Alain Brunet

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    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Lundi 30 mai 2011 | Mise en ligne à 11h20 | Commenter Commentaires (22)

    Une soirée avec Lady Alys

    Alys Robi 2

    Franchement, je ne suis pas penché très souvent sur le cas d’Alys Robi, qui s’est éteinte ce week-end. Lorsque toutefois elle avait relancé sa carrière au milieu des années 90, ce qui coïncidait avec la publication de sa biographie (écrite par mon ex-collègue Jean Beaunoyer) et d’une télésérie, j’avais dû plonger dans cette légende dont je ne connaissais que l’évocation, notamment via le texte de Plamondon que Dufresne avait popularisé. C’était près d’une décennie avant le film mettant en vedette Pascale Buissières qui incarnait Lady Alys. On m’avait alors assigné à la couverture ce spectacle ébouriffant qu’elle avait donné à la Place des Arts, un dimanche soir de décembre de l’année 1995. Je viens de retrouver le texte dont je vous suggère la lecture. Encore aujourd’hui, je me souviens d’une soirée des plus étranges.

    Les scribes de Guinness pourront l’inscrire dans le livre des records. Quelle vedette, au fait, a réussi un come-back 50 ans après avoir décliné? Probablement aucune, sauf Lady Alys Robi.

    Depuis les années 40, l’aura de la chanteuse n’a jamais été aussi chatoyante. Un demi-siècle dans l’ombre ou dans les demi-teintes, un demi-siècle de déceptions et de retours plus ou moins réussis, et pif paf en fin de trajectoire.

    Une biographie, une télésérie et un triomphe à la Place des Arts. Tiens, toi, la vie. Tiens, toi, le mauvais karma.

    Hier soir, la première star de l’histoire du showbusiness québécois n’était tout simplement plus arrêtable. Une Bamba quasi-erratique d’entrée inquiétait, mais tout est rapidement rentré dans l’ordre avec Brasil. Alys était partie! Entre autres au menu, La Quête de Brel, Amour (version de Jean Lalonde, on s’en doute bien), sa chanson-fétiche Tico Tico, Summertime de Gershwin, Que reste-t-il de Trenet, Jalousie, L’Hymne à l’amour popularisé par Piaf, Laissez-moi encore chanter d’Alain Morisod (un grand cru…), Mes blues passent pus dans’porte en guise de sortie.

    Hier, nous survolions 68 ans de carrière, nous a rappelé la principale intéressée. La chanteuse du National, du Frolics Cabaret, du Mocambo, la Carmen Miranda du Québec exotique, tropicale à 30 en bas de zéro. LA chanteuse de la Deuxième Guerre, la darling des camps militaires, la copine des mafiosi, la recrue d’Hollywood, l’amante d’Olivier Guimond et de Lucio Agostini, la courtisée par Guillermo Gonzalez Camarena (qui ne buvait que du Canada Dry en son honneur), la star déchue, la psychiatrisée, la lobotomisée, la vedette de deuxième ordre, l’ombre de la vedette. Et voilà la septuagénaire triomphante.

    Vic Vogel, qui assurait la direction musicale, n’avait pas l’air de s’emmerder, alors là pas du tout. Il dirigeait son combo vers les ondes rococo, teintées de chansonnette française, de rythmes swing, afro-cubains ou brésiliens. L’homme a bien connu cette époque du Montréal-ville-ouverte, il la revivait avec Alice Robitaille, ressuscitée à la suite d’un build-up médiatique pour le moins impressionnant.

    Une bonne dizaine d’ovations, plus d’une quarantaine de chansons au programme! Mais pas de rappel. «À mon âge, il faut que je me couche de bonne heure», a justifié notre Lady… avant d’inviter ses fans en liesse (la moyenne d’âge était plutôt élevée…) à lui acheter des disques à l’arrière-scène! La moitié de la salle s’est dirigée vers les loges, 1500 personnes faisaient le pied de grue afin d’obtenir une autographe!

    Surréaliste est un euphémisme, dans le cas qui nous occupe. J’appréhendais le freak show d’une épave maintenue artificiellement en vie par les faiseurs de mythes, ce ne fut pas tout à fait le cas. Grisée par un succès qui lui a si souvent glissé entre les doigts, la vieille dame aurait pu basculer, se perdre, s’enfarger sérieusement, rater les mesures, multiplier les trous de mémoire, capoter carrément, quoi. Nenni.

    Bien sûr, quelques vibratos trop épais lors de certaines finales, quelques phrases mal engagées, quelques fréquences douteuses, quelques gags faciles (appréciés par ses fans, néanmoins), une introduction maladroite, quasi-risible mais ô combien sincère du maître de cérémonie Deano Clavet dont Alys est la «marraine artistique»- son numéro de claquettes dans le bridge des Feuilles mortes passera probablement à l’Histoire, et que dire de son Requiem du boxeur…

    Mais Alys Robi s’en est tiré, croyez-le ou non. Plus survivant que ça… tu meurs.


    • La ‘une’ de la Presse d’aujourd’hui est un peu dans le champ, cela dit.

      Eva Tanguay l’a précédée d’un demi-siècle… Le Devoir avait fait un papier là-dessus. J’omets ‘bon’ parce que comme tout ce que fait le Devoir, c’est extrêmement narcissique (à les entendre, sans elle il y aurait pas eu Madonna).

      http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/284419/eva-tanguay-premiere-superstar-americaine

      Je lisais M. Bigbands l’autre jour : batinse, il a quoi, 80 ans passés ?! Ou c’est un doux canular ?!

    • bigbands ne doit sûrement être pas loin du web 8.0

      Et j’avoue mon ignorance d’Éva Tanguay, dont je viens de lire le profil. Très intéressant.

    • Pour avoir vu Lady Alys au milieu des années 2000, elle faisait encore une jolie performance…. surtout après un ou deux cognacs… Et ceux qui doutent encore de sa lucidité, je l’ai vue être capable de suivre et de répondre à 3 conversations en même temps après un spectacle.. et avec un ou deux cognacs de surplus… Je connais biens des gens qui ne seraient pas capables….

      Reste à savoir si suite à son décès on saura qui l’a spolié de ses biens….

    • L’article sur Eva Tanguay est intéressant et les videos encore plus. Tout un personnage! Je ne sais pas trop ce qu’ils veulent dire quand ils parlent de son “physique ingrat” En tout cas, moi tant qu’à avoir un physique ingrat, j’aimerais ça l’avoir roulé comme ça..

    • “J’omets ‘bon’ parce que comme tout ce que fait le Devoir, c’est extrêmement narcissique ” mikhail_boulgakov

      ===

      …dit-il, en se regardant le nombril. :)

      Jean Émard

    • Bon, O.K. J’avais regardé seulement la première…D’accord, un peu de volume ici et là…mais quand même, ingrat…c’est un peu fort.

    • @ramses2.1

      SVP, on critique le contenu des répliques et non les personnes qui les émettent.

    • @lecumedesjours

      J’ignore qui l’a spoliée et de quoi. Peut-être le même qui a expurgé les archives mondiales de toute trace de la fameuse carrière internationale de la dame.

      Sans rien enlever à sa voix ni à son talent, sans doute bien réels, on peut se questionner sur la véracité des exploits planétaires qu’elle relatait. Je la soupçonne d’avoir pris avec la vérité certaines libertés. Pas très grave, évidemment, mais la diva semblait affligée d’une sorte de mégalomanie rétroactive que les traces laissées ou les faits vérifiables ne justifient en rien.

      On dirait que tous ceux qui l’ont connue de près marchent sur des oeufs et louvoient quand il est question de la carrière d’Alys Robi à l’étranger. On a comme l’impression qu’elle s’est bâti une sorte d’existence parallèle, en grande partie imaginaire et délibérément magnifiée, et qu’elle a fini par se croire.

      Au fil des décennies, son entourage semble avoir joué le jeu au point que ses délires mythomanes ont atteint aujourd’hui le statut de vérités pseudo-historiques que les médias continuent de colporter par tradition ou par fiction polie.

    • C’est une forme de la Paranoia (je parle de la maladie) de s’imaginer une grande carrière qui n’existe pas. Comme Alys s’est retrouvée en psychiatrie, le lien n’est pas loin. Parcontre il est irréfutable qu’elle a été une grande vedette au Québec et probablement un peu dans le reste du Canada. Est-ce l’ancêtre de Madonna? La question est intéressante puisque Madonna est d’origine québécoise (de par sa mère). Et le répertoire d’Alys était plutôt dansant. Je ne lui enlèverait pas cette flatterie. L’article de Brunet en passant est superbement écrit. J’adore la conclusion “plus survivant que çà, tu meurs”. Hah!

    • @sultitan

      Comme je le disais, je ne remets aucunement en question son talent ni son empreinte sur le showbizz/music-hall québécois. où elle semble avoir su impressionner sérieusement tant ses pairs que la génération montante, mais la maladie mentale affleure assez clairement dans l’appréciation que la dame semblait avoir de son propre rayonnement.

      On est clairement en face d’un problème d’évaluation de la réalité quand tout le monde ici louange des succès à l’étranger dont l’étranger ne semble avoir rien, mais absolument rien, retenu.

      Je ne dis pas, par ailleurs, qu’en d’autres circonstances, le potentiel pour une carrière internationale n’aurait pas pu se réaliser, mais rien ne prouve qu’il avait même commencé à s’épanouir. Des starlettes et des aspirantes divas, il en pleuvait par centaines sur les capitales à l’époque. Combien ont vraiment pris racines et su s’imposer dans le gotha du showbizz international? Bien peu. Et pas elle, j’en ai bien peur.

    • Bon, bon, bon. C’est quoi cette histoire de Eva Tanguay? Foutaises!! La première star américaine “pop” c’était Ada Jones, qui a commencé en enregistrer vers 1893.

      http://en.wikipedia.org/wiki/Ada_Jones

      Si vous pensez qu’on peut raconter n’importe quoi parce que personne ne s’intéresse plus à cette période de la musique (Tin Pan Alley), détrompez-vous.

      Coté franco, je dirais qu’Yvette Guilbert est la première chanteuse vedette “pop”.
      Elle devance Ada Jones de plusieurs années.

    • @sultitan

      Je crois qu’on parlait plutôt de la première Canadienne française à avoir atteint ce statut, pas de la toute première femme, toutes origines confondues.

    • Bien moi je lis un article dont le titre dicte “Eva Tanguay, première superstar américaine: La rockeuse féministe québécoise inventa l’art de la célébrité”.

      Narcissique que Boulga disait? Pas mal chauviniste, mets-en!

    • @sultitan

      Sans vouloir prendre parti, je dirai seulement qu’Eva Tanguay semblait certainement démontrer une indépendance d’esprit assez unique pour l’époque, indépendance d’esprit dont Ada Jones ne se voulait pas particulièrement la mascotte, si je me fie à ce que j’ai lu. Madame Jones se conformait aux règles sans trop les redéfinir, d’où la tentation d’accoler l’étiquette de rockeuse à l’une et non à l’autre.

      Eva Tanguay avait un côté franchement Gaga. Sur le plan du propos, “I don’t care” est plus révolutionnaire à bien des égards que “Born this way.” Il n’y a guère de mérite à être libre à une époque où tout le monde l’est pour peu qu’il le veuille. Sortir d’une cage ouverte n’est pas la même chose que de défoncer la cage. Eva Tanguay a défoncé d’aplomb.

    • Esprit indépendant pour l’époque?? Mais le théâtre musical américain des Gay Nineties (les débuts de Broadway) ainsi que le théâtre musical Edwardien anglais (à peu près la même époque) était rempli de chansons aux sujets osés (propos à caractères sexuels), sans compter bien sûr les chansons assez grivoises de madame Guilbert.

      http://www.youtube.com/watch?v=IuF5kC53n-w

      Je pense que les gens oublient que ce sont les 2 grandes guerres mondiales qui ont rendu les gens très conservateurs pendant un moment. Sans elles, nous n’aurions pas l’impression d’avoir vécu une “histoire de l’émancipation” depuis les années 50. L’Allemagne des années 20 n’avait rien à envier aux Lady Gagas d’aujourd’hui.

    • OK; pas d’troub’. Tout doux.

      Mais rien de tout cela ne change la place d’Eva Tanguay dans l’Histoire des divas d’origine québécoise/canadienne française, capables de se gosser une place auprès des plus grands, à une époque où ça n’allait pas forcément de soi.

    • En termes de continuité, o n est quand même plus près ici de la genèse du personnage Dufresne que ce qu’Alys Robi a pu offrir:

      http://images.nypl.org/index.php?id=ps_the_2589&t=w

    • Ah ben.. Ok, on va lui donner l’antécédent sur Gaga vu son look de drag queen. (hihi)

      Je trouve étrange qu’il y ait si peu d’enregistrements de la Tanguay. Il y a eu un film sur sa vie mais il semble introuvable. Mystère et boule de gomme.

    • Dans l’anthologie 1943-1966 d’Alys Robi, l’éditeur dit :

      ” Les seules vraies dates et les seules informations tangibles, réelles que nous connaissons et pouvons sans aucun doute vérifier, sont celles inhérentes aux sessions Victor, à Montréal et à New York. Certaines étapes ou événements de la vie d’Alys Robi sont très mal documentés. Il reste de nombreuses lacunes, mais pour l’histoire, elles font partie de la légende. (…) ”

      Puis ce qui suit plus loin dans la bio rédigée par Robert Thérien, ce sont des faits ou de la légende ?

      Latin American Serenade de la CBC c’est vrai ! Cette émission était aussi diffusée sur d’autres stations en Europe, aux États-Unis et en Amérique Latine.

      Plusieurs émissions de radio à New York dont celle de Jack Benny. En Europe aussi à la radio et dans des cabarets sélects. Au Mexique aussi encore à la radio et dans des cabarets.

      ——————

      Anyway c’est une autre époque c’est pas comme aujourd’hui…

    • Les journaux qui titrent la ”Céline Dion des années 40” sont pas vraiment dedans…

      Recitons Robert Thérien : ” Ce qu’Alys Robi avait tenté de réussir seule dans les années 1940 n’avait aucune chance de réussite et ne pouvait que consumer celle qui, sans expérience, sans équipe aguerrie et sans moyens financiers, tentait de s’imposer sur la scène mondiale. Malgré les erreurs et le prix personnel qu’elle eut à payer, Alys Robi a prouvé que c’était possible.

      (…)

      Mais c’est avant tout le personnage qui ressort, celui de la première diva du music-hall québécois. ”

    • Cinq années de gloire quand même. Et une vraie carrière internationale ? Disons plus que les portes s’ouvraient vers cela mais qu’elle a trébuché avant de pouvoir y arriver.

    • Pour ceux qui seraient portés à douter de la carrière “internationale” de ma Lady Alys, j’ai publié un article du magazine Jovette datant d’Août 1945 sur la page Facebook que je lui ai créé car je suis son plus grand fan et aussi son ami.
      Je peux vous dire aussi que des photographies d’Alys Robi derrière le micro de la “radio de la BBC” ainsi que devant les caméras de la “télé de la BBC” existent et que je les ai d’ailleurs placé sur sa page.
      Ne parlez pas à travers votre chapeau et allez fouiller les archives que nous détenons à Montréal.

      Patrice Samuel

      http://www.facebook.com/notes/lady-alys-robi/jovette-ao%C3%BBt-1945/10150671829050107

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