Alain Brunet

Archive, novembre 2011

Mercredi 30 novembre 2011 | Mise en ligne à 18h43 | Commenter Commentaires (22)

David Lynch, musicien

David Lynch Crazy Clown Time

Après plusieurs jours de procrastination, j’ai finalement écouté attentivement Crazy Clown Time sous étiquette Play It Again Sam, premier album de David Lynch dont deux chansons circulent dans l’espace depuis un an – Good Day Today et I Know.

Voilà l’expression musicale d’un artiste du cinéma. Inutile d’ajouter que les trames sonores de ses films ont marqué l’imaginaire. Ainsi donc, au milieu de la soixantaine, David Lynch a succombé à la tentation de faire des chansons. Guitares, claviers, programmation, percussions, voix – la sienne, trafiquée au vocoder ou autres filtres, ou encore celle, intacte sur la chanson Pinky’s Dream, de l’invitée Karen O que l’on a déjà remarquée au sein du groupe Yeah Yeah Yeah.

On fait le compte: 14 chansons signées David Lynch.

Oui, il y a des effluves de Twin Peaks là-dessous, de Sailor & Lula, de Lost Highway… Oui, on peut se sentir investi de ces fréquences mystérieuses, ambiances insolites, chuchotements pervers et autres évocations érotiques. Effectivement, on peut ne savoir sur quel pied danser. Et ne pas savoir s’il s’agit là d’un bon ou d’un mauvais signe.

Doit-on alors résumer le David Lynch musicien à ce freak de sous-sol ayant quelques notions de blues ou de rock, et dont la salle de jeu comprend instruments et cossins électros qu’il a appris à maîtriser à temps perdu ? Tenté de répondre par oui ? À bien y penser, non.

On ne peut parler ici d’art naïf, même si l’homme qui s’exprime n’a ni expérience musicale ni formation. Or, bien qu’il soit clairement limité, le vieux Lynch sait mélanger ses couleurs et produire un son qui se tient. Quoi qu’on pense de sa direction, cet album se tient. Un artiste de cette trempe qui décide de rendre public ses premières musiques et chansons ne peut être considéré comme un débutant. Il a des notions esthétiques, des préférences en musique, il a des dizaines de milliers d’heures d’écoute derrière la cravate.

On imagine que le mec a réfléchi amplement à cette esthétique qu’on pourrait qualifier d’électro-blues. Trames sonores sur lesquelles il se prête à d’étranges explorations oniriques, séances d’auto-hypnose, trépanation de l’inconscient, méditation aux barbituriques et à la fumée de moquette.

Drôle d’effet, la moquette… Hydroponique ?

Liens utiles

David Lynch, site officiel

Crazy Clown Time, profil Wiki

Écoute en continu sur le site Welcome to Twin Peaks


Metacritic : moyenne de 64 % d’après 27 critiques

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Mardi 29 novembre 2011 | Mise en ligne à 23h30 | Commenter Commentaires (3)

Vijay Iyer : jazz contemporain, américain, indien

Vijay Iyer Tirtha

Pour compléter ce mini cycle indien mâtiné de flamenco et d’électro, passons au jazz de Vijay Iyer. Le dessert !

À l’intar du saxophoniste Rudresh Mahanthappa, le pianiste Vijay Iyer a grandi aux USA, ce qui ne l’a pas empêché d’effectuer plusieurs retour aux sources indiennes dont il est issu. Musicien extrêmement brillant, fort d’une éducation scientifique universitaire de troisième cycle, Vijay Iyer est un instrumentiste dont les concepts et l’inspiration déterminent le jeu. On doit d’abord considérer cet excellent pianiste comme un concepteur du piano, certes l’un des plus novateurs de la période actuelle.

Paru au printemps sous étiquette Act, l’album Tirtha met Vijay Iyer en relief aux côtés de collègues d’origine indienne: le guitariste et compositeur R. Prasanna et le tablaïste Nitin Mitta. Ce groupe a été formé en 2007 à l’occasion d’un concert dont l’objet était de commémorer le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Inde.

Cet album se veut un croisement du jazz nouveau, musique classique européenne et de la musique classique indienne – en sanskrit, tirtha signifie traversée.

Originaire de la région de Chennai (Madras), R. Prasanna a reçu une éducation complète en musique carnatique, c’est-à-dire la musique classique de l’Inde méridionale – d’abord avec les maîtres Dr C.G.Shanmugaraj Phd(Raj Echo Orchestra) et Samuel Thangadurai. Fan de jazz moderne, le musicien indien a entrepris d’adapter ce patrimoine historique à la guitare électrique et d’ainsi l’ouvrir au jazz moderne. Ainsi, il arrive à recréer les intervalles de la gamme carnatique sur un instrument occidental. Fascinant que d’écouter cette guitare qui rappelle parfois le sitar.

Quant au tablaïste Nitin Mitta, il est natif de Hyderabad, d’où il a d’abord appris avec le maître G. Satyanarayana. Autre enfant prodige, il a donné son premier récital de tabla à l’âge de dix ans. Après quoi il a acquis une grande maîtrise avec un maître de Mumbai, Arvind Mulgaonkar, un des plus respectés de l’Inde. Comme ses collègues, Nitin Mitta n’en reste pas à la seule reproduction de la grande musique carnatique. Son jeu se fond parfaitement dans une esthétique jazzistique.

De toute évidence, Vijay Iyer ne s’est pas entouré de deux de pique pour créer ce croisement magnifique. À mon sens l’un des meilleurs albums de jazz en 2011.

Liens utiles

Vijay Iyer, profil wiki

R.Prasanna, profil Wiki

Nitin Mitta, bio site officiel

Écoute en continu sur MySpace

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Mardi 29 novembre 2011 | Mise en ligne à 14h34 | Commenter Commentaires (22)

Talvin Singh, Niladri Kumar: indien, classique, électro

Talvin Singh Niladri Kumar Together

Tant qu’à être dans les ambiances indiennes, poursuivons avec Talvin Singh et Niladri Kumar, un autre des meilleurs opus qu’offre la sono mondiale en 2011. Enfin, dans ce que j’ai pu en découvrir.

On se souvient de Talvin Singh, fin des années 90. On se souvient de cet album fabuleux, mélange idéal de musique classique indienne et de fine pointe électro : OK , Mercury Prize de l’année 1999. Malheureusement, on n’a vu au Québec que des DJ sets de Talvin Singh, notamment celui précédant le premier concert de Massive Attack – au Spectrum dans les années 90.

Personnellement, je ne l’ai jamais vu à l’oeuvre aux tablas, ni avec une formation complète. Together, paru il y a quelques mois déjà sous étiquette World Village, est l’occasion de constater sa maîtrise de la percussion classique indienne. On peut sans conteste parler de grande virtuosité. Sans faire de bruit, Talvin Singh a fait évoluer son jeu et s’est hissé au niveau des maîtres. Enfin… on ne parle pas de supra-virtuosité comme on peut parler d’un Zakir Hussain, mais nous sommes ici en haute altitude.

Le dialogue ici élaboré par Talvin Singh avec Niladri Kumar le démontre parfaitement. Disciple de Ravi Shankar, entraîné au sitar dès l’âge de quatre ans dans un ashram indien, Kumar fut rapidement considéré comme un enfant prodige. Sur scène dès l’âge de six ans ! Jeune adulte, il a suivi le chemin de l’ouverture c’est-à-dire que son respect de la musique classique indienne n’excluait en rien de nouvelles aventures au-delà de son riche patrimoine culturel.

Cette ouverture d’esprit l’a mené à s’ouvrir aux autres univers musicaux : entre autres genres, musique classique européenne, musique électroacoustique. On lui doit aussi la création d’un nouvel instrument, le zitar, fusion du sitar et de la guitare qui permet d’explorer les 22 intervalles de la gamme indienne – comparativement à 12 dans la gamme occidentale.

À cette conversation exceptionnelle entre les deux instrumentistes, des couches électroniques de très bon goût ajoutent à la facture. Cela remplace ainsi l’effet de bourdon (le drone si vous préférez une référence rock), typique de tant de musiques orientales à commencer par l’indienne.

Liens utiles

Talvin Singh, profil wiki

Niladri Kumar

Écoute en continu sur Qobuz.com

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