Alain Brunet

Archive, octobre 2011

Dimanche 30 octobre 2011 | Mise en ligne à 16h13 | Commenter Commentaires (33)

Le sondage Crop-La Presse sur la chanson québécoise

Céline Dion

Céline Dion, la première qui vient à l’esprit…

Le sondage Crop-La Presse sur la chanson québécoise, que résume mon collègue Daniel Lemay dans notre édition de samedi, nous en apprend-il davantage sur la conjoncture actuelle en la matière ?

1. « Deux Québécois sur trois s’intéressent à la musique québécoise qu’ils trouvent plutôt originale et diversifiée, et d’une qualité supérieure ou comparable à ce qui se fait ailleurs dans le monde. L’autre tiers ne s’y intéresse que peu ou pas du tout, ce qui est le cas de 43% des Montréalais et de 72% des non-francophones; ceux qui n’aiment pas -curieusement beaucoup plus nombreux à Québec qu’ailleurs- ont coché les qualificatifs «ennuyante», «redondante» ou «simpliste».» »

Question: entre la grande région de Montréal et le reste du Québec (sauf la capitale), le fossé se creuse-t-il encore davantage ? Et que se passe-t-il à Québec ?

2. « Les Québécois, pour qui la chanson a longtemps servi de cri de ralliement, préfèrent dans l’ordre la musique pop (24%), le rock (20%), la «chanson à textes» (14%),la musique classique (1%), le jazz (2%).»

Question: Qu’apprend-on ici de significatif, sauf les plus faibles proportions pour le jazz et la musique classique que ce que nous disent les statistique occidentales, c’est-à-dire 5% pour la musique classique et 3,5 % pour le jazz ? Le Québec est-elle la société anti-intellectuelle que certains soupçonnent ? Ou encore ces résultats réduisent-ils les pourcentages observables dans la grande région de Montréal, semblables à la tendance internationale ?

3. «… quand ils doivent nommer le premier artiste québécois qui leur vient à l’idée, 15% des répondants disent Céline Dion, nommée deux fois plus souvent par les non-francophones que par les francophones. Les cinq autres artistes les plus souvent nommés ont déjà remporté un Félix à «l’autre gala de l’ADISQ» mardi ou sont en nomination dimanche: Marie-Mai, les Cowboys fringants, Éric Lapointe, Daniel Bélanger et Ginette Reno…»

Question: Y a-t-il lieu de s’étonner ? Rien de neuf sous le soleil ?

4. « Des quelque 90 000 fans qui se sont procuré La musique en moi de Mme Reno, 38% l’ont acheté en CD chez un disquaire, comme ils le font d’habitude. Un Québécois sur cinq, par ailleurs, s’approvisionne désormais en musique par téléchargement, très populaire, on ne s’en surprendra pas, chez les jeunes (18-34 ans) et chez les non-francophones qui se servent de l’internet, on suppose, pour se procurer des musiques de leur monde qui ne sont pas vendues au coin de la rue .»

Question: Les fans de Ginette Reno sont-ils représentatifs des générations plus âgées, et donc se procurent un CD chez le disquaire comme dans le bon vieux temps ? Un Québécois sur cinq qui s’approvisionne en téléchargement ? Un seul ? Que font les quatre autres ?

5. « … un répondant sur quatre serait prêt à payer plus cher pour un disque québécois. Par contre, il est intéressant de noter que 70% des Québécois ne téléchargent «jamais» de musique gratuitement (sur l’internet ou en protocole de partage), mais ceux qui le font régulièrement (5%) ou à l’occasion (20%) n’ont pas tendance (71%) à faire d’exception pour les artistes québécois.»

Question: Ainsi, 70 % ne téléchargent pas illégalement, 5 % le font régulièrement et 20 % le font à l’occasion. Vraiment ??? Les sondés ont-ils dit la vérité aux sondeurs ?

6. «… les Québécois voient leurs artistes un tantinet plus riches qu’ils ne le sont en réalité. À la question «Selon vous, lorsque vous achetez une chanson à 0,99$ sur iTunes, combien va dans les poches de l’auteur-compositeur?», la moyenne des réponses se situait à 23 cents. »

Question: «un tantinet» ? Lorsque l’artiste n’est ni producteur ni éditeur, sa cote est inférieure à 5 cents ! Imaginez s’il n’est que l’auteur-compositeur et pas l’interprète, ou encore s’il n’est que l’interprète. Entre cinq et dix fois moins que la réponse moyenne des sondés ! Les Québécois sont-ils encore victimes des préjugés voulant que les artistes soient pleins aux as ?

Pour vous faire une meilleure «tête» sur la situation, une émission sera télédiffusée en direct ce dimanche, 18h, sur le Canal Vox. Philippe Fehmiu en sera l’animateur. Et je risque de m’y pointer… Cette émission a donc lieu avant la rediffusion du Gala de l’ADISQ, qui sera l’objet d’un clavardage en direct dont je serai le modérateur !

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Vendredi 28 octobre 2011 | Mise en ligne à 15h30 | Commenter Commentaires (47)

Lou Reed + Metallica = ?

Lou_Reed_and_Metallica_-_Lulu

Pour en compléter la recréation sur scène, Lou Reed s’est inspiré des pièces d’un dramaturge expressionniste allemand, Frank Wedekind : L’esprit de la terre (1895) et La boîte de Pandore (créée en 1904 et qui fut aussi un film produit en 1929), œuvres extrêmement controversées à l’époque et fondues en une seule œuvre intitulée Lulu (1913) .

« Lulu, la femme-animal à l’instinct sexuel exacerbé, séduit et corrompt tous ceux qu’elle rencontre ; portant en elle et autour d’elle la vie et la mort, elle sera, après une ascension fulgurante (Berlin, Paris), assassinée par Jack l’Éventreur. Victime de sa « nature », se situant au-delà de toute morale, elle défie l’ordre établi », résume le Larousse des noms propres.

Les adaptations chansonnières de Lou Reed témoignent de sexualité violente, de pratiques moralement décadentes et autres contorsions de l’imaginaire évoquées dans les pièces de Wedekind, il y a un siècle. Crues, brutes, sanguinolentes, les adaptations de Lou Reed confèrent un mordant supplémentaire à l’œuvre centenaire, mordant littéraire exacerbé par l’accompagnement pour le moins musclé de Metallica.

Qui plus est, le chanteur et parolier y campe souvent Lulu, acte de provocation qu’on devnine volontaire. On sait que le lien entre Metallica et Lou Reed fut scellé à la suite d’un concert commun donné en 2009 au Rock and Roll Hall of Fame; deux ans plus tard, le projet Lulu a été créé aux studios HQ de Californie.

Quoi qu’on pense des prémisses de cette association (rajeunissement opportuniste de l’image du vieux Lou? opération crédibilité pour Metallica, un band qui a pris de l’âge?) , le groupe californien a su s’adapter au contexte et varier les climats propices à l’expression du texte. Séquences acoustiques et compléments d’archet à l’appui, et même quelques inhabituelles explorations harmoniques du côté de Kirk Hammett. De toute évidence, le fameux band a tenté de se sortir de sa zone de confort. Et quels sont les résultats?

La voix chevrotante et improbable de Lou Reed, à mi-chemin entre la déclamation et le chant, sera-t-elle pardonnée par son statut légendaire ? Et que dire des métalleux ? verront-ils dans ce ce presque rock d’avant-garde un caprice de snobs ? Séance de pelletage de nuages qui ne passent jamais au-dessus de leurs têtes (metalheads…) ?

Les paris sont lancés. Prédisons un florilège d’impressions et critiques très polarisées. Le meilleur mais surtout… je crains le pire.

Bel effort, en ce qui me concerne. Pas tout bon, parfois une impression d’entre deux chaises au programme, néanmoins quelques séquences vraiment inspirées. Souvent très longues, d’ailleurs : deux pièces de plus de 11 minutes, une autre de plus de 19 minutes!!!

Liens utiles

Profil Wiki

Profil Frank Wedekind

Site officiel Lou Reed / Metallica

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Jeudi 27 octobre 2011 | Mise en ligne à 17h41 | Commenter Commentaires (7)

Hamelin et le programme de l’OSM

Marc-André Hamelin

Marc-André Hamelin nous avait prévenus en interview: effectivement, Gabriel Fauré n’est pas un compositeur flamboyant pour le piano, sa musique s’exprime dans la subtilité et la sophistication.

Si elles existent bel et bien, les difficultés inhérentes à cette Ballade de Fauré, oeuvre concertante au programme de l’OSM pour les trois soirées impliquant le pianiste québécois en ce mois d’octobre, elles ne sont pas évidentes pour l’oreille profane… qui attendait la venue d’un supravirtuose. Non, on n’assiste pas au spectacle pianistique qu’exigent des oeuvres de Rachmaninov, Liszt ou Debussy pour ne citer que ces compositeurs.

Pour les Variations symphoniques de Cesar Franck, seconde pièce impliquant le pianiste, l’exploît technique du pianiste soliste fut plus évidente, bien assez pour soulever les mélomanes venus l’acclamer à la Maison symphonique.

Je conviens parfaitement que Marc-André Hamelin refuse en toute légitimité de se transformer en une bête de cirque dont la seule fonction est de faire la démonstration de ses capacités techniques phénoménales mais… j’avoue avoir hâte de les contempler de nouveau ! Ce paradoxe étant assumé, j’affirme sans ambages qu’il a joué ces deux oeuvres avec le velouté, l’élégance et la profondeur qu’elles exigent. En clair, l’interprète était au service des oeuvres et on ne peut l’en blâmer.

En ce qui me concerne, il ne pouvait guère faire mieux avec cette matière qu’il a lui-même choisie – à l’origine, d’ailleurs ces oeuvres devaient faire l’objet d’un enregistrement d’album avec l’OSM mais, faute de financement, ce projet s’est conclu sur scène.

Pour ce qui est du reste de la soirée de mercredi (même programme jeudi et dimanche à la Maison symphonique), j’ai eu du mal à saisir les choix de la direction artistique. Pourquoi, maesro Nagano, cette Cinquième symphonie de Schubert jouée avec une relative fadeur ? Et peut-on m’expliquer ce que vient faire cette Symphonie de Bizet à la fin ? Les interprétation de Bizet et Schubert n’étaient pas désagréables, soit, mais je n’avais vraiment pas l’impression d’y savourer l’OSM des grands soirs.

Et, pour ajouter à la cohérence du menu cinq services, pourquoi intercaler une oeuvre de Pierre Boulez pour six instruments avant l’arrivée d’Hamelin ? Très cool que l’OSM fasse du Boulez, remarquez, mais dans ce programme ?

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