Alain Brunet

Archive du 24 octobre 2011

Lundi 24 octobre 2011 | Mise en ligne à 12h32 | Commenter Commentaires (26)

Catherine Major et Le désert des solitudes

Catherine Major Le désert des solitudes

En tant que pianiste, Catherine Major a reçu une formation classique. Elle a ensuite effleuré le jazz et autres musiques non occidentales. Elle a choisi la chanson, en tant que pianiste, auteure, interprète. Trois albums résument désormais sa trajectoire: Par-dessus bord (qui fut un «coup de coeur» de l’Académie Charles-Cros), Rose sang, et le tout récent Désert des solitudes dont il est ici question.

On a longtemps noté que la chanson québécoise était peuplée d’interprètes féminines et d’auteurs-compositeurs-interprètes masculins. Ce n’est plus le cas, à tout le moins la rentrée automnale révèle une majorité de femmes qui créent leurs chansons. Réjouissons-nous des propositions que soumettent Salomé Leclerc, Chloé Lacasse, Doba, Caracol, Mara Tremblay, Catherine Major.

Cette dernière propose à mon sens les meilleurs textes de toutes celles mentionnées. Ses rimes, celles de Moran (son amoureux), celles de Jacinthe Dompierre (sa mère, en l’occurrence la soeur de François Dompierre), celles de Christian Mistral (un de nos auteurs les plus brillants, quoi qu’on pense de son passé controversé). Je ne connais pas d’album québécois récent qui offre cette qualité littéraire. Le niveau est celui des meilleurs crus de la francophonie internationale.

La musique est belle, léchée. Les harmonies puisent généralement dans la période romantique, ça a sûrement à voir avec la formation classique de la musicienne. Cette période (une bonne part du 19e siècle) a aussi été un fondement pour la chanson française dite «à texte», et dont l’âge d’or est loin derrière nous – période plus ou moins 1955-1965. Ainsi, Catherine Major s’abreuve aux mêmes sources harmoniques et mélodiques, sauf exceptions.

Les arrangements et la réalisation d’Alex McMahon étoffent bellement cette esthétique, sans la dénaturer. Les rythmes, les claviers, le vibraphone, les cordes électriques ou acoustiques, les cuivres (trombone et trompette) se trouvent au service d’une approche somme toute très classique que choisit Catherine Major depuis ses débuts.

Problème ou avantage ? Le français bien écrit, soigné et original n’est certes pas un problème. Le peu d’ancrage dans la langue québécoise familière peut cependant en devenir un, surtout dans un marché où bien «perler» demeure suspect – misère… L’expression de ces textes dans un français normatif est d’autant plus suspecte au Québec francophone… qui n’a pas encore fini de régler ses comptes (et ses complexes) avec la francophonie internationale. À sa décharge, le Québécois francophone a le droit légitime de revendiquer sa couleur, son accent, ses régionalismes… à condition qu’il puisse l’assortir d’une langue maîtrisée… ce qui est loin d’être la norme, fort malheureusement.

On comprendra donc qu’un Désert des solitudes puisse ne pas toucher moult Kebs. Du moins à court terme.

Quant à la musique de Catherine Major, les rythmes, harmonies, arrangements de son nouvel album renvoient à la chanson française classique, une approche que des francophones d’Amérique ont pourtant préconisée à une autre époque, sans passer pour des snobs ou des désincarnés – JP Ferland première mouture, Stéphane Venne, Monique Leyrac, Raymond Lévesque, Claude Léveillée, etc.

Mais bon, malgré ces bémols et inquiétudes, on reste sur le territoire de la grande qualité. Oui, ce classicisme sied bien à Catherine Major… J’aurais néanmoins souhaité une plus grande modernité dans les harmonies, dans les rythmes, dans l’environnement sonore, dans ce français d’Amérique qui se cherche. Ça n’aurait en rien dénaturé son approche et lui aurait procuré un plus grand pouvoir de fédérer et d’être reconnue à juste titre comme l’une de nos meilleures.

Liens utiles

Site officiel

Catherine Major – La muse from Spectra Musique on Vimeo.

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