genres, musique classique européenne, musique électroacoustique. On lui doit aussi la création d’un nouvel instrument, le zitar, fusion du sitar et de la guitare qui permet d’explorer les 22 intervalles de la gamme indienne – comparativement à 12 dans la gamme occidentale.

    À cette conversation exceptionnelle entre les deux instrumentistes, des couches électroniques de très bon goût ajoutent à la facture. Cela remplace ainsi l’effet de bourdon (le drone si vous préférez une référence rock), typique de tant de musiques orientales à commencer par l’indienne.

    Liens utiles

    Talvin Singh, profil wiki

    Niladri Kumar

    Écoute en continu sur Qobuz.com


    • 22 tons par octave seulement ? Il me semblait avoir lu sur ma vielle pochette de Ravi Shankar qu’il en utilisait genre 60. En classique, il y a quoi, 9 commas par ton (53 à l’octave) ? 22 c’est pas beaucoup, c’est à même pas un quart de ton, ce qui est énorme comme intervalle.

      Le microtonalisme est tellement plus courant qu’on pense. Tous les instrumentistes doués compensent les notes enharmoniques (fa dièse et sol bémol). Juste hier, je prenais à l’oreille la ligne mélodique de Highway 61, et sur God say, “No.” Abe say, “What?”, les ‘no’ et ‘what’ sont pile entre la tierce mineure et majeure, notés ‘3 et quart’.

      À nos oreilles ouest-atlantiques il s’en dira pour dire que Dylan ‘fausse’ ! En réalité, il allait chez Ry Cooder apprendre comment placer ces intervalles hyper-subtils dans ses compos…

    • Résumé wiki:

      «Le mode de l’Inde (râga) n’est pas simplement une gamme. Il en existe plusieurs, classés, selon les systèmes, soit en modes principaux et modes dérivés, soit en trois échelles de base (gràma) dans lesquelles les permutations de la tonique dans une gamme de sept notes (où deux notes s’ajoutent accessoirement) permettent de former 21 modes principaux (mùrchhanà) ou, selon le système encore aujourd’hui employé dans le sud de l’Inde, en 72 échelles de sept notes (melakarta) dans un système chromatique où chaque note, exceptée la tonique, a deux positions, pouvant être naturelles et selon les cas dièse ou bémol. L’octave est théoriquement divisée en 22 intervalles (sruti) permettant l’accord exact des notes. Les intervalles sont classés en catégories (jàti) selon leur types d’expression.»

    • On parle pas de la même chose, en fait.

      En occident aussi, y’a juste 12 tons ‘théoriques’, mais les bluesmen en utilisent 24 microtonaux couramment.

      “Because Indian music is modal, it knows no change of keys but sticks to one steady ground note. Very important to Indian music are embellishments, tone colors, and intervals that do not exist in well-tempered Western music which allows expression only through improvisation. Jazz is also modal and it does not limit itself to the tones of Western tuning. In theory Indian octaves consist of 66 microtones, but in practice there are 22 tones per octave, which is nearly twice the number found in the Western octave. In many freestyle jazz improvisations, one can also find the use of this many tones. ”

      Shankar joue sur une base de 22, mais en utilise 66, comme en blues on joue sur une base de 12, mais on en utilise 24.

    • C’est ça: 22 intervalles théoriques par octave, utilisation (optionnelle) de plus de microtons dans les faits (jusqu’à 84), selon les traditions et régions – du moins d’après la référence du site Connexions.

      «In some ragas, some notes may be flattened or sharpened by one shruti, in order to better suit the mood and effect of that raga. So, for tuning purposes, the octave is typically divided into 22 shrutis. This is only for tuning, however; for any given that or raga, only twelve specifically-tuned notes are available. The 22 shrutis each have a specific designation, and the intervals between them are not equal; the frequency ratios between adjacent shrutis ranges from about 1.01 to about 1.04.
      As mentioned above, there is a great variety of traditions in India, and this includes variations in tuning practices. For example, Dhrupad, a very old form of North Indian music, can be considered as dividing the octave into 84 rather than 22 microtones, including unusual variations on the C and G drone pitches which are not based on the pure intervals. »

    • Dans un autre ordre d’idée y a aussi Bik I Am de Bikram Singh sorti dernièrement (chanteur découvert par sa participation avec Das Racist), mais là c’est vraiment du gros bhangra pop.

    • Dans un autre ordre d’idée, indeed. Sauf l’origine nationale, c’est un tout autre monde musical – très peu à voir avec le classicisme indien.

    • “octave into 84 rather than 22 microtones, including unusual variations on the C and G drone pitches which are not based on the pure intervals. »”

      Ouf, rendu là, on est presque rendu à un effet de ‘chorus’ sur une note de guitare ou de Rhodes… Ou de juxtaposition d’une note ‘détunée’ de quelques centiles, puis superposée à l’originale. Comme quand on ‘casse’ les petites cordes à l’unission sur une 12 cordes pour donner une ‘wave’.

      Andy Summers, Serge Fiori et Shankar, même combat ?

    • Well, Fiori est fou de musique indienne. Je ne serais pas surpris que Summers le soit aussi.

    • C’est pas l’origine indienne que je pointais mais le nom “Singh”.

    • J’avais compris que vous parliez des origines indiennes de Bikram Singh, chanteur indo-américain, notamment de bhangra… dont le style tire sa source du folklore du Pendjab et qui s’est développé au Royaume-Uni ainsi que dans d’autres pays anglophones où vivent des communautés originaires de cette région de l’Inde.

      «Singh emigrated from Punjab, India, to Queens, New York when he was twelve years old. He quickly entered the local music scene, debuting his tracks at an open mic night in Greenwich Village. Singh began exploring the boundaries between Punjabi folk lyricism and Asian Underground electronica, and he teamed up with New York’s DJ Navdeep to record the underground hit “Aa Gayee”. Singh performed with Panjabi MC at Summerjam 2003, when he sang “Beware of the Boys” for a crowd of over 20,000. Since then, Singh has toured all over Europe, the United States, and the United Kingdom.»

    • Super intéressant.

      Parce que Fiori, tous répertoires confondus, est pour moi le king absolu de l’accordage ’sensible’ d’une douze cordes. Pas aussi cru que dans le répertoire noir américain, toutefois, où on casse les cordes des 12 quasiment au gros sel (borderline quart de ton).

      Influence indienne subliminale ? C’est vrai que les bourdons qui ‘wavent’, ils sont pas mal ferrés là-dedans…

    • Ils les ont inventés carrément ! Enfin, on en trouve aussi dans la musique perse et aussi dans les musiques arabes et ottomanes. Perses et Indiens se disputent souvent les origines réelles de ces pratiques différemment déclinées : maqams arabes, perses et ottomans ou ragas indiens (ragas et maqams résultent du même processus), effet de bourdon dans les quatre cultures, microtons dans les quatre cultures.

    • @_boulga

      Le groupe Tea Party aussi , est intéressant.

    • En fait, je tentais lancer une blague à travers tout ce blabla pointilleux. Çà faisait longtemps que j’avais pas entendu l’expression “Asian Underground”, wow! Il y avait même un groupe (ou label?) avc ce nom là (ou presque..Asian Dub ququchose..Foundation?).

    • Oui, Asian Dub Foundation, excellent groupe d’ailleurs, fin des années 90. Je l’ai vu live au moins deux fois. Fils d’immigrants indiens au UK, très amis avec les mecs du groupe toulousain Zebda.

    • Savez-vous s’il est possible de se procurer l’album d’Anoushka Shankar? Le site de Deutsche Grammophon ne semble pas nous le permettre…et l’album n’est pas sur Itunes.

    • Sur Qobuz.com, il est offert en téléchargement.Encore plus simple: disponible sur Amazon.ca, le site canadien d’Amazon.
      Et Music Me ? Ou encore Mondomix ? Vous allez sûrement trouver.

    • Et moi qui pensait que le nombre de microtons par octave était théoriquement infini, peu importe la gamme. La musique est un univers fini?

    • Vous pensez trop, Boogie. L’univers solide n’existe pas. C’est une fréquence à laquelle on s’est adapté. Même chose pour la musique: çà marche parce qu’on en perçoit juste des tits bouttes.

    • @boogie

      C’est mieux qu’infini. Personne a jamais joué de ‘la’ ou de ‘ré’. Tout le monde a passé proche un jour. Il est impossible de générer une fréquence de 440hz pure au centière, millième, ou milliardième de hertz. Le laser le plus calibré dans le diamant le plus pur passera proche, mais n’arrivera jamais pile dessus.

      Sur une guitare, quand on fait un ‘la’, on va jouer du 439, du 441, et les bon soirs du 440,2, est par hasard du 440,05… Et encore c’est corde ouverte passée au strobe, dès qu’on frette, on rendre dans l’appromixation la plus totale… Et ça faut pour tous les instruments. Alors on joue des microtons tout le temps.

      Quand on pense que dans ces parages, un demi-ton = 35 hz, pour de l’octave à 220… Séparée en 84 micro tons, ça donne du 3 hertz par incrément…

      Mais ça s’entend avec de l’entraînement. Quand on fait du tape-flanging, on est dans ces parages là, du 2-3 hertz de décalage, qui font que ‘ça fausse’.

    • Excellent, ça me rassure ces décimales.

      En attendant d’arriver drette sur le 440.00, l’autre question qui me hante est de savoir comment le Multioud de Godin peut sonner sorti de son contexte tradionnel, en rock ou jazz par exemple. Vraiment cet instrument, dont je n’avais pas entendu parler avant hier, me titille. Très hâte d’entendre ce que ça pourra donner.

    • Whoa ! Je savais pas que ça existait ! Il m’en faut un !

      “Based upon the ancient middle-eastern 11-string instrument called the Oud and inspired by the countless musicians struggling with the issues of tuning and amplifying such an instrument comes the Godin MultiOud. ”

      C’est pile dessus. J’ai eu dans les mains un oud (je suis addict au DADGAD) mais je me suis découragé ben raide, c’est radicalement innaccordable comme instrument !

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