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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Jeudi 27 octobre 2011 | Mise en ligne à 17h41 | Commenter Commentaires (7)

    Hamelin et le programme de l’OSM

    Marc-André Hamelin

    Marc-André Hamelin nous avait prévenus en interview: effectivement, Gabriel Fauré n’est pas un compositeur flamboyant pour le piano, sa musique s’exprime dans la subtilité et la sophistication.

    Si elles existent bel et bien, les difficultés inhérentes à cette Ballade de Fauré, oeuvre concertante au programme de l’OSM pour les trois soirées impliquant le pianiste québécois en ce mois d’octobre, elles ne sont pas évidentes pour l’oreille profane… qui attendait la venue d’un supravirtuose. Non, on n’assiste pas au spectacle pianistique qu’exigent des oeuvres de Rachmaninov, Liszt ou Debussy pour ne citer que ces compositeurs.

    Pour les Variations symphoniques de Cesar Franck, seconde pièce impliquant le pianiste, l’exploît technique du pianiste soliste fut plus évidente, bien assez pour soulever les mélomanes venus l’acclamer à la Maison symphonique.

    Je conviens parfaitement que Marc-André Hamelin refuse en toute légitimité de se transformer en une bête de cirque dont la seule fonction est de faire la démonstration de ses capacités techniques phénoménales mais… j’avoue avoir hâte de les contempler de nouveau ! Ce paradoxe étant assumé, j’affirme sans ambages qu’il a joué ces deux oeuvres avec le velouté, l’élégance et la profondeur qu’elles exigent. En clair, l’interprète était au service des oeuvres et on ne peut l’en blâmer.

    En ce qui me concerne, il ne pouvait guère faire mieux avec cette matière qu’il a lui-même choisie – à l’origine, d’ailleurs ces oeuvres devaient faire l’objet d’un enregistrement d’album avec l’OSM mais, faute de financement, ce projet s’est conclu sur scène.

    Pour ce qui est du reste de la soirée de mercredi (même programme jeudi et dimanche à la Maison symphonique), j’ai eu du mal à saisir les choix de la direction artistique. Pourquoi, maesro Nagano, cette Cinquième symphonie de Schubert jouée avec une relative fadeur ? Et peut-on m’expliquer ce que vient faire cette Symphonie de Bizet à la fin ? Les interprétation de Bizet et Schubert n’étaient pas désagréables, soit, mais je n’avais vraiment pas l’impression d’y savourer l’OSM des grands soirs.

    Et, pour ajouter à la cohérence du menu cinq services, pourquoi intercaler une oeuvre de Pierre Boulez pour six instruments avant l’arrivée d’Hamelin ? Très cool que l’OSM fasse du Boulez, remarquez, mais dans ce programme ?


    • Il n’est pas vraiment nécessaire d’être un supravirtuose pour jouer du Debussy. Une grande partie de ses oeuvres sont accessibles à des pianistes de niveau intermédiaire. Pourquoi faut-il absolument que ce soit un “spectacle pianistique” et un exploit technique? Selon ces critères, les pianistes moins “spectaculaires”, disons Alexandre Tharaud, seraient-ils tous ennuyeux?

    • Parfaitement d’accord avec vous, c’est exactement ce que j’écris et j’endosse totalement l’approche de Marc-André Hamelin dans ce contexte. Nous disons la même chose sur le fond. Au risque de me répéter, je parle de l’oreille profane à qui on annonce la venue d’un supravirtuose, d’où le possible anticlimax à l’écoute de la Ballade de Fauré. Quant aux pièces les plus difficiles de Debussy, toutefois, elles ne me semblent pas du tout évidentes pour le « niveau intermédiaire ».

    • C’est sûr que les prestations de type “fast and furious” ont de quoi impressionner davantage ceux qui ne sont pas habitués, mais quand même un artiste ne doit pas rester éternellement prisonnier d’une étiquette ou d’un genre. Pour Debussy, oui les études sont très difficiles mais on ne le classe généralement pas dans la même catégorie que Liszt pour l’ensemble de son oeuvre. Rarement quelqu’un qui a fait 8 ans de piano pourra-t-il jouer du Liszt (à moins d’être super doué, ou de choisir des pièces mineures), mais il pourra jouer les Arabesques de Debussy, la Suite Bermamasque ou même certains Préludes. Par ailleurs jouer des pièces pour piano seul démentiellement difficiles comme les études de Liszt ou de Chopin, ou ses propres compositions diaboliques (à Hamelin) est davantage un choix de programme pour un récital que pour un concert avec orchestre. Par contre, comme le soulignait votre collègue Gingras, un excellent choix pour la soirée aurait été Totentanz ou le deuxième concerto, à cause du 200ème anniversaire. Totentanz fait toujours un tabac dans les concerts. Elle a été jouée par la jeune Nareh Arghamanyan avec l’Orchestre métropolitain l’an dernier, je m’en souviendrai longtemps.

    • Kent Nagano, charismatique et compétent comme pas un, s’entête à développer des programmes qui ne servent pas bien la musique et l’auditeur.

      Pour une audace payante, on doit se taper des oeuvres transitoires que le commun amateur de musique classique peine à associer au reste du concert. Les décisions de Nagano sont peut-être motivées par une vision artistique précise, mais je dois avouer humblement que je ne vois pas où il veut en venir le 3/4 du temps, lorsqu’il propose des oeuvres en contre-emploi ou qu’il juxtapose des pièces carrément antagonistes.

      D’un côté, beaucoup de concerts qui frisent le pure “pop classic” et de l’autre côté des tentatives ampoulées et absconses de créer une synergie où il n’y en a pas.

    • La programmation d’un concert est complexe, M.Nagano tente de faire plaisir a tout les styles de mélomane avec du facile et accessible et du plus complexe….

      Je suis d’accord que après l’éblouissement des premières minutes d’une pièce “fast and furious” le style moins spectaculaire vient me chercher beaucoup plus…

    • @revolte101

      Vous avez raison, vos nuances sont justes, ce sont les études de Debussy qui sont les plus difficiles plutôt que celles destinées à être jouées avec orchestre. Et, effectivement, il existe plusieurs autres compositions «démentiellement difficiles» pour le piano que je n’ai pas mentionnées dans cette courte liste d’exemples, dont celles de Marc-André Hamelin lui-même (l’objet un blogue, d’ailleurs, à l’automne 2010) et tous ces Charles-Valentin Alkan, Leopold Godowsky, Nikolaï Medtner et autres Sobraji – que je mentionne dans l’interview d’Hamelin. Je n’ai pas jugé pertinent de les formuler dans un texte aussi court, voilà tout. Mais, à vous lire, j’admets que l’omission de la nuance entre les oeuvres pour piano seul et les oeuvres pour piano et orchestre pouvait créer une petite confusion chez certains.

    • A vous, monsieur Brunet, qui connaissez maintenant la musique classique: Fauré, Ravel et Debussy, c’est le summum du raffinement.
      Gilles Massé, amateur de musique classique depuis cinquante-deux ans.

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