Alain Brunet

Archive du 10 juillet 2011

Dimanche 10 juillet 2011 | Mise en ligne à 11h37 | Commenter Commentaires (141)

U2, vu et entendu de l’«inner circle»

U2 Hippodrome

Pourquoi, au fait, me suis-je pointé au stade champignon de l’Hippodrome ?

Ce qui m’a d’abord poussé à y aller, c’était d’abord le gigantisme de l’opération. Ce stade champignon débordant de ses 80 000 personnes et dont la majorité absolue est prête à l’intensité maximale devant un attirail scénique grandiose.

Ce qui m’a aussi poussé à y aller, c’était la batterie d’effets spéciaux.

Actuellement directeur de la version espagnole du Monde diplomatique et ex-directeur du Monde diplomatique, Ignacio Ramonet a déjà suggéré cette idée de «dictature des effets spéciaux». C’est à-dire une culture populaire outrageusement dominée par d’ambitieuses technologies nécessitant des investissements considérables, à tel point que les productions qui en bénéficient constituent une élite économique. Et s’avèrent forcément plus diluées dans leurs contenus, au point d’infantiliser les publics et maintenir le commun dénominateur à un bas niveau. Ça ressemble souvent à ça, effectivement, merci M. Ramonet.

Mais… sauf votre respect, ajoutons une nuance – que vous avez fort possiblement ajoutée mais bon. On constate qu’une minorité de ces opérations présente quelque chose de supérieur, qui tient de la vraie création et non du tape-à-l’oeil et du jetable après usage. Je ne dirais pas que j’ai vu un chef d’oeuvre audio-visuel mais on était aussi loin, très loin, du fast food à bon marché.

Et… il faut assumer ce qui peut sembler paradoxal aux détracteurs de cette culture d’effets spéciaux (dont je suis plus souvent qu’autrement) : on aime les effets spéciaux lorsqu’ils sont créés par les meilleurs. C’est cool, impressionnant, jouissif et, osons le dire, nourrissant.

Avec U2, je m’étais senti nourri par l’imagerie du Zoo TV Tour et de la tournée Pop. Ce que j’ai vu hier était beaucoup plus ambitieux en termes structurels… et peut-être moins sur le plan conceptuel. Je me suis trouvé sous cette «pince» immense, genre de crabe des neiges de l’espace dont le corps s’avère une formidable machine à images et dont l’écran ne cesse de se mouvoir, et même changer de forme. Ça vallait le coup d’être vu, je vous l’assure à l’instar de la majorité absolue des 160 000 personnes venues hier ou vendredi.

Ce qui m’a poussé à y aller, c’était aussi de voir où en était le pouvoir attractif de Bono, The Edge, Adam Clayton, Larry Mullen Jr. Coup de pot de dernière minute, j’ai finalement eu accès à la grande proximité. J’ai pu voir Bono et le band à quelques mètres. Dans cet« inner circle », j’ai pu voir le band évoluer de très près, le voir investir cette scène garnie de passerelles et d’un vaste cercle visant à créer un effet supplémentaire d’«intimité». Sincèrement, crois que c’était réussi si on se met dans la perspective d’une aussi vaste manifestation. Et je mentirais en niant qu’il y a un vrai buzz à voir d’aussi près ce groupe dans une aire aussi vaste.

Il va sans dire, U2 est une puisante machine parfaitement huilée, malgré l’âge et la redondance. Le back beat de Larry Mullen est toujours parfait, le groove d’Adam Clayton reste unique dans le paysage de la basse rock, Edge est un des grands riffers de notre époque et Bono, le plus charismatique de tous les chanteurs. Quoi qu’on pense de cet étrange contraste entre cet humanisme progressiste que promeut le chanteur et cette immense machine à fric qu’est devenu U2.

Pour avoir eu accès à cette proximité, je ne peux nier avoir pris plaisir à voir U2 dans un contexte aussi fédérateur. Et Bono avait la forme hier soir. Il ne fait plus les sparages qu’il a déjà faits et pour cause, mais sa démarche sur scène reste altière, très convaincante. La voix est encore puissante. Ainsi, le quartette irlandais donné à ses fans ce qu’ils désiraient: dizaines de tubes enracinés dans l’imaginaire mondial.

Pour ce qui est du neuf, du récent, je  me suis exprimé à souhait sur cette question, je  n’en rajoute pas… la liste des chansons au programme parle d’elle-même !Alors qu’en serait-il sans les effets spéciaux ? Sans un stade champignon avec 80 000 personnes dedans, qu’en serait-il de la motivation à aller revoir U2 ? Ce groupe ne fait-il pas désormais partie du rock classique de grande qualité, genre de groupe qu’on doit visiter au moins une fois dans sa vie ? Avec la tenue de tels événements vécus ce week-end, en tout cas, le renouvellement de la proposition devient un facteur de motivation vachement secondaire…

Consultez la liste des chansons de samedi, site U2tours.com

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