Alain Brunet

Archive, septembre 2011

Vendredi 30 septembre 2011 | Mise en ligne à 13h06 | Commenter Commentaires (12)

Murat: la saison du grand lièvre est ouverte

JLM Grand Lièvre

Grand lièvre, nouvel album studio de Jean-Louis Murat, s’accroche lentement au cortex. Au fil des heures, cette impression de légèreté folk rock fait place à la découverte du détail, à la contemplation des mots et des sons, à la substance poétique et l’intemporalité musicale, bref à l’évidente supériorité de ce magnifique caractériel terré en Auvergne. Paysan, artisan, bosseur, citoyen intransigeant et cynique, JLM cherche à communiquer son art malgré ses énormes réserves quant au genre humain.

Il y a du sang, il y a du rouge. Des paysans dépourvus de leurs prés, des cadavres de bêtes, un maillot jaune. Des villages médiévaux, des pentes légères. De l’émerveillement, des ténèbres. Des questions sans réponses. Mémoires et terres perdues. Un canoë qui s’éloigne, une maison de l’âme. Des énigmes littéraires dont l’interprétation directe serait tout simplement… ridicule. Ce lyrisme amoureux. Ce lyrisme de la chair.

Il y a ces riffs récurrents et simples que soutiennent des rythmes au trot. Il y a ce groove bucolique, invitation à des transes douces, à des rêves parfois redoutables. Il y a ces étonnants chœurs masculins qui s’élèvent dans l’espace. Des guitares soyeuses, grattées en toute élégance. Du piano électrique, de l’orgue, (Slim Batteux), de la basse (Fred Jimenez), de la batterie (Stéphane Raynaud), de petits bruits. Cette voix au timbre inimitable, ces vibratos discrets, ces seizièmes de ton. Variations ténues. Flot continu.

On y observe d’excellentes prises de sons réalisées (rapidement, dit-on) par Maxime Le Guil à La Fabrique de Saint-Rémy de Provence. Pour son vingtième album studio, JLM a écrit dix chansons d’expression directe, spontanée, où la pensée et l’inconscient se posent en toute aisance sur ces pistes de la prairie française. La saison du grand lièvre est ouverte… essayez de l’attraper !

L’album physique sera lancé officiellement mardi (4 octobre). Voici comment accéder à l’aperçu:

MusicMe

Écoute d’extraits sur le site officiel

site «Sur Jean-Louis Murat»

Lire les commentaires (12)  |  Commenter cet article






Jeudi 29 septembre 2011 | Mise en ligne à 12h09 | Commenter Commentaires (61)

Hays et Mehldau interprètent Zimmerli: pianistes de… jazz ?

Brad Mehldau Kevin Hays Patrick Zimmerli

Il y a quelques mois, le pianiste russe Denis Matsuev avait offert à son auditoire montréalais un ultime rappel… entièrement improvisé. Dans le jeu du virtuose associé à la musique classique, les références jazzistiques étaient on ne peut plus évidentes.

Dans un élan d’optimisme certes candide, j’ai formulé l’hypothèse d’un rapprochement progressif et inéluctable entre jazz et musique classique de tradition européenne, un débat intéressant fut ensuite mené sur ce blogue.

Grosso modo, certains considéraient qu’il valait peut-être mieux que chacune des écoles s’en tienne à sa propre esthétique. Un pianiste classique a ses qualités propres, idem pour un pianiste de jazz.  Et aucun ne peut atteindre ce que l’autre a visé.

Bien sûr, force est d’admettre que c’est encore le cas aujourd’hui et que ça le sera demain. Quoique… voilà une autre illustration de ce rapprochement historique que je persiste à défendre. Rapprochement certes lent… mais sûr. Vous en aurez déduit que je suis de ceux qui croient que ces mondes ne cesseront de se rapprocher. Je le constate d’ailleurs auprès de plein de jeunes étudiants en musique. Les jeunes musiciens de formation classique ou jazzistique ne sont plus simplement dans la reconnaissance intellectuelle de la tradition dont ils ne sont pas officiellement issus. Ils sont  désormais dans le senti. Et envisagent des musiques de plus en plus hybrides. Ce qui n’enlève rien au sérieux de leur démarche et, bien sûr, le maintien d’un noyau dur à chacune des approches.

Patrick Zimmerli est compositeur. Peu connu du grand public, ce quadragénaire pourrait le devenir sous peu. Éduqué, tributaire du classicisme à l’européenne, considéré comme brillant par ses pairs. Mais aussi féru de jazz, puisqu’il fut saxophoniste avant d’entreprendre de grandes études en composition. De surcroît, new-yorkais.

Comme on le sait, Brad Mehldau, 41 ans, est le pianiste de jazz le plus influent de sa génération. On sait aussi l’intérêt qu’il porte à la musique classique, notamment aux chant lyrique – souvenez-vous du récital d’Anne Sofie von Otter en février dernier.

Kevin Hays, 43 ans, est aussi l’un des meilleurs sur les ivoires jazzistiques, notamment pour son album For Heaven’s Sake, paru en 2006.

Et voilà que les trois hommes ont joint leurs savoirs et leurs sensibilités respectives. Sensibilités vraiment différentes ? Je vous le donne en mille.

L’improvisation n’est pas la carte maîtresse pour les deux pianistes recrutés, elle complète et magnifie l’interprétation suave de l’écriture et arrangements de Patrick Zimmerli, qui signe quatre des neuf pièces au programme. Les autres pièces au programme sont de Mehldau, Hays, Ornette Coleman, mais aussi Philip Glass et Steve Reich. On comprendra que les citations de Music for 18 Musicians (Reich) et du Quatuor à cordes #5 (Glass) ont été réarrangées par Zimmerli pour deux pianos. Trois amis issus de deux mondes qui ne cessent de se rapprocher. Aussi lent soit ce rapprochement entre jazz de souche américaine et musique classique de souche européenne, il m’apparaît inéluctable sur le long terme.

En voilà une illustration probante, qui devrait plaire aux deux camps. Enfin… à une portion croissante des deux camps. J’en connais qui resteront assurément sur leurs terres…

Pour une écoute (sommaire) en continu: MusicMe ou QoBuz

Lire les commentaires (61)  |  Commenter cet article






Mercredi 28 septembre 2011 | Mise en ligne à 20h21 | Commenter Commentaires (3)

12e FMA : notre automne arabe

FMA CHARABIA-affiche

Musiques arabes, maghrébines, perses, turques et celles de leurs diasporas métissées partout en Occident. Voilà à mon sens une part incontournable du corpus musical de cette petite planète, ensemble d’expressions que tout mélomane doit introduire tôt ou tard dans sa culture personnelle.

De ces civilisations, on peut aussi observer un classicisme remarquable, d’innombrables folklores mais aussi des perceptions contemporaines qui conduisent à la création de musiques nouvelles. Hélas, notre ignorance et nos préjugés à l’endroit de ces cultures réduisent souvent ces expressions orientales à quelques mélodies exotiques et autre danse du ventre.  Bien sûr, ça peut se comprendre; il existe actuellement dans le monde arabo-musulman un obscurantisme bien visible, résultant de profondes frustrations. Aussi visible, tapageur et violent soit cet obscurantisme, il est le fait d’une minorité. Malheureusement, il faut encore le rappeler.

Et rappeler également qu’il existe un Orient ouvert, progressiste,  contemporain.  Que ses musiques sérieuses et populaires sont aussi traversées que nous le sommes par l’époque actuelle. Qui plus est, nous avons la chance d’en prendre annuellement le pouls, plus que dans la quasi-totalité des villes d’Occident.

Du 30 octobre au 13 novembre prochains, le douzième Festival du monde arabe de Montréal mettra l’accent sur la jeunesse, tout en restant conforme à la facture classique qu’on lui connaît.

« Après onze éditions et des centaines de réalisations ambitieuses, nous sommes convaincus que le FMA apporte beaucoup à la dynamique et la richesse de notre ville en faisant d’elle l’unique métropole occidentale à accueillir une arabité créative, ouverte, agissante », a déclaré mercredi Joseph Nakhlé fondateur et directeur artistique du FMA, lors du dévoilement officiel de sa programmation.

Ainsi, plusieurs spectacles seront consacrés à la génération montante et les expressions qui s’y rattachent.

Se produira à Montréal le chanteur algérien Baâziz, rebelle censuré dans de nombreux pays arabes parce qu’il s’oppose à ses vieilles élites, sérieusement ébranlées depuis le Printemps arabe. C’est dans ce contexte précis que la chanteuse Emel Mathlouthi et le danseur-chorégraphe Imed Jemaa ont créé le spectacle la Tunisie veut. Installé aux États-Unis, le groupe Alsarah and the Nubatones proposera une actualisation de soul soudanaise, musique populaire d’aujourd’hui fondée sur la culture d’Afrique orientale. Également émigrés au sud de notre frontière, le rapper libyen Khaled M et ses acolytes RahZemo, Monk E et Jiggy ne mâcheront pas leurs mots dans le spectacle A-Rap Revolution. Beaucoup plus gentil, le groupe algérien Caméléon jouit d’un énorme capital de sympathie chez les ados du Maghreb.

Comme chaque année, musiques classiques et contemporaines du monde arabe sont au programme du FMA. Manhattan au quart de ton prévoit la rencontre le multi-instrumentiste turc Omar Faruk Tekbilek et le virtuose palestinien du oud et violon Simon Shaheen. Fleurons du FMA en 2009, Les Trois Magnifiques seront de retour à Montréal dans le cadre d’une tournée canadienne : l’oudiste irakien Naseer Shamma, le sitariste pakistanais Ashraf Sharif Khan et le guitariste espagnol Romero Iglesias. Dans une optique similaire, l’oudiste égyptien (d’origine arménienne) Georges Kazazian et le guitariste ibère Pedro Soler présenteront Flamenco Mare Nostrum, dont l’objet est de rapprocher les deux rives de la Méditerranée. Groupe torontois, Minor Empire habillera la musique traditionnelle turque d’ornements électro-contemporains.

De New York, l’ensemble Layali el Andalus évoquera la cohabitation islamo-judéo-chrétienne dans le spectacle Nuits Andalouses. De Toronto, l’ensemble iranien SARV procédera à sa relecture du grand patrimoine musical perse. De Montréal, le sitariste perse Siamak Nasr se joindra à l’ensemble Sufi-Yogi et la troupe de danse Khorshid Khanoom.

Dans le spectacle Essences Yéménites, Marie Trezanini relatera le parcours artistique des Juifs du Yémen. Le groupe La Mandragore, lui, évoquera la Convivencia andalouse à travers une escapade médiévale. Jeune groupe montréalais, Saometis procédera à une exploration de musiques d’Afrique, d’Orient et d’Occident.

Les amateurs de jazz oriental pourront découvrir ce duo entre le clarinettiste syrien Kinan Azmeh et le pianiste sri-lankais Dinuk Wijeratne. D’origine libanaise, la chanteuse Randa Ghossoub sera accompagnée du pianiste afro-américain Cyrus Chestnut et de pointures locales – Michel Donato, contrebasse, Jim Hillman, batterie.

Comme c’est le cas chaque année, le FMA proposera une création inédite s’inspirant du thème de sa douzième année : Charabia. Pour ce, la direction artistique du festival a recruté l’illustre chanteur soufi Abel Karim Shaar, l’ensemble OktoEcho, le groupe rock oriental The Kordz, la chorégraphe Kadia Faraux et le compositeur Paul Baraka.

Lire les commentaires (3)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    septembre 2011
    L Ma Me J V S D
    « août   oct »
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    2627282930  
  • Archives

  • publicité